Critiques cinéma : Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre ; Un vendredi dingue, dingue, dingue ; Rush Hour 2 ; After Earth ; Dark Horse ; Chacun cherche son chat

Dans les cinébdos, je compile mes critiques sur les films vus dans la semaine. 📚 🎥


Sommaire
Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre (Alain Chabat, 2002)
Un vendredi dingue, dingue, dingue (Gary Nelson, 1976)
Rush Hour 2 (Brett Ratner, 2001)
After Earth (M. Night Shyamalan, 2013)
Taxi Blues (Pavel Lounguine, 1990)
Dark Horse (Dagur Kári, 2005)
Chacun cherche son chat (Cédric Klapisch, 1996)

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Image d’en-tête : After Earth ; films 231 à 237 de 2019

4
7,5

Lundi : Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre

(Alain Chabat, 2002)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

On parle ici du film Astérix le plus connu, mais il convient de nuancer cette réussite par l’étanchéité des frontières auquel il s’est confronté : Chabat l’adapte avec plus de franchouillardise qu’il ne faut de sangliers à Obélix en un an. Et question de gavage, on ne sera pas en reste de notre côté de l’écran, même si la digestion est facilitée par tous les jeux de mots promis à des traductions désastreuses qui souvent confondent les anglophones – qui croient bien juger de la créativité française avec les ersatz qu’on leur en donne.

Le Radeau de la Méduse dans le film Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre
La composition de cette scène est proprement époustouflante.

Les puissances chabalistiques s’abattant sur le petit Gaulois, c’est autant de goscinnysmes récupérés que de références glissées, le plus souvent pour le mieux mais toujours avec une facilité presque basse : la pop culture creuse sa tombe pour s’y retourner tant les valeurs que le réalisateur brasse sont faciles. C’est presque jeter les perles littéraires de la BD aux crocodiles prolétariens que de les mêler avec de l’humour si peu recherché & l’habituel cul-cul de Chabat. Faut-il donc être beauf pour transmettre ce qu’on considère comme les valeurs françaises ?

Ceci étant, les clins d’œil sont toujours bien amenés, & la quantité arrive pour une fois à supplanter la qualité grâce à la solidité Depardieu – Clavier qui est le duo arrivant justement le mieux à faire oublier les acteurs au profit des personnages à mon sens. Les effets visuels sont eux aussi très bons & il n’y a plus comme souci que les incongruités immiscées sous couvert de la ”successisation” de l’œuvre, mot par lequel j’entends l’ensemble du culte aux acteurs & de l’outrance chauvine ayant conduit à sa gloire commerciale.

Aussi ne se fâchera-t-on pas trop si Obélix, venant de soulever le Sphinx, ne peut pas traverser un mur ”trop épais” sans la dérogation de Panoramix (vue seulement au cinéma) l’autorisant à boire une goutte de potion. Dans le genre comique, Mission Cléopâtre est certainement un pinâcle humoristique, mais pas du tout qualitatif. Souvent grotesque, il gagne ses lauriers à toujours en rajouter, ce qui est, plus que jamais, hors de l’esprit bédesque. 


3,5
5

Mardi : Un vendredi dingue, dingue, dingue

(Gary Nelson, 1976)

« Thématique : Jodie Foster »*

Mais quel titre dégueulasse. C’est à me faire oublier que j’écris la critique du film, pas du titre. Entre ça & le kitsch, c’est compliqué d’entrer dedans. Dans le film. Pas le titre.

Dans la famille Ringard, je demande le père, rude mais très gentil & qui parle d’un seul côté de la bouche, la mère heureuse d’accomplir les tâches ménagères & la fille, Jodie Foster, ado star dont sa propre mère (la vraie) lui a évité de jouer la princesse Leia, rien que ça. Au lieu de quoi, elle se retrouve à jouer les body-switcheuses comme dans cet autre film qui lança Tom Hanks. Une manière de mettre un coup de pied dans la fourmilière familiale, & ça n’était pas la pire chose à faire.

