Hebdo – 2017, N° 37 (Brigadoon, On ne vit que deux fois…)

Image d’en-tête : Les Feux du Music Hall

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Lundi : Verdict

(André Cayatte, 1974)

« Jean Gabin »*

Passant de la place d’un brillant accusé à celle non moins prisée d’un juge, Gabin va ici  interpréter un puissant où il va s’agir pour lui de concilier devoir et honneur dans une situation de chantage. La richesse filmique s’y exprime sans frein, puisque ce sont des procédés complètement opposés à ceux de L’Affaire Dominici qui vont être mis en oeuvre : avec l’avancée du procès, le spectateur suit évènements qui y sont liés de façon linéaire, tout en étant tenu au courant de ses causes en parallèle, avec des scènes qui suivent à part leur propre ligne temporelle. La méthode est remarquable en ce qu’elle ne répond pas aux critères du flash-back : c’est bel et bien une histoire imbriquée dans une autre. Et cela confirme en quelque sorte que cacher totalement des éléments importants n’est objectivement pas une bonne chose, car Verdict est un véritable plaisir à suivre. Quand on croit venir la fin, il y a encore un, non, deux coups fataux portés pour la gloire du scénario captivant.


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Mardi : Tootsie

(Sydney Pollack, 1982)

« Dustin Hoffman »*

Onze années avant Madame Doubtfire, c’est Dustin Hoffman qui jouait la carte du travestissement, donnant une nouvelle dimension à son talent. D’ailleurs, l’idée de jouer avec une femme lui est venue pendant le tournage de Kramer contre Kramer où il campait un père – un surhomme, quoi. Tout comme pour Robin Williams dans le susdit, son personnage est lui-même un acteur, ce qui autorise ce coeur controversé à une intrigue hilarante et permet la mise en abyme avec ce que les acteurs ont connu pour de vrai.

Pourtant le film a été tourné comme un drame, au point que jamais un fou rire n’a interrompu le tournage. L’oeuvre est victime de cette volonté dramaturgique, quoiqu’elle se soit transformée en comédie de façon naturelle et sans heurt ; elle en hérite un défaut horrible qui s’appelle le Vaudeville, le comique de situation le plus prévisible et ennuyeux qui soit. Heureusement, ce n’était pas un fait exprès et ça ne va du coup pas trop loin.

Le film au global est fantastique, ce qui vient avant tout de son équipe (non, l’équipe ne fait jamais tout) : Sydney Pollack y a une responsabilité bien plus grande que de seulement signer la création de son nom : il fut certes réalisateur mais aussi producteur et, sur l’insistance de Hoffman, acteur. Jessica Lange leur doit un Oscar et Geena Davis un timide mais prometteur début de carrière.


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Mercredi : On ne vit que deux fois

(Lewis Gilbert, 1967)

« James Bond »*

Il est à croire que faire un James Bond à la fin des années 1960 ne consistait pas qu’à surprendre le public mais avant tout l’équipe elle-même. Les cascadeurs sont encore plus sollicités dans cet épisode, dans l’excès, mais cela, on leur pardonne. Les hélicoptères de poche et autres joyeusetés peuplent agréablement de technologie cette image d’ensemble trop vague pour vraiment concilier conquête spatiale et Guerre froide. Le film se fait par contre un parfait reflet de l’actualité lorsqu’il s’agit de choisir un gros gadget d’époque, devenant de fait un miroir des passions enfantines en 1967.

Mais sans surprise, à vouloir trop en faire, l’oeuvre plonge directement dans la médiocrité et la platitude, ne se cachant même plus de ses faux raccords et complètement à la ramasse en matière de perfectionnisme en général. Ça part dans tous les sens, les acteurs ne suivent pas… Bref, rien pour nous faire supporter le surplus de fidélité à des livres qui n’ont par nature pas à se soucier du réalisme graphique.


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Jeudi : Les Feux du Music Hall

(Federico Fellini, Alberto Lattuada, 1951)

« Langue italienne »*

Le premier film de Fellini était en couleurs. Bon, il a été tourné en noir et blanc, mais les deux réalisateurs ont tellement fait bouillonner leur créativité qu’il s’est coloré de lui-même en émotions. C’est un film de visages, où s’expose d’abord la face si reconnaissable du vieil enfant italien en la personne de Peppino del Filippo. En fait, cette oeuvre est une exposition des différents types de beauté : la sagesse discrète de Giulietta Masina est comparée à celle, extérieure et fruste, de Carla del Poggio, ainsi qu’à la charmante laideur d’actrices secondaires. Quoiqu’elles n’ont rien de secondaire, justement : elles ont toutes en commun la beauté universelle de l’art, le tout mijoté dans un ensemble qui n’est pas beau, qui montre avec candeur la faiblesse de tous (merci chers Italiens d’avoir cette simplicité). Le film tient plus de la tranche de vie que du scénario original, mais disons qu’on l’a bien beurrée et que ça fait sa réussite.


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Vendredi : Daywatch

(Timur Bekmambetov, 2006)

« Langue russe »*

Les Russes ont ce gros avantage de ne pas se soumettre au modèle américain ; on en a déjà parlé, c’est de là que vient la force du premier opus et c’est ce qui en a justifié les détracteurs, blablabla. Mais la conséquence qui s’en fait sentir avec Daywatch, c’est combien le pragmatisme peut s’exprimer même dans l’art, à partir du moment où ce n’est pas l’argent qui est dans le cockpit. Ou qu’au moins il a un copilote. Le résultat, c’est que voici une suite cinématographique plus réussie que le film original !

