Critiques cinéma : Blanche ; Ça plane, les filles! ; Rush Hour 3 ; Une famille italienne ; Midnight Special ; Full Metal Jacket

Dans les cinébdos, je compile mes critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥


Sommaire
Blanche (Bernie Bonvoisin, 2002)
Ça plane, les filles! (Adrian Lyne, 1980)
Rush Hour 3 (Brett Ratner, 2007)
Une famille italienne (Gabriele Muccino, 2018)
Midnight Special (Jeff Nichols, 2016)
Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987)

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Image d’en-tête : Midnight Special ; films 243 à 249 de 2019

4,5
5,5

Lundi : Blanche

(Bernie Bonvoisin, 2002)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Depardieu aura fait son lot d’expérimental : il n’a pas un grand rôle ici mais on est dans le même genre de film épico-historique déjanté que Vidocq. Et comme Vidocq, c’est un film mal-aimé que j’ai envie de défendre. Pas pour les dialogues, même s’ils tiennent de ces textes intraduisibles dont la valeur s’adresse avant tout aux francophones, mais plutôt parce que Bernie Bonvoisin fait honneur à son nom bilingue de rockeur (presque aussi délirant que Bernie Laplante) en américanisant la France de Mazarin autant qu’il peut : musique dzoing dzoing de western, portes battantes de saloon & manières de cowboys seront les valeurs de ces bourgeois libidineux & paysans révoltés qui gouaillent dans la langue d’aujourd’hui.

Le film a déjà commencé ?

C’est donc un paysage hard rock & anachronique qui s’étend devant nous. Comme je me fais l’avocat du diable, je préfère placer ma concession tout de suite : Bonvoisin tente de reproduire son univers musical au septième art, & s’il est assez inspiré dans le traitement absurde & décalé qu’il en offre, il ne donne pas une seule seconde l’impression d’être à sa place. Les dialogues, d’abord étonnants, se révèlent répétitifs & fragiles sur le long cours. La critique sociétale est téléportée du temps du Roi-Soleil comme s’il voulait réécrire l’Histoire en fonction de ses vues actuelles. Enfin, l’histoire avec un petit h ne sait pas choisir entre des inserts humoristiques (& pas si mauvais) & une continuité pimpante qui, au final, brillera par son absence.

Ceci étant, Bernard Goodneighbour crée un surréalisme qu’il n’a pas pu tirer seulement de son bagage musical, & rien que cela lui donne une bonne légitimité derrière la caméra. Caméra qui d’ailleurs semble dotée d’une personnalité, car elle s’accorde toujours avec le ton du discours : violente, nerveuse, curieuse, bref : elle n’est pas considérée comme un simple outil & ses propres mouvements jouent un rôle. Pour le reste, il doit beaucoup à un casting puissant qu’il était visiblement incapable de diriger mais qui délivre ses lignes avec le mélange de grande pompe & de hargne qui va parfaitement avec le mood parodique. José Garcia en Louis XIV maniéré, aussi encanaillé que le César de Serrault chez Jean Yanne, rivalise en cultissimité avec le Mazarin jurant & blasphémant de Rochefort.

Le film de Boivoisin a surpris, je crois, parce que personne ne s’attendait à ce genre de résultat & qu’il est difficile d’accepter qu’une œuvre si objectivement médiocre arrive aux portes du film culte. Mais quant à le basher, il y a quand même un pas. Je vois des circonstances atténuantes dans quelques réussites qui compensent l’acinématographie, & l’effet de surprise ne s’allie pas mal avec une attitude régicide (du régisseur, donc) certes déplacée mais pas totalement ignorante.


7
6,25

Mardi : Ça plane, les filles!

(Adrian Lyne, 1980)

« Thématique : Jodie Foster »*

Dans la famille des traductions de titre pourries, les filles : le premier film adulte de Jodie Foster, qui a fini de se jouer grande ado, & un pari assez osé de confier une histoire fourbie d’émotions à de jeunes actrices. D’ailleurs, Lyne ne nie pas ses inspirations de Bugsy Malone & Saturday Night Fever, des films qui réfléchissaient sur les nouvelles définitions de la jeunesse alors que tous les codes glissaient : les parents sont assez jeunes pour être teintés de baby power & de flower boom, donc ils font de leur mieux pour comprendre leurs enfants, sans y parvenir pourtant.