Jodie Foster et Barbara Harris dans Un vendredi dingue, dingue, dingue
Barbara Harris à gauche, Jodie Foster à droite (Bah oui, elles ont changé de corps. Quelque chose m’échappe ?)

Dommage que, la mode étant nouvelle, le processus dût être expliqué longuement & avec lourdeur. Cela rend même étrange le naturel dont Barbara Harris & Foster finissent par faire preuve dans un échange de vie qui amène une réflexion sur la famille – hélas sous un humour trop gras pour tant de finesse. De drame en quiproquo, l’ennui s’immisce, quoique le côté Gremlins d’un désastre rigolo nous fait au final regarder derrière nous avec tendresse. Il reste à supporter l’époque, mais ça, on s’en arrange.

Si le voisinage des Andrews est un microcosme sitcomien où poussent des situations lyophilisées qu’agrémente très mal la vie professionnelle déshydratée du père, c’est un rideau bien tiré sur la surprise d’un dernier quart qui n’a rien à voir & bénéficiant joliment de sa précursarité : sportif & drôle, il copie un peu Braquage à l’italienne mais c’est pour placer une course-poursuite qui ne dépare pas dans la folie automobile de son époque. Époque à laquelle on pouvait sûrement dire du film qu’il était ”délirant”. L’usage a fané le qualificatif & il nous en reste de superficielles inventions qui font sourire ironiquement aujourd’hui – plus rarement vraiment sourire. Mais il faut reconnaître le sérieux des deux starlettes dans une histoire difficile à ne pas faire tourner à la parodie dans le contexte de son tournage.


3
6

Mercredi : Rush Hour 2

(Brett Ratner, 2001)

« Hors-thématique »*

C’est marrant quand une franchise s’installe dans la culture populaire : les anciens gags sont recyclés ou ignorés & il faut en inventer de nouveaux, quitte à ce qu’ils soient médiocres. Heureusement que Chris Tucker & Jackie Chan s’entendent bien, car leur entente conserve la familiarité entre eux & le spectateur. Mais déjà le ton décroche : le racisme hilarant du premier film s’embarrasse des pressions qu’on a fait peser sur lui. L’alchimie du duo en souffre & on sombre dans la baston qu’il fallait à tout prix mettre là, quand on n’a pas carrément l’impression qu’elle a permis de combler le manque de spontanéité scénaristique.

Chris Tucker et Jackie Chan dans Rush Hour 2
T’es sûr que c’est un flingue, ce truc ?

La chute n’est pas gigantesque ; le réalisateur est le même & sa volonté de bichonner l’esprit est évidente. Mais dans les trois ans qui séparent les deux opus, quelque chose a changé, & du long bégaiement qui constitue l’introduction, on transitionne vers des scènes en à-coups dont les coutures, faites dans une brusque monotonie, sont très mal cachées. Le sensationnalisme cascadaire tend à relever le niveau mais les allers-retours de ”10 000 miles” entre Hong Angeles & Los Kong (il y a 7 000, en fait) inceptionnent facilement l’idée que les personnages ne sont pas à leur place. À voir si le 3 est un 2 de remplacement ou une continuité commerciale pire encore.


3,25
6,75

Jeudi : After Earth

(M. Night Shyamalan, 2013)

« Hors-thématique »*

Ah, la fameuse collaboration père & fils de Jaden & Will Smith ! Ze film de science-fiction de Night Shyamalan ! J’étais curieux du genre & du tollé provoqué par ce film qui, par le prestige de son titre, nous donne l’impression que c’est la seule fois que le réalisateur délaisse ses décors intérieurs.

Will Smith et Jaden Smith dans After Earth
Papa, tu te rends compte ce qu’on va se faire à nous deux ?

