Les films Marvel de Thor 2 à Doctor Strange (critiques)

Deuxième volet (le premier ici) ; je fais mon chemin chez Marvel, ou « Des rebondissements à l’échelle annuelle sur des tentatives de maintenir un univers en vie ».

Sommaire
Thor : Le Monde des ténèbres (Alan Taylor, 2013)
Captain America : Le Soldat de l’Hiver (Anthony Russo, Joe Russo, 2014)
Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014)
Avengers : L’Ère d’Ultron (Joss Whedon, 2015)
Ant-Man (Peyton Reed, 2015)
Captain America : Civil War (Anthony Russo, Joe Russo, 2016)
Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016)


Image d’en-tête : Doctor Strange ; films 142 à 148 de 2019

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Lundi : Thor : Le Monde des ténèbres

(Alan Taylor, 2013)

À Thor 2, tordu. Un appel à l’infinité dès le départ, c’est un peu un aveu d’impuissance. Au moins, Le Monde des Ténèbres a du mouvement, contrairement à ce que j’ai reproché au premier opus. Les mondes ne sont plus minimalistes, même si l’on retrouve le F4 divin d’Asgard. Remarque, Taylor arrive à en dégager quelque chose de mieux là aussi, figurant mieux le bout du monde et le contact de cet Olympe nordique avec le cosmos, faisant de Heimdall non plus un gardien mais un lien.

— Tu penses qu’elle est biodégradable, leur fausse neige ?
— Tais-toi et aie la classe.

Diantre, les Elfes Noirs ont même une langue à eux, et jolie avec ça ! C’est beau de voir le conlanging s’étendre au-delà de ses mondes apparemment endémiques (LotR et Avatar). Ça change des combats, toujours plus spectaculaires mais particulièrement mal micro-scénarisés ici. Vive Loki, particulièrement attachant pour un méchant, dont les traits de caractère sont formidablement soutenus par Tom Hiddleston. Là aussi, c’est en contrepoint de Portman ; elle est juste agaçante, presqu’aussi horripilante que son assistante. Faisant partie du trio, Skarsgård est affecté ; diantre, je ne pensais pas que leur superficialité initiale pouvait devenir aussi cheesy. Ils laissent d’ailleurs s’échapper la science, vitale pourtant dans le parallèle entre le rationnel et l’irrationnel.

Bref, le film est OK en soi, mais tout ce qui pouvait potentiellement donner son intérêt à la saga lui file entre les doigts. Il se résume à un space opera hésitant qui se sert des effets spéciaux comme d’un maquillage et se repose sur les acquis de certains acteurs. Moins oubliable qu’Iron Man 3 qui le précède, il est moins bon aussi, ignorant de ce cordon qui pourrait lier l’Homme à ce qu’il y a au-dessus de lui et dont le spectateur est friand.


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Mardi : Captain America: Le Soldat de l’Hiver

(Anthony Russo, Joe Russo, 2014)

La période d’anonymat entre Avengers (qui est bon) et Les Gardiens de la Galaxie (que j’adore) aura donc été une pente montante ; Iron Man a eu droit à trois opus pour se préparer, tandis que le colosse étoilé doit déjà se confronter à la psychologie lors du deuxième. Ce que ça vaut ? Une mise au poing pas toujours très claire qui semble copier-coller les gros plans et filme à peu près tout comme les combats, avec plein de coupures. Ah, c’est peut-être parce que tout n’est que combats…

Eh, Joe, la prochaine fois on fait une ville volante, okay ? (← J’ai écrit ça avant de voir Avengers 2. mdr.)

Pour être plus précis, Le Soldat d’Hiver développe trop l’antagonie ; il dit faire pousser un parasite depuis l’HYDRA nazie que Captain America a connue dans le passé, un parasite qui va ronger SHIELD, l’organe en décomposition depuis la mort du fils de Coul – Coulson, je veux dire. Mais ce parasite dégage de la paranoïa dans la mégalomanie, un cocktail qu’il faut être les sœurs Wachowski pour maîtriser, surtout quand on surévalue et surexploite le concept de « confiance » en guise de zeste.

C’est assez malaisant, et surtout regrettable qu’absolument tout le monde soit dichotomisé autour de cette simple opposition SHIELD vs HYDRA qui est bien entendu la chosification d’un manichéisme très rouillé.

