Les films Marvel de Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 à Black Panther (+ Deadpool) (critiques)

Dix-huit films plus tard : le MCU ne m’est plus inconnu. Je fais une pause et le reprendrai d’ici quelques mois. (Pour remonter au second volet des critiques, c’est par ici.)

Sommaire
Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 (James Gunn, 2017)
Spiderman: Homecoming (Jon Watts, 2017)
Thor : Ragnarok (Taika Waititi, 2017)
Black Panther (Ryan Coogler, 2018)
Deadpool (Tim Miller, 2016)


Image d’en-tête : Black Panther ; films 149 à 153 de 2019

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Lundi : Les Gardiens de la Galaxie vol. 2

(James Gunn, 2017)

(J’ai déjà récemment fait la critique du film, alors je vous la remets un peu retouchée.)

James Gunn a fait feu… de tout bois (it was not Groot) pour le « volume » 2 des Gardiens de la Galaxie, où il n’y a pas qu’une armée de techniciens mais une véritable armée d’artistes. C’est que Marvel est marvelous et nous sert du design à en revendre. Ça n’en est même plus effrayant que la planète qui est au cœur de l’histoire soit le plus gros objet visuel jamais conçu. Il y a de l’image partout, elle déborde et on en redemande.

Bzz.

Il est un grand cinéaste, peut-être le meilleur maître du principe selon lequel le cinéma doit être un art qui divertit. Comme en témoignent les cinq (!) séquences de générique, Gunn veut juste nous faire plaisir. Ce deuxième opus est optimisé de partout, et bien barré. Il y a du frisson et de la folie des grandeurs à tous les coins.

Le rythme mollit parfois trop fort parce que le placement de l’émotion se joue vraiment aux montagnes russes, mais tant qu’à reprocher quelque chose aux émotions, ce sera lamanipulation. On nous apprend à rire de tout, parce que tout nous étonne, jusqu’au moment où l’on trouve cela normal de rire d’un massacre « pour le fun », ou bien qu’une seule survivante nous rassure alors que des milliers sont déjà morts. C’est de la fiction, vous me direz, mais je n’ai pas vraiment apprécié qu’on joue avec ma perception à ce point.

La musique aidant (Fleetwood Mac, Cat Stevens !), l’image comme le scénario finissent par se trouver une place de choix dans l’opinion spectatoriale, même si des points sont perdus avec la continuation du modèle scriptique. Mais quelle image ! Le grandiose générique de début n’est qu’un trop magnifique résumé du fun à la Gunn, manipulé avec dextérité et extase pour la conception d’un monde compact et incroyablement satisfaisant, le seul, si l’on y pense bien, qui ne cherche pas à basculer d’un côté ou de l’autre du bien et du mal chez Marvel.


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Mardi : Spiderman : Homecoming 

(Jon Watts, 2017)

J’avais été profondément horripilé par l’apparition du Spiderboy dans le semi-Avengers qu’on appelle Captain America 3. Je me demandais ce qu’on pouvait tirer de la frustration de cet ado agaçant de ne pas être sélectionné par des pairs qu’il a eu l’espoir d’intégrer. Watts prend par surprise et par l’évidence : il en tire… la frustration d’un ado agaçant.

Spiderkong.

Tom Holland maîtrise affreusement bien tout ce qui le rend énervant, et il devient impossible d’en vouloir à Peter Parker malgré toutes les scènes qui sont à la gloire de sa nullité. Il est mis en marge des Avengers, maintenu dans un petit monde qu’il s’efforce d’agrandir par la technologie et sa célébrité youtubesque (avec en plus Jon Favreau de retour au casting, ça nous rappelle la belle intégration de Twitter dans Chef) et il se trouve qu’on avait simplement besoin de ressentir cette absence des grandes stars pour trouver le gugusse attachant et son costume avec (dont la voix de Jennifer Connelly vient à nous manquer) ; en bonus, ça redore le blason bien décoloré des Avengers dont la vie non-combattante se partage, dans le fond, entre de grandes tâches non dignes de figurer sur pellicule et la déformation médiatique (le Captain et ses clips éducatifs sont renversants).

À côté, Marvel confirme sa nature de fabrique à méchants contre vents et marées puisque Michael Keaton joue aussi bien que sa genèse est ratée. Pour partie prolétaire lésé, pour partie criminel dans l’âme, son personnage ne trouve pas ses marques dans l’ère supertechnologique apportée le jour où le ciel de New York a été troué. Il commet un meurtre soudain qui ne lève le sourcil de personne. « Oups, je croyais que c’était le fusil antigravité ». L’autre génération, celle qu’on éduque, ne comble pas du tout ce trou ; on sent qu’on n’a pas voulu mettre l’accent sur les interactions adolescentes, et il en résulte des échanges comme datés et à moitié écrits.

