[Cinémavis #50] Willow (Ron Howard, 1988)

Cinquantième cinémavis ! Faut fêter ça.🍸. Voilà, j’ai fêté. On n’a pas que ça à faire non plus.

Willow : j’ai répété ses visionnages enfant à tel point que, l’ayant vu l’année dernière pour la première fois depuis longtemps, il avait fini par me décevoir. Mais j’ai retenté le coup ce 21 juillet et je peux l’affirmer : c’est une pépite du cinéma de fantasy, pourtant elle est loin d’être parfaite.


Je date de 1998, et comme tous ceux de ma génération, j’ai grandi avec Star Wars. Les nouveaux et les anciens. Cela m’a donné le double-repère de la créativité absolue en matière d’imaginaire dans les années 70, et de son polissage massif à coups de billets de banque dans les années 2000. Et puis il y a eu Le Seigneur des Anneaux, la référence déjà littéraire en matière de fantasy, qui a cumulé les mandats en devant la saga la plus culte du genre en 2001.

Que donc signifie Willow pour les vingtenaires de ma sorte ? Déjà – et mon visionnage de l’année dernière en témoigne –, un film vieillot, qui fait difficilement passer la pilule du morphing (dont il a été la première application cinématographique).

On a dit que tu faisais apparaître un cappucino, hein, pas un expresso.

On pourrait qualifier la création d’Howard d’ « originelle » en ce qu’elle a rassemblé plus de 200 acteurs nains, là où Le Seigneur des Anneaux a préféré jouer sur l’optique pour simuler la petite taille des personnages. Et ça, c’est parce que le film est un pionnier, mais voilà qui ne le met pas en bonne posture pour le reste des effets spéciaux : les interactions qu’ils créent sont étonnamment meilleures, souvent, que les effets eux-mêmes. Des mouvements hâchés de l’hydre aux trucages magico-moches qui auraient à apprendre de Méliès (en passant par les bons vieux fonds défilants), tout laisse à désirer.


Mais revenons un peu en arrière : Willow, c’est nettement plus que ça, et ça commence par la collaboration de Ron Howard avec George Lucas, qui a créé l’histoire et celle des livres ayant suivi (faute de recettes suffisantes pour poursuivre l’aventure au cinéma). Moebius est là aussi avec son crédit de conceptual artist. Et ce à quoi ils ont contribué, c’est une mosaïque complète qui réunit tous les bons ingrédients de la fantasy tout en sachant s’inventer une personnalité.

Évite de transformer la caméra en cochon ou Ron va encore nous faire une scène…

Le mysticisme drôle qui fait pulser la magie depuis le « cœur de l’univers », ce tout impossible à se représenter qui est l’apanage du style, c’est le caractère de Willow. Un Hobb— Non, pardon, un Nelwyn incarné par un des rares rôles live de Warwick Davis, que Lucas avait remarqué sur le tournage de Star Wars et pour qui il a écrit Willow. Et oui, le lien entre les deux univers ne s’arrête pas au parallèle d’un critique amateur entre les lignes de son blog, ni à la ressemblance troublante entre certaines des créatures du film et les Ewoks.

Malheureusement, les réécritures n’y sont pas allé de main morte, retirant une immense partie du contexte. Les personnages semblent se découvrir les uns les autres même quand ce n’est pas censé être le cas (Willow interagit avec les principaux représentants de son village, notamment Burglekutt et le Grand Aldwin, comme si c’était pour la première fois) et d’autres poppent à l’écran avec tout un bagage qui restera sybillin (je pense surtout aux liens entre Madmartigan et Airk, qui semblent liés par autant d’expériences communes que Chaplin avec Charlot mais dont on ne saura rien). Willow est un film amputé de toute sa raison d’être ; il ne risquait pas de devenir une série car elle n’aurait sûrement été composée que de préquelles pour combler ces lacunes.

…Et à votre gauche, les Chutes d’Éblag. On raconte que Lucas y a jeté des pages de script.

