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Les caractères additionnels de l’alphabet phonétique

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Diacritiques, ponctuation… à quoi servent les caractères additionnels de l’alphabet phonétique international ?

Sommaire

  1. Pour les consonnes
    1. La coarticulation (consonnes en exposant)
    2. Autres diacritiques
  2. Pour les voyelles
    1. Précision de la position de la langue
    2. Type de phonation (état de la glotte)
    3. Tons
    4. Autres diacritiques
  3. Ponctuation
  4. Conclusion

0. Avant-propos

ℹ️  Cet article fait partie d’une série que j’ai écrite pour initier à la phonétique et à l’alphabet phonétique international. Si vous ne comprenez pas certains concepts que j’aborde ici, consultez ce lien pour en trouver le sommaire ! 

P.S. : les caractères spéciaux utilisés sur cette page peuvent être difficilement lisibles. 👓 N’hésitez pas à zoomer (Ctrl+ / Ctrl- sur navigateur).

P.S. 2 : au fil de votre lecture, vous me verrez commenter sur des différences dialectales ou propres à certains locuteurs. Si ces différences sont particulièrement dignes d’intérêt quand on s’intéresse de près à la phonétique, il va sans dire qu’aucune prononciation particulière n’est « meilleure » ou « pire » dans l’œil du scientifique !


1. Pour les consonnes

1.1 La coarticulation (consonnes en exposant)

Comme son nom l’indique, la coarticulation consiste à articuler deux sons en même temps. Non pas en succession, mais simultanément. On va donc réaliser un mouvement en plus de celui de la consonne de base, qui s’en trouvera altérée. On remarquera que les coarticulations sont marquées par des caractères en exposant. Ici, j’utilise la consonne  [t]  comme exemple.

D’autres coarticulations que celles-ci existent, mais elles sont rares. Par ailleurs, elles utilisent toutes un caractère en exposant qui correspond au mouvement secondaire impliqué dans la production du son.

✦ Aspiration

L’aspiration est marquée avec  [ʰ] . Une consonne aspirée s’accompagne d’une bouffée d’air (expiration). Par exemple,  [tʰ]  correspond à  [t]  et  [h]  prononcés simultanément (dans certaines langues comme l’hindi, des consonnes voisées peuvent être aspirées, ce qu’on représente avec  [ʱ] , par exemple  [dʱ] ). En anglais,  /p t k/  sont souvent aspirées  [pʰ tʰ kʰ] .

Dans des dialectes non-américains (ici, en anglais australien), le mot “particle” est prononcé avec les trois aspirées de l’anglais :  [ˈpʰɐːtʰɪ.kʰɔɫ] .
Le mot hindi धुन (“dhun”  /d̪ʱʊn/ , « mélodie »).

✦ Arrondissement (des lèvres)

La marque  [ʷ]  indique une consonne réalisée avec les lèvres arrondies. Par exemple,  [tʷ]  correspond à  [t]  et  [w]  articulés ensemble.

✦ Palatalisation

Avec  [ʲ] , on marque la palatalisation – parfois appelée « mouillure ». Par exemple,  [tʲ]  correspond à  [t]  et  [j]  prononcés ensemble. C’est un phénomène très présent en russe notamment.

Attention, la palatalisation peut aussi qualifier le phénomène qui amène de la prononciation « dure » d’un G ( /g/ , comme dans « gai ») a une prononciation « douce » ( /ʒ/ , comme dans « geai », ou  /d͡ʒ/  comme dans le mot anglais “jay”), ce qui se rencontre beaucoup quand on étudie l’histoire de la langue française par exemple – c’est déroutant puisque  /ʒ/  ou  /d͡ʒ/  ne sont pas parfaitement palataux, mais cela s’explique par un stade intermédiaire qui, lui, était proprement palatalisé :  /g → gʲ → d͡ʒ → ʒ/ , par exemple.

Ci-dessus, le mots russes брат (brat, « frère »)  [bɾat]  et брать (brat’, « prendre »)  [bɾatʲ] , prononcés par la même personne, desquels seul le deuxième a un /tʲ/ palatalisé.

