[Critiques cinéma] Bon voyage, Siesta, Solomon Kane, L’Homme de cendres, Terre lointaine

Dans les cinébdos, je compile mes analyses critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥

Article écrit avec le soutien d’1 tipeur anonyme ! ❤

Sommaire
Bon Voyage (Jean-Paul Rappeneau, 2003)
Siesta (Mary Lambert, 1987)
Solomon Kane (M.J. Bassett, 2009)
L’Homme de cendres (Nouri Bouzid, 1986)
Terre lointaine (Walter Salles, Daniela Thomas, 1995)

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Image d’en-tête : Solomon Kane ; films 263 à 268 de 2019

6,5
6

Lundi : Bon Voyage

(Jean-Paul Rappeneau, 2003)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Rappeneau est un agitateur, mais sa foule n’a pas besoin d’être vraie : ce n’était pas pour rien que son Cyrano avait fait fureur.

Bon Voyage se situe à l’époque & à l’endroit où un voyage était à la fois le plus nécessaire & le moins envisageable : le début de l’Occupation. C’est un véritable petit moteur que le réalisateur a monté, entre la pression des forces de l’Axe sur Paris & le carburant des petits problèmes.

”Vous utilisez quoi comme gel ?”

Les explosions ne sont pas celles de bombes, même si l’histoire est entre autres basée sur une sombre intrigue impliquant de l’eau lourde, car elles consistent un feu d’artifices permanent d’acteurs qui arrive à faire oublier que Depardieu est Depardieu (lui qui est très difficilement dissociable, pour ainsi dire, de son ”personnage réel”). Le reste du casting, à l’exclusion d’Adjani qui est presque aussi lourde que l’eau (même si ça fait partie de son personnage), participe bellement à ce ballet de mouvements & de pensées où soudain la Guerre réelle resurgit : pas celle des champs de bataille, mais celle dont les politiques sont responsables sans que cela leur occupe pour autant toute une vie, bref : la guerre omniprésente, oui, effrayante aussi, mais pas de bombes, ni de pertes, ni d’esprits saturés comme l’Histoire le fait croire ; plutôt beaucoup de banalités.

Cette ambiance est reconstruite si loin de son contexte que c’en est ébourriffant, si tant est qu’on l’a remarquée, puisque le divertissement est lui aussi de redoutable facture. Non content d’être crédible & feel good (un paradoxe, vu le sujet), l’œuvre est grisante politiquement à la fois que dans les intérêts minables qui se rencontrent & s’entrechoquent jusqu’à créer un réseau reliant les hautes sphères aux modestes survivalistes avec ce sens de la tension historique dont Rappeneau a le secret.

Touffu, toujours étayé par une musique un peu répétitive mais qui contribue à la densité générale, le film ne perd pas le nord : l’Angleterre, bastion que De Gaulle s’en va tenir après avoir été aperçu dans une voiture à peine plus longtemps que Pétain, domine des intrigues mondiales tellement ramenées à taille humaine qu’on peut facilement croire que le régisseur a tenté de les ridiculiser. Mais non : c’est une création très fournie, indépendante, réaliste & qui parvient à plaire.


2
2

Mardi : Siesta

(Mary Lambert, 1987)

« Thématique : Jodie Foster »*

Mary Lambert a bien fait de tourner le clip de La Isla Bonita au même endroit & la même année que Siesta. Ça fait coup double & l’économie n’est pas une pratique qu’on reprochera à un film aussi médiocre de toute façon.

Réactions typiques au film : dodo, ou regard torve.

De son côté, Madonna a bien fait d’y refuser un rôle, car cela lui aura évité de figurer dans ce machin qui livre les acteurs à eux-mêmes dans une Espagne ou la réalisatrice semble se promener en touriste – encore qu’un touriste aurait mieux su gérer certains éclairages & se serait montré plus mesuré en matière d’habillage musical.

Foster a le grand malheur de figurer dans Siesta – d’ailleurs, elle parle de période sombre. Ni elle, ni Sheen ni Byrne ne seront en mesure de relever cette histoire où toute action doit avoir une cause énorme & une conséquence immédiate comme dans un roman de gare qui tire une tentative d’exceptionnel de banalités.