La violence est utilisée à propos, presque jusqu’à nous faire dire qu’ils l’ont mise de côté si on ne fait pas attention (cela tient simplement au fait qu’elle n’est plus le moyen mais la finalité). La débauche d’effets spéciaux n’est plus une débâcle, elle a beau recouvrir tout le film indifféremment de Nightwatch, c’est juste ce qu’il faut pour emballer le scénario dans un peu de rêve. Les débordements sont tassés, réduits par touches à l’état de clins d’oeil qui, s’ils nous font soupirer une fois en éveillant les mauvais souvenirs de Nightwatch, se font vite oublier.

A l’inverse, si la médiocrité d’un antécédent est dure à cacher, ils y sont parvenus malgré eux en l’entreposant dans un contexte de post-production désastreux : mélange d’ouvrages originaux, renommage en dernière minute (en dernier mois, d’accord) et surtout la tombée aux oubliettes du troisième opus. En 2018 peut-être, me souffle IMDb.


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Samedi : Brigadoon

(Vincente Minnelli, 1954)

« Film musical »*

Quand un film répond aussi bien que Brigadoon aux critères d’un genre précis – en l’occurrence celui des comédies musicales romantiques -, son objectif est de sortir du lot, d’où les campagnes publicitaires promettant monts et merveilles indifféremment pour toutes les productions similaires. Mais cette oeuvre sort effectivement du lot. Pas du moule, puisque le style cher aux Américains est inchangé, mais sur plusieurs aspects qui sont loin d’être des détails.

C’est donc un film musical romantique, basé sur la danse depuis la décision de prendre Gene Kelly pour le premier rôle – un certain Howard Keel devait le tenir à l’origine et le scénario revêtir simplement l’aspect musical. Le résultat déjà riche, quoique pas exceptionnel, a été rehaussé de deux choses rares à Hollywood : la mise au premier plan de ce petit coin du monde anglophone appelé Écosse – sous son aspect naturel et traditionnel, en plus – et la large adoption des valeurs d’un sous-genre : le conte. C’est comme un léger drap onirique disposé avec douceur sur l’histoire. La fine couche d’or qui plaque un matériau déjà noble.

Star et réalisateur voulaient tous deux tourner en Écosse, hélas la MGM a vu mieux dans leur intérêt que tout soit fait en studio. Qu’à cela ne tienne, se sont-ils dit ; ils ont alors débarqué avec des décors qui encore aujourd’hui nous mettent le doute : 600 pieds de long, 60 de haut (183×19 mètres). Multipliez l’un par l’autre, ajoutez un zéro et vous en avez le prix en dollars. Mais les oiseaux sont des bien meilleurs appréciateurs de leur réalisme que les chiffres : il est notable et authentique que certains d’entre eux les ont trouvés tellement à leur goût qu’ils ont pénétré les studios pour y loger !

Bref, un succès qui ne nous prédispose même pas à ce que la conclusion soit une critique de la société urbaine new-yorkaise ; a fortiori du quotidien occidental tout entier, ce qui nous laisse sur la réflexion que c’est une chose admirable pour l’époque.


Hebdo – 2017, N°35 (Goldfinger, Night Watch…)

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Lundi : Deux Hommes dans la Ville 

(José Giovanni, 1973)

« Jean Gabin »*

Gabin n’aura décidément fait que du cinéma de transition à la fin de sa vie. Transition dans un style de plus en plus cru, qui caractérise la vraie émancipation du cinéma après le succès abstrait et relatif de la nouvelle vague. On n’hésite plus à tourner la scène très noire de l’exécution à la guillotine, histoire d’être plongé avec vivacité dans cette actualité médiévale par quelqu’un de très bien placé pour en parler, puisque le réalisateur José Giovanni a connu le couloir de la mort avant d’être finalement condamné à de la prison. Transition aussi dans la représentation des sentiments, où l’on reste coincé dans la forme mondaine de l’amour et celle des mauvais sentiments, alors que le bonheur va avoir droit à une ambiance aux petits oignons et en musique, qui rend l’ensemble inégal d’une manière qui déconcentre un peu.


Mardi : Agatha

(Michael Apted, 1979)

« Dustin Hoffman »*

Agatha est sous bien des aspects le dernier hoquet d’un cinéma depuis longtemps dépassé, dont la résurrection momentanée par Michael Apted doit être doublement justifiée par l’influence profondément britannique de la réalisation sur ce film, et la présence pesante de Hoffman dans l’autre plateau de la balance culturelle. Cela peut paraître dit négativement, mais c’est ce qu’il tombe sous le sens de dire à propos de la manifestation d’une ancienne ère bien après son extinction. Et il ne s’agit pas là de l’histoire du film, qui se passe en 1926, mais bien de l’esprit qu’on sent planer sur le tournage tout entier, comme si chaque image était légèrement transparente sur son origine. Pour n’avoir pas exceptionnellement brillé, Hoffman n’a pas fait non plus briller les autres, mais c’est une occasion inattendue, depuis cette année 1979, de se replonger non seulement dans une ambiance à l’odeur encore agréable de fâné, mais aussi dans l’atmosphère authentique d’un film policier à la Agatha Christie, dont c’est là une explication artistique proposée à la disparition authentique, pendant onze jours, dans les années 1920.


Mercredi : Goldfinger

(Guy Hamilton, 1965)

« James Bond »*

Goldfinger a un secret, pas gros mais important : s’il est l’un des films de Bond les plus emblématiques, c’est parce que nul autre film n’a propulsé la série plus vite vers son « destin » (mot à considérer rétrospectivement avec ce qu’elle est effectivement devenue). L’Aston Martin et ses gadgets, ça y est : ils y sont. D’ailleurs, la marque a dû se faire convaincre de figurer dans le film ; les « arguments » devaient être solides. Choix qu’ils n’ont d’ailleurs très probablement pas regretté.

