Hebdo – 2017, N° 45 (Sleepers, Viridiana…)

Image d’en-tête : Don’t come knocking

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Lundi : Nathalie Granger

(Marguerite Duras, 1972)

« Gérard Depardieu »*

La courte durée du film est une oasis rassurante au milieu du désert effrayant de son inexpressivité. Il est décevant de voir une intellectuelle au niveau de la réalisatrice Marguerite Duras laisser le champ libre à des mots aussi faibles dans des dialogues que la rareté éclaire de cruels projecteurs. De quoi plaindre les rédacteurs de synopsis qui vont se croire confrontés à leur plus profonde crise d’inéloquence devant celle de l’oeuvre. C’est une chose de laisser parler les images mais encore faut-il avoir quelque chose à leur faire dire ou bien elles restent muettes. Un cas d’anthologie.


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Mardi : Sleepers

(Barry Levinson, 1996)

« Dustin Hoffman »*

Ce film se heurte au problème des adaptations d’histoires originales, qui est l’absence de création scénaristique mais aussi les revendications intégrées par l’auteur dans le résultat. Altérées, ignorées ou raffermies par le régisseur, on l’ignore et elles sont de toute manière intempestives dans ce qui est, littéralement, une oeuvre d’art. C’eût été un défaut, mais dans Sleepers, c’est bien plus : un impair. Car l’auteur du livre dont le film est tiré a toujours maintenu que l’histoire s’agissait de sa propre enfance, et tout laisse à penser pourtant que c’est faux, l’auteur s’enfonçant dans l’irréfutable pour se défendre des accusations qui portent sur lui. Comment faire confiance à l’horreur toute simple que le film nous inspire si on ne peut pas y prêter foi ? Et c’est trop tard pour y voir une oeuvre de fiction.

En sus de tout ceci, le ton généralement autobiographique du film, saturé en voix off, est réussi dans ses passages les plus sordides et que c’est précisément dans ces moments-là que le trio gagnant Pitt-De Niro-Hoffman est réuni. Un succès désagréable qui fait passer le résultat tout entier pour n’avoir comme seule finalité que d’être le vecteur de ce propos morbide. Et si le dilemme éthique du prêtre est réussi (où il doit faire le choix entre la justice et la vertu en déterminant si son propre faux témoignage peut être moral), il est tout à fait détestable que les deux vrais truands soient acquittés d’un meurtre par vengeance. Ils sont morts, soi-disant, peu après, ce qui pourrait en théorie rééquilibrer la conscience du spectateur. C’est sans compter qu’il peut se dire : « mais alors, à quoi bon ? ».


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Mercredi : Rien que pour vos yeux

(John Glen, 1981)

« Autour de James Bond »*

Un Bond qui se repose un peu sur les lauriers de la survie après le fiasco de L’Homme au pistolet d’or. Un contrecoup tardif, avec pour conséquence une foule de détails mais du genre ennuyeux. Par exemple : que tous les combats à mains nues – dont le vainqueur ne fait de toute façon jamais de mystère – soient gagnés par un moment d’inattention de l’adversaire ; que l’éclairage soit peu soigné, voire totalement méprisé, quand le projecteur s’appelle « soleil ».

Par contre, l’oeuvre marque un vrai retour aux sources tel que réclamé par le public après Moonraker, et cela se fait sentir sans voiler le modernisme que l’espace entre deux films montre toujours très fort, en particulier dans un scénario en fait peu fourni en-dehors du modèle habituel dont il aurait d’ailleurs pu se passer totalement : une grosse embrouille et Bond qui fait le ménage, une grosse cascade au début, une scène de siège à la fin. En-dehors de ce canevas, donc, il y a peu d’histoire, et l’accent est énormément mis sur les cascades et autres scènes sportives, qui coûteront comme de juste une première mort de cascadeur à la franchise, ce qui ne vaut pas le coup pour une production si mollassonne.


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Jeudi : Don’t come knocking

(Wim Wenders, 2005)

« Wim Wenders »*

Vingt-et-un ans après Paris, Texas, c’est avec un film dans la même veine que Wenders ressurgit. Road trip déboussolé portant fièrement, comme il porterait une médaille, son thème des travers de la célébrité. Hollywood aurait présenté cet antisujet avec autant de faste que s’il ne le voulait pas dénoncer, mais lui le fait d’une manière beaucoup plus simple et terre-à-terre : quand le masque médiatique d’une star tombe, il n’en reste que l’individu, simple comme personne.

Don’t come knocking laisse le spectateur prendre le train en marche. Car tant qu’à faire un film du type « tranche de vie », autant lui donner l’impression que c’est aussi une tranche de film. Le casting ressemble à un congrès d’outsiders, ces gens dont on est convaincu de les avoir déjà vus sans pouvoir mettre le doigt sur l’occasion voire le nom. Et quand le nom ne porte pas à confusion – du genre de Jessica Lange -, la griffe Wenders va se charger d’effacer la poussière d’étoile pour n’en garder que le coeur en feu. Le personnage joué par Sam Shephard est justement une étoile déchue, que la presse a toujours fait passer pour une star sans pourtant se gêner à parler de ses excès empirant. En injectant des sentiments dans son oeuvre, Wenders ne fait en fait qu’attirer notre attention sur ce qui nous entoure, n’usant aucun artifice, sur le paysage émotionnel que les humains se construisent les uns pour les autres.

L’attachement aux personnages ou les indices potentiels sur la suite de l’histoire – ces espèces de micro-teasers intégrés qu’on a le réflexe de chercher – sont des moyens d’expression visiblement jugés piètres par le maestro, et c’est tout à son honneur. Le spectateur doit donner du sien pour apprécier le résultat, mais c’est loin d’être cher payé quand l’art, comme à l’habitude du régisseur, est hissé à de si hauts sommets par son expertise de l’image comme de ce qu’elle contient. Par contre, une ou deux scènes rotatives en moins l’auraient encore plus approché de la perfection.



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Samedi : Les Folies Ziegfeld

(réalisateurs divers, 1941)

« Film musical »*

D’ordinaire, les Américains font de grandes et longues comédies musicales avec une paire de têtes d’affiche, un crescendo de luxure graphique et un bouquet final au programme. Avec cette version des folies Ziegfeld – thème qu’ils ont toujours aimé revisité -, ils ont voulu changer tout cela, séparant la comédie de la musique et ne lésinant pas sur les noms apparaissant au fil des sketches : Garland, Skelton, Kelly, Astaire etc. Fait curieux si on pense à toutes les façons dont les Américains manipulent le succès commercial, c’est l’un des deux seuls films où ces deux derniers dansent ensemble.

