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[Critiques cinéma] Boudu, Contact, Satyricon, Yella, La communauté, L’espion aux pattes de velours

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Dans les cinébdos, je compile mes analyses critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥


Sommaire
Boudu (Gérard Jugnot, 2005)
Contact (Robert Zemeckis, 1997)
Satyricon (Federico Fellini, 1969)
Yella (Christian Petzold, 2007)
La communauté (Thomas Vinterberg, 2016)
L’espion aux pattes de velours (Robert Stevenson, 1965)


Image d’en-tête : L’Espion aux pattes de velours ; films 17 à 22 de 2020

3
4,5

Lundi : Boudu

(Gérard Jugnot, 2005)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Jugnot n’est pas un réalisateur : c’est un acteur qui a trop à dire. Parfois, cela porte à notre connaissance des scénarios qu’on est content d’avoir vus dirigés avec sa double-orchestration, & parfois c’est un peu pour l’écouter râler en faisant porter le chapeau aux critères du film de genre.

Boudu n’est pas plus un mauvais film qu’il n’est un mauvais bougre ; on ferait tout faire à un Depardieu dont tant de scènes subventionnent l’affection pour le vin & l’argot. On a d’ailleurs l’impression que l’acteur est littéralement domestiqué ; il n’a jamais vraiment joué ses rôles & Jugnot profite de savoir l’assagir pour créer l’ambiguïté de son personnage vulgaire & attentionné, doux & violent.

Pas content.

Difficile d’imaginer que le casting d’arrière-plan n’était pas intimidé par le bibendum tonitruant qui envahit ses scènes plus qu’il ne les occupe, quoique son surjeu reconnaissable se fond ici dans une volonté (distante mais existante) de ne pas réclamer que tout se conforme à lui. Il arrive à faire de son personnage le seul hôte de ce trait, créant par là même notre attachement hétérogène & pas désagréable pour Boudu.

Cependant, une girouette ne décide pas de la direction d’une tempête, & laisser Gérard élucubrer est la manière la plus facile de faire dériver son histoire. Jugnot a le mérite de camper lui-même une toxicité bien rodée à laquelle ses répliques nous ont de tout temps habitués, mais Frot est la seule à vraiment se libérer & qui se permette une interprétation dont l’unique penchant ne soit pas la comédie facile ; le tort du régisseur était déjà d’avoir dédaigné tous les dialogues dépourvus du magnifique baragouin fleuri de sa star.

En-dehors de cela, la narration se fera avec beaucoup de grosses cordes vitement évacuées comme des patates chaudes : soucis de santé & libertinage largement injustifié se font une place de second choix dont l’effet délétère n’est évité que par un rythme trop rapide.

Boudu est un film qui s’est périmé dès que l’année de sa sortie a été passée. Regardable comme divertissement de chez nous, c’est une simple photographie sur la frise historique des tentatives de comédies classiques & à peine de quoi timbrer le CV de Depardieu. Jugnot, en tout cas, ne ressuscite pas son don à la Tais-toi! pour jouer les cuistres.


6
7,5

Mardi : Contact

(Robert Zemeckis, 1997)

« Thématique : Jodie Foster »*

Avant Premier Contact, il y a eu Contact tout court, proto-Interstellar un peu cabalistique du blockbusterogène Zemeckis accompagné des notes symptômatiques de Silvestri ; un semi-caprice du réalisateur.

Vwoum, vwoum, vwoum, vwoum.

En sus de nombreuses apparitions de personnalités télévisuelles d’époque (y compris Bill Clinton dont il recycle un discours qui semblait écrit pour le film), Zemeckis semble ici se relâcher en matière de mise en place scénaristique. C’est pour lui une sorte de pause entre les immenses Forrest Gump & Seul au monde, où son âme d’artiste compte un peu plus & les transitions beaucoup moins.

C’est ainsi que la première partie de l’histoire est un embouteillage de rebondissements engoncés dans leurs demi-pages de script où Foster perce par aise plus que par talent. Reniant (pas très fort) le terreau hollywoodien dont il est issu (on entendra ainsi que l’entreprise du cinéma pourrait bien financer la SETI vu ce qu’ils se font sur le dos des extraterrestres !) & cherchant maladroitement à rester fidèle à l’esprit sceptico-scientifique de Carl Sagan de l’œuvre de qui il est tiré (il est mort pendant le tournage, dont il supervisait le respect de la science), le film refuse longtemps de laisser voir si son argument science-fictionnel est une finalité ou juste un cheminement moral, ce qui se laisse interpréter comme une hésitation assez rongeante, un déchirement pas très proactif entre réalisme & romançage.