Heureusement, Chris Evans soutient bien ce côté plus orienté remords… quand on lui en laisse le temps. Les Russo ont du moins su empiler l’émotion contenue par tout le gouffre générationnel entre le Captain et son époque (même si la romance passe pour les trois quarts à la trappe) sur la supertechnologie, tout en laissant une bonne part à des combats authentiques dont les fines rainures sont très convaincantes, même s’il faut, pour avoir le droit de regard, passer l’éponge sur des tireurs d’élite dont le QI est insuffisant pour ne pas se servir du bouclier du Captain comme d’une… foutue… cible. Ah oui, il s’agirait aussi d’éviter d’accélérer l’image quand les braves citoyens courent en arrière-plan, car cela retire tout le style de la technique.

Entre récupération ratée de reliques Marvel (que les Russo semblent pourtant avoir été plutôt libres de faire) et petites fautes s’accumoncelant, il n’y a rien de critique et il y a quelques belles facettes à Le Soldat de l’Hiver, mais aucun « mais » ne contre réellement la reprise du méchant, presque aussi ennuyeux que James Bond dans les années 70, et la guignolification de la politique.


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Mercredi : Les Gardiens de la Galaxie 

(James Gunn, 2014)

Les Gardiens de la Galaxie fut le premier Marvel que je vis. Maintenant que je refais le lien avec lui dans l’ordre chronologique de l’univers, je retrouve le côté foncièrement original et ne redécouvre pas Thanos sans un regard amusé pour son rôle préalable. Et je m’éclate autant.

Et Mjöllnir, il est tout joli comme ça peut-être ? Hein ?

Fidèle en cela aux standards du studio, Gunn tire dès le départ ses atouts dans un maelström de rêve entremêlé d’émotion, un drame si pur et violent qu’il en est désarçonnant. Il précède d’ailleurs l’apparition du fameux logo (qui est la première image de tous les autres films de la franchise jusque là, si je ne me trompe) et cache bien le jeu de Gunn ; comment la mort d’une mère en introduction peut-elle laisser prévoir un space opera varié, contrasté à raison de 0,9 sur l’échelle de Besson, et tellement feel good qu’on a l’impression de s’en enivrer ?

Même la police est compatissante, un trait irréaliste, sans doute, et porté sur un John C. Reilly trop gentilhomme pour paraître à sa place entre les murs blancs de la gentille civilisation sur laquelle les méchants essayent de marcher. *Soupir*

Gunn commet ses propres erreurs, comme celle du Kyln, la super-méga-prison inévadable qui s’avère être une vaste blague et un décor de plus pour les combats, mais il confirme que la manière de faire ployer Marvel devant la cause de l’art, c’est d’écrire son propre script. Il efface les acteurs et laisse les personnages jouer leur rôle, impacter tour à tour le scénario. C’est un peu mécanique mais clairement fonctionnel. Gunn inaugure aussi l’usage de la musique non originale comme arme de guerre, et ça vaut mieux que les recettes épiques toutes plus ou moins fades que même Silvestri n’épiçait pas.

Que ce soit dans la force de voix de tous les acteurs, la jubilation galopante qui sait faire sa place à de la haine véritable, ou les détails à la Gunn qui transforment l’intermède comique en poussière hilarante, Les Gardiens de la Galaxie est bien un Marvel original. Je comprends pourquoi la rupture que j’imaginais entre ce film et le reste de l’univers Marvel ne s’estompait pas au fur de mon avancée : elle est réelle.


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Jeudi : Avengers : L’Ère d’Ultron 

(Joss Whedon, 2015)

Si on convertissait les Hommes en héros de l’univers Marvel, Whedon serait Thanos : le big guy autour de qui tout tourne avec son importance propre, le laissant toujours concentré sur sa tâche. C’est lui qui fait tout tenir ensemble, qui doit garder son flegme alors que tout tremble autour de lui.

Le défi c’était de faire une affiche en live ou bien ?

On peut dire que ce rôle cohésif lui va bien ; il dit qu’avoir jonglé avec tous les personnages était épuisant, et le temps de chacun à l’écran en souffre un peu, mais c’est bien réussi. Tous pouvaient se trahir en une seule réplique, mais Whedon les rassemble sous le terme d’équipe alors même que cette notion chancelle et c’est génial. Par rapport au premier Avengers, toutes les personnalités en souffrent un peu, mais c’est aussi l’occasion d’en découvrir de nouvelles et de poursuivre un beau travail sur la psychologie.