Mais le résultat n’est pas tout à fait concluant : taillés dans presque trois heures de pellicule, les sketches sont rarement d’une réussite éclatante et l’humour des passages comiques est difficile à remettre à son époque tant il est potache.

En revanche l’oeuvre a ses perles. En voici deux : la figuration de feu Ziegfeld dans un paradis simple, construit de souvenirs et où le bonheur est la seule finalité, suivie de l’introduction en personnages filmés-animés à la manière de l’animation tchécoslovaque. Un cabaret distrayant dont il ne faut pas trop regarder les dents.


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Dimanche : Viridiana

(Luis Buñuel, 1961)

« Langue espagnole »*

Buñuel avait beaucoup tapé sur l’Église du temps où il réalisait des films mexicains. Alors histoire sans doute de ressurgir avec douceur dans son Espagne natale où il n’avait pas tourné depuis 1936, il a choisi non pas de la présenter sous des airs de perpétrateur mais de victime. Mais comme il n’a pas mis son sens critique de côté, il a quand même été censuré. On y reviendra.

Le personnage de Viridiana est montré telle une sainte, mais pas du genre du père Nazario dans Nazarín (1959) qui, lui, inspirait le respect et faisait entendre sa vertu tel un messie sans tolérer d’insoumission. Viridiana n’est pas pour plaire aux féministes : c’est une femme qui, quoique altruiste, éprise de justice et de piété, ne saura pas dépasser sa condition ou se faire respecter. Ses efforts sont ceux de la religion, ce qui établit un parallèle flagrant entre la faiblesse des deux. Elle sera successivement victime de chantage, d’iniquité, d’irrespect, d’incompréhension et même menacée de viol. Victimiser la religion aurait pu ravir le Vatican. Mais c’était également sous-entendre que ses efforts seront toujours punis et jamais n’auront le moindre espoir de faire du monde un havre de bonté et de paix. Sans compter que les coupables de l’histoire sont les pauvres, les ouailles, qui se rebiffent sans état d’âme contre leur bienfaiteurs, avec un paroxysme sous la forme d’une cène orgiaque et décadente.

Pour le spectateur dans l’absolu, c’est une réflexion qui s’ouvre : que se produit-il si l’image d’Épinal n’est pas une illusion, si piété et altruisme sont effectivement corrélés ? Voilà une vision réaliste intéressante, qui malheureusement a gâché le retour de Buñuel dans sa terre d’origine. Et c’est ainsi que le film a été initialement banni en Espagne et que Buñuel s’est fait un ennemi du Vatican. Une réaction si forte que la Palme d’Or a été attribuée au film in extremis, à la suite d’un visionnage qui suivait la remise du prix, déjà attribué.



Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Cliquez une astérisque pour plus de détails.

Hebdo – 2017, N° 43 (L’Espion qui m’aimait, Rent…)

Image d’en-tête : Land of Plenty

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Lundi : L’an 01 

(Jacques Doillon, Alain Resnais, Jean Rouch, 1973)

« Gérard Depardieu »*

De la modernité cafouilleuse qui commençait d’émaner des années 1970, est sorti l’An 01. Un titre révolutionnaire pour un thème qui ne l’est pas moins ; d’ailleurs, filmer en noir et blanc ne tenait pas encore de la seule revendication artistique. Et si le fond de l’histoire construit une utopie sur des échafaudages de naïveté, il le cache pas mal avec les réflexions qu’il offre et sa qualité un peu visionnaire. Le scénario ne s’attarde sur aucun de ses détails, ce qui lui évite de tomber dans la faute.

Sur le coup, on peut difficilement ranger les diverses facettes de son ressenti, porté malgré soi par l’immensité d’un casting qui ne se prend même pas au sérieux et où se perdent des stars comme dans une foule. On apprécie aussi de voir la politique abordée sur des aspects aussi banalement concrets, comme si le pays s’était réduit à une surface ridiculement petite pour que sa population devienne une grande famille où chacun aurait son rôle à jouer. Oui, l’utopie, on la vit. Mais il faut faire attention à ne pas décrocher de ce film qu’ils ont « voulu faire ensemble », et qu’ils ont finalement « fait à beaucoup », une fois que la fin arrive. Car d’une part elle arrive brutalement, et d’autre part on en ressort avec un sentiment de vacuité vis-à-vis de ce système aberrant qui marche si bien. On a envie de savoir la suite, ce en quoi l’oeuvre a trop bien marché ; car qu’est-ce qui succède à une utopie fonctionnelle si ce n’est un retour au moins partiel à l’ancien système ? Moyennant quoi, qu’est-ce qui justifie d’en faire un film dessus ? C’est du coup une sorte d’îlot extraterrestre sur le flots des fondamentaux, difficile à relier à quoi que ce soit.


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Mardi : Héros malgré lui

(Stephen Frears, 1992)

« Dustin Hoffman »*

 

 

Voyez la critique détaillée ici.


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Mercredi : L’Espion qui m’aimait 

(Lewis Gilbert, 1977)

« Autour de James Bond »*

La rupture promise avec l’arrivée de ce film n’est en fait que relative à celui d’avant. Sauf, peut-être, que l’évolution des moyens s’est faite particulièrement sentir après ces trois années d’absence. La médiocrité résiste quant à elle à des niveaux intolérables, comme le tournage sur fonds mouvants particulièrement abominable pour des scènes de ski. En plus de ça, les combats sont mous, les acteurs et les cascadeurs anticipent beaucoup trop leurs mouvements… Bref, un échec technique étrangement compensé par les efforts mis en oeuvre, quoiqu’ils n’aient pas payé. C’est la plus chère production de la franchise, et il en résulte des exploits parfois difficilement explicables ; en 1977, des voitures amphibies ? Des scènes comme celle-ci sont bien sûr truquées (les autos étaient creuses, en l’occurrence) mais l’astuce est plutôt bien cachée.

Sur une note plus personnelle, une lecture idéale de ma critique devrait être agrémentée de la lecture des anecdotes IMDb sur le film, qui sont exceptionnellement enrichissantes.


