Les films Marvel de L’Incroyable Hulk à Iron Man 3 (critiques)

(Ma critique du premier Iron Man se trouve ici.)

Puisque je remplis mon mois de juin d’Avengers, voici un cinébdo 100% Marvel ! Et vous savez comme on dit : la suite au prochain numéro !

Sommaire
L’Incroyable Hulk (Louis Leterrier, 2008)
Iron Man 2 (Jon Favreau, 2010)
Thor (Kenneth Branagh, 2011)
Captain America : First Avenger (Joe Johnston, 2012)

Avengers (Joss Whedon, 2012)
Iron Man 3 (Shane Black, 2013)


Image d’en-tête : Avengers ; films 136 à 141 de 2019

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Lundi : L’Incroyable Hulk

(Louis Leterrier, 2008)

Deuxième pas dans l’univers Avengers ; non plus un pied de fer mais une grosse pointure. La même brutalité dans la prise en main, par contre. Mais il semble que Leterrier ne s’enterre pas comme Favreau dans ses manies ; si Bruce Banner se rend au Brésil, ce n’est pas juste un exode mais aussi un appel aux couleurs chaudes. L’éclairage nous invite dans l’histoire comme dans un foyer.

Un verrre de vin siouplé.

Derrière les gros pixels d’une messagerie instantanée et la déchirure sentimentale en fil rouge – pas un fil de très bonne qualité mais quand même –, il y a un mouvement qui démarre. Edward Norton est gringalet de corps et d’esprit, une sorte de John Cusack avec tout juste ce qu’il faut de charisme pour qu’on le supporte deux heures à l’écran. Lorsqu’on aperçoit une course-poursuite, qui vaut bien 0,6 sur l’échelle de Tanger-dans-Inception, on a l’impression que tout va aller pour le mieux. Mais ça, c’est avant que tout parte en rouille.

Chose amusante, l’armée a de la latence. Rien ne se passe comme prévu pour William Hurt, dont c’est cette fois le tour d’être mouliné en tant qu’acteur pour faire de la bouillie de cliché. La grande scène épique est située au milieu plutôt qu’à la fin ; une débauche visuellement intéressante mais tout bonnement ennuyeuse de violence hyperactive, tandis que le « premier combat » (puisqu’il faut les étiqueter pour s’y retrouver) a le mérite d’être suivi par la météo, là aussi porteuse de l’éclairage en plus de la métaphore de la descente aux enfers et du plaisir chronologique.

Mais voilà, c’est tout. Les personnages importants, qu’il soient très présents (celui de Liv Tyler) ou qu’ils tiennent de l’intermède (le méchant vilain pas beau Brésilien), sont recyclés avec la grâce d’un mammouth qui joue du piano. On sautille de scientifiques excitables en cellules autorégénératives quand on ne s’inspire pas totalement du modèle d’Iron Man et qu’on ne met pas du King Kong dans la destruction urbaine. Rien de nouveau, des pages de script jaunies et remâchées sottement.

Finalement, Hulk est pire qu’Iron Man parce qu’il a, en plus, mal vieilli. Ou alors j’ai trop vu The Mask.


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Mardi : Iron Man 2

(Jon Favreau, 2010)

Après le premier Iron Man et The Incredible Hulk, je commençais à regretter mes premiers pas dans l’univers Avengers et à me demander comment on avait pu passer à Les Gardiens de la Galaxie. Mais c’est finalement bien Jon Favreau qui me réconcilie avec le superhéroïsme dont il a finalement fait preuve lui-même en se confrontant à la machinerie Marvel – qui l’a d’ailleurs découragé de faire le troisième film de la franchise.

J’vais tout péter gnihihi.

Je ne cacherai pas avoir été bien content de décrypter « un homme vert ? » sur un journal russe (« зелёный человек ») et de m’être amusé du bouclier de Captain America utilisé pour mettre à niveau l’accélérateur à particules de Tony Stark. Entre le côté sciency bien employé – enfin… disons « mieux » employé – et les rouages d’une grande dimension qui se mettent en branle, oui, je me suis éclaté. Finalement.