Un peu paradoxalement, si les effets spéciaux n’ont pas vieilli (budget & Peter Jackson obligent), c’est cette oscillation qui passe pour kitsch. Science ou divertissement ? Le choix était trop dur, & malgré la volonté de rigueur qui était de mise en coulisses, la science est ou survolée ou surexpliquée dans un méli-mélo pseudo-onirique qui accomplit l’exploit de sentir le réchauffé en étant neuf. La réalité technique n’est pas assez dense, ce qui se fera payer par un jargon resté bouche-trou qui jamais dans la bouche de Foster n’aura d’aura particulière.

On se rendra compte un peu tard que cette première partie misait sur des enjeux globaux, un thème sur lequel elle a simplement oublié de mettre l’accent & dont on se rend compte de l’existence lorsqu’on se met à en ressentir le manque ; un bon point. La chose est bonifiée par ce que je perçois comme la réelle raison d’être de l’œuvre : son penchant ésotérique qui transforme la spiritualité en un de ces enjeux.

La religion est mise à l’avant-plan en bloc comme si elle seule comptait au départ, mais la note agnostique qui est longuement jouée sur le clavier de l’ambiance interpelle. Maillon faible inattendu à ce niveau : Foster. Sa présence manquait & manquera encore quand il faudra à tout prix éviter qu’un rêve poussé loin devienne purement ridicule. On frôlait déjà le n’importe quoi sensationnaliste quand John Hurt intervenait avec son personnage de ”Bill Gates qui a perdu l’esprit” pour citer Zemeckis.

On croirait deviner pourquoi le réalisateur a tenu à tourner quasiment seul avec Tom Hanks dans Seul au monde, dont le titre porte d’ailleurs toute la négation du gros réseau de relations qu’il a fallu mettre en route pour le bien nommé Contact. Le film était pensé pour fonctionner ainsi & on ne pouvait pas abondamment huiler des mécanismes aussi complexes sans trouver une patinoire à sa base.

Ceci étant, Zemeckis a le courage de sa vision ; il sait faire attendre & se rattraper aux branches, évitant qu’on se rappelle de sa création comme d’un de ces films prétendument scientifiques qui se contentent d’exhiber du vocabulaire & d’épais moniteurs tel Deep Impact. Sans doute son espace aurait-il pu être mieux ménagé, mais pas au point de dire que Contactis an awful waste of space”, pour paraphraser la ligne de Sagan récurrente dans l’histoire ; il reste un grand film de science-fiction des années 1990. Allez, de la seconde moitié des années 1990, d’accord ?



4,75
1

Jeudi : Satyricon

(Federico Fellini, 1969)

« Thématique : Federico Fellini »*

La sceneggiatura demente : un joli nom à l’acronyme accrocheur qu’on pourrait dédier à la période où Fellini s’éloigne de Fellini. On pourrait voir le verre à moitié plein & dire qu’il s’approche d’autre chose, mais ses illusions sont plutôt des désillusions.

Entre art absurde & art brut, le Satyricon de Fellini ne cherche même plus à se déguiser : il se vautre dans le kitsch & jette tout aux lions hasardeux d’une écriture automatique à laquelle il faut reconnaître que tous les honneurs sont faits, qu’il s’agisse de décors ou de costumes. Le coûteux étalage de ce démodé grotesque donne à l’œuvre la saveur d’une inspiration pour toute une génération des grands classiques ayant le plus mal vieilli : on y trouve la graine d’une humeur lourde, impénétrable & désireuse de ne plus rien laisser de tangible ou de rassurant dans les mains du spectateur qui engendrera des films tels que Zardoz, Conan le Barbare, Brazil &, pourquoi pas, Stalker.