Il ne cherche d’ailleurs guère à remplir l’espace : retrouvailles sobres, famille esquissée à coups de douceur aseptisée, figurants si rares qu’on se croirait dans Passengers (conséquence d’un montage qui a rasé la pellicule de près), bref : le thème est ouvert mais la forme intimiste, une contradiction retrouvée dans la musique antitéthique qui baume les scènes les plus dures. Cette sensation de peur presque réconfortante est clairement typique à After Earth, qui rappelle au souvenir tout aussi sporadique du Solaris de Soderbergh.

Hélas, Jaden Smith est très mauvais, & le temps que son père a passé à officieusement co-réaliser le film ne porte aucun fruit. Entre Shyamalan ivre de CGIs & lui qui prévoyait tout un univers multimédia à partir du film, il y avait conflit de motivations & l’œuvre a réagi de la seule manière raisonnable : elle s’est cassé la figure.

Le charabia militaire du père coincé dans son rôle de général imprime une jolie continuité mais lasse vite. On ne passe pas loin de la réussite graphique avec un bon mood avatarien créé par une planète sauvage qui nous impose ses contraintes, mais c’est un survival & le scénario s’empêtre beaucoup trop vite dans le piège facile du genre : une succession d’évènements vidéoludique qui cherche les frissons bon marché d’un inattendu sans crédibilité.

Question space opera, ça va : c’est à peine trop porté sur le danger de mort imminente, Jaden Smith est à peine trop emprunté dans l’inexpérience de son personnage (celle de l’acteur, c’est autre chose) & l’esprit d’aventure technocrate fonctionne. Mais il ne faut pas chercher à voir plus loin que le bout de son cockpit.


7,25
2

Vendredi : Taxi Blues

(Pavel Lounguine, 1990)

« Thématique : langue russe »*

Premier film de Lounguine, Taxi Blues est presque nommé d’après l’évènement qui arrive en URSS en 1990 : les immeubles moscovites sont fiers d’afficher encore СССР en énorme, à la taille d’un pays pourtant réduit de beaucoup. Le réalisateur avait-il senti que ce ne serait pas la chute d’un mur ni une réconciliation, pour couper ses personnages ainsi du monde & même les uns entre les autres ?

Piotr Mamonov et Piotr Zaitchenko dans Taxi Blues
Touchez pas à mon copain.

Ses propositions sont assez binaires : être un homme ou artiste, être russe ou occidentaliste, voilà toute la dimension autorisée à une ville qui admet tout juste de vibrer aux notes d’un saxophone. Pas étonnant que le génie passe inaperçu. Découpant ses personnages dans les ombres & les joignant dans l’unique ambiguïté d’une amitié poison, il ne nous demande pas de chercher très loin, & on n’aura pas grand chose à y redire malgré l’impression que cela puisse servir d’excuse à l’insanité crasse habituelle en Soviétie.

Questionnant la nature individuelle dans une époque qui parle en ”blocs”, Lounguine décroche une entropie démente tout en se faisant le passeur des valeurs occidentales sous cape : Chlykov achètera d’occasion une Mercedes « rouge », couleur qui tente de démentir qu’il y a de l’espoir dans un changement de doctrine. Ce Taxi Driver slavisé est aussi historiquement signifiant que discret, allant jusqu’à cacher que le caméo de Hal Singer soit exceptionnel.


7
5,5

Samedi : Dark Horse

(Dagur Kári, 2005)

« Thématique : langues du monde »*

Ce n’est pas inhabituel pour les Islandais de descendre de leur île pour fraterniser avec leurs frères d’outre-mer froide, mais quand Dagur Kári revient de Nói Albinói pour donner dans le danois, il exporte étrangement un parfum de Sigur Rós. C’est d’ailleurs Slowblow, duo dont le réalisateur fait partie, qui s’occupe de la musique (si bien que j’irai jeter un coup d’oreille), & l’histoire est coupée en onze chapitres séparés par un fondu au noir & un grésillement vinyle : bref, un film composé comme un album.