✦ Vélarisation

La marque de la vélarisation est  [ˠ] . Cela produit une consonne un peu gutturale, comme  [tˠ]  qui correspond à  [t]  +  [ɣ] .

Au passage, l’alphabet phonétique conserve certaines reliques d’une époque où l’on utilisait des caractères dédiés à chaque son plutôt que des diacritiques comme aujourd’hui. La consonne  [ɫ]  en est un exemple : il s’agit d’une convention qui est restée pour transcrire  [lˠ]  (L vélarisé, ou “dark L” en anglais), car il s’agit d’un son commun parmi les consonnes coarticulées (on l’entend par exemple en anglais dans “ball”  [bɑɫ] , “bill”  [bɪɫ] , “full”  [fʊɫ] )…

Un exemple de “full”  [fʊɫ]  prononcé par un Britannique. On remarque que  [ɫ]  ressemble beaucoup à  [w]  (les deux sont des spirantes avec une composante vélaire). La transformation de  [l]  en  [ɫ]  puis  [w]  est un phénomène courant qui explique par exemple (en partie) comment le latin “bellus”  /ˈbel.lus/  est devenu “biau”  /bjaw/  en ancien français avant de devenir « beau »  /bo/  en français contemporain.

✦ Pharyngalisation

Avec  [ˤ] , on indique la pharyngalisation. Une consonne pharyngalisée est coarticulée avec le fond de la gorge (sans équivalent proche en français, mais cela existe en arabe) :  [tˤ]  correspond à  [t]  +  [ʕ] .

Ci-dessus, les lettres arabes ت et ط (tāʾ et ṭāʾ), respectivement réalisées  [tæːʔ]  et  [tˤɑːʔ]  par un Émirien et un Algérien.

✦ Glottalisation (consonnes éjectives)

La glottalisation est aussi une coarticulation, mais on ne la transcrit normalement pas  *[tˀ]  comme on pourrait s’y attendre. En effet, une consonne glottalisée correspond à une consonne éjective, ce qu’on transcrit conventionnellement avec  [ʼ] , comme dans  [tʼ] .

La lettre géorgienne t’ari (ტ), ici prononcée en isolation :  [t̪ʼə] .

1.2 Autres diacritiques

✦ Dévoisement et voisement

Le diacritique de dévoisement (par ex. :  [b̥] ) indique qu’une consonne voisée est réalisée avec moins de voisement, ou qu’elle est tout à fait dévoisée ( [b̥]  peut donc se situer entre  [b]  et  [p] , ou bien être équivalent à  [p] ).

Plus rare, le diacritique de voisement (par ex. :  [p̬] ) marche à l’inverse et indique qu’une consonne sourde (non voisée) est voisée partiellement ou totalement ( [p̬]  peut se situer entre  [p]  et  [b]  ou bien être équivalent à  [b] ).

✦ Consonnes syllabiques

Certaines consonnes sont dites syllabiques, c’est-à-dire qu’elles permettent de former une syllabe dépourvue de voyelle. Celles-ci sont marquées avec le diacritique  [r̩] . On en trouve par exemple en anglais dans “thistle”  /θɪ.sl̩/ , “even”  /ˈiːvn̩/  et “rhythm”  /ˈɹɪ.ðm̩/ . L’allemand a beaucoup de  /n/  syllabiques, comme dans “schlagen”  /ʃlaːgn̩/ .

On peut se représenter une consonne syllabique, par exemple  [n̩] , comme étant à peu près équivalente à  [ən] , mais où le schwa (la voyelle  /ə/ ) serait bref (ce qu’on peut d’ailleurs marquer  [ə̆n] ).

 [ˈθɪ.sɫ̩]  (“thistle” en anglais américain – on note que cette articulation se confond presque avec  [θɪ.sɔː] ).
 [ˈɹɪ.ðm̩]  (“rhythm” en anglais américain – on remarque qu’on entend presque  [ɹɪ.ðəm] ).
 [ʃlaːgŋ̩]  (une prononciation courante de  /ʃlaːgn̩/  en allemand).

✦ Consonnes linguolabiales

Les sons linguolabiaux (réalisés avec la langue sur la lèvre supérieure) sont trop rares pour mériter un caractère dédié dans l’alphabet phonétique. On peut néanmoins les marquer avec un diacritique, comme avec  [p̼]  ou  [b̼] .

