Autour des Monty Python

[Chronique cinéma] Astérix aux Jeux olympiques | My Beautiful Laundrette | Le Sens de la vie | Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? | Le nôtre parmi les autres | Los Muertos

Dans les cinébdos, je compile mes analyses critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥



Sommaire
Astérix aux Jeux olympiques (Frédéric Forestier, Thomas Langmann, 2008)
My Beautiful Laundrette (Stephen Frears, 1985)
Monty Python: Le Sens de la vie (Terry Jones, Terry Gilliam, 1983)
Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? (Luigi Comencini, 1974)
Le nôtre parmi les autres (Nikita Mikhalkov, 1974)
Los Muertos (Lisandro Alonso, 2004)

 




Image d’en-tête : Le nôtre parmi les autres ; films 94 à 99 de 2020


4,5
6,25

Lundi : Astérix aux Jeux olympiques


(Frédéric Forestier, Thomas Langmann, 2008)


« Thématique : Gérard Depardieu »*




Astérix: Mission Cléopâtre ne serait jamais égalé : une certitude qui aurait pu refroidir l’intérêt pour de nouveaux grands projets avec Astérix au cinéma. Alors le cinéma français a fait ce qu’il a appris à faire de mieux avec le temps : trop.

Trop d’effets spéciaux, trop de sottises pour un résultat dont on laisse le spectateur responsable de ce qu’il retire. Mais le “trop” n’est pas forcément un mal : en l’occurrence, c’est ce qui donne à ce film un côté beaucoup plus BD qu’aux autres adaptations, ce qui est normal vu que les VFX sont comme du dessin sur la pellicule.

C’est quand même rigolo, Clovis Cornillac qui joue Astérix. Il va même mieux que Clavier, je trouve.

Attrayant pour les jeunes spectateurs & fourmillant de clins d’œil adressés aux plus grands, l’opus aurait surtout gagné à se montrer plus intelligent, ce qu’il avait la marge de faire & dont les créatifs derrière le projet auraient été largement capables. Je n’aurais pas été contre un alignement de tout le film sur Alain Delon, légendaire en Jules César, dont le charisme & les références n’entachent pas du tout l’insouciance générale.

Le reste est tout en dispersion contrôlée. C’est en fait un merveilleux fourre-tout de la culture populaire qui s’intéresse très peu directement à Astérix & Obélix, ce qui dérangerait le fan si on ne pouvait aussi compter sur un grand culte de l’acteur – car si le Delon magnifié au premier degré est le plus grand, il est loin d’être le seul : Poelvoorde, Dubosc, Garcia, Semoun, Astier, tous tiennent un rôle qu’ils se sont à moitié improvisé pour leur propre plaisir – le nôtre émanant conséquemment du fait qu’on les connaît si bien.

En fait, pour se différencier de Mission Cléopâtre, la version olympique des aventures du petit Gaulois n’a pas cherché à intégrer la pop culture par elle-même : elle en a fait un agrégat rigolo pour le relater & non le rejoindre, trop dense & sans doute bien peu artistique, mais qui mise avec brio à la fois sur nos instincts d’enfant & sur ce qui nous sera familier. Un concours de culture générale plus qu’un film, peut-être, mais il me parle aujourd’hui presque autant qu’il y a dix ans.


 


5
5,25

Mardi : My Beautiful Laundrette


(Stephen Frears, 1985)


« Thématique : Daniel Day-Lewis »*






L’Angleterre est déjà un pays dense en tout, alors qu’est-ce que ça devient quand on y applique surcouche sur surcouche ! Frears nous fait rêver son film : voulant donner le sentiment qu’on ne sait pas quand il commence, on y débarque brutalement comme un intrus. Premier tableau : l’accession au monde adulte d’un jeune Anglais d’origine pakistanaise (Gordon Warnecke), sans volonté ni personnalité, qui n’a rien demandé à personne & souffre quand même toute l’injustice des trois mondes : le monde pakistanais, anglais, & celui des adultes.

C’est bien un genre de frustration onirique, & la musique n’arrange rien : volontairement mauvaise, presque ridicule, elle tire le film social vers une interprétation qui est à l’inverse très peu terre-à-terre. Puisant dans le visuellement touffu, Frears continue de faire enfler le fantasme jusque dans les plus grandes ruptures d’ambiance.

“Allo Moscou ?”

On perd pied, & c’est voulu : les Anglais qui deviennent adultes au son de My Generation en endossant presque par accident une personnalité qu’ils ont longtemps simulée en s’inspirant de figures antiparentales comme Sting (le personnage de Day-Lewis a vraiment quelque chose de lui), c’est le terreau que le réalisateur recherchait pour son film de classes, mais il a oublié d’arrondir les angles. Pouf, le petit Pakistanais est adulte, il s’est bricolé une personnalité de brick & de rock & le voilà propulsé.

