[Critiques cinéma] Upside Down, Le retour de Billy Wyatt, L’Agent, La Vie des autres, Snow Therapy, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux

Dans les cinébdos, je compile mes analyses critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥

Article soutenu par Yumemiruhito et 1 tipeur anonyme ! ❤ ❤

Sommaire
Upside Down (Juan Solanas, 2012)
Le retour de Billy Wyatt (Steven Kampmann, William Porter, 1988)
L’Agent (Luigi Zampa, 1960)
La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006)
Snow Therapy (Ruben Östlund, 2014)
L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (Robert Redford, 1998)

bannière bloqueur de pubs


Image d’en-tête : Upside Down ; films 269 à 274 de 2019

7
8,5

Lundi : Upside Down

(Juan Solanas, 2012)

« Hors-thématique »*

À une époque où l’art a plus que jamais l’impression de se répéter (principe ancien mais amplifié par la densité d’œuvres qui sortent), on est devenus friands d’entredeux. Alors un film qui nous envoie loin dans le ciel pour découvrir des maux très familiers mais mis à la sauce onirique, ça fait un peu Grinch à première vue, mais c’est pile poil ce qu’on réclame de cette décennie !

Le film est adapté d’un… rêve du réalisateur. Le genre de déclencheur qui donne toujours une âme aussi inspirante qu’inspirée à une création, mais fragile aussi. Du coup, Solanas l’a bardée d’effets visuels produits par différentes entreprises, un maquillage épais qui sert d’écrin à la plupart de ses idées visuelles, surtout qu’elles ne vont pas sans une conscience photographique aiguë, si bien que le résultat est un joyau graphique quasi-constant – compliment que je donne au septième art avec prudence & parcimonie vu qu’on se dépasse toujours en la matière. Il faut dire que les contrastes élevés & l’affection pour le bazar harmonique (me rappellant à The EndlessMidnight Special notamment) sont à mon goût.

Outre la technique, le principe permet des astuces simples et des mises en opposition colorées qui s’ajoutent aux constrastes… Miam.

On n’attendra pas de la narration une réussite égale : elle ne passe pas loin d’être réussie elle aussi, comme elle mélange avec brio sa musique atmosphérique (coucou Sigur Rós) avec une progression romanesque super accrochante du côté interactif (Sturgess s’amène avec un air benêt & fricote avec des entreprises beaucoup trop grosses pour lui, mais il n’obtient rien d’idéal ni ne rétablit quelque justice que ce soit à lui tout seul, vu qu’il se contente de prendre des gamelles un peu partout & incite incroyablement bien l’histoire à bouger), mais le sentiment que les choses sont toutes prêtes & bien arrangées devient ensuite un peu pesant.

Les moyens mis en œuvre par les personnages s’imbriquent trop bien dans leurs besoins, & la dichotomie ”haut=bien, bas=mauvais” est un peu faible (développer la politique aurait aidé). M’enfin, on va mettre ça sur le compte de la nécessité qu’il y a pour le spectateur de prendre des repères. Le monde d’Upside Down est d’ailleurs si bien pensé que les personnages semblent VRAIMENT avoir l’habitude de cette gravité fofolle que la voix off nous avertissait être une bizarrerie. En plus, la bureaucratie n’a jamais été aussi touffue & concrète que depuis Brazil. Mais zut, j’étais parti pour débunker la narration.

Malgré les interrogations que nous lance cet univers, il finit par se corrompre (heureusement pas pendant très longtemps) dans un narratif spectaculaire (avec action & tout) qui n’avait pas lieu d’être & qui égratigne pas mal l’âme rêveuse du film. C’est un stade de pré-fin qui confine le scénario dans son petit monde où les amis sont vite faits & les intérêts un peu diffus.

Pour finir, je pense qu’Upside Down doit être vu pour ce qu’il avait la vocation d’être : une merveille graphique à laquelle il a bien fallu accoller une histoire, d’ailleurs vraiment poussée loin, avec tous les détails qu’on peut imaginer dans un univers où la question de la gravité est ”doublement” omniprésente, toujours en toile de fond. Il ne faudrait non plus croire que la ”gravité” de la situation est double parce qu’il y a des faiblesses : romance légère & rêve un peu dégarni, Upside Down n’en demeure pas moins fascinant sans verser dans le plaisir coupable.