✦ Consonnes alvéolaires vs dentales

Schéma des points d'articulation des consonnes de l'alphabet phonétique

Sans diacritiques, il est impossible de distinguer les sons  /t d s z n/  de l’anglais par exemple, qui sont alvéolaires (c’est-à-dire réalisés au niveau de la bosse du palais, le point № 4 sur le diagramme), des sons  /t d s z n/  du français, qui sont dentaux (donc prononcés juste derrière les dents, au point № 3).

À strictement parler, les caractères  [t d s z n]  marquent des sons alvéolaires, tandis qu’on peut utiliser un diacritique pour les variantes dentales  [t̪ d̪ s̪ z̪ n̪] . La différence est difficilement audible dans des mots isolés (ci-dessous, on entend surtout la différence d’aspiration), mais participe à nous donner un accent français quand on parle anglais ou vice-versa.

 [tʰʉʊ̯]  (“to” en anglais américain).
 [t̪u]  (« tout » en français métropolitain).

✦ Consonnes apicales vs laminales

Si l’on doit distinguer les consonnes produites avec la pointe de la langue (qui sont dites apicales, soit le point № 17 ci-dessus) de celles qu’on réalise avec le dos de la langue (laminales ; point № 16 ou 15), l’alphabet phonétique permet d’utiliser les diacritiques  [s̺ s̻] . Cette distinction existe en basque, où l’on distingue  /s̺/  de  /s̻/  et  /t̺s̺/  de  /t̪s̻/ . Le  /s/  de l’espagnol d’Espagne et du français diffèrent aussi en ce sens, comme on l’entend ci-dessous.

Le mot espagnol “sol” (« soleil ») prononcé  [so̞l] , ou plus précisément  [s̺o̞l]  (S apical – on note ).
Le mot français « sol » prononcé  [sɔl] , ou plus précisément  [s̻ɔl]  (S laminal).

✦ Avancement et rétraction

On peut utiliser les diacritiques  [k̟]  (avancé) et  [k̠]  (rétracté) pour préciser le point d’articulation de consonnes. Si l’on se réfère au diagramme ci-dessus,  [k]  se situe au point 8, donc  [k̟]  (avancé) se situera entre les points 7 et 8 et  [k̠]  (rétracté) se situera entre les points 8 et 9.

✦ Abaissement et élévation (ou précision de constriction)

Les diacritiques  [t̝]  (consonne élevée) et  [t̞]  (consonne abaissée) amènent une précision sur la constriction, c’est-à-dire la pression qui est appliquée par un organe phonateur contre un autre pour l’articulation. Cet usage peut varier mais une consonne élevée revient généralement à une consonne plus « appuyée », réalisée avec une forte constriction : c’est le cas de la lettre <ř> en tchèque, dont le son peut être marqué  [r̝̊]  chez certains locuteurs, et qu’on distingue de la lettre <r> prononcée  [r] .

Les deux extraits audio ci-dessus correspondent à “rád”  /raːt/  (adj. « content ») et “řád”  /r̝aːt/  (n. « ordre ») en tchèque. Chez cette locutrice, le R est réalisé  [ɾ]  et non  [r] .

Une consonne abaissée présente une constriction moindre, ce qui sous-entend qu’il y a peu de (voire plus aucun) contact entre les organes phonateurs (ou plus simplement que la consonne est faiblement articulée). Par ce processus, une consonne devient généralement une semi-consonne, soit une consonne spirante. C’est ce qui se passe quand on articule faiblement un R ( /ʁ/ ), qui devient ainsi  [ʁ̞] . En espagnol, les consonnes occlusives <b d g> ( /b d g/ ) sont prononcées comme des fricatives  [β ð ɣ]  dans certains environnements (entre voyelles par exemple), voire encore plus faiblement, comme les consonnes spirantes correspondantes :  [β̞ ð̞ ɣ̞] .