La double alliance de l’atmosphérisme se munit d’un solide noir & blanc, de quoi rappeler que tout n’est pas sonore : les jeux d’exposition n’ont plus alors qu’à enrober la personnalité de l’œuvre qui pointe par endroits. Ces endroits, avant d’en venir à la métaphore musicale, je les appelais des ”notes” dans ma tête : décidément, Kári est synesthète, & il sait s’y prendre pour laisser percer l’absurdité, la société, la frustration dans Dark Horse, de la mutique contrainte administrative à la poésie d’un voyage en Espagne décidé sur un coup de tête.

Image du film Dark Horse de Dagur Kári
Meuh.

Ce qui est surprenant, c’est surtout la totale liberté des personnages, qui semblent abandonnés à une Islande métaphorique, la grande île déserte d’une société qui permet tout, où l’on s’ennuie mais où la chance rentre dans les habitudes & où le crime est carrément difficile à concevoir.

On peut reprocher à Kári de ne pas assez se laisser prendre à ses propres idées : il semble rêver en platitudes, pourtant son film reste un songe dont il est compliqué de se défaire l’esprit. La lourdeur occasionnelle, portée surtout par Nicolas Bro (sans mauvais jeu de mots sur son enbompoint), ce sont autant de vagues déchirures que des bouffées d’oxygène, la remontée à la surface après une longue apnée dans l’utopie scandinave, mieux que jamais septième-artifiée.


7
5,75

Dimanche : Chacun cherche son chat

(Cédric Klapisch, 1996)

« Hors-thématique »*

L’allitération va bien au titre d’une œuvre qui réconcilie le mythe parisien à l’ennui de ses quartiers. En effet Klapisch guette la poésie dans de grands appartements d’artistes où la concierge est l’inévitable verrou des relations sociales. Il ne s’agit pas de la mère Michel de Balasko, pourtant on parle bien d’un chat, Gris-Gris, ou l’amulette animale qui maraboute le feu au scénario : Garance Clavel part en vacances, ça dure une image de 4 secondes, la voilà revenue & le chat perdu.

Deux fois plus de chances de le retrouver. 👍

Yep, le scénario nous est plus ou moins asséné. C’est le cœur de la capitale dont il faut suivre le battement pour apprécier les rues, & c’est sans personnalité mais avec beaucoup de délicatesse que Clavel l’amène. Sans donner dans le métro-boulot-dodo qui est l’épée de Damoclès du cinéma parisien, Klapisch en vient presque naturellement à aborder les différents spécimens du quartier, à commencer par l’idiot du (Greenwich ?) village pour finir sur le baba musicien, en passant par les vieux.

Les vieux. Ces vieux magnifiques dont Renée Le Calm est la cheffe de file. Elle a attendu son centenaire pour disparaître cette année (2019), un sort qui semble témoigner de son austère & authentique détermination cachée derrière une porte taggée ”fuck la vioque”.

En fait, on ne sait jamais si Klapisch cherche à capturer l’authenticité de la semi-impro en conditions réelles ou s’il est le reconstructeur sur une capitale en chantier permanent. Ce doute finit par faire de son film un fourre-tout : un homo, une homo, un Arabe, un gentil, un ennuyeux, une vieille rebelle, des pipelettes, une boîte, la police, le monde de la mode… Le compte est bon. Les questionnements de Clavel sous le prétexte de la perte du chat sont autrement plus signifiants & ressourçants que cet apparent cahier des charges.

La création des manques est un peu raccourcie chez Klapisch, qui n’hésite pas à passer directement du départ au retour de vacances ou du maquillage au démaquillage. Mais ces raccourcis sont des ponts, de quoi admirer un peu mieux la Seine à chaque survol & approcher de la complétude de cette œuvre en plein âge d’or du cinéma de Paris.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

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