Cet alliage d’un méchant faible avec un gentil faible rend le film entier faible. C’est un grand avantage que de nous faire percevoir le monde de Spiderman d’une manière aussi inattendue que tout l’est pour un adolescent superstar et sans expérience, mais insuffisant pour créer l’incise, même avec la large présence de Downey Jr. (qui acquiert décidément une place paternelle chez Marvel) enfin réconcilié avec Gwyneth Paltrow.


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Mercredi : Thor : Ragnarok 

(Taika Waititi, 2017)

Ça y est ! En-dehors de Les Gardiens de la Galaxie et de Doctor Strange, dont j’avais dû ressentir l’aura puisque je les avais vus avant de m’attaquer au MCU, j’ai trouvé un film de l’univers qui assemble bien ses Pierres d’Infinité cinématographiques : fan service, héros, humour, cohérence, graphisme et ouverture.

C’est bien joli mais j’y vois plus rien moi.

Il ne faut pas se fier à son introduction aux allures de bande-annonce de jeu vidéo (on sent bien que c’est doublement péjoratif ou j’ai raté mon effet ?) dont Surtur hérite la place bien méritée de second plan. Il est vraiment moche. Waititi n’a pas écrit son film, mais dès que le logo Marvel vient pour dégager cette rature, il déploie une mesure orchestrale des personnages.

Pas question de faire un semi-Avengers comme chez Captain America: Civil War : il y a Hulk, oui, et il parle, oui. Mais le géant vert comme Doctor Strange sont les modules brillants qui scelent le casting sans donner l’impression qu’il est forcé à prendre la forme de gruau pour fan. Cela tient sûrement au fait que le tournage était une vraie fiesta d’impro. C’est peut-être pour ça aussi, les armées soupe-au-lait et les traîtres hésitants qui passent un peu mal quand ils ne sont pas Loki.

C’est aussi un festival d’inspirations qui ne tournent pas en cycle fermé : la junkplanet d’où sera transférée Tessa Thompson au rang des visages au fond de l’affiche, c’est un petit coin créatif avec une crasse et un décalage un peu star-warsien qui accompagne avec harmonie la ligne de crête entre science et mythologie. Le signe que tout cela marche, c’est que le space opera fait plus que rendre la Terre dispensable : il la rend petite, ridicule. Il lui marche dessus comme une rampe vers une nouvelle alchimie, laquelle est tout autant le signe de la réussite individuelle que le précurseur de la fin d’une ère Marvel.

Les big guys ne sauront pas se relever d’une maîtrise du petit comité qui peut tenir dans l’écran sans prendre des airs de bande-annonce. En attendant, c’est un bon moment à passer avec Jeff Goldblum, le gentil organisateur d’un grand cirque au bord des frontières de l’univers.


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Jeudi : Black Panther 

(Ryan Coogler, 2018)

Black Panther a d’abord été considéré comme trop confusant pour titre, du fait de la création quasi-simultanée du personnage et du parti politique en 1966. Mais finalement, on s’est mis raccord : se réfugiant en Californie pour éviter le mal du pays à l’équipe de tournage, le film a des goûts de Côte Est, et n’est pas sans rappeler une certaine altercation de Forrest Gump avec les leaders Noirs, où l’Afrique moulue chez Hollywood qu’on avait dispensée dans L’Exorciste 2.

Sans rancune pour l’Anneau, hein !

Ces bribes familières, qui donnent un ton ambré très cosy, introduisent ce dont je pense qu’il faut parler comme d’un petit miracle : le Wakanda, pays imaginaire au même titre que tout le MCU (lequel a pourtant démarré dans une année 2008 bien réelle), est une extrapolation vraiment propre du trou laissé par l’Afrique dans le monde artistique contemporain.

Il y a vraiment du jamais-vu dans cette prise de position d’un pays Noir au-dessus des puissances mondiales, pas seulement historique mais artistique ; et en-dedans, cet exotisme paraît même avoir été peu familier aux scénaristes, qui jouent avec leur trouvaille comme s’ils se surprenaient eux-mêmes. Avec sa bonne dose d’utopie et son zeste de suffisance, Black Panther renverse le monde comme une pièce, nous emportant dans ses éclairages fameux et… mine de rien, dans peu d’effets spéciaux. Dans peu de musique aussi, ce qui n’est pas à son avantage : quelques percussions, c’est léger pour aller de pair avec l’investissement costumier.