Au mieux, le casting évite à l’œuvre d’être tout à fait imbuvable, maquillant sa totale absence de finesse. Si la folie dont Lambert fait un thème finit par fonctionner, c’est par pure cohérence dans la médiocrité : les ratés s’emboîtent dans le grotesque, & l’alliance des deux finit par faire croire à un ambiançage contrôlé dont l’illusion nous anesthésie contre le pétage de plombs.

Siesta est un n’importe quoi provocateur & giallo qui n’a de mérite qu’un surréalisme très tardif & largement involontaire. En-dehors de ça : navet.


1,5
2,5

Mercredi : Solomon Kane

(M.J. Bassett, 2009)

« Thématique : Max Von Sydow »*

Il fallait bien ce titre, rappelant à un grand film qu’il me reste d’ailleurs à voir, pour pimenter la catastrophe qu’est Solomon Kane. On la sent venir de loin : l’amorce à la Indiana Jones introduit un assoiffé de sang qui déjoue les pièges juste parce que le scénariste le veut bien & on se fiche de la continuité du moment qu’on arrive à placer les jolis monstres. Voilà les symptômes de tares tartes.

Le titre arrive après cinq minutes mais on le sent déjà beaucoup trop confiant dans sa gloriole pour ce que cette bande-annonce intégrée nous promet. Ça ne rate pas, encore que la classe forcée de James Purefoy se délite de manière relativement intéressante pour s’allier aux vingt minutes que Postlethwaite occupe à l’écran : ce passage empreint de paix & de modestie est le ”meilleur”, même s’il est grossièrement détouré & soigné dans le seul but de mieux exploser sous l’effet de la grosse injustice qui fait jaillir le sang & couper des têtes. Ah, il faut aussi en profiter parce qu’on ne connaîtra d’autre attachement aux personnages que dans ces courts moments.

C’est de là que part la débandade totale : des rafales de clichés visuels (épée de feu, démon – très moche –, uruk-hais recyclés, miroirs qui servent de passages), textuels (”personne ne se révoltait contre le mal”, ”je paierai le prix de l’Enfer”, ”seul Dieu peut m’aider”, ”elle est mon âme”, ”aaah”, ”urrghhh” sont parmi les meilleures lignes), sonores (des gros splortchs avec les lames qui pénètrent les corps, & plusieurs cris Wilhelm parce que why not) & situationnels (plein de sauvetages de dernière minute, quelques frustrations pour faire monter la mayonnaise, le frère disparu qui est devenu le méchant pas beau, un tas de cas déséspérés dont on se sort avec héroïsme, quitte à copier-coller des scènes). La musique, c’est ce qu’on devait passer dans les ascenseurs de Versailles au XVIIème siècle.

Voilà un recyclage d’Uruk-hai.

Tout est jeté en vrac pour propulser les protagonistes vers une fin qu’on pourrait qualifier d’attendue si elle avait le moindre intérêt (j’ai failli ne pas réaliser le moment où Kane remporte son ”épique” combat final), à se demander si tout le monde ne s’ennuyait pas déjà de tourner ce machin. Ou alors l’équipe pensait déjà aux deux suites qui, Dieu merci, n’ont jamais vu le jour. Mais ce qui est épatant, c’est que malgré le n’importe quoi apparemment touffu qui est la matière première de l’œuvre, elle est lente ! Sûrement parce qu’elle surjoue le suspense & a de la peine à prendre son temps à l’idée qu’il va falloir placer un massacre tous les quarts d’heure. Von Sydow a vraiment eu une carrière bizarre.


6,25
1,5

Samedi : L’Homme de cendres

(Nouri Bouzid, 1986)

« Thématique : langues du monde »*

Le cinéma maghrébin a eu un âge d’or discret, beaucoup trop peu remarqué. Il faut dire que la qualité d’images n’était pas au rendez-vous & qu’il faut batailler pour qu’Internet nous le transmette de nos jours.