Ce locuteur utilise un  [ʁ]  ordinaire dans « ça ira ».
Cette femme prononçant « ça ira » a le même son R que moi : faiblement articulé, il est semi-vocalique, donc il s’agit plutôt de  [ʁ̞]  (qu’on peut aussi transcrire  ɰ̠ ).
Cette locutrice espagnole donne un bon exemple des <b d g> spirants de sa langue : dans la phrase “me gustaría que me devolviesen el dinero” (« je voudrais que vous me rendiez l’argent »), son <g> donne  [ɣ̞] , son premier <d> donne  [ð̞]  et ses deux <v> donnent  [β̞]  (le <d> de “dinero”, en revanche, donne  [d̪] ).

✦ Consonnes brèves

Une consonne brièvement articulée peut être marquée avec un diacritique justement appelé « brève » :  [s̆] . Une consonne occlusive brève peut donner une consonne battue, comme  [d̆]  qui est normalement équivalent à  [ɾ] .

Cet Américain prononce “product” avec un <d> si court ( [ˈpʰɹɑ.d̆əktʰ] ) qu’il devient le même son que le R espagnol : on pourrait presqu’aussi bien transcrire ce mot  [ˈpʰɹɑ.ɾəktʰ]  chez lui.

✦ Désocclusion inaudible

On utilise le diacritique  [p̚]  pour la désocclusion inaudible. Celui-ci ne s’utilise que sur les consonnes occlusives et indique que le relâchement de la consonne (sa désocclusion) ne s’entend pas. Pour s’en rendre compte, on peut comparer l’anglais “rap”  [ɹæp̚]  et le français « rap »  [ʁap] , ou bien l’anglais “rot”  [ɹɑt̚]  et le français « rote »  [ʁɔt] .

 [ɹæp̚]  (“rap” en anglais américain)
 [ʁap]  (« rap » en français)

✦ Consonnes éjectives (glottalisées)

Comme vu précédemment, les consonnes éjectives tiennent de l’articulation secondaire puisque ce sont des consonnes glottalisées, mais elles sont marquées avec le signe  [ʼ]  suivant la consonne affectée (plus de détails sur elles ici).


2. Pour les voyelles

2.1 Précision de la position de la langue

Si le caractère de l’alphabet phonétique utilisé pour une voyelle ne suffit pas à donner l’endroit exact de la bouche où elle s’articule, on peut se servir de plusieurs diacritiques pour affiner.

Représentation des voyelles de l'alphabet phonétique
Trapèze vocalique (représentation partiellement fidèle à la forme de la bouche).

✦ Avancement et rétraction

De manière comparable aux consonnes, une voyelle avancée s’articule plus à l’avant de la bouche. Par exemple,  [ɨ̟]  se situe quelque part entre  [i]  et  [ɨ] , normalement plus proche de  [ɨ] .

À l’inverse, une voyelle rétractée s’articule plus en arrière. Ainsi,  [i̠]  se situe quelque part entre  [i]  et  [ɨ] , cette fois normalement plus proche de  [i] . Ici,  [ɨ̟]  et  [i̠]  peuvent représenter la même voyelle intermédiaire.

On favorisera le caractère le plus facile à écrire, le plus lisible, ou encore le plus pertinent (si l’on produisait un son entre  [i]  et  [ɨ]  en français, cela aurait plus de sens de le marquer  [i̠] , car le français dispose d’un phonème  /i/  mais pas d’un phonème  /ɨ/ ).

✦ Abaissement et élévation

On vient de voir comment exprimer la position des voyelles avec précision dans le sens de la longueur de la bouche (point d’articulation). Comme on peut s’y attendre, les diacritiques de l’alphabet phonétique utilisés pour préciser la position des consonnes dans le sens de la hauteur sont aussi compatibles avec les voyelles, dont ils précisent l’aperture (position verticale).

Elles reposent sur les mêmes principes que précédemment :  [e̞]  est quelque part entre  [e]  et  [ɛ]  (normalement plus proche de  [e] ), car ce diacritique indique l’abaissement.

De la même manière,  [ɛ̝]  (indiquant que la voyelle est élevée) se situe quelque part entre  [e]  et  [ɛ] , normalement plus proche de  [ɛ] . Les voyelles espagnoles <e> et <o> sont transcrites  /e o/  mais équivalent généralement à  [e̞ o̞] .