Il y a de la maladresse dans la reproduction rituelle du Wakanda, des décalages qui ne peuvent pas entièrement être mis sur le compte du « pays africain cachant qu’il est riche et technologiquement avancé » ; les rites sont empruntés, ne reposent que sur le verbe et ne prennent jamais vraiment leur place. Ce qui prend sa place tout seul, en revanche, c’est le cosmopolitisme et le mensonge, des intrigues politiques qui nous éloignent du monde des super-héros plus que tout autre film de la franchise.

C’est Dorothy qui s’éloigne avec Michael Jackson sur la route de briques jaunes où ils ne peuvent apparemment pas se salir (sérieux, les Wakandais ont une supertechnologie de maquillage pour être lisses et propres en plein combat ?), où la royauté ne vaut certes pas grand chose de plus que le mot « king » prononcé avec force et accent, mais où les méchants ont pour une fois une genèse réfléchie en plus de l’interprétation plus que correcte de Michael B. Jordan. Par contre, les gens, la mégalomanie n’est plus à la mode.


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Vendredi : Deadpool

(Tim Miller, 2016)

Hm.

Comment dire ? Il faut, parfois, réajuster ses appareils de mesure critiques, et des machins comme Deadpool sont fait pour ça. Voilà, j’ai trouvé l’excuse sur laquelle mon plaisir coupable va se brancher. C’est le film que j’ai choisi pour mettre en pause, pour le moment, mon exploration de l’univers Marvel, et ce n’est pas un hasard s’il vient se caler là, après le MCU.

C’est ce qu’on appelle le corps du texte ?

Quand je parle de plaisir coupable, ce n’est pas critique mais éthique : OK, il y a des morts à gogo, c’est parodié et fait pour qu’on en rie, et c’est le but du jeu. C’est l’application d’une mise à jour cinéphilique et c’est très bien comme ça. Le film piétine la mort et on a été prévenu, mais j’ai trouvé plus difficile à accepter qu’il piétine la douleur. C’est la seule chose qu’il n’arrive pas à autoparodier, et peut-être que cela tient à ce que les scénaristes ont tenu à tout caricaturer. Quel dommage d’ailleurs qu’il ne soit resté dans l’esprit de la masse spectatoriale que comme un « ovni trash ». C’est quand même bien plus que ça.

Si l’on a été éduqué à coups de The Player (Robert Altman, 1992) et Full Frontal (Steven Soderbergh, 2002), on saura voir que Deadpool prend ses racines dans le fantasme scénaristique le plus pur, celui qui fait jouer ses références (de Spin Doctors à monsieur Scrooge, de Sinéad à Wham!), casse le quatrième mur (en inception, sinon ce n’est pas drôle !) et se relâche totalement.

C’est comme ça qu’on devrait le présenter, pas comme une merveille du trash. C’est aussi un film qui jongle avec les registres totalement assumément, mais tout est réussi de la romance à l’horreur pour finir sur de l’action après une introduction en tournevis d’une heure. C’est une prouesse d’écriture qui donne son fondement au magnifique générique de début : ”Written by: the true heroes here”.

Dans le relâchement, les choses peuvent devenir un peu tendues ; pourquoi Wade Wilson devient Deadpool en esprit, ce n’est pas clair, et l’inflation des personnages n’est pas maîtrisée, surtout quand les X-MEN s’invitent. Ça sent la réécriture. Deadpool est une bombe de texte qui érige un bon méchant sur l’autel de l’anti-tout (anti-héros, anti-préconceptions), mais il est vrai qu’il a des airs de petite boîte dans le grand carton marvelien. Il y a un petit quelque chose qui nous arrête et nous fait dire : ce n’est pas possible, Deadpool a vraiment fait pression sur les studios pour avoir son propre film. Mais ce n’est pas ça qui empêche le fun.


 


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

2 commentaires

  1. Je n’ai lu que l’article sur Deadpool, film que je déteste au plus haut degré. Et ton article, parmi tous ceux que j’ai pu lire jusqu’ici, est le premier à avoir su donner des gages recevables à ce… Truc. Pour cela, je te prie de croire en mon admiration la plus sincère. 👍

    Aimé par 1 personne

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