6,25
5,5

Mardi : Le retour de Billy Wyatt

(Steven Kampmann, William Porter, 1988)

« Thématique : Jodie Foster »*

Ah, Foster revit : il fallait qu’on lui fît jouer dix ans de moins que son âge pour la réconcilier avec une production qui en valût la peine. D’ailleurs, le film s’accroche aux années 80 avec des crochets grands comme ça, s’assurant d’exploiter au maximum l’époque où l’ambiance universitaire était à l’honneur qu’immortalisèrent d’autres œuvres d’époque en se servant du sport comme ciment ; ici, le baseball.

Warner Bros faisait alors une avantageuse concurrence à Disney en matière de tragicomédie & cette guéguerre fait souffrir le film d’une surabondance de sentiments – la quantité primera sur la qualité, ce qui préserve l’histoire sur le long terme en même temps qu’elle en racornit les bords avec ses pointes de kitsch. Vous savez, le genre de kitsch pour lequel le ralenti (voire l’image figée) sur fond musical est la crème de la crème en matière de climax émotionnel.

Carburant aux anecdotes qui génèrent des setups/paybacks par myriades, Stealing Home s’assure de séduire à peu près n’importe quel public quelle que soit l’époque avec ses autoréférences simples qui s’essayent à être touchantes, mais il finira aussi par tourner en rond de pire manière qu’un coureur accomplissant un homerun. Déjà que sa non linéarité est loin d’être claire (quoique charmante avec sa façon de ne jamais montrer Jodie Foster & Mark Harmon en même temps à l’écran), la narration un peu cliché devient carrément barbante, comme si toute l’histoire reposait sur une manipulation presque puérile des personnages qui se trouvent ainsi ballottés entre deux ou trois décors-types.

Jodie Foster & Mark Harmon n’apparaissent jamais ensemble parce que leurs personnages sont séparés par le temps et tout le paquet d’émotions que le film se force à délivrer. Du coup, cette photo est assez impactante pour qui a vu le film.

Heureusement, Kampmann & Porter ne se figent nulle part. Chaque scène est une redécouverte, au point de produire par endroits des miracles de continuité donnant l’illusion d’une vie pleine pendant plusieurs heures fictives d’affilée, avec une naïveté un peu absurde qui est le parfait ingrédient pour rendre tolérable que 100% des personnages, enfants & adultes compris, soient des adolescents dans l’âme. Maintenant que j’y pense, peut-être qu’il fallait absolument que le film devînt kitsch pour que cela marche encore aujourd’hui…


7
2,75

Jeudi : L’agent (Il Vigile)

(Luigi Zampa, 1960)

« Thématique : langue italienne »*

Sans Internet, comment accèderait-on à ces petits pamphlets italocentrés qui sont pourtant des perles internationales d’automoquerie ? Ici, Sordi fait le clown en costume de policier dans un format décomposé (mais loin d’être pourri) en espèces de chapitres (que je nommerais Le Glandeur, Le Policier & L’Homme) eux-mêmes découpés (mais sans boucherie) en sketchs : le procédé habituel permettant aux cinéastes italiens de caser plus de petits gags & de situations abracadabrantes qu’une narration standard ne saurait tolérer – à se demander s’il serait possible de sortir ces œuvres de leur anonymat sans les endommager.

Il Terminatore.

Pourtant, il en existe des versions restaurées, redistribuées & sous-titrées comme celles-ci qui transmet toute la gentille haine de nos voisins pour leurs propres forces de l’ordre & leurs autorités communales, le compromis suranné d’un esprit villageois avec une ère médiatique qui a le vent en poupe – un milieu où les stars comme Sylva Koscina peuvent avoir 18 millions de téléspectateurs (source : le film ; on n’aura pas vérifié au-delà par peur de tout casser) & le policier la rencontrer sans une once de formalité, lui le représentant du désordre dont, par ailleurs, le père aura tiré sur le roi pendant la Première Guerre parce que pourquoi pas.

Difficile d’imaginer que la Cinecittà était à l’époque presque aussi fermée & prestigieuse qu’Hollywood ; les mégalopoles italiennes agissaient comme des satellites & il est trop tard pour continuer à les apprécier à leur juste valeur de fragments bicolores d’une Italie comiquement inconséquente.


7,5
6

Vendredi : La Vie des autres

(Florian Henckel von Donnersmarck, 2006)

« Thématique : langue allemande »*

C’est décidément le destin des réalisateurs allemands que de se tenir en pensée sur le Mur de Berlin pour relater, depuis un côté ou l’autre de son histoire, à quel point il a influé sur le pays. Et si c’est pour produire des films de cette facture, autant continuer !