Cette locutrice française a  [e]  en disant « j’ai »  [ʒe] .
Ce Mexicain prononçant “he” (« j’ai » en espagnol) abaisse un peu le son de la voyelle  /e/ , ce qui donne  [e̞]  (ou, de manière moins esthétique,  [ɛ̝] ), soit une voyelle intermédiaire entre  [e]  et  [ɛ]  (on est plus proche de la seconde dans son cas).
Enfin, ce Français prononce « j’ai » avec  [ɛ] , soit  [ʒɛ] .

✦ Centralisation

On peut montrer qu’une voyelle est réalisée de manière plus centrale avec le diacritique  [ö] . Cela revient à l’avancement d’une voyelle postérieure, ou à la rétraction d’une voyelle antérieure. Par exemple,  [ö]  peut correspondre à un son entre  [o]  et  [ɞ] , soit  [o̟]  ou  [ɞ̠] , et  [ë]  peut correspondre à un son entre  [e]  et  [ɘ] , soit  [e̠]  ou  [ɘ̟] .

✦ Réduction

La réduction vocalique consiste à rapprocher une voyelle du schwa  [ə] . C’est souvent un phénomène lié à l’accent tonique, impliquant que les voyelles inaccentuées se « relâchent ». La direction de cette altération dépend du caractère dont on part :  [a̽]  sera rétractée et élevée tandis que  [o̽]  sera avancée (et potentiellement désarrondie – voir la section ci-dessous). Les caractères  [ɪ ʏ ʊ]  correspondent respectivement à  [i̽ y̽ u̽]  (soit  [i̠̞ y̠̞ u̟̞]  si vous aimez vous compliquer la vie) car ce sont des réductions répandues.

Le mot français « site » (ici  [sit] ) a un  /i/  non réduit.
Le mot anglais “sit”, quand à lui, présente un  /i/  réduit :  [sɪt] . En français canadien, les voyelles  /i y u/  sont réduites en  [ɪ ʏ ʊ]  dans une syllabe fermée ou en fin de mot, donc « site » sera prononcé par un Québécois presqu’exactement comme le mot anglais “sit” ici (presque, car on se rappelle que le S et le T en anglais sont alvéolaires, ce qui n’est pas le cas en français).

Comme on peut le voir, les diacritiques peuvent être « empilés » à condition que la police de caractères utilisée le tolère :  [ɔ̠̞̜̈̃] .

✦ Avancement et rétraction de la racine de la langue

Ce trait très rare est marqué avec  [e̙]  (pour l’avancement de la racine de la langue, ou expansion de la cavité pharyngale) et  [e̘]  (pour la rétraction de la racine de la langue, ce qui revient, selon certaines définitions, à pharyngaliser la voyelle).


2.2 Type de phonation (état de la glotte)

Les voyelles peuvent être affectées par la manière dont on manipule sa voix et sa respiration. Le voisement et l’aspiration sont des types de phonation qu’on a déjà couverts par le biais des consonnes, mais il y en a d’autres qui s’appliquent aux voyelles et qu’on rencontre dans l’alphabet phonétique.

✦ Murmure

On parle généralement de murmure dans le cas de « voyelles aspirées », ce qui correspond à des voyelles prononcées en expirant plus fort. Pour transcrire le murmure, on utilise le diacritique  [ə̤] . L’articulation exacte du murmure est encore l’objet de discussions mais pourrait être l’équivalent de  [əʱ]  (on évite généralement les caractères en exposant pour accompagner les voyelles), ou bien d’un « semi-voisement ».

✦ Voix craquée

La voix craquée (aussi appelée friture vocale) correspond à une laryngalisation des voyelles. Marquée avec le diacritique  [ə̰] , elle est distinctive dans plusieurs langues d’Asie du Sud-Est mais s’entend aussi souvent chez des locuteurs de l’anglais américain, surtout des jeunes femmes.

D’autres phonations existent mais sont rares et ne font pas encore l’objet de consensus scientifique.


2.3 Tons

Si vous voyez des chiffres en exposant (par exemple  /a55 ou  /a313), des barres un peu curieuses comme  /˩ ˨ ˧ ˦ ˥/ , ou encore un des diacritiques présents dans la liste suivante, vous vous trouvez en présence de tons. Je les explique en détail dans cet article.