Sous l’influence de cette génération qui se cherche mais ne se trouve que dans les drogues, l’ambiance du film a des très hauts & des très bas : parfois le casting vibre à l’unisson de ce qu’il transmet, & parfois les notes bien accordées de ce désorde historique se transforment en bruit de fond & l’on a l’impression de râcler le fond rêche de l’œuvre, où les choses se passent un peu nonchalamment & que l’on se surprend à être distrait.

Cette faute est peut-être à chercher dans l’individualité des quatre actrices principales, qu’on détache à l’occasion de leurs liens d’amitié & familiaux pour les lâcher dans un vide auquel, malgré leurs revendications, elles ne sont pas prêtes. Si c’était voulu pour les personnages, ç’aurait été une métaphore de plus, mais j’ai bien parlé les actrices : elles perdent un peu pied parfois, dans ce Los Angeles dont on ne montre du faste que l’aura & les lueurs figées depuis des collines qu’E.T. grimpera deux ans plus tard.

La traversée de Hollywood Boulevard, qui confronte les deux mondes, renferme tout le conflit que Lyne délivre parfois sans le réaliser.

En fait, la réalisation est empruntée à chaque fois que c’est un élément du film qui devrait l’être. Cela n’enlève rien à une montée en puissance discrète & à l’audace scénaristique emmenant les teens jusque sur les routes sombres, peu rassurantes, où rôdent les bandes & les autostoppés creepys. Lyne, sentant qu’il marchait dans les pas de plus grands que lui & jouant sur le terrain même du cinéma, aurait pu se permettre de prendre bien moins de risques. Sa tentative a fonctionné : il a lancé toutes ses interprètes sur de bons rails & se fait une place discrète mais méritée dans le genre des teen movies américains.


6
5,5

Mercredi : Rush Hour 3

(Brett Ratner, 2007)

« Thématique : Max Von Sydow »*

Rush Hour 3, c’est une autre génération : pas le même genre d’affiche, moins de racisme, des acteurs fatigués & une action affinée. Pas raffinée, hein : on s’attendra à de l’humour potache, signe d’usure de la franchise, même si la rapidité & l’inventivité de certains gags sera perdue en VO pour peu que les sous-titres laissent à désirer (ça sent le vécu ou pas ?).

T’avais vu le panneau ”baignade interdite”, toi ?

Rush Hour 3 renoue avec la narration de l’opus originel : une affaire grave, trop grave pour être honnête, qui s’étale de manière homogène en arrière-plan pour nous éviter de réfléchir aux défauts, qui seront d’ailleurs beaucoup moins nombreux que dans la catastrophe du deuxième film. Humour & combats sont des éléments clés ici, peut-être trop, mais on pourra difficilement ne pas admirer la dangerosité des cascades ou l’esprit de renouvellement de Bratner, ici pleinement épanoui malgré la lassitude qui menace.

Bien chorégraphiée, l’œuvre souffre un peu de son méchant ultra-conventionnel mais son équilibre empêche les débordements. On se sentira libre de se réjouir que les héros reviennent à l’écran, sans avoir le sentiment qu’ils se trahissent. Chan & Tucker se rabibochent à l’écran sans apparemment ressentir le besoin d’en revenir aux sources, ce qui est étonnant & plaisant – peut-être un peu moins que les clichés tirés assumément de Paris, mais on a vu pire.

Je ne suis pas loin de penser que le 3 est le spécimen le plus culte de la série, sûrement parce que je ne l’ai pas vécue en direct, même s’il faut bien dire que choisir l’option Tour Eiffel est une manière bien basse de prétendre à la postérité. Malgré le bagage des films précédents & à part ce ”gros” détail, elle ne semble pas avoir de prétention, offrant au spectateur un best of de Chan & Tucker qui ne rend pas nostalgique tout en plongeant dans une fin tout aussi équilibrée & pas décevante.


6,25
4

Jeudi : Une famille italienne

(Gabriele Muccino, 2018)

« Thématique : langue italienne »*

Il ne faut pas forcément craindre d’un titre prévu pour l’international un buffet d’images népotistes qui fait rouler des yeux en disant ”Ils sont fous ces Italiens !”. Il faut juste suspendre son incrédulité un peu vite car les personnages sont envoyés directement sur une île pour subir une tempête du siècle que Bergman n’aurait boudée que pour la chaleur, mais qui a surtout le tort de présenter les caractères sans soin ni inventivité.