Mais le résultat n’en reste pas moins inexcusable pour ses fautes de goût, telles les explosions superfétatoires rendues radieuses par le Technicolor. Même le temps ne peut pardonner à ces détails où la technique s’est enragée contre sa propre relative primitivité afin… d’en faire trop.

Si on laisse glisser les vices de forme, le Doigt en Or est quand même – heureusement – le résultat d’un tournage acharné. Sean Connery avait déjà donné de sa personne dans la saga, frôlant la mort lors de la réalisation d’une scène en hélicoptère. Il fut également blessé légèrement sur ce tournage-ci, et il n’y a aucun doute que plus d’un cascadeur s’est fait des bleus.

Par contre, dans la famille des petits détails énervants, je demande la question de la femme. On a depuis longtemps pardonné à Bond de l’avoir chosifiée, trophéisée même… mais est-ce une raison pour en mettre partout, jusqu’en troupeau dans des cockpits d’avion ?


Jeudi : La Contestation

(réalisateurs divers, 1964)

« Langue italienne »*

D’ordinaire, les films à sketches italiens sont une source de divertissement complète et unique. Voir Godard parmi les cinq réalisateurs réformistes de ce film laissait présager un ingrédient supplémentaire à la recette habituelle, un arôme de nouvelle vague. Auquel cas le connaisseur pourrait aborder l’oeuvre sans préjugés. Malheureusement, la raison pour laquelle elle a fait l’ouverture du festival du film de Berlin en 1969 était dû à son à-propos politique ; de grands artistes y préfigurent les conséquences possibles aux bouleversements de 1968. Le film fut fait au bon moment, sur le bon sujet, de la bonne manière, mais n’était valable que dans le double contexte extrêmement étroit de l’esprit étudiant italien et desdits troubles post-68. Sortie de ce cocon minuscule où elle peut s’exprimer, l’oeuvre nous frappe alors comme une compilation médiocre d’allégories d’actualité et d’expérimentations figuratives ennuyeuses. Il faut avoir une passion trop éclectique pour encore prendre du plaisir à le voir aujourd’hui.


Vendredi : Night Watch

(Aleksandr Bachilo, Timur Bekmambetov, 2004)

« Langue russe »*

Night Watch, c’est un grand cri de guerre russe pour s’attirer l’attention d’Hollywood. Pour ce faire, l’équipe s’est plus que largement inspirée – les puristes diront plagié – les préceptes de la capitale du cinéma en la matière. Et si l’opinion était partagée sur ces méthodes, le box-office ne l’était pas, puisqu’il s’agit là du plus gros score de tous les temps en Russie.

Copier un certain style est condamnable selon le contexte, pourtant le style ne sert ici que d’outil pour véhiculer un message et une vision des choses en particulier. Dans ce cas précis, il ne faut pas plus blâmer les Russes d’insuffler un caractère préexistant à leur oeuvre qu’on ne les blâmerait d’utiliser Kodak ou Nikon. Ils n’ont aucune prétention à revisiter la chose ; pour eux, Hollywood était le moyen, pas la finalité. En plus, la vraie finalité est évidente : le film a du caractère, il est violent, mystique et urbain. Il n’est pas occidental et son histoire est claire. Moyennant quoi, on devrait plutôt admirer le film pour l’énergie de son montage (encore quelque chose qui leur est propre) et le respecter pour avoir su mêler à la violence de son image une conception du manichéisme qui, pour n’être pas moins stéréotypée qu’aux USA, est très slave et plaisante à découvrir.

Quitte à s’en faire le détracteur, il y a d’autres défauts : le scénario est trop riche, la preuve en est qu’il ne sait plus comment faire la part des choses ; les intrusions du metal, du rap, du dessin animé et du jeu vidéo se marchent dessus jusqu’au ridicule ; parfois les images donnent l’impression de se chevaucher dans un capharnaüm maîtrisé tant bien que mal, pour le plaisir de l’oeil aussi bien que pour la gloire de l’épilepsie et du royaume de la confusion. Ça n’en reste pas moins un film original, qu’on ne devrait pas se vexer de voir à côté des clones monopolistiques du cinéma américain.


Samedi : Le Bal des Sirènes

(George Sidney, 1944)

« Musique »*

Le slogan de la MGM pour ce film comprenait « mammouth », qui se voulait ici l’adjectif qualificatif d’un « spectacle musical ». On repassera pour le mammouth, mais le grandiose se pose là. Fourre-tout magnifique du divertissement, Bathing Beauty – tel est le titre original – nous offre du one-man-show, du comique de situation, et bien sûr l’habituel cocktail « chant-danse » des années folles américaines. Red Skelton en assure toutes les parties. A l’origine, c’est son personnage que le scénario devait mettre au premier plan, avant que l’attrait pour la protagoniste féminine ne pousse les producteurs à l’axer sur elle, passant d’une comédie pluridisciplinaire à une comédie romantique. Une victoire de la superficialité dont Skelton en réalité se gausse, car c’est lui qui attire de toute manière le regard avec ses fausses manières de Robin Williams.

Mas au-delà de ces taquineries scéniques qui devaient être bien plus palpitantes en coulisses, il y a la performance artistique, qui met curieusement à l’avant-plan parfois certains musiciens en particulier – pianiste et trompettiste surtout – qui ne sont pourtant que des maillons dans la chaîne du tournage.

