Critiques cinéma hebdomadaires

[Critiques cinéma] Nathalie…, La Strada, Le Témoin du Mal

Dans les cinébdos, je compile mes analyses critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥

Article soutenu par Yumemiruhito ! ❤

Sommaire
Nathalie… (Anne Fontaine, 2003)
La Strada (Federico Fellini, 1954)
Le Témoin du Mal (Gregory Hoblit, 1998)


Image d’en-tête : Le Témoin du Mal ; films 282 à 286 de 2019

6
1,5

Lundi : Nathalie…

(Anne Fontaine, 2003)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Le titre est-il conçu pour suggérer que le film ne connaîtra point de suspension ? Celle de l’incrédulité du spectateur, peut-être, la fameuse. Vu le trio Ardant – Depardieu – Béart, c’est en tout cas un film conçu pour plaire à Paris & que les acteurs s’y plaisent, plongés qu’ils sont dans les éléments les plus panaméens du cinéma surgi du nouveau millénaire.

”J’étais pourtant sûr d’avoir mis une photo en HD du film ici…”

Le malaise citadin & l’obsession urbaine seront plus que présents ; il sera en tout cas difficile de mettre les compulsions conjugales au plus-que-parfait, comme elles sont si prégnantes. Trop, sans doute. Gérard trompant, Fanny trompée, Emmanuelle prostituée qui s’improvise détective privée d’ordre conjugal, tout est fait pour que le film d’Anne Fontaine devienne un quasi-cours de sexologie, passant de l’obstétrique à l’infidélité avec un manque de transition criant – que la réalisatrice veut propre à la profession de Béart, évoquée le plus souvent dans l’histoire par des euphémismes, mais qui le condamne dans les faits à être insupportable.

C’est bien simple, c’est Closer en français, avec le même couple pas si bien joué où un élément perturbateur (ici Béart) recèle la vraie bonne prestation & l’intérêt persistant du scénario. Au spectateur de prendre sur lui, car s’il est patient ou qu’il a su voir par-delà l’abus de détails anti-cinématographiques, il saura que des circonvolutions l’attendent.

Il lui sera difficile, toutefois, de deviner la double ironie que Fontaine dissimule, précédée par un doute psychologique inattendu qui bien vite se transforme en jeu du ”tel est pris qui croyait prendre” à double fond. Même si l’on soupçonne quelque chose, on sera pris au dépourvu par un secret remettant tout en cause.

Nathalie… Un de ces films à fort investissement spectatorial, & celui-ci se place dans un mouvement dramatique français que je déteste. Cependant, je dois admettre qu’il est particulièrement parlant dans son genre.


Mercredi : Kursk

(Thomas Vinterberg, 2018)

« Thématique : Max Von Sydow »*

Critique détaillée ici !


7,5
3,5

Jeudi : La Strada

(Federico Fellini, 1954)

« Thématique : langue italienne »*

Le spectacle de rue, c’est un thème fétiche chez Fellini ; un thème un peu chiche pour une bonne part du monde du cinéma de l’époque, aussi. Difficile à produire, le film bénéficie d’un Anthony Quinn qui ignorait tout du réalisateur & dont l’agent suspicieux a refusé un salaire basé sur un pourcentage des recettes ; ironiquement, l’acteur y a perdu de l’argent comme son personnage y perdra la joie de vivre. Une joie un peu âpre, même si pas autant qu’un doublage en italien qui passe très mal.

L’exploitation des plus faibles dans l’art itinérant contient une ironie qui n’allait pas s’arrêter à l’obtention du tout premier Academy Award pour un film en langue étrangère : avant de devenir le film favori du pape François, La Strada est un questionnement sur la tolérance. Est-ce tolérer que d’accepter les faiblesses de celui qu’on exploite ? Ou ”celle”, en l’occurrence : Giulietta Masina, la femme de Fellini (ç’a rassuré les producteurs), joue le rôle exténuant d’une simple d’esprit. Elle doit faire attention à ne pas comprendre ses propres sentiments pendant que son exploiteur fictif, drama Quinn, ne comprend le siens que trop bien & les a refoulés pour cette raison.

Les expressions de Masina sont tellement incroyables qu’elles éclipsent souvent la muflerie assez grossière de Quinn.

Là où le monde (intra & extra pelliculam) voyait une pauvresse & un méchant, Fellini pose la question autrement : comment faire que l’un se révèle dans les yeux de l’autre ? Rien ne sera dès lors plus très clair : se tenant à l’écart de clichés qu’on n’avait pas encore inventés, le régisseur parle à chacun de ses deux personnages : d’une part, il fait appel à la perspicacité de celle qui n’en a supposément pas, & d’autre part à ce que ressent celui qui refuse d’exprimer le fond de sa personne. Une profondeur qui rejaillit de protagonistes dont chaque image témoigne de l’incroyable plénitude.

Évidemment, cela provoque du conflit, & si ses fondements sont rattrapés au vol par l’écrémage d’un mélange savant, ses axiomes s’imposent un peu fort. Je pense que là aussi, Fellini était trop en avance sur son temps pour qu’un peu de sa précipitation ne survive pas jusqu’à un visionnage 65 ans plus tard.