Favreau garde un penchant pour l’Occident, mais se réfugie cette fois en Russie d’où il expatrie un badass mutique qui m’a rappelé George C. Scott dans Charlie (alias John Rainbird ; un oiseau est aussi l’obsession de Mickey Rourke). Mis à feu par des beaux mots dans de beaux discours, Iron Man 2 figure le succès de sa partie légale et charismatique (Downey Jr. est un costume dans une armure, et ça fonctionne aussi au niveau métaphorique, cette fois-ci), et c’est un prémice du succès de tout le casting.

De Favreau lui-même qui se donne la charge de l’intermède comique, en passant par Rourke qui parle russe et Johannson qui fusionne The Island et Lucy dans une prestation musclée et passionnante, jusqu’à L. Jackson, bref, tout est parfait dans le monde des acteurs. Mais dans le monde des personnages aussi : ils sont tous libérés de leur gogue des temps passées, ne serait-ce qu’en ajustant leur temps de présence (comme avec Paltrow et L. Jackson).

Tout se marche un peu dessus, ce qui est plutôt fun, sauf quand il y a de graves dérapages dans le monde du n’importe quoi et du trop rapide (pour ne mentionner que la séquence du Grand Prix de Monaco auquel Tony Stark prend part avec autant de crédibilité que les officiers de course ont d’aptitude à stopper la compétition). Il y a aussi le problème du format, qui fait appel à un personnage pourtant réussi (Rourke) pour construire un méchant ennuyeux comme pas deux.

Mais soit ; que se déchaîne le patriotisme marvelleux. Je suis de nouveau intéressé.


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Mercredi : Thor 

(Kenneth Branagh, 2011)

Pour la première fois, Marvel sort de ses gonds (enfin, d’une porte parmi d’autres), délaissant les cordes usées de super héros sortis de nulle part (mais quand même sur Terre) pour sauter sur l’excuse d’un autre univers. C’est plus simple, moins risqué, mais tellement plus satisfaisant. Les Asgardiens ne sont pas les demi-dieux qu’on pourrait attendre (oui, « demi » parce que réduits d’une moitié par l’écran qui nous en sépare), mais des demi-aliens, des êtres en qui fusionnent magie et science, espoir et Histoire ; c’est le pivot avoué, et le vrai Bifrost entre eux et le spectateur.

Bro, tes cheveux te servent de cape ?

Évidemment, cela a un coût. Et il ne risque pas d’être honoré par la romance de Thor pour une mortelle, qui vaut moins d’une couronne danoise : Brannagh a préféré transférer la dette tout entière sur le recyclement stupide de la découverte scientifique majeure dont la gentille scientifique ne démord pas, comme s’il suffisait d’être naïf pour faire une percée. Ça se sent que ça m’énerve ? Bref.

Le design est sympa ; on est introduit à un monde beau et cosy, avec d’un côté Asgard aux airs de Mont Olympe et de l’autre Mitgard spielbergien (mais si, les diners qui font office de QG et les grands tubes en plastique des installations scientifiques, c’est très Rencontres du Troisième E.T. L’Extraterrestre, tout ça). Mais alors, que c’est petit ! Franchement, je ne m’attendais pas à ce qu’Asgard soit un F4 divin avec une poignée de dieux faisant leur promenade quotidienne sur le pont Arc-en-Ciel. C’est tout ? Vraiment ?

C’est bien vu d’avoir converti les Royaumes nordiques en planètes, mais tout manque cruellement de mouvement. Il y a Asgard, avec le Bifrost qui le relie à un point donné de partout ailleurs, mais c’est cela : juste un point. D’Asgard à Mitgard. D’Asgard à Jötunheim. De la ville à l’endroit où les dieux pénètrent Midgard. Aucun autre mouvement.