La Vie des Autres est le premier film de Von Donnersmarck, & cela se sent dans la façon qu’il a de nouer son scénario comme Ulrich Mühe son nœud de cravate : trop vite. Mühe, il est de la Stasi ; il est cet Est-Berlinois tout gris, chauve, cynique & consciencieux qui a alimenté l’imaginaire de tant de dystopies d’après-guerre. L’inhumain qui épie & réclame le nom des gens, quitte à laisser tout le monde soupçonner qu’ ”il en est”.

”Aujourd’hui, l’accord avec l’auxiliaire haben

Si l’on ne savait pas que Mühe n’a eu qu’à se rappeler de la RDA qu’il a vécue pour jouer si bien dans sa version fictive (& que l’acteur, à l’instar d’un personnage du film, a consulté son propre dossier de la Stasi après la chute du Mur), on croirait que Von Donnersmarck recrée tout le cliché du fascisme fantasmé de l’époque. Mais la machinerie a eu le temps de se mettre en place, & la caméra d’hériter d’un rôle tout particulier, puisque davantage que le son, elle fait passer le spectateur pour l’espion, le vrai.

Dans ce petit monde filmique guidé officieusement par un accessoiriste féru de réalisme qui a passé lui-même deux ans dans les prisons de la Stasi, on peut craindre le règlement de compte ou l’hommage, mais pas du tout : plus qu’un mémorial, l’œuvre est un souvenir enveloppé dans cette empathie allemande qui, osé-je le dire, semble toujours dériver en ligne droite d’un siècle de regrets pour leur histoire récente, sous cette forme humble & artistique qui fait des ravages entre autres chez Werner Fassbinder & Wolfgang Becker.

Pourtant, cette empathie ne donne pas lieu à des situations bien exceptionnelles : le cynique qui se met à réfléchir & à se sortir tout seul de l’autoritarisme qu’il a toujours défendu, on a déjà connu ça chez George Orwell ou Terry Gilliam, mais c’est bien vu de le mettre sur le compte de cette petite phrase : ”les gens ne changent pas”. Non, mais un peuple, oui. Pour finir, les rôles s’inversent carrément : l’écrivain pro-Ouest se tâche les mains d’encre rouge comme de sang tandis que c’est l’officier de la Stasi, chargé de l’écoute, qui invente une histoire servant à remplacer son rapport & à protéger sa nouvelle cause. Et ça, on y arrive après un déroulé politico-artistique vraiment sensationnel quoique par le biais d’un couple un peu terne.

Non content de m’absorber, le film me fait me poser une autre question : fallait-il que l’Allemagne vive dans la honte de ses dirigeants entre 1933 & 1989 pour faire d’aussi bons films à propos de cette période ?


8
4

Samedi : Snow Therapy 

(Ruben Östlund, 2014)

« Thématique : langues du monde »*

Allez hop, encore une coproduction scandinave ni vue ni connue. Un couple norvégo-suédois & un autre suédo-norvégien, ils se connaissent & parlent tous leur propre langue. Une des merveilles linguistiques à côté desquelles on passe complètement ; pourtant, dans Force Majeure alias Turist alias Snow Therapy, ce sont les Alpes françaises que tout ce beau monde visite.

Hôtel de luxe & employés aux petits soins pour ”reset” les pistes chaque nuit à coups d’avalanches contrôlées, de canons à neige & de damage (qui se rapporte au plumage des susdits pigeons), voilà la petite famille scandinave prête à passer cinq jours aseptisés & tout planifiés. Un ennui qui ramène au débat sur la lenteur au cinéma : le procédé peut-il être poussé jusqu’au foutage de gueule ? Dans le cas du film, la question ne se pose pas : les touristes s’imposent eux-mêmes le rythme assommant de la station, & le spectateur qui s’en plaint est un spectateur distrait à qui on conseillera de se rappeler que les touristes du film (pour ne pas en citer d’autres) se foutent en réalité d’eux-mêmes.

Une ironie qu’Östlund continuera de dépeindre d’ailleurs avec un sarcasme qui génère des scènes on ne peut plus classiques & banales, mais également filmées avec un art à la hauteur des montagnes gigantesques dont il capture l’image – ce décalcage de monsieur & madame Tout-le-monde dans un cadre si photographique fait presque croire au fond vert ou au décor de pub, pourtant la vérité est tout le contraire & je suis, en fait, presque choqué de voir que le film est étiqueté ”comédie”.

Inspiré par YouTube & mettant en scène une famille moderne – n’en déplaise au perfectionnisme de la névrose touristique qui la pousse au bord du goufre de l’inanité –, Force Majeure est un drame brut, & il en resterait là si je n’avais pas dissimulé l’essentiel : ce n’est pas un drame par hasard.

