[Cinémavis #53] : ”Le Labyrinthe” (2014 – 2018, Wes Ball)

Mon analyse critique & mon avis subjectif sur la trilogie de films ”Le Labyrinthe” (2014 – 2018, Wes Ball).


Après Divergente et Hunger Games, voici le retour des chroniques d’Ywan sur les séries pour ”jeunes adultes” au cinéma (on ne parle plus de ”cinéma pour adolescents”, parce que les adolescents ont cessé de l’être mais pas d’aimer le genre). Commençons :

Le Labyrinthe (2014)

Le Labyrinthe tout court, donc, se situe dans la même vague qu’Hunger Games, mais surtout dans la lignée de la trilogie Cube où les personnages étaient aussi enfermés dans un labyrinthe sans savoir pourquoi, & que leur seul objectif devenait de s’échapper. Si la référence vous échappe, je peux ajouter que Le Labyrinthe, c’est une sorte de Sa Majesté des mouches format popcorn. On ne lui en demande pas tant & Wes Ball ne s’y prend pas mal.

Will Poulter dans Le Labyrinthe
(Will Poulter)

Il est un peu surprenant de voir dans cet étirement d’un genre à la mode que la société formée par les adolescents n’est pas manichéenne, & en réalité presque fidèle à la tentative de politique infantile que l’on pouvait voir, justement, dans Sa Majesté des mouches. De la sorte, l’histoire ne s’engage que partiellement dans le cliché, rebroussant chemin assez vite pour éviter l’écueil. En gros, on nous offre des stéréotypes exploités seulement à moitié pour mieux faire miroiter le côté spectaculaire du quotidien des personnages, & il n’est pas sûr que cela soit suffisant pour éviter de procéder à un léger facepalm devant ces gamins érigés en société à la force de leurs petits bras.

Heureusement, on ne nous fait pas trop gober que les personnages sont plus forts que tout le monde & que leur destin est ”spécial” à tout crin, même si c’est vrai de facto. En fait, le personnage de Dylan O’Brien se sert des codes du genre comme d’un tremplin, évitant de passer pour l’inévitable raté (taré ?) de la bande que le talent soudain promeut. Comment ça, c’est ce qui se produit ? Pas du t— Oui, bon, mais ce que je veux dire, c’est que le personnage n’est pas enfermé dans cette nature de marginal qui est la clé de tout. Il est d’ailleurs agréablement linéaire.

En attendant sa clé, le Labyrinthe nargue le groupe nichant sur la clairière, dédale mécanico-mystique & terrain propice aux travellings contrariés. Le problème avec le verbe ”narguer”, c’est qu’il implique de devoir passer son temps à le contempler, & le microcosme puéril est bien conscient de ne pas pouvoir remplir la clairière, alors on devra subir les éboulements d’un lexique qui arrive par gros morceaux : the Glade, the Grievers, the Transformation, the Blades & j’en passe.

Dylan O'Brien dans Le Labyrinthe
(Dylan O’Brien)

Sous cette couche de masque à ras, les couloirs hantés du monstre de pierres sont aussi l’occasion d’expérimenter sur l’unseen, ce qui effraie parce qu’on ne le voit pas. Le concept tombe à l’eau assez vite, mais il nous l’amène à la bouche juste le temps d’arriver à une conclusion pas trop phénoménale & de bon ton, dans un goût familier mais sans cruel dérapage.

Note Objective : 5,75 / 10
Note Subjective : 7,5 / 10
(O × 2 + S) / 3 = 6,3 / 10

Le Labyrinthe : La Terre brûlée (2015)

Deuxième jour, deuxième dose de sauvetages de dernière minute. Que donné-ce ? Bah… Plus aucune trace de labyrinthe, déjà. Je crois que la disparition du pierreux personnage principal du premier film joue pour beaucoup dans le désaveu par les fans de cette suite.

Personnellement, je suis plus mesuré & je ne dirai pas que seul le premier film est bien. La Terre Brûlée lâche beaucoup de lest, & il est vrai qu’il faut supporter de voir la figure du Labyrinthe s’estomper dans nos souvenirs. Mais je suis assez admiratif de la façon dont Wes Ball nous fait passer la pilule du dépaysement : le Labyrinthe est rélégué sur le siège arrière, oui, mais rien ne le remplace vraiment & il est difficile de légitimement se plaindre de sa disparition. De nouvelles cordes se mettent en place qui maintiennent pas mal la série à la sienne, par exemple the Scorch & the Flare (le Désert & le Virus ? J’sais pas comment c’est en VF).

Scène du film Le Labyrinthe: La Terre Brûlée
Cailloux.