  •  [a̋ á ā à ȁ ǎ â a᷄ a᷅ a᷈]

2.4 Autres diacritiques

✦ Arrondissement des lèvres

L’arrondissement des lèvres est un facteur primordial dans le timbre des voyelles. Il est généralement binaire (une voyelle est arrondie ou ne l’est pas) mais peut aussi être partiel. Si le son   [ɛ]  est semi-arrondi par exemple, on peut l’écrire avec le diacritique d’arrondissement  [ɛ̹] , ou bien écrire son équivalent arrondi avec le diacritique de désarrondissement  [œ̜]  (pour vous rappeler lequel signifie quoi, notez que leur forme correspond respectivement à celle des signes plus et moins : > et <). Plus rarement et de façon moins standard, le premier peut être remplacé par  [ʷ]  (ainsi,  [ɛ̹]  équivaudra à  [ɛʷ] ).

✦ Rhotacisation

La rhotacisation d’une voyelle, marquée par  [˞]  en alphabet phonétique, implique la consonne  [ɹ] , le son du R anglais. Cela existe dans d’autres langues telles que le chinois, mais c’est en anglais qu’on note les cas de rhotacisation qui nous sont les plus familiers, donc c’est à cette langue que je vais m’intéresser ici.

Quand cette consonne suit une voyelle, les deux peuvent fusionner sous la forme d’une voyelle dite rhotacisée, ou rhotique. Cela signifie que simultanément à l’articulation de la voyelle (qui implique le dos de la langue), on recourbe la pointe de la langue dans le même mouvement qui est nécessaire à l’articulation de  [ɹ] .

C’est ainsi que les dialectes dits « rhotiques » de l’anglais (majoritairement américains, écossais et irlandais) prononcent les lettres <er> comme un  [ɚ]  (schwa rhotacisé), comme dans “tender”  [ˈtʰɛn.dɚ] , tandis que les dialectes « non rhotiques » (la majorité des accents d’Angleterre, d’Australie, d’Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande) prononceront  [ˈtʰɛn.də] . Même différence pour “bar” ou “purr” en anglais rhotique ( [bɑ˞]  et  [pʰɜ˞] ) versus en anglais non-rhotique, où la perte du R est compensée par l’allongement de la voyelle :  [bɑː]  et  [pʰɜː] .

 [tʰɛn.dɚ]  (“tender” dans un dialecte américain).
 [tʰɛn.də]  (“tender” en anglais britannique).
 [pʰɜ˞]  (“purr” en anglais américain).
 [pʰɜː]  (“purr” en anglais britannique).
 [bɑ˞]  (“bar” en anglais américain).
 [bɑː]  (“bar” en anglais britannique).

✦ Nasalisation

La nasalisation concerne le flux d’air. Elle consiste à faire passer une partie de l’air utilisé dans l’articulation d’un son par le nez. Elle est marquée par une tilde  /ɛ̃/ . On connaît bien le phénomène en français puisqu’il concerne quatre de nos voyelles : <an>  /ɑ̃/ , <on>  /ɔ̃/ , <in>  /ɛ̃/  et <un>  /œ̃/  (dans une grande partie de France métropolitaine, cette dernière est aujourd’hui prononcé  /ɛ̃/ , et donc confondue avec <in>).

Les voyelles  /ɑ̃ ɔ̃ ɛ̃ œ̃/  sont donc, en théorie, les équivalents nasalisés de  /ɑ ɔ ɛ œ/ . Cela peut varier en pratique (je réalise par exemple les voyelles  /ɑ̃ ɔ̃ ɛ̃ œ̃/  comme  [ɜ̃ õ ə̃ ə̃]  respectivement).

GraphèmeÂOÈEU
Alphabet phonétique/ɑ//ɔ//ɛ//œ/
GraphèmeANONINUN
Alphabet phonétique/ɑ̃//ɔ̃//ɛ̃//œ̃/

✦ Non-syllabicité (diphtongaison)

Vous connaissez les diphtongues ? J’ai un article sur le sujet qui pourra vous éclairer, mais je vais résumer ici.