Relativiser la monstruosité des uns et des autres est une technique franchement plate, mais ça fonctionne quand l’intérêt porté à la personnalité est si fort. Ultron passe à un doigt bionique d’avoir une personnalité épatante, entre l’absence totale d’empathie et la compensation par la maladresse et la naïveté ; hélas, ils ont fini par en faire un Chappie chromé qui carbure à la badassitude. C’est assez superficiel pour une franchise qui doit se dépasser à chaque fois.

Et puis Whedon se heurte au paradoxe de l’IA dans les œuvres de fiction : comment faire semblant que le personnage est plus intelligent que tout ce qu’on peut imaginer, alors qu’il est justement imaginé par l’Homme ? Des films comme Lucy ou Limitless arrivent à peu près à s’affranchir de ce piège, mais pas Ultron. Pour son plaisir personnel, on regardera plutôt du côté des combats, qui atteignent à la fois les profondeurs et les sommets de l’artificialité, mais non sans un résultat très ouvert et extrêmement foisonnant où les inclusions d’humour sont attendues mais passent bien.

Whedon a probablement eu les plus grandes responsabilités parmi les réalisateurs de Marvel, mais il aurait sûrement mieux fait de prendre de la graine de Gunn au lieu de tirer la ficelle.


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Vendredi : Ant-man

(Peyton Reed, 2015)

Alors comme ça, on n’en a pas fini de vouloir faire jaillir la paix de la guerre ? Je croyais que c’était réglé avec la rédemption d’Iron Man. Les scénaristes nous font passer par un chas d’aiguille pour distiller en nous la croyance que la mégalomanie maladive du méchant est une manière de satisfaire le fan dès l’entrée en matière. Corey Stoll joue bien l’ego, pas le rôle.

Il vient nous anter.

En fait, c’est un retour aux sources, mais pas les bonnes : c’est une nouvelle hérogénèse, et il n’est pas dur d’être rappelé au terrible Hulk (au sens péjoratif). Paul Rudd est lui aussi un antihéros sur lequel tout tombe contre son gré. Lui aussi fuit son propre pouvoir, et cette résistance trouve son filet de sécurité dans l’histoire d’arrière-plan, laquelle est, hélas, extrêmement cheesy (ventrebleu, la prison dont on se libère avec un ferme instinct de protection familiale pour se trouver confronté au nouveau petit ami de la mère, ça date de Menteur menteur et Madame Doubtfire, ça !).

Il y a de l’espoir quand Antman découvre le monde souterrain et sa nouvelle alliance avec le monde formique, mais on ne ressort des tunnels qu’avec un baillement et une pensée nostalgique pour Thanos, qu’on aimerait bien voir prendre de l’importance plus vite. Pendant que les Pierres d’Infinité s’éveillent dans l’univers, tout ce qu’on trouve à faire, c’est rendre des fourmis cute et raviver la flamme des teammates incompétents ? Créer des twists sentimentaux dont on voit à quinze kilomètres qu’ils sont strictement faits pour être dénoués sans même avoir d’impact ?

Cette fois-ci, on ressent de la gratitude pour la pression de Marvel au-dessus du réalisateur. Parce que ce cœur est la dernière chose qui nous reste pour ne pas pleurer : les bribes d’humour wtf, par exemple, où la montée en puissance des Avengers qu’on prend le temps de saluer d’un clin d’œil avant de leur faire le sacrifice d’un nouveau héros.


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Samedi : Captain America: Civil War

(Anthony Russo, Joe Russo, 2016)

Avec son chiffre « 3 » sous-jacent, je pensais que Captain America allait particulièrement faire figure de liant chez Marvel. En fait non, c’est un semi-Avengers, qui joue avec encore plus de personnages que le deuxième de la saga principale. Comme c’est un peu le concept de Civil War, c’est là-dessus que le focus est mis, et il y a du bon et du moins bon ; le ballet de protagonistes est grandiose. C’est comme jongler avec dix balles, et certains arrivent même à se faire un trou qualitatif du côté de la prestation : je pense surtout à Paul Bettany (alias Vision, ex-Jarvis) et Daniel Brühl (alias Le Méchant Pas Beau) qui est vraiment glaçant.