Le clou du spectacle n’est rien de moins qu’une démonstration de danse aquatique où la synchronisation des nombreuses artistes est plus étonnante que n’importe quelle danse hors de l’eau. L’oeuvre, finie de concevoir en 1944, était destinée aux combattants américains en Europe ; au regard du respect vénérateur que les USA vouent à leurs soldats, le film est tout à leur honneur.


 

Hebdo – semaine 30, 2017

Pendant le mois d’août, le blog est en mode vacances, ce qui signifie peu voire pas de critiques. A dans un mois donc !

 

Le lundi, j’ai foui…

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 Le Tueur

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Jean Gabin –  Il s’agit peut-être là d’une remarque un peu morbide, mais plus la mort de Gabin approche, plus ses films marquent par leur caractère transitionnel. Après un drame romanesque teinté de réaménagement urbain, Le Tueur est un retour au film policier, mais qui n’omet pas d’assaisonner le contexte à grands coups de modernisation supposée de la police dans le but visiblement raté d’améliorer l’opinion des masses à son sujet. Là-dedans, Gabin est l’ancêtre conservateur. Très bien. Moins bien par contre, la réalisation, comme si ceux derrière la caméra avaient fait un effort de bonne volonté pour évoluer sans y parvenir vraiment. Et la post-synchronisation faiblarde qui ne gâche rien du jeu des figurants car il n’est pas non plus de très bonne facture. Oui, même toi, Depardieu.


 

Le mardi, j’ai foui…

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 Le Récidiviste

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Dustin Hoffman – Hoffman en malfrat. Bon. Cela fonctionne, rien à redire. On s’y serait attendu, l’acteur donnant toujours le meilleur de lui-même presque jusqu’à diriger le film (il s’est finalement résigné à engager un régisseur). Le scénario n’est pas le point fort mais il a quelque chose de vrai qui fait qu’on s’y accroche volontiers. Il est simplement dommage qu’aucune profondeur ne se cache derrière les pages du script ; on devine que le criminel devient un récidiviste pour s’être fait harceler par les autorités pendant sa liberté conditionnelle, mais le film a le tort de ne pas insister sur cette ironie, ce qui la fait ressortir toute bête et simplette. Même chose en ce qui concerne l’escalade : on devine là encore qu’elle est horriblement inévitable sans que l’accent soit mis sur ces ennuyeux paradoxes judiciaires. Et puis certains personnages phares – M. Emmet Walsh en parfait contrôleur vicieux de conditionnelle ? – disparaissent tout à coup, comme oublié par les auteurs. D’autant plus un gâchis que l’oeuvre est déjà captivante de bout en bout pour ce qu’elle est. On aurait juste pu en tirer un chef-d’oeuvre, à peu de choses près. 


Le mercredi, j’ai foui…

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 Bons Baisers de Russie

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) James Bond –  Un autre des pas maladroits vers l’équilibre de la série James Bond, qui commet moins l’erreur d’être kitsch. On est bien d’accord que cela ne se choisit pas, mais il faut souligner à quel point Dr. No s’avançait trop loin dans des domaines de la science-fiction encore tellement mal éclairés par les caméras. Bref, Bons Baisers de Russie : le pas en avant est sensible, on appréciera l’apparition discrète de quelques gadgets primitifs. Il est en revanche fâcheux pour le spectateur contemporain que le film d’action lui semble un genre récent, car il sera très peu indulgent envers les premiers films sur 007, casant beaucoup plus d’erreurs dans la case des moyens défaillants que dans celle, plus objective, de la période de la réalisation. La séquence avec l’hélicoptère en est une illustration frappante : la scène était réaliste, au point que le pilote a mis la vie de Sean Connery en danger. D’un tournage si extrême, pointilleux jusqu’à l’imprudence, le résultat ne peut être que bon. Mais il a fallu que ces scènes énergiques soient complètement ravagées par le montage, les faisant se succéder comme en un capharnaümoscope idiot. Enfin bon, l’âme de James Bond deviendra grande, et en attendant, le divertissement est présent.


 

Le jeudi, j’ai rien foui…


Le vendredi, j’ai foui…

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 Vij

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Film en langue russe –  Une amusante production soviétique dont on remerciera les producteurs de ne l’avoir fait durer que 72 minutes. Le montage est abominable, les dialogues d’une pauvreté aux antipodes de faire honneur à la langue russe. Par contre, ils ont fait des trouvailles en matière d’effets spéciaux qui valent le détour – entendons-nous : à d’autres moments que celui, par exemple, où ils ne se gênent pas pour montrer un décor tournant pour simuler la lévitation des personnages. Mais l’usage de ces effets est inégal, allant de l’astucieux à l’épouvantable. Une simple chose sauve le film d’une appréciation unilatéralement mauvaise : il est amusant !


 

Le samedi, j’ai foui…

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 L'entreprenant monsieur Petrov

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Film musical – Le filon gigantesque Astaire-Rogers a connu bien des hauts et des bas. En ce qui concerne Petrov, il s’agissait bien d’un haut. A sa profession déjà prenante de danseur-chanteur-acteur, Astaire a dû cette fois ajouter beaucoup de travail d’humoriste, mais ce n’est pas là de quoi le différencier d’autres de ses prestations. Ce en quoi il a ici excellé, c’est qu’on a l’impression de ressentir son humilité aux moments où il n’est pas à l’écran ! Un paradoxe un peu absurde, pourtant son talent méritait plus de place et on n’a en aucun cas l’impression qu’il a dû se restreindre à une partie seulement de son potentiel. Pour finir, il n’a pas dû y avoir beaucoup de films des années 1930 donnant à ce point l’impression que de multiples caméras tournaient simultanément à chaque scène. Les jointures sont parfaites et cohérentes. Et puis perfectionniste ! La scène en patins à roulettes a pris près de 150 prises, et au moins 15 fois le duo s’est laissé tombé douloureusement sur l’herbe.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 29, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 Le Chat