”Mon Dieu, je… je pense que c’est un téléphone.”

[Spoilers – mais bon l’affiche est pire] Les débunkages psychologiques délivrés par Kristopher Hivju (en norvégien) avec un bon sens très moderne à ses amis ne vient pas de nulle part, & Johannes Kuhnke qui pleure (en suédois), ce n’est pas un craquage qui sert juste à faire joli. Si tout cela se produit, c’est parce que la petite famille s’est pris une p***** d’avalanche sur la tête. Une scène par ailleurs authentiquement terrifiante, & devinez pourquoi ? Parce que, même si elle est quant à elle 100% fond vert, elle est 100% vraie & agit comme telle. Elle ne fait pas de dégâts visibles, alors on rit nerveusement un coup & on se remet à manger avec désinvolture. Mais les dégâts psychologiques, eux, vont de faire sentir sur la durée, avec cette égalité primale voulant que les enfants ne soient pas épargnés – normal, mais osé.

C’est facile de parler de film psychologique, mais si Force Majeure brille dans cette catégorie, c’est parce qu’il est le meilleur que je connaisse dans sa sous-catégorie : le film de choc psychologique (ce qui, à un autre égard que la montagne, le rapproche de la série Les Revenants). Un choc qui va éclabousser un quotidien horriblement lent & réaliste de ses échardes, un choc qui n’appelle vraiment pas à une fin scénaristique. Il durera, il faudra s’y faire, mais la vie continue aussi, alors on la filme, comme on avait filmé le reste, & on quitte les vacanciers sur les sinuements du Stelvio, un endroit comme un autre pour figer dans sa mémoire à quel point ces vacances étaient folles.

Lenteur belle, photo (trop) parfaite, famille (trop) classique : Force Majeure est l’essence du drame, de la tranche de vie pure & simple, indigeste par moments. Mais elle n’est pas beurrée avec le dos de la cuillère, ce qui est une image très nulle pour dire que décidément, on n’a pas fini d’inviter des sous-genres & de trouver des niches cinématographiques, ce qui est tant mieux pour Turist qui mérite bien son prix d’Un Certain Regard.


6,5
6,5

Dimanche : L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux 

(Robert Redford, 1998)

« Hors-thématique »*

Cinq ans après Et au milieu coule une rivière, Redford se jette de nouveau sur les droits d’adaptation d’une de ces histoires far-westiennes au long titre & au long ”cours” qu’il affectionne & qu’il va finir par filmer au même endroit. Quand on le voit avec Johansson, on pense à Avengers, mais après juste 14 ans de vie & moitié autant de films tournés, son petit tour au pays des ”howdys” signait en fait à peine la fin du début de sa carrière (elle est encore créditée avec un ”introducing”).

Pour qui en douterait, le réalisateur fait bien en sorte de montrer qu’il aime son pays : New York en 1.85:1 & le Montana en 2.35:1, voilà de quoi prendre la ”proportion” de son amour des paysages & des ciels (qui l’en blâmerait) dont l’esthétique va nous être imposée pendant presque trois heures. Il s’autorise cette fois à figurer des deux côtés de la caméra, & il se donne le beau rôle : cowboy idéal, horseman parfait, homme bien tout court, il voit presque aussi grand que son grand angle & c’est un peu trop. Pas mauvais, mais trop.

La petite hypocrisie redfordienne fait son chemin & ce n’est pas la magie du Far West qui va l’en vacciner. Déjà, tout est si beau qu’on n’arrive pas à oublier la caméra, & à l’oublier lui, donnant ses instructions : après deux scènes sur fond d’arc-en-ciel & quatre couchers de soleil, on se sent presque rejeté, se demandant où est le reste (la famille est mirifique jusqu’au bout, mais on ne la connaîtra pas vraiment en-dehors des photos accrochées au mur, alors on y repense avec un sentiment, là aussi, d’inaccompli).

Ils ont même fait des cartes postales, didonk.

Ensuite, c’est bien joli de mettre les chevaux au casting à côté des humains, mais de voir qu’il y a deux acteurs par humain, parfois trois (doublure & cascadeur) & plusieurs chevaux par rôle (ce qui ne trompe personne de toute manière, vu tous les faux raccords) confirme l’impression pesante d’une grande farce : on ne demandait pas à Redford d’être en vrai dans les scènes où les animaux ruent (il s’est quand même cassé un orteil donc chapeau), mais l’impliquer tellement dans l’action par effets d’illusion ne compense le fait d’avoir trop soigné son personnage, sans compter que tant de trucages donnent lieu à quelques fautes graves de continuité.