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Jeudi : Les Vitelloni [Les Inutiles]

(Federico Fellini, 1953)

« Langue italienne »*

Il y a déjà peu à dire d’une oeuvre pour laquelle atteindre la perfection ne semble pas si impossible. Mais quand on apprend que c’est une histoire en grande partie autobiographique de Fellini, on est presque sans voix. D’autre part cela explique le réalisme des reconstitutions sociales et familiales à l’écran, le tout composé avec une telle justesse qu’on ne peut même plus en accorder le mérite à son seul talent. En plus, c’est une oeuvre courageuse, qui ose figurer l’homosexualité – c’est déjà quelque chose – mais en plus comme un élément corrupteur de l’art. Une responsabilité que le réalisateur prévu initialement, Vittorio de Sica, a d’ailleurs refusée. C’est une création qui mériterait plusieurs visionnages. Voilà d’ailleurs un gage de qualité qui témoigne bien fadement de tous les niveaux de lecture et de tout le sens qu’elle renferme : avant d’être néo-réaliste ou surréaliste, le film est avant tout réaliste tout court.


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Vendredi : Land of Plenty [Terre d’abondance]

(Wim Wenders, 2004)

« Wim Wenders »*

[Légers spoilers] En 2003, dans une Amérique où le souvenir des attentats de septembre 2001 reste vivace, un vétéran du Viet Nam nommé Jeffries nourrit son patriotisme xénophobique au sein des forces antiterroristes. Un groupuscule étrange, pas du genre à porter le blason du pays aux sommets d’une grandeur confiante, efficace et immaculée. Le bon goût de Wenders en matière de bande originale n’a d’égal que son sens de l’esthétique. On regrettera plutôt le manque de paysages que celui en scénario, signe peut-être qu’il joue de bonnes cartes au mauvais tour. Mais le problème ne vient pas de là. Pas non plus de l’ambiance qui nous donne sans mal la nostalgie des tours jumelles et du symbole de solidité qu’elles inspiraient même aux non-Américains.

La morale du film est simple : le racisme est motivé par des antécédents généralisateurs, ou des idées reçues contagieuses. On voudrait encore aujourd’hui convraincre les gens de ces deux détails. Et l’erreur, c’est de ne jamais faire douter le spectateur que c’est là la conclusion vers laquelle il tend. Il n’y a jamais aucun doute que le syndrome post-traumatique de Jeffries, remis à vif depuis l’attentat, l’a plongé prématuré dans un entêtement sénile. Même chose pour ces fameux services antiterroristes ; une scène nous fait vaguement comprendre que la police les connaît et les tolère, mais ils n’ont qu’une crédibilité restreinte. Alors quand l’histoire en vient à nous l’avouer, ça manque de tonus dans la révélation.

Pas le plus percutant des Wenders. Il paraît bâclé mais il faut relativiser : c’est une grande réussite pour un projet qui a vu le jour en un total de cinq semaines.


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Samedi : Rent

(Chris Columbus, 2005)

« Film musical »*

Dans les bas-quartiers new-yorkais, la vie est au jour le jour. Alors quand on entend parler du loyer de l’an passée, on préfère faire semblant de ne pas entendre et le ranger dans le même panier que les ennuis de l’année passée. Cette histoire très engagée est tirée d’une comédie musicale datant de 1996, neuf ans avant cette adaptation de Columbus qui reprend le même casting principal. Elle avait gagné le prix Pullitzer, comme seulement huit autres oeuvres du genre.

Dans cette version, les éléments du scénario semblent avoir été disposés au petit bonheur, pour le seul bénéfice des revendications sociales qu’il contient. Car dans ce New Yok, la population qu’on nous montre est en grande majorité homosexuelle ET atteinte du SIDA. Non seulement c’est prêter foi au stéréotype heureusement démodé selon lequel les deux sont corellés, mais cette dominance en matière de sexualité n’est de surcroît pas justifiée, à moins peut-être par cette chanson où ils louent l’absence de tabous dans leur microcosme. Pour le SIDA, l’usage de la drogue l’explique, mais ça reste irréalistement opportun. Par ailleurs, on est toujours dans l’attente de la chanson qui va sortir du lot. Elle n’arrive jamais. On reste sur notre faim jusqu’à une sorte de faux entr’acte qui nous fait croire à une fin imminente, alors que les personnages n’en ont pas fini de tourner en bourrique les uns autour des autres sans finalité apparente.

Une création qu’on aurait préféré ne pas voir en film, même avec la technique très au point de Columbus derrière la caméra, qui nous donne par exemple de magnifiques travellings.


 

Hebdo – 2017, N°39 (Rain Man, Au service secret de sa majesté…)

Image d’en-tête : Rain Man

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Lundi : L’année sainte 

(Jean Girault, 1976)

« Jean Gabin »*

Voilà, c’est le dernier film de Gabin, qui lui permet de finir sa carrière dans la tradition de ses rôles de caïds qui ont le plus marqué. C’est un bon scénario pour chapeauter la carrière de l’acteur, qui mourra six mois après la sortie du film. Un scénario plutôt moral, comme le démontre avant tout la fin, dont l’humour laisse de plus en plus pressentir le style français des années 1980.

Bien que son rôle dans L’année sainte corresponde à ce qu’il a le plus fait, cet aspect un peu visionnaire – quoique également dirigé par l’ancienne génération avec Jean Girault aux manettes, qui lui survivra six ans – complète aussi sa carrière dans le sens il a toujours incarné les préoccupations françaises – d’où sa baisse en popularité juste après la guerre, où il reflétait combien le pays boudait le cinéma.

Côté dialogues, il y a Jacques Vilfrid, lui aussi plus qu’expérimenté, dont on ne pourra s’empêcher de remarquer les quelques lignes flottantes au milieu du reste, comme des bouche-trous sans trous.


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Mardi : Rain Man 

(Barry Levinson, 1988)

« Dustin Hofman »*

Rain Man ou le succès sorti de nulle part, moulé dans un matériau cent fois torturé. Les deux stars elles-mêmes doutaient de son potentiel, au point que Hoffman a presque quitté le projet après deux semaines de tournage, déçu de sa propre performance. Comme quoi l’artiste ne peut jamais être sûr de la qualité de son travail. Il a même fallu plus d’une semaine pour que les spectateurs se convainquent d’aller le voir, le haussant tardivement à la première place du box-office temporaire, puis de l’année 1988.