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Jean Gabin – En fin de sa carrière, Gabin tourne avec Signoret une oeuvre loin de tout son passé. C’est ainsi en tout cas que l’histoire nous le fait ressentir : ils sont un couple âgé, aigri, dont le vacarme du réaménagement urbain parisien se rapproche de plus en plus de la maisonnette.  La forme adoptée est presque trop littéraire ; les endroits où l’animal est personnifié, là où un sentiment sous-jacent doit se faire sentir, on croirait le voir annoncé par un immense panneau clignotant rouge. Mais l’histoire se prête étonnament bien aux deux vieux géants, qui en font tout en restant eux-mêmes une oeuvre bouleversante et sincère. Et puis même s’il est légitime de trouver le film trop littéraire, il s’agit aussi d’un mérite qui ne manquera pas de satisfaire les lecteurs.


Le mardi, j’ai rien foui…


Le mercredi, j’ai foui…

 Dr. No

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James Bond – Ainsi donc, tel était le premier film de James Bond. Un opus qu’on peut raisonnablement prétendre être le plus fidèle à la base littéraire puisqu’il est antérieur à toute tentative d’en faire la franchise commerciale que la série est encore aujourd’hui. Remarques principales : le rythme qui s’installe avec une fluidité irrégulière, par à-coups, comme si le moteur de l’adaptation toussait, que scénario et ouvrage de Fleming se rencontraient encore en bien des points où le film n’a pas su trouver son indépendance. Le montage est également pitoyable, reflet de la gourmandise des régisseurs d’alors, dont les idées dépassaient de quinze ans la technique au bas mot. Mais il faut savoir faire la part des choses entre le franchement mauvais et le kitsch, difficile à séparer l’un de l’autre. Il y a des deux ici. Et puis le personnage de Bond, malgré le jeu d’acteurs pauvre au global, avait déjà sa nature profonde, avec tout ses satellites : l’amusement qui va de pair avec ses atours britanniques, la consternation bienveillante rapport à sa qualité exacerbée d’homme à femmes, la jubilation de le voir mettre en oeuvre sa ruse. Bref, un premier film maladroit mais qui laisse la série sur le bon chemin.


Le jeudi, j’ai foui…

 Des Oiseaux petits et grands

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Film en langue italienne – Ah, ce que les Italiens peuvent produire d’hilarant sur des sujets graves et toujours avec autodérision ! Cette histoire tout en noms d’oiseaux n’innove pas dans la forme qu’ils utilisent habituellement pour rendre leurs films étranges et bien à eux, mais les petites idées dont celui-ci est truffé feront lever sourcils et commissures des lèvres en même temps. Diante, Lynch lui-même aurait pu s’en inspirer pour ses cocktails d’art magnifique sans aucun sens ! Pasolini assure même qu’il n’y en a pas, de sens. Pourtant c’est un support tolérable à l’insupportable façon méridionale qu’ils ont de parler politique ; et le n’importe quoi est suffisamment bien manipulé pour qu’on se prenne à écouter ce qu’ils ont à dire. Une création unique et diverstissante, donc par définition réussie.


Le vendredi, j’ai foui…

 Par-delà les nuages

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L’amorce est encourageante, on s’attend à voir un film sur la fortuité réalisé de main de maître. Quand on va plus avant dans l’histoire, on s’aperçoit qu’on est à la frontière du film à sketches avec des scénarios divers que rythment des acteurs aux grands noms dont la fugacité du passage ne fait que glorifier la prestation. La musique est bien aussi, doucereuse et berçante. Mais c’est aux deux tiers de l’oeuvre que ce même côté berçant révèle une nature à se foutre un peu du spectateur, même si ce n’était absolument pas voulu par ceux qui tiennent les manettes. Mais bon, trop de petites histoires sans lien ni distinction viennent à faire passer l’ensemble pour un unique scénario fragmentaire, où il devient lassant qu’à force les grands sentiments instillent de petits résultats. Cela pourrait être une étude intéressante de la réalité des évènements dans la vie courante, mais en même temps l’oeuvre se veut le support à des réflexions d’ordre philosophique, et c’est là que la mixture n’est plus bonne. Ils voulaient touiller à grands coups d’art, mais ils ont fait une oeuvre d’eau et d’huile ; rien à lui redire sur le fond, sauf qu’il y en a deux en réalité et qu’ils sont hétérogènes.


Le samedi, j’ai foui…

 Les Producteurs

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Film musical – Il est amusant de voir une comédie musicale de 2005 produite exactement comme dans les années 1950. Cela se retourne même contre ceux qui en eurent l’idée car le perfectionnement des techniques met en valeur… les imperfections ! Les infimes irrégularités dans les chorégraphies deviennent évidentes, affichées en couleurs et bonne résolution. Détail moins marrant : le film provoque le dilemme de l’humour gras ; en rire revient quelque part à admettre sa propre bassesse d’esprit. Mais toute l’équipe s’est éclatée dans cette création, cela se sent et c’est ce qui compte.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 26, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 Demi-Soeur

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Les films de Balasko sont toujours dotés d’une sensibilité particulière qui les rend uniques et attirants ; c’est sans surprise qu’elle fait d’une simple d’esprit – son personnage – un objet d’attachement qui n’ira jamais jusqu’à nous ennuyer de ses vagissements pourtant encombrants. Pour cette griffe qu’elle met dans l’histoire, one ne peut pas non plus se plaindre que le scénario est trop commun. Non, c’est plutôt au personnage de Michel Blanc qu’il faut chercher des poux, car il plonge d’un extrême à l’autre avec beaucoup trop de légèreté, en véritables vases communiquants émotionnels, de sorte que la catharsis retombe comme un soufflé. On en restera donc sur un mignon film français contemporain, bonifié par la présence de Balasko.