Mais qu’à cela ne tienne, le tour de passe-passe est enclenché : remords et malheur seront les produits abrasifs d’une œuvre aux fantastiques éclairages parcourant les routes en quête de la plus belle des anti-histoires d’amour.


Vendredi & samedi : Shapito Show (Sergei Loban, 2012)

« Thématique : langue russe »*

Critique détaillée ici !


7
6,25

Dimanche : Le Témoin du Mal

(Gregory Hoblit, 1998)

« Hors-thématique »*

[Spoilers] Dans la petite vague de Ghost & de Sixième Sens qui revitalisa la veine ouverte de L’Exorciste avant l’agonie du millénaire, ce micromouvement mystique qui arrivait encore à se prendre au sérieux en parlant de fantômes, il y a eu Le Témoin du Mal. Comme d’habitude, on l’a titré comme un épisode obscur d’une série de seconde zone, mais le titre original est bien plus susceptible de faire perdurer l’œuvre au rang des films cultes de son genre : Fallen (à prononcer : /avec un ton lugubre/).

”J’ai cru voir un lecteur…”

Propulsé par Elias Koteas dont l’interprétation démente, quoique courte, a beaucoup inspiré & joué sur la continuité de l’histoire, Fallen ne tarde pas à glisser sans secousses sur l’écriture de Nicholas Kazan qui a écrit aussi L’homme bicentenaire : un scénario lourd, donc, mais empreint d’un suspense aussi fantomatique que certains personnages, ressuscitant un genre de semi-horreur qui ressemble à Incassable dans sa manière de revisiter l’impossible à revisiter (tentatives mortes avec la décennie 2000). Cette tension apparaît comme si elle avait toujours été là sans qu’on la remarque, venant s’ajouter à l’ambiance très policière (& là aussi très nineties) qui fleure bon les commissariats enfumés où des doigts gras tapent consciencieusement des rapports entre deux blagues crasses aux collègues.

Tout un moteur qui est monté avec peu de choses ; comme je l’ai dit, on croyait encore en ce que l’on faisait dans le domaine du mystique, alors les énigmes & la croyance en Dieu – des prérequis du genre – n’ont jamais l’air de s’excuser & l’on peut profiter, encore aujourd’hui, d’un thriller bien casté (le duo Washington – Sutherland devrait rester dans les annales) où les bavures & les décisions prises sur le coup ont des conséquences vraiment dures (ce ne sont pas des digressions à la Columbo), même si elles donnent sur un léger forçage du charisme policier.

Je trouve étonnant qu’un film de 1998 arrive à tirer sur des ficelles vieilles comme Babel en sachant créer un univers cohérent, pas bâclé au niveau théologique ni des procédures policières, autant de choses qui font le plus souvent dire aux producteurs : ”le spectateur n’y connaîtra rien, donc pas besoin de taper trop fort”, surtout quand c’est pour donner dans un divertissement criminel sans complications.

Fallen, ce n’est donc pas juste une résurrection regenrée du style de Friedkin avec une fin unique & intelligente, mais surtout une production qui a fait parler du vrai syriaque à ses personnages (oui, ça me parle plus qu’à d’autres, mais c’est symptomatique de la spiritualité concrète établie par Gregory Hoblit). Un visionnage à la fois très familier & surprenant qui vaut bien la peine.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

4 réponses »

  1. Pas vu «Le Témoin du Mal», il semble suivre en directe ligne «L’Associé du Diable» dans cette vague de films fantastiques à thématique métaphysique qui pour moi s’est vraiment imposé avec «Rosemary’s Baby». Un genre que j’adore quand il est maîtrisé. D’ailleurs, «L’Associé du Diable» a été une vraie bonne surprise pour moi, qui ne tient pas uniquement à Al Pacino (magistral dans son rôle de Diable dans les détails, enfin de Diable avocat). Le film mélange habilement scénario fantastique lorgnant sur le thriller, ambiance dantesque (au sens propre, «relatif à Dante»), et thématiques métaphysiques chrétiennes très bien traitées (y’a honnêtement plus de christianisme dans ce film que chez la plupart des curés^^). La réalisation est très inspirée de «The Omen».

    Aimé par 1 personne

      • Je ne sais pas ce que ça représente en termes de quantité pour parler de «vague», mais le mysticisme et le religieux ont toujours fait partie du cinéma fantastique, «L’Avocat du Diable», la trilogie «The Omen» (j’ajouterais presque «La Neuvième Porte», si mes souvenirs sont exacts) se rejoignent sur bcp de points: atmosphère diffuse de prophéties ou d’apocalypse, beaucoup de plans d’église, de statues, surnaturel qui surgit de manière imprévisible et violence dans des ambiances de Nouvelle-Angleterre autrement plus feutrées,métaphores et morale chrétiennes, voire opéra et chants lyriques en B.O… Le genre de truc qui peut trèèès rapidement tourner au ridicule si c’est mal réalisé^^

        Bien sûr, tout ça a rapidement dérivé vers l’horreur, et ce bien avant «L’Exorciste»; si tu n’as pas peur de t’aventurer de ce côté-là, je te conseille tout ce qui est folk horror, centré sur la mystique païenne.

        *se félicite intérieurement d’avoir trouvé des films qu’Ywan ne connaît pas, alors qu’à chaque fois qu’il va sur son site, c’est l’inverse*

        Aimé par 1 personne

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