Vous voulez tous les noms ? Aucun souci. Stefano Accorsi, Pierfrancesco Favino, Claudia Gerini, Massimo Ghini, Sabrina Impacciatore, Gianfelice Imparato, Ivano Marescotti, Sandra Milo, Giampaolo Morelli, Stefania Sandrelli, Gianmarco Tognazzi, Giulia Michelini, Valeria Solarino, Carolina Crescentini, Elena Cucci, Tea Falco, Elena Rapisarda, Elisa Visari, Renato Raimondi, Paolo D. Bovani et Christian Marconcini.

Un tour de passe-passe & voilà que la réunion de famille d’un jour s’allonge de deux : ce n’est pas l’hypocrisie qui empêchait les invités de prendre congé, car personne ne s’est jamais gêné pour dire ses quatre vérités entre autant de z’yeux. Il n’y avait donc pas un ange exterminateur mais plusieurs, autant de ressentiments que l’imprévu fait exploser dans des drames de famille qui se bousculent.

En sa qualité de film familial, Une Famille italienne n’offre rien de spécial & il balance vraiment tout d’un coup à la figure du spectateur, remplissant joyeusement les lits la nuit & déliant sans moins de délices les langues de jour. Bizarrement, la réussite de la famille n’est pas relationnelle mais bêtement technique, parce que le casting est modeste mais enfle à la dimension d’une foule comme la caméra ne s’intéresse qu’aux humains & que le montage se refusera à laisser le moindre conflit en suspens. Si tout arrive d’un coup, c’en est un… de théâtre : un théâtre multi-tableaux où la caméra danse agilement, sûre d’elle, pas curieuse mais témoin, jusqu’à ce que des erreurs attribuées aux acteurs – des sourires trop insistants, par exemple – passent aux protagonistes, épaississant leur crédibilité sans qu’on ait à les connaître vraiment.

Chercheurs de nouveauté & concepteurs de familles modernes, passez votre chemin. En revanche, si les îles cathartiques méridionales que peuplent autant de cactées que d’actes inconsidérés vous intéressent, il y a de quoi manger.


Vendredi : Urga

(Nikita Mikhalkov, 1991)

« Thématique : langue russe »*

 

 

 

Critique détaillée à venir !


6,25
7,5

Samedi : Midnight Special

(Jeff Nichols, 2016)

« Hors-thématique »*

Midnight : le milieu de la nuit. Il est rarement littéral dans le film, qui est trop lumineux pour ça, mais Nichols va y poser son troisième œil encore très typé indie pour disposer ses plans aérés & ses visages soignés. Il tenait à avoir le final cut & l’a emporté parce que son budget était serré, tout comme le timing du père (Michael Shannon) qui emmène son fils (Jaeden Martell) loin de l’emprise fédérale pour préserver son pouvoir™, comme une Charlie de Stephen King qui s’est trompée de décennie.

J’ai beaucoup apprécié ce starburst révélateur de… bah du truc à ne pas spoiler, en fait.

Avec l’atmosphère de The Endless & le regard tourné vers le même genre de… truc incommensurable (similaire dans Prédictions), Midnight Special est une merveille musicale & photographique, & … Elle ne passe pas loin de se résumer à ça. Car si le goût de l’indie qui prend son temps est addictif, Nichols oublie presque de glisser l’émotion : elle existe chez les acteurs, mais elle traverse rarement l’écran. Il renie aussi longtemps l’action, comme un Villeneuve qui arrive à faire passer l’attente au-dessus des nécessités filmiques, mais pas de manière aussi tranchée. Par contre, la quête est latente, elle pulse et alimente l’atmosphère d’un compte-gouttes fantastique qui fait malgré tout longtemps réfléchir au film.

La grande vertu du mood, finalement, c’est d’intégrer efficacement les personnages & leur modèle atypique mélangeant armes à feu & simplicité. On se rendra compte aussi que Nichols nous fait gober sans dommage des procédés assez vieillis, voire clichés, en matière de télékinésie & d’enfant précieux que des Hommes protègent pour une raison qui les dépasse. Il y arrive mieux que dans la grandiloquence de Looper par exemple, même s’il lui faut pour ça déployer une police plus encombrante qu’utile, & le doux fanatisme de ce secret contaminant les Hommes s’accorde joliment avec la batterie de ”phénomènes” accompagnant le mystère, même si on regrettera qu’il n’y en eût pas plus (il y avait de quoi pourtant).

Nichols convainc qu’il est encore possible de se distraire d’un apprenti sorcier qui défie les lois de la contre-nature. Il va loin dans ce qu’un indie dans l’âme peut faire avec un peu de soutien des studios, mais il m’a semblé que cela l’a rendu timide aussi : l’histoire ne se libère jamais vraiment.