C’est beaucoup parler autour d’un seul argument & c’est biaiser ma propre vision globalement positive que de forcer dans ce sens, mais cet ensemble d’erreurs est prompte à faire sombrer un visionnage captivant en critique acerbe, précipitant le spectateur plus durement dans la désillusion. Surtout que ce n’est pas dans une histoire d’amour molle qu’il se rattrape, ni dans les liens très faibles reliant les humains aux bêtes, bien qu’il s’agit du sujet. Sam Neill est à peine présent & très désinvolte en-dehors de ses deux grandes scènes, Kristin Scott Thomas met longtemps à rentrer dans son jeu & elle est un succédané trop évident d’Emma Thompson (ils la voulaient pour le rôle &, sans savoir cela, je l’ai reconnue dans le jeu de Thomas) & Starlette Johannson dit à peine dix mots à son adoré cheval de toute l’histoire.

Voilà trois paragraphes bien haineux qui me surprennent à l’écriture. J’en tire l’avertissement suivant pour qui veut l’entendre : Redford est un immense illusioniste. Il adore la Nature qu’il filme & il est passionné pour ses sujets, c’est flagrant & il fait sincèrement tout pour nous transmettre sa vision des choses. Au point que son œuvre devient plus vraie que nature, ce qui, ici, n’est pas une bonne chose. Cependant, si j’estime juste de me sentir lésé par l’illusion, il faut savoir reconnaître que la moelle des films de Redford (je pense encore à Et au milieu coule une rivière qui était si dense qu’on avait moins lieu de s’agacer) est toujours magnifiquement fidèle à ses valeurs.

Avec The Horse Whisperer, on a droit à un dépaysement pas mal tourné figurant une citadine qui se purge du poison urbain grâce aux montagnes bienfaisantes du Nord-Ouest. Le côté champêtre, s’il n’est pas scénaristiquement honnête, ne peut être entièrement contrefait, & le Montana suinte à chaque image d’une manière qui nous empêche de négliger la progression de l’histoire d’un point vers un autre. C’est ce qu’on demande d’un film, alors si en plus il est beau, pourquoi en faire un foin ?


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

5 commentaires

  1. «Fallait-il que l’Allemagne vive dans la honte de ses dirigeants entre 1933 & 1989 pour faire d’aussi bons films à propos de cette période ?»
    «Honte», je nuancerais. Pour moi, la phrase de Poutine sur l’URSS résume aussi parfaitement l’attitude des nombreux nostalgiques de l’Allemagne de l’Est: «qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de coeur, qui souhaite sa restauration n’a pas de tête». C’est tout le paradoxe.

    La tête, c’est évidemment le caractère profondément archaïque, vicié, obsolète de tels systèmes, qui furent des échecs politiques et économiques. Mais, le cœur c’est d’abord la victoire contre le nazisme, célébrée par le Parti. La RDA, c’était aussi un idéal à défendre – certes pour une minorité d’artistes et d’intellectuels, mais ça mérite d’être noté. C’était des milliers de gens qui cherchaient à fuir, mais surtout des millions qui s’en contentaient. On s’habitue à tout, dit-on… Et le temps édulcore toutes les mémoires. La RDA, c’était la «Heimat» de tous ces Allemands, qui a constitué leurs souvenirs communs, une partie d’eux. Et une partie qui craint, c’est une partie quand même.

    Pour les Allemands de l’Ouest, le rapport à la RDA est donc livresque, médiatique, plus ou moins objectif: c’est la dictature, la honte de l’Allemagne. Pour les Allemands de l’Est, c’est un rapport vivant: leur vie, leur héritage. Fatalement, les deux dimensions sont très différentes.

    «La Vie des autres» est un excellent film car il représente parfaitement cette époque: l’atmosphère grise et terne, la paranoïa, les difficultés matérielles, mais finalement un pays qui est «vivable»; les changements de camp, les intrigues à la faveur des envies de pouvoir de chacun… Une dystopie orwellienne qui est finalement très humaine.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai envie de dire qu’une dystopie orwellienne est forcément humaine. Bien sûr que c’était leur vie, mais tu le dis toi-même : ils s’en contentaient. Ce qui, en soit, est le même raisonnement que le mien : un raisonnement résultatif et rétrospectif. C’est marrant, c’est ce qui faisait aussi la différence entre nous quand on parlait linguistique ! On n’est jamais objectif sur le monde dans lequel on vit.

      Merci pour les précisions historiques, j’escomptais bien que tu aurais de quoi nous instruire là-dessus !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s