Comme à son habitude, Hoffman est un réalisateur officieux, puisque malgré ses hésitations initiales, c’est à lui qu’on doit son personnage d’autiste savant. Sans son opinion et ses improvisations, Raymond Babbit (le personnage en question) aurait été tout autre. L’acteur aurait même dû tourner le rôle du frère s’il n’en avait pas décidé autrement.

La raison superficielle pour laquelle ce film est légendaire, c’est la performance de Hoffman. Mais plus que cela, c’est sans doute la répartition des tâches au sein de la régie : Levinson réalisateur technique, Hoffman réalisateur méthodique du détail, Cruise réalisateur de l’antagonisme, Hans Zimmer réalisateur de l’ambiance (déjà, même pour sa première collaboration avec Hollywood).

On n’en voudra pas à Levinson d’avoir pris le temps de faire Good Morning Vietnam avant d’accepter le script de Rain Man, parce que les deux sont excellents. La maturation laborieuse et très lente du projet a débouché sur une histoire de la communication entièrement empathique qui peut relier deux personnes et que l’autisme peut clairement mettre en évidence, dont il n’y a à regretter que l’égoïsme très fort et réaliste dont fait preuve le personnage de Cruise, fatiguant quand cela dure deux heures.

Mais le résultat tape de toute manière au bon endroit dans des proportions qui dépassent le seul repère du public : quatre Oscars, deux Golden Globes et des tas de nominations, un score mérité pour cette grande collaboration de grands noms.


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Mercredi : Au service secret de sa majesté

(Peter R. Hunt, 1969)

« Autour de James Bond »*

La seule interprétation de Bond par George Lazenby, qu’il a immortalisée par sa turbulence, reflet par la même de ses qualités. Sa durée (cent trente minutes) nous en dit déjà long sur l’ambition du réalisateur, qui se met parfaitement dans la lignée de ses prédécesseurs tout en restant à l’avant-garde technique, d’une manière toutefois qui trahit le progressisme artistique. Les gagdets sont mis de côté – non sans une délicate apparition du très culte Desmond Llewelyn qui les fournit à Bond dans dix-huit de ses films – et cèdent leur place à des activités diverses et impressionnantes : ski, bobsleigh, course automobile, entre autres scènes physiques et d’action.

Pour la mise en oeuvre de ce contenu épique, Peter R. Hunt a fait avec le tout-venant, ce qui va avec beaucoup d’avantages… et beaucoup d’inconvénients. C’est sans doute le film de Bond où l’acteur principal joue le moins son propre rôle, tant il est doublé par des sportifs et des cascadeurs. Mais l’illusion est convaincante.

Le montage est de type mosaïque : les scènes sont composées d’une multitude de prises de vue qui durent parfois moins d’une demi-seconde. Très fatigant à la longue, quoique très bien réglé. Mais là aussi, l’innovation et la réussite ne vont pas sans leur corollaire : attendez-vous à un film tellement truffé de faux raccords qu’il pourrait servir de démonstration à ceux qui ne les remarquent d’ordinaire pas.



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Vendredi : The Million Dollar Hotel

(Wim Wenders, 2000)

« Wim Wenders »*

Après avoir discrètement collaboré avec U2 pour la musique de ses films, Wenders a décidé de donner à Bono beaucoup plus de liberté dans la création cinématographique. Résultat : The Million Dollar Hotel, sa coécriture et sa bande originale parfaite – mais on n’en attendait pas moins, forcément. L’histoire toutefois est entièrement wenderesque ; à croirait qu’à vouloir ouvrir la porte à d’autres, il s’en est lui-même ouvert plusieurs. Il est d’ailleurs allé un peu loin, faisant du film une oeuvre trop personnelle pour le style vaguement tous publics auquel il nous avait habitué les années d’avant. C’est de là que vient la réputation très mauvaise du film, mais cela aurait pu être tellement pire qu’il est difficile de justifier totalement la huée qu’il a connue, ou d’expliquer le désaveu par Mel Gibson de sa performance pourtant honorable au regard de l’environnement artistique déjà encombré avec lequel in a dû composer. Il est exagéré de dénigrer Wenders pour avoir fait de l’art un peu trop pur ; on a vu bien pire. Il faut simplement convenir qu’allier l’art au désagréable n’est pas la meilleure recette.




Hebdo – 2017, N°36 (L’Affaire Dominici, Kramer contre Kramer…)

Lundi : L’Affaire Dominici

(Claude-Bernard-Aubert, 1973)

« Jean Gabin »*

L’affaire Dominici, c’est un peu la sublimation de Gabin, par petites touches qui ne sont même pas l’objet du film, sans être impertinentes. Son personnage du père Dominici a tous les tics de langage de ses anciens rôles, lui donnant à la fois sa place habituelle de chef de famille autoritaire, et celle de l’accusé, reflet de toutes les canailles qu’il a incarnées. Un terrain familier pour ses « fans ». Un terrain beaucoup plus familier, en tout cas, que l’atmosphère de conflit culturo-politique qui règne depuis 1968 et de laquelle l’intrigue originale – la vraie, celle de 1952 – n’est même pas issue. Pourtant cette ambiance est bien là et c’est d’elle que le film est empli. Mais en cinq ans, elle s’est un peu tassée et, surprise ! le Gabin politique est toujours compatible, pas nostalgique pour deux sous de ses vieilles prouesses dans le domaine. Vivrait-il toujours, se dit-on, qu’il saurait encore en manier les nuances cinématographiques.

La variante la plus évidente depuis l’avant-68 (une rupture d’importance comparable à la guerre, du seul point de vue de sa carrière), c’est l’absence de scènes faisant du spectateur un témoin absolu des crimes dépeints. Difficile alors, même avec le bagage de la cinématographie policière française jusque là, de deviner la fin ! Dans l’absolu, c’est un gros changement pour qui suit l’acteur depuis ses débuts, et un piège un peu grossier, mais d’autre part l’affaire Dominici est réelle. Avoir développé cette épopée judiciaire n’était pas à la portée du premier venu, surtout quand l’oeuvre est scellée en conclusion par le témoignage d’un véritable avocat du vrai jugement.

Autre bon point à souligner, le film est d’une durée normale (cent minutes) mais il paraît plus long et pas parce qu’on s’ennuie. Chaque scène est nécessaire et elles sont toutes étirées à la perfection à la limite de leur potentiel.