La déconstruction de la cohérence pouvait donner naissance, chez ce réalisateur dont la réputation d’innovateur n’était plus à faire, à un éclaboussement grandiose justifiant de le voir comme l’amorçage de ces chefs-d’œuvres & pépites de créativité maladive, mais le résultat donne plutôt l’impression qu’il a définitivement oublié ce qu’il veut dire au juste. L’initiation à une rêverie étrange ne suffit pas à justifier la post-synchronisation affreuse & des parodies de combats restitués, guère dignes d’un homme qui a remis un jour en cause le rôle de l’artiste quand il est célèbre. Est-il encore artiste lui-même ? Non, je vais trop loin : nombre des détails que je perçois comme des défauts ont en réalité été placés là sciemment par Fellini, comme c’est le cas d’une post-synchronisation décalée à dessein. Il a peut-être toujours été distrait mais ce n’est pas parce que Satyricon m’a insupporté que le regista a purement perdu la tête.

Lassé peut-être d’avoir longtemps glissé la Rome antique décadente sous une représentation naturaliste de l’Italie contemporaine, il a voulu faire ici l’inverse & créer une farce burlesque à partir du monde gréco-romain. Il parvient à en faire un terreau surnaturel aux contrastes fabuleux, capable de se substituer, pour quelques heures, à la culture occidentale de ses racines, & l’on se met à songer à cette mythologie gémissante comme si elle pouvait réellement se faire le socle de deux millénaires d’Histoire à venir sur tout un continent. Mais c’est une cosmogonie morbide, théâtrale à outrance, où se mettent à errer les amalgames.

Satyricon était sa proposition pour un remplissage onirique des lacunes dans les textes de Pétrone, toutefois c’est dans son œuvre à lui que je n’arrive pas à boucher les trous. J’ai eu le sentiment de voir une suite à Orphée qu’on aurait oublié de remplir au-delà des apparences & des symboles. Pas pour moi ; pas pour tout de suite. Peut-être dans quelques années l’adorerai-je.


5,5
3,25

Vendredi : Yella

(Christian Petzold, 2007)

« Thématique : langue allemande »*

Bah voilà : à force de taxer les Allemands d’expressionisme, ils donnent maintenant dans l’inexpressionisme. Toujours, par contre, avec l’idée de s’affirmer : l’armure d’évocation miséreuse est transpercée par un rire non refoulé parvenant à force à habiter les grandes coquilles de personnages de leur luciole de lueur.

Toutefois, Nina Hoss (Yella) transporte son monde, & je ne veux pas dire par là qu’elle séduit les foules : elle emporte littéralement tout son environnement avec elle, comme si rien n’existait en-dehors de son regard. Le dénouement, à l’instar du titre explicite, nous apprendra que c’est exprès. Il faut apprendre, avec les dernières images, à se défaire de cette impression tenace de petitesse qui nous enserre, & accepter qu’on se soit fait berner pour qu’elles seules, ce petit moment au bout du bout, soit performant.

Ce n’est donc pas par mauvaise foi que je transfère l’étouffement sur le subjectif : l’œuvre EST trop étroite & renfermée sur elle-même. En revanche, elle a une direction, assez floue & à court terme, mais renforcée par des dialogues proactifs qui vont à contresens du mouvement inexpressionniste que je mentionnais : un mot peut déclencher une cascade de paroles sensées auxquelles il est assez incroyable qu’on puisse accrocher comme elles consistent majoritairement en un jargon banquaire qui n’est pas gêné d’être hors-sujet 100% du temps. Vous verrez, on se fiche totalement de ce qu’il se passe & de ce qu’on dit – des négociations, des estimations de capital… c’est inintéressant & improductif, pourtant il est difficile de prétendre que c’est du vide.

Le vide se situe plutôt dans les trop nombreux plans en voiture que mon inintérêt pour la chose automobile n’a pas suffi à censurer : beaucoup de véhicules, trop de bouche-trous pour les garer à un endroit ou un autre. Pas étonnant qu’on doive rembourrer un scénario minimaliste : on peut facilement rester concentré dessus mais il fait bien de se contenter de 85 minutes : on peut même dire, effectivement, que c’est un film de dix minutes, un joli tremplin pour le modèle scénaristique qui sera utilisé cinq ans plus tard dans Les Revenants.


5,5
5,25

Samedi : La communauté

(Thomas Vinterberg, 2016)

« Thématique : langues du monde »*

À l’extrémité ouest de la Baltique, l’esprit scandinave s’est aidé du climat pour conserver un esprit de phalanstère plein de conviction : on l’avait déjà vu dans Together de Lukas Moodysson, la communauté anarcho-pacifique est encore à la mode dans cette société nordique où l’ouverture d’esprit ne semble guère connaître de fluctuations. Seize ans après Moodysson, Vinterberg reproduit l’environnement de sa propre enfance, une vie collective gérée avec une conscience quasi-politique où la classe moyenne se convertit à une nouvelle ère hippie sobre & qui semble prête à s’écrouler au moindre tremblement de la trame sociétale.