Le cinéphile ne sera même pas forcément dépaysé : Bouzid sait jouer d’un cinéma qui a malgré tout beaucoup hérité des Français, mais à part les emprunts lexicaux d’usage, la Tunisie sera très fidèle à elle-même & à ses traditions. Du moins juste assez pour se sentir la force de transmettre ses défauts, pas magnifiés (on ne peut pas parler d’art libéré), mais bel & bien douloureux, détaboufiés, sans la gêne que l’éducation évoque d’ordinaire là-bas quant à ce que les adultes deviennent.

De parallèle en flashback & de révélation en révolution, on progresse dans une histoire traditionnelle de mariage se décortiquant devant nos yeux au travers de procédés lancinants, hautement métaphoriques & qui ne nomment jamais les maux qui empêchent les Tunisiens d’être ce qu’ils sont, comme si l’œuvre se soumettait de son propre chef à l’oppression qu’elle traduit. Les films de ce genre, il faut vouloir les voir. Mais il faudrait aussi le devoir.

Ci-dessous la VOST complète :


4,5
4

Dimanche : Terre lointaine 

(Walter Salles, Daniela Thomas, 1995)

« Hors-thématique »*

La Terre lointaine, c’est le Portugal pour le Brésil, ou vice-versa. On aime encore à dire que le pays d’Amérique du Sud a été fondé par les Portugais, comme si l’on ignorait qu’il a pris l’ascendant sur eux pour tout.

En tout cas, le film se situe à l’heure du tournant, de l’hyperinflation & de l’ouverture du Brésil par le président Collor à la globalisation économique. Il n’est pas aberrant d’y voir le plus grand évènement historique depuis que les deux entités lusophones se font face par-delà la grande eau, & le film de Salles & Thomas est notamment étonnant pour le recul efficace qu’il prend sur tout cela malgré la semi-décennie seulement qui les en séparait à l’époque.

Je n’ai pas d’inspiration pour la légende de cette image.

Le résultat est un peu froid. Le noir & blanc est une privation bien connue des grands cinématographes, & peut-être que cela rajoute la couche de trop à un thriller dramatico-social qui se doublait déjà de références littéraires quand il ne comparait pas la vie des jeunes à l’expédition d’Aguirre. Joli parallèle toutefois entre le conquistador & Eizaguirre, le nom hispano-luso-basque du personnage principal, même si je n’ai su voir de métaphore sociale plus haute que ce qui se résume presque à un jeu de mots, même dans ses développements scénaristiques.

L’œuvre fait appel à toute la culture du spectateur, au point de le reléguer au rang d’étranger si ses notions d’Histoire ne rivalisent pas au moins avec celle d’un Portugais ou d’un Brésilien, encore que… les relations entre les deux & le rôle de la colonie angolaise, voilà des éléments si avancés que tous n’en seront pas familiers. 

Terre lointaine est devenu un film lointain qui rate une vocation documentaire : ancré dans la crise économique brésilienne, dans sa langue, dans son thème graphique aussi bien que narratif ainsi que dans son austérité, il nécessite pas mal de contexte & dérive assez vite dans l’Atlantique qu’il se promettait de boucher, peut-être pour une des dernières fois, entre le Brésil & le Portugal.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

10 commentaires

      1. Ouais voilà, «Solomon Kane» est très inspiré de l’esthétique et des codes du jeu vidéo, ça se regarde un peu comme on regarde le walkthrough d’un mec sur YouTube, où comme on regarderait un sous-Seigneur des Anneaux réalisé à la truelle (qui a dit «King Rising»?), bref, moi ça ne m’a pas dégoûté, j’ai même bien aimé le cliché d’ambiance crasseuse, boueuse et pluvieuse teintée de sorcellerie dans cette simili-Angleterre du XVIIIème

        Au second degré, beaucoup de films sont regardables, je classerais presque «Solomon Kane» dans les nanards sympathiques.

        Aimé par 1 personne

      2. Dans la fange, on repère mieux les perles.
        Alors qu’à s’aveugler de lumières (souvent artificielles), on ne voit plus ce qui brille… Que ce soit du toc, ou de l’or^^
        *céboskeujdi, pense que sa pseudo-justification philosophique va passer crème*

        Aimé par 1 personne

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