Cinébdo – 2019, N°23 (Le plus beau métier du monde, Malabar Princess, Iron Man)

Seulement trois films ? La raison n’est pas du tout que j’ai voulu revoir Le Hobbit et que je risque de me refaire Le Seigneur des Anneaux ce mois-ci. Non non. C’est que j’opère ma transition dans le monde des Avengers.

Sommaire
Le plus beau métier du monde (Gérard Lauzier, 1996)
Malabar Princess (Gilles Legrand, 2004)
Iron Man (Jon Favreau, 2008)


Image d’en-tête : Iron Man ; films 133 à 135 de 2019

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Lundi : Le plus beau métier du monde

(Gérard Lauzier, 1996)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

On dirait qu’on entre dans la période « maquillée » de Depardieu, où la moumoute précède le mammuth. Planté comme un légume dans un jardin de mauvaise graine, il a la réplique bien pendue mais le charisme en grève. En ça, on ne peut pas l’accuser de mal jouer son rôle, qui va consister, en tant que professeur, à subir sa classe pendant un long moment.

De cette torture qui peine à soulever l’idée que la dureté d’une tête de vauriens ne peut égaler le prof-essionnalisme, on retiendra des piques de bon sens et d’humour salé mais goûtu – pas sûr qu’on puisse encore rire des « chiffres rebeus » au cinéma aujourd’hui.

Les motifs émergent selon une forme qu’on reconnaît aussi chez le second rôle principal caché derrière sa porte : on ne sait dire si Prévost prévaut en sa manière de star face à une autre, ou s’il faut l’interpréter pour son personnage. Celui de Depardieu est prof d’Histoire et peut-être aurait-il pu assister le scénariste dans la sienne, en le fait notamment de rendre le gougnaffier plus propice.

Les motifs, donc, sont sans contraste : des cordes de l’humour tendent une espèce de vaudeville mal détouré qui tente de faire place à des intrigues conjugales hors de propos qu’un bisou semble d’ailleurs suffire à combler. Non, vraiment, c’est dans la satire scolaire qu’il faut savoir trouver son plaisir, même si l’on doit se contenter de voir la loi faire mollement son bout de chemin moral pour mettre de l’ordre dans un Depardieu qui a fait du bien format Hollywood (vive la jeune élève prodigue qu’on a sauvé à coups de mots gentils) tout comme du mal format Samy Naceri, avec un embouteillage qu’on rend passable grâce à un bras d’honneur et une police dont la compassion est rendue crédible par d’égaux coups de gueule du commissaire. Il est beau, l’exemple.

La morale, le divertissement, le propos, tout peut être dispensable. Mais ce n’est pas en perruquifiant Depardieu qu’on fera croire que son crâne protège l’héritage des quartiers difficiles.


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Mercredi : Malabar Princess

(Gilles Legrand, 2004)

« Hors-thématique »*

En 2004, tout jeune cinquantenaire qu’il était, Villeret jouait un de ses derniers rôles, celui d’un grand-père tout près du ciel. En effet, le Mont Blanc n’est pas très loin, regardant sa cabane d’un air presque pas hautain. Et l’homme fait le poids devant les deux générations qui le suivent, et la tchatche embrouillée de son petit-fils : « et toi, tu préfères les chevals ou les jumentes ? »

Le décor manque un peu de profondeur, monté presque en 2D sur Villeret et Brasseur, en qui on avait confiance pour refaire le coup des voisins / ennemis d’enfance inséparables. Et que je te mets un bobsleigh, et un chasse-neige, et des autoneiges, et un treuil, et un hélico : une machinerie qui poppe sans un souci pour la réalité budgétaire (un aspect qui ne semble jamais atteindre les vieux dans leur indécrottable et plane gentillesse).

Pareil chez les enfants, dont un extrait de deux spécimens sur toute une classe suffit à Legrand pour prétendre toucher à l’amitié montagnarde, et pour justifier la proximité quasi-complice que tout ce beau monde entretient avec les chasseurs alpins. Difficile de ne pas regretter ces grandes crevasses, ces enjambements fainéants pour la solde de 400 coups qui laissent de glace.

C’est dans le (et la) symbolique qu’on récupère un peu de sa mise : des seconds rôles qui assument, eux, vraiment la charge de nous faire croire en Savoie (ce gardien du refuge m’a rappelé Brad Dourif dans Cerro Torre), des lapsus élémentaires mais drôles qui apportent un peu de soutien à l’idée qu’envoyer ce gamin au-dessus de Chamonix n’est pas démesurée, et une place laissée aux objets (le Tintin au Tibet joue bien le rôle qu’il signifie pour l’enfant) qui entretiennent le lien vivant entre l’environnement et la vie qui passe, lentement et froidement, broyant les naïvetés de l’enfance. Comme un glacier.



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Dimanche : Iron Man 

(Jon Favreau, 2008)

« Thématique : Marvel »*

J’opère par la présente mon débarquement dans la galaxie Avengers. Dans trois semaines, elle ne sera plus une lacune de ma culture cinéma. On ne peut pas dire que le film s’y sera pris avec douceur pour m’introduire à ce monde, attaquant avec un Afghanistan que Favreau est si pressé de placer qu’il fait un flashback post-titre pour expliquer la plongée tête première.

Au-delà des beaux dialogues – marrants et sérieux à la fois, juste comme il faut, qui se marchent dessus agréablement – et du rythme pas mal imprimé autour de l’inénarrable richesse de Tony Stark (pour une fois que la vie de luxe donne lieu à quelque tentacule scénaristique intéressant qui ne soit pas signé Le Loup de Wall Street), il y a une caricature des relations internationales qui rappelle à d’autres oubliables tentatives d’agiter des castings autour de la guerre contemporaine (La Guerre selon Charlie Wilson, par exemple)Difficile de pénétrer dans l’histoire, floue derrière le mur d’une mort à peine présente alors qu’elle est censée tout régir des faits et gestes de Stark.

L’Afghanistan, dans le film, est resté pour moi un ensemble de passages encombrants, une étape apparemment obligée pour le réalisateur mais qui n’a signifié pour moi que soupirs devant le visage dur et bête des terroristes. Il n’y a même pas eu de processus créatif avec le prototype de la fameuse armure, tandis que la tension émotionnelle était tenue à bout de bras par un Shaun Toub épisodique.

Il y a du mieux dans l’intégration d’Iron Man dans toute la machinerie militaire. Il y a un enclenchement qui fonctionne ici au moins, avec les bonnes doses de reconnaissance et d’incompréhension devant l’accomplissement. Hélas, il faut que le héros naisse sur fond d’une symbolicité désolante dans le fait de sauver des vies ; la survie d’une famille de manière visible est censée compenser les centaines de morts invisibles ; c’est un procédé que j’ai en horreur, a fortiori sous la forme d’un pivot du film.

Autant Gwyneth Paltrow m’a soufflé dans Country Strong, autant je trouve que la Pepper d’Iron Man est coincée entre la Poppy de Popper et l’Alfred de Batman. Bref, je trouve à peine de quoi me sustenter dans cette coquille en alliage or-titane sortie de nulle part.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique. Plus de détails ici.

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