”Quelqu’un peut me passer le sel ?”

Je dis ”nouvelle” car le régisseur n’entend pas rendre évidente la transposition dans le passé, ce qu’il a en commun avec son homologue : 1970 ou 2000, les différences sont polies le plus possible (sauf au niveau automobile) & le scénario semble être indifféremment compatible à deux époques que tout oppose sur le papier, telle une réconciliation des mœurs à travers l’image & le temps.

Vinterberg étant entièrement maître de son sujet – ce dont on se rendra compte même sans connaître son vécu réel –, il joue les bons accords d’un bout à l’autre. Il reproduit une candeur d’enfance dont il nous enseigne aussi sa propre désillusion, dans une symphonie objective & nostalgique où tout – une voiture, un immeuble, une personne – semble jaillir du néant & être apprécié comme une découverte.

Un peu trop renfermé sur lui-même à cette fin, le film ne distingue pas vraiment équilibre & euphorie, de sorte que l’innocence devient un peu caricaturale & qu’on a l’impression de s’égarer dans les souvenirs les plus flous du réalisateur – toujours dans le cadre de cette thèse arbitraire mais séduisante qu’on intègre son propre passé. Et puis c’est voulu, aussi : difficile d’en être mieux convaincu que par la scène dont le thème est la mort qui est accompagnée par le son on ne peut plus joyeux de Goodbye Yellow Brick Road d’Elton John.

L’humeur n’est pas à l’absurde cependant : s’il l’on peut aisément blâmer Vinterberg d’avoir tracé une frontière manichéenne entre la joie & le malheur par abus d’insouciance, il ne prétend pas avoir d’autre rôle que celui d’un passeur de vie dont se dégagent des sensations ”new new age” au registre léger & qui convainquent par le seul plaisir simple de les sentir positives. C’était ça, l’état d’esprit hippie.


3,5
4

Dimanche : L’Espion aux pattes de velours 

(Robert Stevenson, 1965)

« Hors-thématique »*

Élégante manière que celle du titre français de prêter des qualités au chat dont il est question. Le traitement des animaux chez Disney en manque, & il faudra plutôt s’attendre à voir l’animal ballotté d’une scène à l’autre. Je ne parle pas de maltraitance, mais simplement du peu de soin accordé à la réalité de l’animal : les nombreux acteurs félins employés par Stevenson sont malheureusement appelés à se simuler en-dehors d’eux-mêmes, ce qu’un peu de dressage aurait rendu, justement, aussi élégant que le titre & beaucoup plus subtil qu’un grand jeu de montage.

”Je vous présente l’agent zéro zéro cat.”

C’est d’autant plus dommage qu’on sent très bien où le talent Disney est endigué & canalisé dans un cahier des charges ultra-fermé : il s’en serait fallu de peu que l’aspect criminel soit vraiment intéressant par exemple, car la tension montait vite au début. Concentré sur la possibilité de nous convaincre des émotions du chat, le film ne saura pas se dispenser de beaucoup de plans courts dissimulant des scènes tournées en réalité sans les acteurs ou piochées au petit bonheur dans une quantité de rushs sûrement phénomènale. C’est la constante Disney, avec ses gros plans sur du surjeu, son thème musical monocorde, des bruitages excessifs marrants, les éclats de voix dont on entend distinctement l’écho en ”extérieur” (!) & ses quiproquos de quartier.

Plusieurs choses auraient pu permettre au film de se distinguer, la première étant les rushs, justement : quelques bons gags sont tout ce qu’on est parvenu à caser de rigolo dans une histoire de presque deux heures occupée essentiellement à maintenir vivant l’humour de conciergerie où le ragot est conforté dans sa place arrogante par la volonté d’infantiliser le crime & le FBI.

Ce n’est pas un film à critiquer : c’est trop facile. C’est juste un Disney daté qui ne se prend pas la tête & qu’il faut voir en sachant à quoi s’attendre. La diversité relative de ses sous-sujets amène d’ailleurs parfois ce genre d’épisodes cultes qui font la force de Disney & ont probablement assuré la place de Stevenson en tant que réalisateur chez eux (je pense aux brillantes scènes de la mégère & de son mari). Longuet par contre.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

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