Qui vient de me traiter de panneau de signalisation ?

Pour le reste, c’est de l’étirement de ficelles à 100%, et c’est la première fois que je m’ennuie d’essoufflement sans m’ennuyer de la médiocrité générale. Tony Stark est sorti de ses marques émotionnelles ; après le cynisme, la culpabilité, la raison et le leadership, on est à côté de la plaque d’or-titane quand on fait de lui le chef par accord tacite qui appuie sur tous les boutons en rabibochant le monde.

On est en droit de se demander où est le Captain America du titre : tout ce qu’on a, c’est la dissidence et la douleur. Si cette dernière peut être bien lourde (dans le bon sens du terme) sous le pinceau musclé des Russo, l’échec est bien insuffisant pour donner vie à l’œuvre entière. Il n’y a d’ailleurs pas de film ; tout est simplement prétexte à la guerre civile, et l’histoire autour d’elle n’est que lambeaux de zizanie et collages vite faits.

On appréciera le bref retour de la politique dans l’introduction de Black Panther, mais Spiderboy est clairement en trop. Signe que les arrangements de Marvel entre les nombreux partis sont allés bien trop loin. Pourtant, il y avait de l’enjeu dans les Avengers qui ne sont pas fragilisés mais bel et bien blessés. Fallait-il tourner ça en la victoire d’un semeur de discorde sur une équipe supposée de taille face aux superpuissances cosmiques ?

Bref, une production graphique, encore qu’elle est portée par un duo qui sait y faire sans trop appeler aux CGI, mais qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.


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Dimanche : Doctor Strange

(Scott Derrickson, 2016)

(J’ai déjà récemment fait la critique du film, alors je vous la remets un peu retouchée.)

Avec le mélange du mystique et de la science et le rapprochement de ses vecteurs les plus fidèles, Marvel n’a plus qu’à jouer la carte du renouvellement le plus longtemps possible. Thanos sait ce qu’il en adviendra, mais Doctor Strange est un des blocs fidèles qui pavent sa route.

Je suis le méchant. Ça se voit pas, les yeux, touça ? Non ?

L’univers s’agrandit d’un Cumberbatch, acteur de charisme plus que de personnalité s’emboîtant bien dans l’écriture évolutive de son rôle ; rarement l’incrédulité a-t-elle fondu si bien, et l’apprentissage grandit si bellement que sous la main de Derrickson, même si la promptitude du visuel le fait rentrer avec quelque difficulté dans la cible de la taille d’une serrure donnant sur ce qu’on veut faire de lui. Parce que la boîte dans laquelle tient son petit monde mystique met clairement tout le monde à l’étroit.

La révélation qui prend place au début du film répond de ce concept, elle est l’ouverture vers un monde du spectacle où les motifs fractalisés, s’ils ont confondu Mads Mikkelsen sur le tournage, sont enfin le recyclage au propre de la technique d’Inception pour les scènes les plus épatantes. Dans la propreté du graphisme, c’est toutefois l’abstraction du mystique qui prend sa racine jusqu’à l’efflorescence d’une fin à la Matrix qui n’éveille point grande nostalgie.

Dans le renouveau, Derrickson tente un patchwork de réchauffé qui fonctionne bien tant qu’il recherche la spiritualité et le principe du « destin extraordinaire », mais se fissure à l’étude du voyage dans l’espace et dans le temps – ceux-là apportent les contreforts d’une diversité phare, pas la consolidation de la transcendance marvellique. Et il ne faudra pas compter sur Ejiofor pour relever le niveau, parce qu’il est très mauvais lui-même. Ce sont des fondations un peu faibles supportées par leur ambition, avec une crédibilité fragile mais un bon ressenti.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

2 commentaires

  1. C’est fou, ceux qui te plaisent sont ceux qui me satisfont le moins. Je suis assez fan de la zone hérogène, celle de la fourmi et celle du docteur (et je ne te dis pas ce que je pense de la guêpe, je suis un grand coquin 😁) moins des Gardiens ou de l’Asgard broyé au noir.

    Aimé par 1 personne

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