C’est comme si on avait appliqué un milliard de filtres cinématographiques à un scénario pourtant déjà plein d’atouts narratifs. Le résultat n’est pas excellent mais on frôle l’alien : il y a un côté très cormanien à My Beautiful Laundrette, sauf que c’est une laverie de luxe & non une petite boutique des horreurs.

Pas amateur mais assez cheap, le film a figé ce qu’il a de plus kitsch dans une sorte d’ambre qui le catalyse : de la composition de la photo, généralement oblique & profonde comme une caricature, au chemin social rude que parcourt le jeune adulte sur fond de thatchérisme, l’œuvre est “significative”. Ce qu’elle signifie & pour qui, c’est un autre débat, & il ne sera sûrement pas réglé avant que soit résolu un autre mystère : c’est tourné dans quel style, en fait ?


 


4,5
5,5

Mercredi : Monty Python: Le Sens de la vie


(Terry Jones, Terry Gilliam, 1983)


« Thématique : Monty Python »*






Il fut un temps où John Cleese, le plus gentleman des Python, se faisait le garde du corps des esprits choqués, interrompant souvent les sketchs pour dire : “stop, this is silly!” Il n’en faisait que rajouter à la dérision & c’était parfait. Force est de constater que ces jours sont révolus : autant il est hilarant de le voir illustrer un cours d’éducation sexuelle de sa personne, accompagnant le geste d’une parole fleurie, autant la provocation part à la dérive : les Python veulent ennuyer les censeurs, oui mais quoi d’autre ?

“What do you mean, ’we missed tea time’?”

Le Sens de la vie demeure un monument de la provocation, jouissif à chaque instant où il va trop loin : sexe, racisme, gore (allant jusqu’à être le seul film qui a choqué Tarantino par sa violence), plongeant l’hypocrisie culturelle & religieuse dans un humour plus acide que de raison, l’œuvre dépasse ce dont on peut s’attendre de plus grinçant de la part des Anglais les plus autodérisoires.

Cependant, la représentation glauque a ses limites & l’humour noir a mal mûri dans un retour à la formule “sketchs” qui pêche par acerbité sans une once de retours aux sources du Flying Circus. Bizarre racine des post-Monty, Le Sens de la vie pose les bases pour des artistes à qui le film aura servi d’œuf, notamment Terry Gilliam en matière de cinéma. Son court-métrage intégré, où son style détone totalement de celui de Jones, l’affirme comme le cinéaste du futur Brazil avec la caricature qui passe par les gros plans, l’étude du charme des personnes âgées & le recyclage dystopique des objets quotidiens.

Le collectif n’y était plus. Dernière œuvre, ultime dépassement, tremplin devenu culte simplement parce que les Monty étaient arrivés à se donner tous les droits, le film en devient presque simplement une insulte divertissante.


 


7,25
5

Jeudi : Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ?


(Luigi Comencini, 1974)


« Thématique : langue italienne »*






On n’est pas sur le film le mieux coté de Comencini, pourtant ce ne serait pas le plus mal choisi pour lui servir de pinâcle. Aussi variée que sa carrière, l’œuvre lui ressemble : le théâtre retrouve sous sa main sa vocation burlesque & pamphlétaire, & l’artiste profite de la révolution sexuelle sans jamais la laisser transparaître directement à travers la pellicule : nous sommes au début du siècle & l’homme, quoiqu’hétéroclite, n’est pas du genre à donner dans l’anachronisme.

Alors, grave mais innocent, le film exprime toute la moelle d’un jeu de scène débordant vers un débouché moderne qui n’a jamais l’air de l’être : le sous-entendu est beaucoup moins raffiné que jadis & le cinéaste en profite pour s’y engouffrer avec un paquet de clins d’œil bien peu chastes. Tantôt drame, tantôt farce, parfois cru & parfois moqueur, ici relevant de Dante & là de d’Annunzio, la comédie n’a finalement pour sujet que la sexualité d’une femme, mais elle est vue sous tellement d’angles différents que cela ne se remarque pas.

Renouveau du comique visuel, elle donne une place toute nouvelle à la sensibilité des acteurs, qui doivent considérer de rendre visibles à l’écran des liens réels (des contacts, par exemple) qui étaient jusque là livrés au charme de la suggestion & de la demi-teinte. Mais Comencini n’en perd pas pour autant en élégance : étudiant carrément l’inconfort (élément rare du tragicomique, qui a tendance à l’éluder ou à l’exagérer) sur de très beaux textes, il se coince à peine dans la personnalité de la femme en question (Laura Antonelli), trop passive & trop peu encline à évoluer (des années passent tout de même), & dans une variété de traitements qui finit par faire douter que le film a vraiment un but.