 

Le mardi, j’ai foui…

 Hand Cash

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Si vous vous demandez l’effet que ça fait de verser de l’argent dans un projet cinématographique qui représente la violence dans le but, euh… de représenter la violence, alors regardez ça. Voyez les acteurs subir le sort de cette oeuvre dont ils n’avaient pas dû réaliser à la lecture du script combien le scénario est profond. Autant que l’Everest. Combien il était subtil. Autant que du Rembrandt copié par une vache. Bref, la violence n’y est pas réellement insoutenable et, d’accord, ce n’est pas le centre de l’histoire : on y parle en fait surtout de sous, un autre thème philosophiquement élévateur. Et beaucoup ont été mis en régie pour faire mumuse avec des voitures. Anecdote amusante : lors du tournage, le peu de talent de Val Kilmer fut porté disparu. On le retrouva deux mois plus tard sur une plage des Caraïbes.


Le mercredi, j’ai rien foui…


 

Le jeudi, j’ai foui…

 Âmes en stock

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Un autre exemple du syndrôme de la trop bonne idée : les vingt premières minutes nous en détaillent la teneur et on a franchement envie d’en savoir plus. Dans l’histoire, l’âme est quelque chose que la science maîtrise comme n’importe quel (autre) organe, sans toutefois le comprendre. Cela réduit l’incrédulité en surplus du spectateur à un minimum, c’est donc une bonne chose ; l’âme entre dans la « peau » de son « personnage » avec naturel. Et puis la présence du syndrôme se révèle : derrière l’idée, aucune dimension poétique ou rêveuse telle qu’un sujet comme l’âme le méritait. Rien à quoi accrocher notre curiosité. Juste un scénario beaucoup trop matérialiste pour son thème, où interviennent impertinemment un réseau de traficants même pas bien esquissé, et des relations platoniques là où devrait frapper l’émotion (par exemple au sein du couple). A force de rire de l’aspect en pois chiche de l’âme – quelle idée déjà d’en faire ce répugnant solide ? -, on a l’impression que ce sont effectivement des pois chiches. A éviter à moins de n’être (vraiment pas) exigeant.


Le vendredi, j’ai foui…

 The Double

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Une oeuvre qui va au fond de son ambiance, comme si le réalisateur avait eu une super bonne idée et en prime la sagesse de la développer au maximum sans empiéter sur l’autre grande part importante du film, l’histoire. Malheureusement, la vie propre de cette atmopshère néo-noire – qui n’est pas sans rappeller les débuts de Lynch – n’est pas tout à fait linéaire. C’est heureusement une impression qui se dissout en même temps que la vivacité du souvenir du visionnage. Mais en effet, difficile d’être toujours autant absorbé dans ces machineries aux tons jaunâtres, dans cette société glauque et illogique, qui ont pourtant le mérite d’attirer l’oeil sans vantardise. Mais l’ambiance et l’histoire, ce yin et yang fondamental dont le contraste est particulièrement appuyé dans ce film, font largement l’affaire pour qu’on s’intéresse à la maîtrise par les acteurs de ces jeux sur l’injustice social, élevée au niveau d’un cauchemar. Et là où le réalisateur confirme un caractère patient, c’est dans sa manière de démouler doucement une fin qui ne fout pas tout en l’air.


 

Le samedi, j’ai foui…

 Wayne's World

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Film musical – Qu’il est difficile d’entrer dans ce film ! Les deux protagonistes arrivent à toute vitesse car on doit sentir d’entrée de jeu à quel point leur présence va être importante, et ils nous donnent immédiatement l’impression d’être à la racine de Dumb and Dumber, de deux ans postérieur. A la différence que ce dernier cultive le premier degré crado et se prend au sérieux tel quel. Wayne’s World est sa propre parodie, une dimension normalement théorique qu’on est forcé de prendre au sérieux à cause des multiples apartés des personnages à la caméra. La couche sous-jacente au littéral, là où se trouvent les références culturelles, aurait mérité d’être un peu plus épaisse, mais il ne faut pas perdre de vue que le film est drôle dans un sens éminemment tous publics. Bon, l’humour est vraiment de bas-étages, mais l’enrichissement est grand, surtout en VO, même si on ne comprend pas tout. Après tout, ça vaut quand même peut-être mieux parfois.


Le dimanche, j’ai foui…

 Nazarin

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Film en langue espagnole – Toujours à l’aise dans la misère d’où il sait tirer des interprétations aussi bien que des témoignages, Buñuel s’attaque cette fois au prêtre idéal. Beaucoup trop, d’ailleurs : sans défaut, le padre réconforte tout le monde, et de tout le monde supporte sans broncher les insultes et les coups. Mais de l’essence de ce religieux idéal, il fait jaillir une métaphore énorme qui n’aurait pas existé sans ces excès : le paradoxe du saint, adoré par les uns et abhorré par les autres. Tout gravite autour de lui tel un maelström compliqué, alors qu’il n’y a pas d’homme plus simple que lui ! Et, contradiction ultime, cet homme d’un altruisme et d’une lucidité hors du commun baigne dans un monde séculariste où il ne manque pas lui-même d’être le vecteur de la parole chrétienne, quoique dans un sens originel extrêmement sain. Et il lutte pourtant contre les superstitions ! Des oppositions magnifiques mises en oeuvre sans en avoir l’air.