Pendant que l’histoire hisse les voiles & prend le cap d’une suite commerciale garantie, on ressent une déshumanisation qui prend de court : Wicked is good, nous a-t-on répété, & ce motto devient obsessionnel lorsqu’on se rend compte que le monde entier est contre les personnages. L’artificialité du monde contribue à faire de La Terre Brûlée une sorte de The Island où l’on doute pendant LONGTEMPS de qui sont les vrais gentils.

En fait, je ne suis toujours pas sûr de qui sont les gentils, & maintenir cette incertitude pendant deux heures n’était pas une mince affaire. Je n’espérais aucune continuité dans la trilogie, pourtant force m’est de constater que l’absence de manichéisme se poursuit & que cela permet une forte hausse de la valeur de l’espoir. Parce qu’on se met à avoir besoin que les choses changent, ce que faisaient les derniers Hunger Games avec beaucoup moins de distinction.

Le Labyrinthe 2 porte d’autant plus mal son nom qu’il est plus atmosphérique & mieux photographié que son préquelle. On se sentira pris en sandwich entre le premier épisode & le troisième, parce qu’il ne s’y passe pas grand chose du fait que c’est une charnière. Alors mes arguments pour défendre le film individuellement ont pour corollaire que je trouve pour l’instant la série médiocre. Je verrai comment Le Remède mortel s’en sort mais La Terre brûlée fait passer tout ce qu’on nous avait appris dans le premier film pour superflu (ce qui est, là aussi, dû au fait que la production de la trilogie n’était pas gagnée d’avance avant le succès de ce dernier).

Alan Tudyk dans Le Labyrinthe: La Terre brûlée
Alan Tudyk est parfait, faut pas l’oublier quand même. (On dirait moi quand je dis du mal d’un film.)

Conclusion : La Terre brûlée est le paradigme de l’anti-standalone. Il remplit aussi mal son rôle de charnière, car il ne s’y passe rien à part quand les personnages décident de faire tranquillement du tourisme dans des coins tout noirs en sachant pertinemment qu’ils sont remplis de monstres. Mais j’ai aussi envie de dire qu’il ne pouvait pas en être autrement, & que La Terre brûlée remplit au moins sa tâche de conserver notre curiosité à l’égard de la série, sans tout dégueulasser.

Le premier film était meilleur, pas de beaucoup à mon avis, mais suffisamment toutefois pour motiver à revoir le premier opus en standalone. À voir au troisième chapitre si la mise en valait la peine.

Note Objective : 4,75 / 10
Note Subjective : 7 / 10
(O × 2 + S) / 3 = 5,5 / 10

Le Labyrinthe : Le Remède mortel (2018)

Au fait, ”remède” ça fait super vieilli comme mot.

Grâce à la magie du montage, pour vous la lecture se poursuit, mais pour moi c’est un troisième jour & la fin d’une trilogie. Alors, quid de ce film où les héros se rassemblent de nouveau (”on a commencé ensemble, on finira ensemble”) & qui fait une place au cri Wilhelm en l’an 2018 ?

Thomas Brodie-Sangster, Dexter Darden, Nathalie Emmanuel, Katherine McNamara, Dylan O'Brien, Rosa Salazar, and Jacob Lofland dans Le Labyrinthe: Le Remède mortel
Together!

Je lis que les films de Ball sont des charcutages de l’œuvre d’origine, de sorte qu’on aurait dû revoir le Labyrinthe dans Le Remède mortel. En fait de ça, on s’en éloigne plus encore, biffant de plus belle l’ambiance qui rendait le premier film unique. Pourtant Le Remède mortel se place un peu en standalone lui-même, quoique dans la continuité d’un deuxième opus qui fleurait déjà fort la continuation commerciale.

À se demander comment cette nouvelle suite peut friser les deux heures & demi, surtout quand c’est pour constater qu’une bonne moitié est remplie de la révolution qui fait rage. C’est une looooooooooooooooooooooooooongue scène finale. Tout le film est une scène finale, & ce n’est pas un esprit de togetherness & une photo qui prend à peine le temps de se gorger de paysages qui vont y changer quoi que ce soit. Au pire, le sport que les acteurs pratiquent, qui conduira à une blessure d’O’Brien & à un délai dans la sortie du film, est l’aspect un peu plus solide qui donne des formes à la guérilla.

Affiche du film Le Labyrinthe: Le Remède mortel
Mention spéciale pour cette affiche quasiment mensongère qui essaye de nous convaincre visuellement qu’il s’agit encore d’un labyrinthe.

Il y a un point fort à la série Le Labyrinthe que ce troisième film confirme en revanche, & qui me marquera : à ma grande surprise, l’absence de manichéisme que je notais dans les deux premiers films se poursuit ici. Trois films de suite sans les gros clichés sur les bons & les méchants, c’est assez remarquable, d’autant que les circonstances ne manquaient pour pour faire trébucher l’intention. Il y a bien deux camps mais les deux côtés sont bons, sans compromis ni tricherie. Ils sont juste formés de décisions, d’erreurs, de vocations, de regrets, d’orgueil : bref, d’humains. Il y a bien Janson, sous-fifre militaire, qui finit par péter un boulon ou deux, mais on peut mettre ça sur le compte du virus.