Avec tout ça, il faut compter sur des conditions de combat minimum ; certes, Thor est une tête brûlée qui n’a envie que de castagne, mais était-ce une raison pour ne rien mettre d’autre sous la dent du spectateur ? D’ailleurs, on sait que Thor changera du tout au tout pour devenir vertueux (l’originalité n’est pas de mise dans la macro-écriture marveleuse) et rien n’a été fait pour lisser ce virage à 180° d’un extrême vers l’autre.

Le feeling de Thor est plutôt bon parce qu’il ne tente plus de faire tenir des choses ensemble sur le sol terrestre. Et l’on peut compter sur les one-liners du genre à renommer Coulson « fils de Coul ». Mais il faudrait songer à plus soigner la qualité de l’œuvre, même si l’on s’attache de plus en plus à l’univers.


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Jeudi : Captain America : First Avenger

(Joe Johnston, 2012)

Joe Johnston aime son image. Tous ses prédécesseurs ne peuvent pas en dire autant sur les traces de Marvel. Pourtant, il était autant que les autres – sinon plus – pressé par les effets spéciaux. C’est peut-être cette pression qui finit par faire craquer sa cohérence personnelle, mais en attendant, nous avons droit à une introduction assez captivante qui prend son temps, non sans rappeler Tomorrowland dans l’ambiance permettant de lier notre époque à celle de Captain America.

Le casque est un peu grand…

Car l’excuse au patriotisme dégoulinant est cette fois historiquement logique : Captain America est un héros de la Seconde Guerre mondiale, d’abord publicitaire puis militaire. Ce level up, ne nous le cachons pas, est bien stupide puisqu’il nous oblige à croire que la force explique tout, y compris ses aptitudes à transformer le slogan en devise et la pub en courage. Mais tant qu’on est dans l’intro, on peut encore admirer l’entrée en scène de Hugo Weaving et l’opposition des fumoirs et des Alpes au rang du badass non nul.

Stanley Tucci avait toujours rêvé de prendre un accent allemand ; il est fort dommage que les dialect coachs aient fourni un travail qui se contredit de toute part ; les Norvégiens parlent norvégien, puis anglais aux Nazis qui ne parlent pas allemand mais qui l’écrivent. Yay. Que ce soit chez Weaving ou Tucci, la prononciation varie joyeusement quand elle ne produit pas des atrocités comme « schedule » qui devient « shedule ». Yeurk. Beurk.

Bref, nous voilà sortis de l’intro et balancés dans l’idée récurrente qu’un évènement historique a contenu une vérité double ; difficile d’imaginer une réalité parallèle quand on perd le repère du futurisme, mais soit, l’intégration prévaut. Les dialogues ne sont pas du plus beau fil et rebondissent mollement quand on les adresse. Et c’est dans cette mollesse générale que se vautre une sorte de reboot du film dans le film où la méchanceté, jusque là intelligente, redevient plus cliché que jamais sous le regard enfoncé dans une Joker face de Weaving tombant le masque. Les décors perdent de leur lustre sous ses doigts pressant des boutons et levant des leviers à répétition. Le compteur de morts s’affole sans un souci, une chair à canon monétaire sous l’égide de l’étoile blanche.

Marvel toussote et faillit encore à faire un film qui sorte vraiment de sa gangue très fermée et oppressante pour les réalisateurs. Johnston arrive presque à briser ses chaînes, mais… nah.


 


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Samedi : Avengers

(Joss Whedon, 2012)

Je ne suis pas très au fait de la manière dont s’est opérée la transition entre le proto-Marvel sagaforme et Avengers, mais wow. Je m’attendais à ce que la qualité augmente, mais pas au point que l’œuvre de Joss Whedon ne nous laisse même pas repenser aux erreurs des précédents films.

T’façon une étoile c’est clairement plus cool qu’un triangle mec.

Pourtant, c’est évidemment l’opus où le groupe se cimente, avec ses petits débordements de chamailleries (un peu insuffisantes, d’ailleurs, mais ça nous évite aussi une fin en tire-bouchon qui presserait jusqu’à la dernière goutte d’émotion cheap) et quelques rustines qu’on a peintes à la colle. Parce que, oui, elles se voient. La plus évidente étant le remplacement d’Edward Norton dans le rôle de Hulk. Curieusement, ça ne passe pas trop mal, malgré – ou grâce à ? – l’absence de la moindre explication in scripto.