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Mardi : Kramer contre Kramer

(Robert Benton, 1979)

« Dustin Hoffman »*

Faire camper un père de famille à Hoffman, c’était un peu comme de demander à la poule aux oeufs d’or de pondre un oeuf de platine. Sauf que le bougre l’a fait. Du haut de son absence complète d’autorité apparente, desservi par sa voix de fausset et cette sorte de bégaiement constant qui nous rend étranger à son éloquence, on ne l’y prédestinait pas. Mais quand on est bon acteur, c’est en dépit de l’image basique qu’on peut revêtir, et il a su magnifier en Kramer la douceur et la dureté d’un père digne des plus beaux clichés, le plus difficile à jouer mine de rien.

La métaphore juste, c’est la pièce de puzzle avec un vide. Ça, c’est Hoffman. Et le rôle du père, c’est la pièce correspondante avec un plein. L’un présente des lacunes, mais l’autre les comble. Pour le coup, c’est au directeur du casting qu’on doit reconnaître la performance d’avoir assemblé les pièces.

Le symbole du puzzle, par contre et hélas, ne marche pas avec le montage, qu’on sent pressé par le cahier des charges au niveau de la fluidité, comme s’il assemblait des pièces lisses les unes aux autres. Un soupçon confirmé quand on apprend que pas moins de 43 minutes ont été coupées de la première version finale. Parfois, le temps d’un fondu au noir / fondu à l’image, deux scènes se sont succédé dont le contraste, ou au contraire la trop grande similitude, choque.

Rétrospectivement, cela sera un détail. Tout est histoire d’empathie. Au coeur du drame de la séparation d’un couple avec un enfant au milieu, on la sent dans chaque mise en scène et chaque geste. Cela a pu être un aspect entièrement délégué à la direction des acteurs, d’ailleurs. Et lorsqu’au milieu du film, on est forcé de laisser s’en aller le cocon familial et d’entrer au tribunal pour la garde de cet enfant qui signifie tout, on est violemment sevré de cette empathie. Comme toute addiction brutalement inassouvie, on y réagit avec colère, râlant intérieurement qu’il restait là beaucoup de potentiel.

Avec un peu de patience, on se rendra compte que c’est exactement la mise en opposition dans laquelle la régie voulait nous placer, nous mettant à la place de chacune de ces personnes dont le destin change, et surtout de ces enfants qui n’ont d’autre choix que de se plier aux fadaises pseudo-judiciaires de leurs parents, évènements familiers aujourd’hui, qu’on s’étonne de voir déjà restitués au cinéma à une époque où le film avait en plus beaucoup de valeur pour les femmes, dont l’émancipation de leurs hommes commençait de se faire largement sentir.


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Mercredi : Opération Tonnerre

(Terence Young, 1965)

« Autour de James Bond »*

Un Bond où se cristallise la folie des grandeurs. Dépassant en un seul opus le budget des trois précédents confondus, Terence Young nous offre un film de cent-trente minutes où le tournage démesuré est pour une fois à l’échelle du scénario : l’organisation criminelle Spectre a volé deux bombes atomiques. Diantre. L’effet devait être majoré en cette époque de Guerre Froide, mais même pour le spectateur contemporain qui l’a à l’esprit, c’est montré de manière beaucoup trop risible pour être pris au sérieux.

La démesure a ses bons côtés : l’utilisation d’un authentique jetpack piloté par l’une des deux seules personnes habilitées à le faire dans le monde, par exemple. De savoir qu’une fois de plus, les dangers qu’ont encourrus les personnages ne sont pas sans origine dans le réel, aussi. Des cascadeurs ont ainsi reçu des primes pour plonger avec des requins, tandis que Sean Connery lui-même a dû nager près d’eux, dépourvu d’un bouclier aussi efficace que prévu.

C’est aussi un des Bond les plus intenses ; la scène de combat sous-marin approche les quinze minutes. C’est trop long, ça ne sert pas à grand-chose et ça s’inscrit dans l’absence générale de dynamisme, mais oui, c’est intense. Avec trente bonnes minutes de moins, c’eut été un des meilleurs de la série jusqu’en 1965, avec le grossier manque de réalisme en dernier point faible.


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Jeudi : Diaz – Un crime d’état

(Daniele Vicari, 2013)

« Langue italienne »*

Diaz, c’est la reconstitution d’une histoire vraie d’importance mondiale : la démonstration de violence des policiers à l’encontre des étudiants et journalistes pendant les manifestations contre le G8 de 2001. Une odyssée de l’espèce qu’est devenu l’Homme, réalisée par les Italiens, mais malheureusement pour eux-mêmes. Quoiqu’au vu de la conviction du réalisateur en le fait que le spectateur sait exactement de quoi on lui parle, il est possible que même des Italiens aient été confus.

Faire un film, c’est donner les moyens au spectateur de se mouvoir avec aise dans une histoire. Ce faux départ n’arrange rien mais c’était sans compter que le moyen de locomotion du spectateur serait un bulldozer. Diaz, c’est l’exemple d’un film qui s’est fait dépasser par les volontés qui l’ont créé. Son thème en l’occurrence, la violence, lui fait payer le prix de son indélicatesse. On est fasciné sur l’instant parce que la violence est un sujet prenant dans l’absolu, mais on se trouvera bien vite mal à l’aise, déchiré entre le scénario qui fonce tête baissée, peu désireux d’insérer des petites pépites d’art dont il aurait pu se servir pour qu’on s’appesantisse sur l’idée plutôt que sur le sens (alors qu’en réalité, elles y sont déjà et il aurait suffit qu’on nous les souligne), déchiré donc entre le scénario et l’ostentation avec lequel le film pointe du doigt ce qu’il veut dénoncer.

Bien sûr l’entreprise de la dénonciation est louable, mais on ne peut même pas accorder à l’oeuvre cette grâce de vouloir se faire juge, parce que, comble des combles, elle demeure une simple esquisse des faits réels ! Tout content de nous avoir montré au moins une image résumant chaque sévice de cette nuit de 2001, le film les compile en réalité sans cohérence, partant du principe prétentieux que c’est au spectateur de boucher les trous et faire les liens. Pire, il suggère et excuse à la fois ce manquement de telle manière qu’il nous pousse à adopter comme contexte notre propre vision subjective des évènements. Au-dessus de tout, il aurait été tellement plus sain que les gens derrière se rappellent la caméra que le moteur de l’art, fut-il documentaire, est la passion, et que ce n’est pas nécessairement de la colère.