Le virus : il est encore au goût du jour, mais il faudra oublier la trinité gagnante qu’il formait avec l’Apocalypse & le Labyrinthe : tout est extrapolation des désirs spectatoriaux, sans substance derrière. Les qualités qu’on peut trouver bénéficient largement de ce que j’appellerais le ”syndrome des couches” propre aux plurilogies : on critique un film sur l’autre & ce sont les avantages de l’un sur le précédent qui priment, pourtant Le Remède mortel n’a rien d’une conclusion éclatante, & il est, plus que les précédents films, une débauche de spectaculaire sans rêve, où les balles choisissent leurs cibles & où aucune symbiose ne se produit entre les différents évènements de l’intrigue.

Kaya Scodelario dans Le Labyrinthe: Le Remède mortel
Dommage que certains humains dussent être interprétés par des expressions figées comme celle de Kaya Scodelario que j’immortalise ici comme dans l’espoir que mes critiques vous feront faire cette tête.

Monodimensionnel sous un maquillage épais (qui peut séduire pendant le temps qu’il dure), le film perd ses atouts & les étincelles que La Terre brûlée faisait miroiter ne prennent pas racine. Le casting s’endort (même Rosa Salazar, j’y croyais pourtant) & il ne nous reste plus qu’à constater que c’est un film qui remue beaucoup d’air pour pas grand chose, où la solution poppe sous le nez de tout le monde comme pour abréger les souffrances qu’un quatrième opus auraient assénées de manière fatale. À ne pas espérer.

Note Objective : 4 / 10
Note Subjective : 6,75 / 10
(O × 2 + S) / 3 = 4,9 / 10

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9 commentaires

  1. « The Scorch & the Flare (le Désert & le Virus ? J’sais pas comment c’est en VF) »
    La Terre Brûlée et la Braise. Juste pour info !
    Par ailleurs un quatrième opus n’aura jamais lieu puisque les bouquins forment une trilogie, mais on n’est pas à l’abri d’un préquel un jour ou l’autre basé sur « L’Ordre de Tuer » ou « La Braise »…
    Je suis rarement du genre à privilégier les bouquins sur le film, déjà parce que ce sont des formes d’arts différentes, mais là, pour une fois, les livres étaient nettement meilleurs 😀

    Aimé par 1 personne

      1. Je pense surtout que les scénaristes s’étaient trop détachés du bouquin pour suivre la même fin et qu’ils savaient plus trop comment arriver à un happy end en suivant leur nouvelle histoire ; mais il n’y a plus rien à dire.

        Aimé par 1 personne

  2. «Le Labyrinthe»… Oui j’ai eu ouï-dire que c’était la plus regardable des séries pour ados style «Hunger Games» ou «Divergente», et ton analyse semble confirmer. Car ces deux dernières sont franchement consternantes, entre personnages lissés, histoires manichéennes, clichés en pagaille, réalisation peu inspirée…

    C’est d’ailleurs affolant de voir à quel point on prend les ados pour des abrutis, en fait. Le manichéisme et les raccourcis, je veux bien dans un conte Disney pour enfant, car il faut apprendre à reconnaître le bien du mal, toussa toussa. Mais l’adolescence… C’est précisément la période de la vie où doit se développer l’esprit critique, où on doit comprendre que c’est pas les très gentils d’un côté et les très méchants de l’autre, et dans ce genre de productions, même ceux qui sont supposés incarner les « zones de gris » sont stéréotypés (le fameux traître, repérable dès qu’il apparaît quasiment)

    Aimé par 1 personne

    1. Mouais, si on fait ça, c’est que ça marche. Il faudrait peut-être ouvrir les ados à d’autre choses avant de dire qu’ils bouffent ce qu’on leur donne. Et puis tu vois, Le Labyrinthe rentre dans mes plaisirs coupables !

      J'aime

      1. Ah oui, c’est un cercle vicieux de toutes façons. Les producteurs pondent des daubes où tout est systématiquement réduit au plus bas dénominateur commun car ils sont sûrs que ça marchera, et du coup vu que le public est formaté à ça, il en redemande, donc ils en re-produisent, etc

        S’ouvrir à d’autres horizons, c’est super important, ouais. Je crois que mine de rien, mes profs ont beaucoup fait. Les sorties ciné petiot c’était « Singing in the rain », « Edward aux mains d’argent », les films de Tati… Ensuite « En sus ojos », « Danse avec Bachir », « Nói Albinói »…Que des bons films (à mon sens), que je n’aurais certainement pas connus autrement.

        Aimé par 1 personne

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