Une diphtongue consiste à passer d’une voyelle à une autre dans un même mouvement de la langue. Dans une diphtongue, il y a donc une voyelle primaire (de laquelle on part ou à laquelle on arrive) et une voyelle secondaire, plus faiblement articulée, qu’on appelle onglide si elle constitue la première partie de la diphtongue, et offglide s’il s’agit de la seconde partie. L’onglide et l’offglide peuvent être marqués comme semi-consonnes, comme dans « yeux »  /jø/  ou « oui »  /wi/  (où  /j/  et  /w/  sont l’onglide) ou bien « aïe »  /aj/  et « aw »  /aw/  (où  /j/  et  /w/  sont l’offglide).

Une semi-consonne correspond toujours (mais plus ou moins clairement) à une voyelle non-syllabique. On peut marquer n’importe quelle voyelle non-syllabique avec le diacritique  [i̯]  (les semi-consonnes  [j ɥ w]  correspondant à  [i̯ y̯ u̯] ). En anglais, les cinq éléments vocaliques de “no highway cowboys” sont tous des diphtongues à offglide ; en anglais américain, cela se transcrit  /noʊ̯ haɪ̯.weɪ̯ kaʊ̯.bɔɪ̯z/ .

La phrase ci-dessus prononcée par une locutrice canadienne.

Il existe plusieurs manières dépréciées de marquer les diphtongues :  [aʊ̯]  peut être transcrit  [aʊ]  (l’absence de séparation syllabique suffit souvent à rendre la diphtongue évidente),  [a͡ʊ, a͜ʊ, a͡u, a͜u] , ou encore  [aᶷ].

✦ Brièveté

Une voyelle brève peut arborer une brève :   [ə̆] , par exemple.


3. Ponctuation

L’alphabet phonétique utilise une série de signes de « ponctuation » à divers usages, comme la prosodie. C’est le domaine qui s’intéresse au rythme, à l’accentuation et aux intonations de la langue (les tons, qu’on a déjà vus, en font partie). La ponctuation apporte toutefois d’autres spécificités.

✦ Séparation syllabique

Dans une transcription phonétique rigoureuse, les syllabes sont séparées par un point (« garanti » donne  /ga.ʁɑ̃.ti/ , « conduit » donne  /kɔ̃.dɥi/ ). On parle bien ici de syllabes prononcées et non écrites : « conduire » a trois syllabes écrites (CON-DUI-RE) mais deux syllabes à l’oral :  /kɔ̃.dɥiʁ/ .

✦ Accent tonique

L’accent tonique est marqué en ajoutant le signe  [ˈ]  avant la syllabe accentuée. Ainsi, le mot espagnol “corrí” (« je courus ») se prononce  /koˈri/ , et un Américain prononcera “standard” comme  /ˈstæn.dɚd/ . Étant toujours devant une syllabe, le signe de l’accent tonique sert aussi de séparateur syllabique quand c’est pertinent. On évitera de mettre les deux signes côte à côte, préférant marquer  /koˈri/  que  */ko.ˈri/ .

Certaines langues, telles que l’anglais ou l’allemand, ont un accent tonique secondaire marqué par  [ˌ]  : le mot anglais “transformation” se prononcera par exemple  /ˌtɹæns.fɔɹˈmeɪ̯.ʃən/ .

Le mot espagnol “corrí”  /koˈri/ , ici réalisé avec application  [ko̞ːˈri]  par un locuteur mexicain.
Le mot “transformation” prononcé  [ˌtʰɹæns.fɔɹˈmeɪ̯.ʃən]  par une Américaine.

✦ Longueur vocalique et gémination

Les voyelles peuvent être courtes ou longues (un exemple en anglais : “bin” donne  /bɪn/ , avec un  /ɪ/  court, et “bean” donne  /biːn/  avec un  /iː/  long). Comme on peut le voir, la longueur des voyelles se marque avec un signe qui ressemble à un deux-points et qu’on met immédiatement après le son allongé.