Hebdo – semaine 24, 2017

Le lundi, rien j’ai foui…


Le mardi, j’ai foui…

 Papillon

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Dustin Hoffman – McQueen et Hoffman dans un duo tragique et historique portant sur le bagne en Guyane Française. En d’autres termes, un sacré voyage touristique à la sauce américaine, ce qui signifie devoir accepter la chose comme elle vient telle n’importe quelle autre oeuvre étasunienne. Le fait que les Français y parlent anglais y compris. Et le jeu des deux acteurs a de quoi nous transporter si on ne craint pas les longs silences audio. Mais il faut savoir se remettre dans le contexte : en 1973, c’était une création réussie dans la lignée de bien d’autres dont Hoffman est un vecteur qui y a survécu. Il aurait fallu attendre une décennie pour avoir sous les yeux un scénario avec moins de blancs et une continuité temporelle plus pleine. En revanche, s’il y a bien des détails d’une médiocrité intemporelle, c’est la scène de tempête en mer par un grand ciel bleu, et le maquillage des lépreux qui tient du masque plus que d’autre chose.


Le mercredi, j’ai foui…

 Lost Highway

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David Lynch – Lynch, ou le refaçonneur de ce qu’on croyait intangible. En quelques coups de crayon sur les pages du scénario, il plante déjà les bases de la réforme la plus radicale de tous les genres à la fois. Quelle difficulté ensuite, pour l’artiste accompli qu’il est, d’assumer les différents rôles auxquels le générique témoigne qu’il a pris part (notamment dans le secteur musical), tout en mettant en scène ce théâtre bizarre, qui prouve entre autres choses qu’on peut prendre au cinéma d’horreur les scènes symptomatiques sans prendre le lot « symptômes et clichés » ? Autrement dit, sans s’y enfermer.

Pullman se reconvertit d’Independence Day à cette oeuvre fantasmagorique et complète, et ce sans dégâts. La confusion que le réalisateur veut instiller dans l’esprit du spectateur est telle qu’on a l’impression de voir deux films différents de part et d’autre du point de rupture, d’une manière si nette qu’on peut dire de celui qui ne le voit pas qu’il n’a pas compris le propos du film. Et il n’y a pas de doute que l’orchestration de ce disjointement a nécessité de Lynch qu’il se fasse un parfait schizophrène créatif. L’univers lent, rythmé par des ruptures de ton tapageuses, contrastent avec la deuxième partie qui se place en thriller harmonieux, plus conformiste, quoique dans un second degré enveloppé d’une musique enveloppante assez déroutants. Il y a un synonyme à l’ensemble de ces nombreux adjectifs : génial.


Le jeudi, rien j’ai foui…


Le vendredi, j’ai foui…

 Lisbonne Story

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Film en langue allemande – Wenders laisse cette fois le soin de philosopher à ses personnages, passant par le second degré plutôt que de faire une oeuvre qui parle par elle-même. On a de la sorte moins l’impression que c’est le dialoguiste qui parle et que le dialoguiste est Wenders. Il y a là un peu d’humilité, peut-être, mais pourtant ça n’en est pas moins une oeuvre engagée où il se plaint, ouvertement et sans complexe d’être reconnu chez ses protagonistes, de la commercialisation galopante du cinéma. Il déplore que les images ne racontent plus d’histoires, et il évoque ses regrets dans un style quasi-tout public et comique. Presque autant un auto-documentaire qu’une énième tentative de se moquer des langues du monde ou encore qu’un film, mais juste parfait tout de même, parce que l’innocence est le meilleur moyen de convaincre de sa foi en une chose, et la sienne dans le cinéma est frappante.


Le samedi, j’ai foui…

 Flashdance

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Film musical – Un classique qui ne fait pas vraiment honneur à la diversité musicale dans laquelle il aurait pu plonger. Il est bien fait et on comprendra aisément, même à 35 ans d’écart, pourquoi il est devenu culte, mais un certain minimalisme bien dissimulé est à l’oeuvre qui transforme le beau en mignon. L’oeuvre aurait sûrement fait très bon usage de 20 à 30 minutes supplémentaires en longueur, de quoi régler les trucs qui traînent dans l’histoire et en faire quelque chose de plus satisfaisant. Certains personnages sont carrément laissés pour compte ! Le scénario est relativement convenu, ce qui n’est pas grave en soi, mais la faible profondeur des rebondissements et le principe de la « flashdance » sur laquelle les danseuses, eh bien… dansent – sans jamais chanter même en playback -, font sonner le tout un peu comme une insulte non formulée aux artistes derrière tout ça. Surtout quand la star, révélation même, est doublée pour les scènes de danse…


Le dimanche, j’ai foui…

 Zone Rouge

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On part sur un bon film catastrophe à la française, un honneur hexagonal réussi à l’engouement qui secoue alors les USA sur ce thème. Il est dommage que la façon française ne se prête pas de manière exceptionnelle à la peur et à l’action, qui sont ici timidement représentés, et le scénario y fait des incartades qui ne sont du coup qu’à peine correctes. Mais il fallait oser le faire, et oser mettre de vrais noms sur les corporations fautives. Un thriller aisé à résoudre pour le spectateur mais une distraction qui fonctionne.

Hebdo – semaine 23, 2017

Le lundi, j’ai foui…

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 Sous le signe du taureau

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Jean Gabin –  Pour en finir avec la charnière 1968 (il faut bien parler de ce qui est important), c’est avec ce film qu’un équilibre est retrouvé, faisant le compromis du vrai Gabin avec les temps qui changent. Et on ne saura trop souligner les avantages de cette prise de décision si on apprécie l’acteur ! Conclusion : 1968 aura pour lui été un creux de la vague dans la houle du cinéma.