7
6,25

Dimanche : Full Metal Jacket

(Stanley Kubrick, 1987)

« Hors-thématique »*

Un classique de plus & un peu de contexte pour les mèmes du Sergent Hartman, l’instructeur de R. Lee Ermey improvisant des ordres & des vulgarités avec tant de conviction qu’il a fait plier Kubrick plusieurs fois, de son recrutement pour l’armée des acteurs jusqu’à la facilité avec laquelle, contrairement à son habitude, le réalisateur a validé ses scènes. Il faut dire que les ”private Joker” et autres sobriquets fonctionnent terriblement bien et ne passeront jamais de mode.

Haha, regarde ce lecteur, il est trop marrant.

Full Metal Jacket pave le chemin pour Il faut sauver le soldat Ryan, profitant de l’âge d’or du cinéma américain mûri par l’inspirante belliquosité du pays & instillant une réalité poignante à l’image : pendant toute la première partie, les acteurs sont de vrais Marines, menés d’une main de fer par un instructeur qui refusera de fraterniser entre les prises. La dureté de l’entraînement fait toute l’humeur froide du film, peut-être un peu trop : en fait, l’histoire se cloisonne beaucoup autour de cette impassibilité de façade qui laisse un peu désabusé même si on doit à ce réalisme l’incroyable SURréalisme de voir les soldats se parler normalement, comme des humains, quand ils ne sont pas écrasés par l’entraînement. On oublie qu’ils sont des acteurs, d’ailleurs, et de remarquer que seule la performance de D’Onofrio arrive à dépasser de la pression guerrière.

Outre la routine & le craquage, il n’y a vraiment ni fatigue ni psychologie & on se demande si le film est froid exprès ou parce qu’il manque accidentellement de chaleur. Je n’ai pas réussi à me trouver dans le symbolisme guerrier & ironique de l’œuvre, quoique je suis obligé d’admirer jusqu’à quel point Kubrick pouvait se laisser envahir par son monde intérieur, de sorte que cet instructeur gueulant est entré au panthéon par pur talent & qu’il arrive à rabaisser le spectateur, comme s’il avait le pouvoir de nous attirer derrière l’écran pour nous faire vivre un mauvais rêve.

Et voilà bien le problème : Lee Ermey est une saillie, il fait tout & l’on revient à lui en esprit. On pourrait croire que c’est juste la culture populaire qui se l’est approprié rétrospectivement, pourtant j’ai eu le sentiment qu’il était tout aussi décalé du film lui-même, jusqu’à le résumer & le définir sur la base de sa seule personne. En revanche, c’est là aussi que la comparaison avec Il faut sauver le soldat Ryan, aussi anachronique qu’évidente, perd toute sa raison : Spielberg arrivait à satisfaire parce qu’il posait des repères partout, tandis que Kubrick les déconstruit tous. Pas de bornes temporelles ni géographiques, voilà qu’on saute sans transition d’un entraînement humiliant pour être engagé en tant que spectateur à la position d’un pauvre soldat paumé, résigné à suivre les ordres pour ne pas mourir.

Certains plans tiennent du génie autant que ces procédés, allant de l’innovation à l’originalité, & les décors entièrement britanniques bénéficient brillamment de la déchéance industrielle de la nation – où ailleurs aurait-on pu trouver des vieilles baraques plus adéquates pour jouer à la guerre ? Kubrick démontre bien en tout cas le ”thousand yard stare”, le regard perdu au loin de ceux qui sont allés au feu, prolongeant les incendies à l’infini comme un enfer sans fin, enflammé & glacé.

Là l’ambiance marche, & si l’on arrive à couper le film en deux sans s’autosuggérer qu’on arrive à percevoir dans quel ordre les scènes ont été tournées, on sera pleinement embarqué dans les plans où Kubrick semble mettre en branle le paysage entier autour de son petit monde filmique si bien préparé.

Génie précurseur, il est tombé dans le trou du lapin blanc avec Full Metal Jacket, au fond de l’abime d’une inspiration inarrêtable où je n’ai pas su le retrouver. Sa création n’a pas vraiment vieilli, & elle ne se compare avec l’autre grand film de guerre de Spielberg qu’avec le constat qu’elle était moins grandiloquente, plus renfermée justement où il fallait l’être : quand les Marines au Viet Nam n’étaient pas considérés comme des robots pour la seule raison qu’ils portaient encore la responsabilité d’être des tueurs sous la folie de la guerre.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

2 commentaires

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