On peut marquer des sons très longs en doublant ce signe (en estonien, “veere” peut se prononcer  [veːːre] ), et on peut noter des voyelles semi-longues avec  [ˑ]  (à ne pas confondre avec le signe pour l’accent tonique). On remarquera que ces signes peuvent aussi tenir lieu de séparateur syllabique : on préfèrera par exemple noter le mot anglais “fleeting” comme  /ˈfliːtɪŋ/ , et non  */ˈfliː.tɪŋ/ .

Le mot “bin”, soit  [bɪn] .
Le mot “bean”, donc  [biːn] , prononcé par le même locuteur. La distinction entre les deux est difficile pour les francophones, mais elle est primordiale car ce n’est pas tout à fait la même voyelle ni la même longueur !

Les consonnes allongées sont dites géminées. La gémination se marque avec le même signe de longueur que pour les voyelles (en italien, “meta”  /mɛ.ta/  se distingue de “metta”  /mɛ.tːa/  – plus souvent transcrit  /mɛt.ta/ ).

Le mot italien “meta” (« objectif »), donnant ici  [ˈme̞ːt̪a]  (avec une voyelle longue comme c’est toujours le cas dans les syllabes accentuées ouvertes en italien).
Toujours en italien, “metta” (le présent du subjonctif aux personnes du singulier du verbe “mettere”, « mettre ») donne ici  [ˈme̞.t̪ːa]  avec cette fois-ci une consonne longue (géminée). Cela peut aussi se transcrire  [ˈme̞t̪.t̪a] , ce qui revient au même et illustre mieux pourquoi le <e> est devenu court (le premier T ferme la première syllabe, or une syllabe fermée ne peut avoir de voyelle longue en italien).

✦ Consonnes affriquées

Les consonnes affriquées (la succession d’une consonne occlusive et d’une consonne fricative en un même mouvement articulatoire) sont marquées avec un diacritique appelé « tirant » qui relie les deux consonnes : PF  [p͡f] , TS  [t͡s] , TCH  [t͡ʃ] . Ce même tirant peut être souscrit :  [p͜f t͜s t͜ʃ] .

✦ Liaison

Une liaison se produit quand une syllabe est formée avec le dernier élément d’un mot et le premier élément du mot suivant. Pour montrer qu’il s’agit de la même syllabe d’un mot à l’autre, on va en relier les éléments avec un tirant souscrit (mais pas le même que ci-dessus). On connaît bien ce phénomène en français : « les animaux » donne  /le.z‿a.ni.mo/  et « c’est-à-dire » donne  /s‿ɛ.t‿a diʁ/ . Ça peut être un peu difficile à lire mais les syllabes deviennent plus claires si on fait l’expérience d’enlever les tirants :  /le.za.ni.mo/  et  /sɛ.ta.diʁ/ .

✦ Intonations

On marque l’intonation descendante d’un texte en le faisant précéder de  [↘︎] . Même chose pour une intonation montante (typique des interrogations), qu’on marquera avec  [↗︎] . Quand la différence d’intonation ne concerne qu’un mot, on utilise  [ꜜ ꜛ]  devant le mot à la place.

✦ Unités prosodiques

On peut découper une phrase en différentes parties qui partagent les mêmes caractéristiques en termes de rythme et d’intonations. Ces parties sont appelées unités prosodiques et sont généralement délimitées par des pauses qui découlent généralement de la ponctuation (mais pas toujours). Un groupe mineur (typiquement délimité par des virgules) peut se terminer par  [|]  tandis qu’un groupe majeur (terminé par un point par exemple) sera ponctué par  [‖] .


4. Conclusion

Pour écrire l’alphabet phonétique sur PC, des sites tels que TypeIt, celui de Weston Ruter ou encore celui de l’International Phonetic Association devraient plaire à la plupart d’entre vous. Pour les plus nerdy de mes lecteurs, il y a WinCompose qui permet de taper des caractères spéciaux grâce à des raccourcis clavier personnalisés. C’est ce que j’utilise la plupart du temps !

Cet article conclut ma série sur l’alphabet phonétique international ; j’espère qu’elle vous aura plu et/ou aidé ! L’espace commentaires est ouvert si vous avez des questions. J’ai beaucoup d’autres articles sur les langues, n’hésitez donc pas à aller les déterrer si le sujet vous intéresse. 🙂

Extraits audio : Forvo
Bannière : starline, via Freepik

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