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Vendredi : La Fin de la Violence

(Wim Wenders, 1998)

« Langue allemande »*

À partir du moment où le style de Wenders se rapproche de celui de Lynch – les deux sont aisément comparables au regard de leur parcours et de leur évolution respectifs -, on peut dire de sa création a la légèreté de l’air… Sa futilité aussi. Par autosuggestion ou humble interprétation, on peut se dire que dans le souffle artistique qui nous vient de l’écran, se dessinent des voix auxquelles, peut-être, le réalisateur n’a pas fait attention. Il a délaissé l’art pur et incompréhensible – comme Lynch – mais pour en venir à l’interprétable absolu, qui n’est par ailleurs pas forcément plus clair mais qui est, donc, une formule tellement plus légère.

Bon, on peut aussi se dire que c’est lent, que Wenders n’avait rien à dire, juste envie d’esquisser une histoire en quelques coups de pinceau abstraits. Mais avec lui, le plus beau, c’est qu’on a le choix de se dire telle chose ou telle autre, sans jamais avoir tort. Et si on se sent un peu déçu par cette forme sans but, on peut toujours l’admirer pour être chargée de philosophie et d’empathie jusque dans la moindre bribe de dialogue.


 


*

Dimanche : La Fièvre monte à El Pao

(Luis Buñuel, 1959)

« Langue espagnole »*

Cette collaboration franco-mexicaine – il n’y en a pas des masses – est une des premières collaborations de Buñuel avec la France, et une ouverture pour Gérard Philipe au cinéma hispanique, dont il ne pourra retirer aucun profit de quelque sorte puisque sa mort foudroyante précède d’un mois la sortie du film. Les deux nations s’y apportent mutuellement beaucoup, même si le tournage bilingue laisse quelquefois entrevoir l’absence de dialogues réels entre les acteurs.

C’est surtout une aventure politique en pleine dictature centre-américaine, que le film retrace avec la force de l’actualité mais aussi avec moult mimiques sociales et manières polies. L’exécution de ces rituels de respect mutuel prend beaucoup trop de temps. Les discussions en sont tellement bardées qu’on en oublie que, sous cette surface, se déroule avec fluidité un récit emporté hors de sa banalité par des envolées d’éloquence où enfin se brise la frontière de la langue.

Hebdo – semaine 27, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 La Horse

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Jean Gabin – Une histoire de drogue, une intrigue policière à la campagne, Gabin qui y incarne le grand-père autoritaire, ferme et insoumis… A en croire les apparences, encore une oeuvre dans la lignée de sa carrière. C’était sans compter sut un traitement qui sort du moule français : presque glauque, mais surtout tellement impressionnant qu’il en frise l’épique. On ne s’en tient plus ici aux menaces timorées d’incendie criminel, de viol, d’abattage de bétail. Toutes ces scènes sont effectivement tournées et il n’y a pas de place pour les éléments modérateurs. Il s’agit là de représenter les forces de l’illégalité se démener contre un vieillard à la tête durcie par l’orgueil. L’histoire en elle-même était déjà rendue largement appréciable par ces perturbateurs, mais savoir tirer un happy end immoral de tout ça était juste magistral.


Le mardi, j’ai foui…

 Les Hommes du Président

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Dustin Hoffman – Cette reconstitution détaillée de l’affaire du Watergate s’est faite beaucoup d’ennemis : entre autres mais surtout la loi du « plus on en sait, moins on en sait ». Le principe qui se cache derrière cette expression plutôt bête agit énormément en mal sur cette oeuvre :  la représentation des bureaux du Washington Post est faite avec une exactitude et un souci du détail énormes, qui offrent une ambiance immersive au possible. Mais ce soin est sélectif car représenter exhaustivement la profession de journaliste demanderait un film trois fois plus long. Résultat, ce qu’on voit du quotidien des reporters est certes troublant de crédibilité, mais les blancs qui sont laissés à la liberté du spectateur de deviner paraissent trop simplets par contraste : beaucoup de coups de téléphone, des sorties pour recueillir des témoignages, pas mal de rédaction… A l’issue de ce film, on a l’impression d’avoir suivi un stage complet, ce qui, en plus d’être bien entendu erroné, n’est pas pour faire de l’oeuvre un objet d’intérêt palpitant. Quelque part, en faisant tellement d’effort, le réalisateur nous laisse sur notre faim car on devine qu’il y a tellement plus à dire… Ensuite, c’est une histoire très américano-centrée car c’est le récit du Watergate quasiment pas romancé, et détaillé à tel point que des récapitulatifs sont nécessaires dans l’histoire, même à destination des natifs.

Mais une fois relevés ces deux soucis hélas majeurs, l’oeuvre est un délice de composition : une scène de six minutes où lorsque Robert Redford se trompe de nom à la toute dernière ligne, il reste dans son personnage et se corrige, d’autres scènes où les acteurs bafouillent, baragouinent, s’interrompent d’une manière qui passe inaperçue sans même gêner tant c’est fait avec naturel… D’ailleurs, Robert Redford et Dustin Hoffman, qui interprètent Carl Bernstein et Bob Woodward, ne constituent pas le duo « Woodstein » par simple allusion au réel : ils avaient ni plus ni moins appris les dialogues l’un de l’autre ! Un perfectionnisme qu’on est obligé de saluer.


Le mercredi, j’ai foui…

 Mulholland Drive

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David Lynch – Avec ce film qualifié de meilleur de la décennie ou de tous les temps selon les sources, Lynch redéfinit ce qu’on considère comme normal ou beau. Enfin ça, c’est la première partie, parce qu’il est bien connu pour affectionner les scénarios en deux actes. Et il faut hélas bien donner raison aux détracteurs qui prétendent que le deuxième acte, justement, accumule les gaffes sans plus de considération pour la cohérence. S’ils savaient ce qui arrive avec Inland Empire… Une telle critique peut simplement être née d’un esprit frustré de n’avoir pas tout saisi… mais pas forcément. Et à la manière dont Arronofsky nous abuse aujourd’hui, Lynch a le grand mérite de nous captiver malgré tout, de nous faire apprécier l’art pour ce qu’il est et pas pour les formes agréables qu’il peut revêtir. La fin est une farce sans logique qu’on a tout droit de haïr, mais à laquelle on doit reconnaître le don envoûtant et schizophrène de nous offrir une boucle indémêlable sans qu’on puisse trouver cela anormal.