C’est à se demander si Iron Man ne carbure pas lui-même à la hype, la superénergie maintenant les freaks ensemble pour éviter la transformation de leur assemblée en la bouillie qu’on a pu connaître. Se servant d’objectifs comme de bornes, Whedon a craqué le truc pour faire fonctionner le lien entre le réalisateur et Marvel : le truc, ça pourrait bien être que Whedon est le premier des réalisateurs de la saga Avengers à écrire son propre script. Double bravo ici.

J’ai aussi beaucoup ri, et je ne crois pas avoir déjà vu de meilleurs one-liners ; Downey Jr. en a improvisé une bonne partie. Ewi, il faut écouter les artistes, ça paie toujours. Sa compagne Gwyneth Paltrow a les mimiques plus éveillées encore, ce qui fait un combo presque gagnant ; Hulk manque à cet appel, lui qui était censé être l’élément problématique (la tension qu’il apportait était super, en plus) et qui finit par se régler de lui-même sans explications. Dommage. C’était peut-être la condition à ce que les combats (dominés par le dézingueur vert en matière de yolo destructionnel) soient intelligemment sculptés dans l’argile du rapport de force plutôt que de la baston pure et dure.

Le compteur de morts s’affole un peu trop et la destruction frise la démence de la récente vague de films catastrophe, ce qui est relativement excusé par des répliques ne perdant pas le nord (contrairement au pilote du porte-avion-volant-de-la-mort-qui-tue qui se perd sans son ordinateur) et l’idée qui perce derrière chaque design, plutôt que de laisser le design contrôler tout.

Avengers est bon, presque excellent ; je suis d’autant plus impressionné qu’il rabiboche des antécédents peu fameux.


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Dimanche : Iron Man 3 

(Shane Black, 2013)

Dans l’univers de ruptures qu’est celui de Marvel, Iron Man 3 se situe après le premier Avengers et se trouve coupé des deux premiers films de Favreau. D’ailleurs, il ne sert pas de gond dans la chronologie, et ouvre la phase deux. C’est peut-être pour cela que Black est sur la défensive, exposant en premier lieu les faiblesses de ses personnages, et créant un opus très léger, surtout après l’étourdissement qu’a représenté Avengers, justement.

B’jour, je suis Captain Ironica.

La corde, c’est donc la faiblesse. Rien de bien original, mais il faut reconnaître que c’est bien intégré ; ce n’est pas juste un malaise qui sert de remise en question à Tony Stark, mais bien un état d’esprit qui le rend médiocre et le ronge. Comme c’est un leitmotiv, c’est un moyen de sous-tendre son personnage sans l’étendre. Parce qu’après tout, on lui enlève son iron pendant un long moment, et Iron Man sans son iron, c’est juste un homme, un mécano. Par contre, c’est un peu limite de lui sortir les mains du cambouis pour les lui faire mettre sur l’épaule d’un enfant, car ce dernier a plus de répondant que Stark de one-liners.

Le flottement a du bon ; Iron Man 3 est léger, oui, mais il est constant, un bourdonnement régulier d’où l’on entend finalement des notes justes : Ben Kingsley est clairement la clé de sol, tandis que l’absence de nostalgie, la confiance en lui du scénario et le remplacement de la méchanceté par la folie complètent les accords.

Malheureusement, toutes ces qualités ont leur corollaire : le retour du président cheesy qu’on vénère depuis Independence Day, le sauvetage de dernière minute bien massif, et le procédé surnaturel qui va tellement loin qu’il ne paraît aberrant à personne de faire passer un homme pour un haut fourneau se prenant pour Godzilla.

Iron Man 3 est bien, mais pas super. Il signe la fin d’une période médiocre (Avengers exclu) mais se condamne lui-même à l’anonymat.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

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