 

Le mardi, j’ai foui…

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 Les Chiens de paille

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Dustin Hoffman –  Ooh, ils ont mis Dustin Hoffman dans l’ouest britannique, ce que ça va être gentil. Ou pas. Mais différent de tout, par contre, le film l’est sans souci. Mais d’abord, il va falloir s’ennuyer ferme, car on n’est qu’en 1971 et le plantage de décor prend une heure (ce n’est pas une expression). Puis on est plongé dans les relents du whisky chez ces locaux qui ne sont civilisés qu’au jour de leur propre justice, et ainsi est-on embarqué dans un tourbillon de plus en plus orageux d’ébriété sauvage, un cyclone dépourvu de raison dans l’oeil duquel ne règne nulle justesse. La finalité de ces gens va être le déchaînement de leur violence, sans probablement qu’ils sachent pourquoi eux-mêmes. Pour le spectateur, c’est un puissant sentiment d’injustice qui s’installe, remplacé ensuite par celui de l’irréel lorsque l’improbabilité cinématographique se produit au plus sombre de l’intrigue. Une improbabilité qui nous fait redescendre de ces sommets de frustration et qui ne sera pas sans rappeler aux lecteurs de Stephen King son modus operandi. Puis le générique arrive et on est laissé dans l’embarras : une justice oui, mais de quel ordre ? De l’amour oui, mais en quelles proportions ? Car le couple principal faisait ternir tous ces espoirs de perennité au premier coup d’oeil tant ils étaient dépareillés, mais si cela avait été voulu pour nous induire en erreur avec le stéréotype du couple cinématographique ? Un film violent et sans prétention, mais philosophiquement profond et qui vous fera passer des bons et des mauvais moments si vous n’y prêtez pas attention, les uns mêlés aux autres.


Le mercredi, j’ai foui…

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 Sailor et Lula

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)David Lynch –  Fidèle à lui-même et toujours en véritable artiste, Lynch choisit cette fois de diluer le glauque qu’il affectionne. Tout comme il dilue les scènes dérangeantes et les scènes satisfaisantes et les faisant se superposer, s’alterner rapidement au travers d’un montage énergique, il voue une partie de l’intrigue à un pessimisme qui n’est ici pas que théorique – tant il est poussé et parachevé chez les personnages les plus tordus – et une autre à prouver que son talent n’a pas qu’un seul tranchant : il peut très bien réaliser une partie de film de manière vraiment très étrange, au point de faire déserter ses tous premiers publics lors des séances de test, et faire l’autre moitié de manière sensible et tendre. De plus Nicolas Cage et Laura Dern disaient vouloir se partager non pas leurs propres rôles, mais un rôle unique (celui du couple) et ça fonctionne.


 

Le jeudi, j’ai foui…

 Le Commissaire

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Film en langue italienne – On croirait presque ce film victime du syndrome de la trop bonne idée, qui veut qu’un artiste soudain inspiré délaisse le développement méthodique du contexte au profit de l’idée en elle-même, ce qui provoque des envolées de génie enveloppées dans de grandes couches de remplissage. Mais en même temps, on croirait que ce défaut a été compensé, comme si de grosses réécritures du scénario s’étaient avérées bénéfiques. Une analyse bien trop poussée à l’issue d’un simple visionnage, mais c’est réellement ce qu’on peut déceler dans cette oeuvre de vingt minutes trop longue, où tout rebondissement a le mensonge pour unique prétexte, et où la monotonie du texte du personnage principal jure avec l’énergie de l’acteur. Mais le résultat est trop mitigé pour être vraiment agréable.


Le vendredi, j’ai foui…

 La Chute des feuilles

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Film en langue géorgienne – Voilà bien un film qu’on gagne à voir entier. Car la première impression est très trompeuse : des plans de la Géorgie profonde, traditionnelle et toute contente d’être filmée, nous laisse croire à un documentaire sur la vie des campagnards. Mais ce n’est qu’une introduction, car on est bientôt transporté dans une communauté plus citadine et ouvrière où va doucement s’installer une intrigue plutôt cinématographique, quoique un peu trop lente. La musique est mauvaise, la diversité de ce qui nous est montré est nulle, mais au moins a-t-on sous les yeux un vrai film de cinéma qui nous invite cordialement à nous faire le spectateur des producteurs de vin. Il va falloir attendre encore pour réaliser la profondeur de tout ça : l’histoire qui nous est contée est morale sans être embarrassante, et c’est la représentation d’une leçon apportée à une jeunesse kolkhozienne, l’ensemble étant mis en scène par des gens qui, justement, savent ce que c’est de faire des scènes, un peu longues, techniques et pleines de sens à condition de considérer que le spectateur saura le voir.


 

Le samedi, j’ai foui…

 Embrasse-moi chérie

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Film musical – Sous les titres les plus moches se cachent les plus belles perles. C’est un principe logique qui peut être démontré et que ce film fait plus que démontrer. Peu importe que les décors du film soient aussi peu réalistes que ceux de la pièce de théâtre dont il est l’histoire. Tout se mélange de toute manière sur les ailes de ces acteurs aux noms moins grands que d’autres pourtant si à l’aise pour nous transporter dans ces beaux pays de l’art. Sur une note plus littérale, on ne peut s’empêcher de remarquer la propension de la régie à balancer des choses sur la caméra : feu, pieds, liquides, bananes… Une griffe, disons… particulière qui n’est que la partie émergée d’un iceberg de quiproquos magistraux et légers orchestrés avec un humour délectable.


Le dimanche, j’ai rien foui…