Le jeudi, j’ai foui…

 Chroniques d'un homicide

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Film en langue italienne – Italie, 1972. Le cinéma national se jette sur le thème d’actualité des manifestations étudiantes, le baby boom en passe de se faire une place à la fois dans la violence et le peace and love. Dans ce film, on déplorera que seul le premier de ces aspects soit vraiment représenté. L’oeuvre est censée mettre en opposition la rébellion de la jeunesse et le point de vue conservateur de leurs parents, mais au final, le regard que le film porte sur eux les garde à l’état stéréotypique de fouille-m***e arrogants. Pas la moyenne pour cette mise en abyme.

Par contre, c’est une intrigue très politique décorée de dialogues somptueux et impartiaux, fournis en réflexions qui nous propulsent dans ces années 1970 mouvementées. Exemple de ligne : « il suffit de 50 lires pour tuer un homme », dit le juge, ayant acheté un projectile à des fins d’enquête. Et non content d’avoir réussi la facette littéraire de son oeuvre, le réalisateur place aussi un personnage louche, souvent qualifié de dingue, dont on regrette qu’il soit le seul dans son genre mais qui pimente l’histoire en sortant du moule des personnages italiens en général.


Le vendredi, j’ai foui…

 Les Lumière de Berlin

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Film en langue allemande – Faire un documentaire, c’était trop simple pour Wim Wenders. Réaliser un film avec des étudiants aussi. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas mélanger les deux et y ajouter une histoire ? Tout en nous remettant dans le contexte des années 1890 en Allemagne ou des techniciens rivalisaient d’ingéniosité pour animer les photographies, il nous donne accès à une interview authentique et fait que semblant que le spectateur est l’étudiant. Et le tout en seulement une heure ; le générique abuse un peu d’interminabilité.


Le samedi, j’ai foui…

 Wayne's World 2

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Un des meilleurs « 2 » de l’histoire du cinéma ! On peut penser ce qu’on veut du duo comique grotesque et vulgaire de Mike Myers et Dana Carvey, mais il faut leur reconnaître le mérite immense d’avoir fait la suite de leur premier film dans le même esprit exactement, avec des variations qui ne vont jamais jusqu’à donner l’impression d’être du remplissage ou des placements de gags pour vider la liste de ceux à mettre absolument. On pourra avoir la nostalgie de certains détails remplacés, commes les blagues grivoises par des allusions culturelles ; ainsi que cela le laisse suggérer, c’est un film légèrement plus mature. Légèrement. Ne pas avoir peur de le voir pour la simple raison que c’est une suite.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 24, 2017

Le lundi, rien j’ai foui…


Le mardi, j’ai foui…

 Papillon

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Dustin Hoffman – McQueen et Hoffman dans un duo tragique et historique portant sur le bagne en Guyane Française. En d’autres termes, un sacré voyage touristique à la sauce américaine, ce qui signifie devoir accepter la chose comme elle vient telle n’importe quelle autre oeuvre étasunienne. Le fait que les Français y parlent anglais y compris. Et le jeu des deux acteurs a de quoi nous transporter si on ne craint pas les longs silences audio. Mais il faut savoir se remettre dans le contexte : en 1973, c’était une création réussie dans la lignée de bien d’autres dont Hoffman est un vecteur qui y a survécu. Il aurait fallu attendre une décennie pour avoir sous les yeux un scénario avec moins de blancs et une continuité temporelle plus pleine. En revanche, s’il y a bien des détails d’une médiocrité intemporelle, c’est la scène de tempête en mer par un grand ciel bleu, et le maquillage des lépreux qui tient du masque plus que d’autre chose.


Le mercredi, j’ai foui…

 Lost Highway

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David Lynch – Lynch, ou le refaçonneur de ce qu’on croyait intangible. En quelques coups de crayon sur les pages du scénario, il plante déjà les bases de la réforme la plus radicale de tous les genres à la fois. Quelle difficulté ensuite, pour l’artiste accompli qu’il est, d’assumer les différents rôles auxquels le générique témoigne qu’il a pris part (notamment dans le secteur musical), tout en mettant en scène ce théâtre bizarre, qui prouve entre autres choses qu’on peut prendre au cinéma d’horreur les scènes symptomatiques sans prendre le lot « symptômes et clichés » ? Autrement dit, sans s’y enfermer.

Pullman se reconvertit d’Independence Day à cette oeuvre fantasmagorique et complète, et ce sans dégâts. La confusion que le réalisateur veut instiller dans l’esprit du spectateur est telle qu’on a l’impression de voir deux films différents de part et d’autre du point de rupture, d’une manière si nette qu’on peut dire de celui qui ne le voit pas qu’il n’a pas compris le propos du film. Et il n’y a pas de doute que l’orchestration de ce disjointement a nécessité de Lynch qu’il se fasse un parfait schizophrène créatif. L’univers lent, rythmé par des ruptures de ton tapageuses, contrastent avec la deuxième partie qui se place en thriller harmonieux, plus conformiste, quoique dans un second degré enveloppé d’une musique enveloppante assez déroutants. Il y a un synonyme à l’ensemble de ces nombreux adjectifs : génial.


Le jeudi, rien j’ai foui…


Le vendredi, j’ai foui…

 Lisbonne Story

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Film en langue allemande – Wenders laisse cette fois le soin de philosopher à ses personnages, passant par le second degré plutôt que de faire une oeuvre qui parle par elle-même. On a de la sorte moins l’impression que c’est le dialoguiste qui parle et que le dialoguiste est Wenders. Il y a là un peu d’humilité, peut-être, mais pourtant ça n’en est pas moins une oeuvre engagée où il se plaint, ouvertement et sans complexe d’être reconnu chez ses protagonistes, de la commercialisation galopante du cinéma. Il déplore que les images ne racontent plus d’histoires, et il évoque ses regrets dans un style quasi-tout public et comique. Presque autant un auto-documentaire qu’une énième tentative de se moquer des langues du monde ou encore qu’un film, mais juste parfait tout de même, parce que l’innocence est le meilleur moyen de convaincre de sa foi en une chose, et la sienne dans le cinéma est frappante.