Ce taillage dans le tas rend le rythme bien trop parfait. Il a l’avantage de multiplier des scènes assez épiques et très marquantes, mais chaque évènement important est emboîté dans un autre. Ce n’est pas effréné mais effroyablement déterministe. Ajoutez à ça que le montage est particulièrement abominable et qu’il ne raccorde rien avec rien (c’est encore pire quand des animaux sont filmés en live puis doublés), et vous avez tout rassemblé pour concocter une progression dégueulasse.


Mais Willow est le premier à avoir poussé le bouchon aussi loin. Il n’as pas pris le meilleur chemin mais il en a pris un que personne n’a osé réemprunter par la suite. Cela le rend unique, et par conséquent culte.

Certes, bien des choses auront mal vieilli, mais Elora, le bébé princesse autour de qui orbite toute l’histoire, n’avait pas besoin d’être tourné avec des jumelles pour ne jamais prendre d’âge. Filmer avec un bébé, voilà une chose à laquelle Lucas n’aurait jamais songé s’il n’avait pas été bien calé dans son siège de producteur exécutif. J’aimerais connaître la quantité de rushs qu’il aura fallu pour capturer toutes les expressions de la gamine dans le film.

Areuh.

En face d’elle, il y a Jean Marsh, énergique et délicieusement fanatique dans son rôle de méchante. Mais il y a aussi Val Kilmer, étonnamment correct dans son rôle d’Aragorn paternel – même si, tout compte fait, il n’avait clairement pas besoin de plus de quatre années d’expérience au cinéma pour flotter au-dessus du niveau moyen de l’interprétation – et très constructif dans son apport de lignes improvisées. Le potage de dialogues ennuyeux avait bien besoin de son sel et de son zèle à la « Madmaxtigan » sur deux roues (de chariot).

La grande force de Willow, toutefois, se situe sûrement ailleurs : dans ses tons automnaux, ses costumes discrets et évolutifs (de travestissements en écharpements, voilà de quoi motiver des combats bien drôles et s’en sortir sans pirouettes encombrantes) et les éléments de son univers qui s’entrechoquent jusqu’à justifier les changements de direction et les hésitations des protagonistes. C’est ce à quoi je me raccroche à chaque fois.


Même en me remettant à l’époque, je n’arrive pas à trouver que Willow est un bon film. Mais sans besoin de passer par le subjectif, je perçois clairement sa valeur. Tous ses défauts ne parviennent pas à le rendre insupportable. Ce n’est pas un nanar ; pour reprendre les termes du Fossoyeur, je ris avec le film, pas de lui. Ses signes de vieillesse, même s’ils sont arrivés plus vite que sur d’autres films un peu trop faciles à mettre en parallèle avec lui, ne sont pas des stigmates ; ils lui donnent un grain particulier – pas de beauté, n’exagérons rien, mais de charme.

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7 commentaires

  1. Beaucoup de défauts, très peu de qualités, est ce que le principal handicap du film ne serait pas ce tâcheron de Ron Howard? Lucas avait la fâcheuse tendance à confier ses films à n’importe qui sous prétexte d’une allergie au plateau de tournage depuis « la Guerre des Étoiles ».
    Sinon je suis comme toi, nostalgique devany ce film qui a conforté mon goût de la Fantasy lorsque je l’ai vu à sa sortie (eh oui), et je peux te dire qu’à l’époque l’hydre avait de la gueule. Elle en a toujours cette stop motion, tout comme les monstres myhthologiques de Harryhausen dont elle s’inspire et qui firent rêver sans doute le jeune Lucas. Et puis les nains sur le plateau, on les trouvait déjà dans le Magicien d’Oz.
    Moins féerique que Legend, moins musculeux que Conan, mais bien quand même.

    Aimé par 2 personnes

    1. Je suis content de voir que tu penses à peu près pareil pour selon que j’ai été assez audacieux dans mes commentaires ! C’est aussi intéressant d’avoir le retour d’un vi— d’un anc— d’un cinéphile expérimenté. Willow a vraiment le cul entre deux chaises.

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    1. Ça peut être une bonne chose de le revoir au titre de l’intérêt cinéphile, et ça reste un bon divertissement, mais pour peu qu’on soit un tantinet sensible au côté vieillot et à des défauts basiques, ce n’est effectivement pas un visionnage que je conseillerais. ^^

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