Il ne pouvait pas penser à tout, occupé qu’il était à déshabiller le cinéma puritain, le décorsageant pour le corser, établissant un érotisme spirituel qui va très loin (j’ai même envie de parler de pornographie intellectuelle) sans ravir au nu la redécouverte qu’il permet de sa finesse.

Concupiscence. Le sens de ce mot, sa préciosité, sa saveur de début d’acceptation avouée (chez les plus hautes classes), du désir comme impulsion séparée de l’amour, la lourdeur des oppressions qu’elle permettait (excusait presque) de la part de la gente masculine sur des dames qu’on se plaisait à qualifier un peu ironiquement comme représentantes du “beau sexe”, c’est la boîte de Pandore dans laquelle on peut glisser les bobines du long-métrage.


 


6,5
4

Vendredi : Le nôtre parmi les autres


(Nikita Mikhalkov, 1974)


« Thématique : langue russe »*






Si le film n’est pas toujours en couleurs ni en noir & blanc, c’est que Mosfilm avait donné 5 400 m de pellicule couleur à Mikhalkov. Une restriction avec laquelle ils n’ont pas dû rigoler, d’autant qu’elle les empêchait de… tirer en longueur, mais ça tombe bien car le réalisateur avait déjà plus d’un tour(nage ?) dans son sac malgré que c’était sa première œuvre longue, & nulle intention de s’éterniser. Il va juste tranquillement transformer la contrainte en technique en jouant de contrejours pour que le même plan puisse être à la fois en couleurs & en noir & blanc. C’est ce qu’on appelle faire un pied-de-nez à ses producteurs.

Чу чу (tchou tchou).

Ce genre de motifs, c’est habituel chez lui – apparemment déjà à l’époque. Pas du tout, en tout cas, comme le western spaghetti dont le montage énergique sort un peu le pays de son culte rigide de la guerre : une toute nouvelle cosmogonie cinématographique jaillissait avec Mikhalkov, qui avait encore tout à donner au septième art & pas seulement en copiant les genres étrangers. Son Far East proche de la terre, généreux en espace donné aux acteurs, est presque une offrande à la réconciliation de l’art & de l’histoire, dont la seule anicroche est une direction d’acteurs trop molle qui donne lieu à pas mal de gestes tristement forcés.

Signe déjà du génie visuel de Mikhalkov, le film s’efface beaucoup au profit de son scénario, mais il est aussi porteur des valeurs plus profondes de l’artiste : sa sensibilité pour l’Homme sous diverses contraintes, notamment, dont il tient à faire briller le pathos dans une fraternité finale qui est (là aussi) réconciliatrice, lui permet de parler aux spectateurs de part & d’autre du Rideau de Fer. Même si on ne risque pas de tout comprendre.


 


6
1

Samedi : Los Muertos


(Lisandro Alonso, 2004)


« Thématique : langue espagnole »*






Un film sauvage (un peu dans tous les sens du terme) avec quasiment un seul acteur (totalement inconnu) qui donne son nom à son personnage : bienvenue dans le minimalo-naturalisme détenu par des réalisateurs du tiers-monde qui ne font qu’un avec leurs inscénarisables sujets. Los Muertos peut être résumé en une ligne & ne semble formé que de quatre plans qui épaississent la frontière entre plan long & plan-séquence par leur lenteur incommensurable inconnue du cinéma occidental. Il y a bien d’autres plans toutefois, des petits moments qui se succèdent brutalement comme des journées trop vides & trop bien remémorées, où le personnage n’arrête pas… d’arrêter de faire des trucs.

Vargas étant en prison, le propos est-il que l’ennui est la vraie prison ? Cela voudrait dire qu’une bien lourde peine est infligée au spectateur. Toutefois non : Vargas est une force de la nature, un héros dont tout le monde se fiche, qui sait voyager dans la civilisation & en-dehors, naviguer ou tuer une chèvre. Le consumérisme se fait tout petit à côté de son autonomie, & si l’on regarde le film parce qu’on est soi-même consumériste de films (il y en a de pires formes, hein), on n’a plus vraiment le rapport de force à son avantage : trop long, trop lent, une caméra même pas contemplative qui n’évolue qu’en angles droits ? Peut-être, mais le film ne nous rend pas victime de l’ennui : il nous en rend coupable. Tant pis pour nous si on ne sait pas l’apprécier. Et je n’ai pas su.

Ayant nécessité une préparation parfois énorme pour que des scènes n’aient paradoxalement absolument rien de cinématographique, Los Muertos remplit sans accrocs le carnet des charges de son genre : le contrepied.






* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

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