Le samedi, j’ai foui…

 Flashdance

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Film musical – Un classique qui ne fait pas vraiment honneur à la diversité musicale dans laquelle il aurait pu plonger. Il est bien fait et on comprendra aisément, même à 35 ans d’écart, pourquoi il est devenu culte, mais un certain minimalisme bien dissimulé est à l’oeuvre qui transforme le beau en mignon. L’oeuvre aurait sûrement fait très bon usage de 20 à 30 minutes supplémentaires en longueur, de quoi régler les trucs qui traînent dans l’histoire et en faire quelque chose de plus satisfaisant. Certains personnages sont carrément laissés pour compte ! Le scénario est relativement convenu, ce qui n’est pas grave en soi, mais la faible profondeur des rebondissements et le principe de la « flashdance » sur laquelle les danseuses, eh bien… dansent – sans jamais chanter même en playback -, font sonner le tout un peu comme une insulte non formulée aux artistes derrière tout ça. Surtout quand la star, révélation même, est doublée pour les scènes de danse…


Le dimanche, j’ai foui…

 Zone Rouge

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On part sur un bon film catastrophe à la française, un honneur hexagonal réussi à l’engouement qui secoue alors les USA sur ce thème. Il est dommage que la façon française ne se prête pas de manière exceptionnelle à la peur et à l’action, qui sont ici timidement représentés, et le scénario y fait des incartades qui ne sont du coup qu’à peine correctes. Mais il fallait oser le faire, et oser mettre de vrais noms sur les corporations fautives. Un thriller aisé à résoudre pour le spectateur mais une distraction qui fonctionne.

Hebdo – semaine 3, 2017

 Un hebdo réussi bien que l’épilogue Buñuel soit un peu décevant, quoique bénéfique pour la richesse du visionnage.

Le lundi, j’ai foui…

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 Le Baron de l'écluse

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Jean Gabin – Que dire encore de Gabin qui ne cesse de ne pas se renouveler dans une fin de carrière interminable où ses rôles toujours plus grandioses et divers sont éclairés par la plume magique d’Audiard ?


Le mardi, j’ai foui…

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 Big Eyes

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Tim Burton – L’analogie au titre de Big Fish se rapproche assez bien au retour de sa réussite. Il fait son retour au biopic depuis Ed Wood en 1994 et se sépare momentanément d’une grande part de son équipe. Et si Danny Elfman est à la musique, il est pas mal supplanté par une bande pas originale. Mais surtout, Burton a sacrifié son âme dans cette oeuvre où il ne reste plus une miette de sa créativité. C’est donc un film à deux facettes : objectivement réussi, mais trop « concessionnel » pour Burton qui y perd le fil de son talent.


Le mercredi, j’ai foui…

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 Subway

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Luc Besson – Deuxième film de Besson, et on attaque avec une pelletée de noms propres au générique : Adjani, Lambert, Bohringer, Reno, Galabru…On a déjà envie de dire stop. Et si l’histoire est somme tout assez banale (autant que peut l’être une oeuvre originale), on se rend vite compte que l’entrée en scène à l’américaine n’est que passagère, et que le casting français va très bien savoir gérer le talent débordant du régisseur. Il place ses acteurs comme des pions, stratégiquement et parcimonieusement, et les laisse décanter dans une ambiance très glauque à laquelle ils ne sont pas forcément habitués et dans laquelle ils révèlent bien leur potentiel.

Comme dit précédemment, le tout est basé sur la quantité de noms propres, si bien que certains décantent moins bien que d’autres d’une façon un peu trop évidente (coucou Adjani). Mais la recette fonctionne et donne même l’impression que Besson ne se force pas, comme s’il avait mis son casting dans un bain qui lui convenait et lui avait dit de se débrouiller… Et pourtant, pour que TOUS ces acteurs s’en sortent si bien, il fallait une sacrée direction artistique.

Sans compter qu’il ne se presse pas pour nous montrer que la musique est un thème primordial. On sent que sa perception de la limite entre l’image et la bande son est particulière (par exemple, la musique s’arrête pour le spectateur quand elle s’arrête dans la voiture ; le fond sonore au saxophone paraît illustrer l’action, mais on découvre que c’est un personnage qui en joue et on se prend à l’écouter, ce qui nous fait nous questionner sur la nature des musiques de film). Mais il faut SURTOUT faire entrer dans l’équation le tube It’s only mystery qui a été composé pour le film et dont le batteur n’est nul autre que Jean Reno lui-même !


Le jeudi, j’ai foui…

 La Bella Gente


Bientôt une critique détaillée !


Le vendredi, j’ai foui…

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 Les Ailes du désir

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Film en langue allemande – Un retour à la douceur pour Wim Wenders qui s’insinue dans les pensées chaotiques de ses concitoyens berlinois avec l’histoire de deux anges qui les observent. Ce mythe d’ordre théologique est prodigieusement mis en scène sans le panache qu’on accorde d’ordinaire à ces êtres, et même avec moins de panache, puisque leur vision, quand elle est celle du spectateur, est en noir et blanc. On ne réalise qu’à peine ce que les textes languissants peuvent avoir d’ennuyeux tant ils apparaissent au spectateur comme les reflets fidèles de sa propre conscience. Et sans besoin d’aller dans la dimension allégorique, on peut s’étonner de la présence de Peter Falk et des allusions historiques discrètes qui nous ramènent à la réalité. Car oui, l’histoire tourne bien autour du mur du Berlin (et surtout pas de part et d’autre).


Le samedi, j’ai foui…

revu

Blade Runner

Le dimanche, j’ai foui…

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 Un chien andalou

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Au-delà des extrapolations oniriques et surréalistes de l’oeuvre, on ne peut guère dire de ce film qu’il est une succession d’images sans lien qui puisse en faire un tout. Et puisque Buñuel lui-même se cantonne à qualifier sa première création d’un « appel au meurtre », il y a peu de place à la compassion qu’on pourrait éprouver pour les sous-entendus.

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L'Âge d'or

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Premier long-métrage de Buñuel dont l’accueil qui lui était réservé en 1930 se devait partagé : les classes aisées, déroutées, devaient le prendre avec une perplexité polie tandis que les masses l’ont vu tout de suite pour ce qu’il allait devenir : un film anti-tout sous couvert d’un surréalisme encombrant. A ne surtout pas dissocier de son contexte historique sous peine d’y voir une suite d’images ennuyeuses (ce que les yeux non avertis verront d’ailleurs d’office).