Micronouvelle [#3] : Intermission

Une troisième micronouvelle plus tellement micro avec ses 1 556 mots ; ça ne reste que cinq à sept minutes de lecture. C’est 100% de dialogues et d’humour absurde ; j’espère que le texte agréera à vos goûts ! N’hésitez pas à me faire savoir si c’est le cas… ou non. Toute critique est bonne à prendre !

La bannière est tirée du film Brazil (Terry Gilliam, 1985) dont je me suis pas mal inspiré de l’univers pour ce texte.


– Okay, cette fois, c’est la bonne. Michel, t’as vérifié le catapulteur à neutrinos ?
– Yep, il est en train de passer sous le canapé.
– Non, pas l’aspirateur, le catapulteur.
– Ah, le catapulteur, ouais ouais. Par contre, les soupapes surpapent.
– T’as qu’à dévier le flux newtonien vers les catalyseurs d’antimatière.
– Mais la cafetière est branchée dessus.
– Putain, Michel, je t’avais dit de mettre la cafetière sur la roue de Poutine.
– Ah, bah, « antimatière » et « hamster », ça se ressemble, hein.
– Mais qu’est-ce que je fous avec un crétin pareil…
– C’est toi qui as voulu prendre un hamster, je te rappelle.
– C’est pas ce que… Enfin bref, passe-moi la rallonge, je vais court-circuiter les inhibiteurs ioniques.
– C’est en quelle année que t’apprends à faire des cours-circuits avec une rallonge, toi ?
– Celle où tu as compris que bosser avec du courant alternatif ne veut pas dire « travailler en alternance ».
– Mais j’y peux rien si tous les mots se ressemblent…
– Michel, on peut finir ce cycle, s’il te plaît ?
– Oui, Marc, pardon. Tiens, ta rallonge.
– Non, pas la rouge, la verte.
– Ah, j’ai compris, tu veux un câble supraconducteur pour collisionner les circuits tangentiels.
– Non, je préfère le vert, c’est tout. Hop, je mets ça ici, ça là, et…
– Euh, Marc, c’est normal que le truum brousille comme ça ?
BOUM.
– Okay, le boum, c’était pas normal. Mais le champ gaussien s’est interconnecté tout seul à la résonance quantique des prises HJADF87 et PRMKS35, ce qui économise juste assez d’énergie pour la lampe à huile.
– Mais la lampe à huile fonctionne avec…
– …de l’électricité, depuis qu’on n’a plus d’huile.
– Ah. Je te préférais en blond, au fait.
– Et moi, je te préférais Amblin. Bon, il ne reste qu’à enclencher la procédure Alpha 478 et on pourra lancer le cycle.
– C’est laquelle, ça ? C’est nourrir Poutine ou allumer la télévision ?
– Ça, c’est Alpha 477 et Bêta 478. Alpha 478, c’est quand je vais pisser.
– Ah. Autemps pour moi. Je vais quand même faire Alpha 477 pendant ce temps.
– Fais.
It’s the animal, it’s the animal, it’s the animal instinct in me. I’m sure you’ve known it all before, but you never really had a doubt. Put your lips on me, and I can breathe underwater, underwater, underwater. Ain’t no mountain high enough, ain’t no valley low enough, ain’t no river wide enough, to keep me from my lady d’Arbanville.
– Tu chantes faux.
– C’est pas grave, c’est de la fausse musique de toute manière. Ça s’est bien passé, l’Alpha 478 ?
– Super. Allez hop, on lance. Cycle 530, go.
Bip.
Brzzt.
Prscht.
Brzzt (×2).
Pchhhhht.
– Michel, c’est un petit chat dans la cabine.
– (Miaou.)
– T’as sûrement oublié de mettre en route le dissociateur génomique.
– Ah oui, j’allume toujours ta lampe torche à la place.
– (Miaou.)
– Tu vas vouloir le garder, j’imagine.
– Oh oui ! On l’appelle comment ?
– Trump ?
– (Miaou.)
– Mais il est noir.
– Bah non, il est rouge.
– Je parlais du chat.
– Ah. Obama, du coup. Allez, sors-le, je relance. Cycle 531, go.
– Okay.
– (Miaou.)
Bip.
Brzzt.
Prscht.
Brzzt (×2).
Pchhhhht.
– Ah, c’est un homme, cette fois.
– Que… Qu’est-ce que je fais ici ? Que…
– Bonjournoussommesmicheletmarcetnousavonspourmissiondecorrigeruneanomalietemporellequisembleinfluersurlecomportementdevoscontemporainsnousallonsvousenvoyerdanslepassécequenousnepouvonspasfaireavecnousmêmesparcequ’ilfautêtredeuxpourfairefonctionnercettemachinequenoussommeslesseulsàconnaîtrec’estpourquoinousvousapportédufuturprochedanscebutattentionçavasecouer.
– Que… Quoi ?
Boup.
Krscht.
Paf.
– Et maintenant, on attend.
– Marc, je pense à un truc.
– Hm ?
– C’est la 531ème personne qu’on envoie dans le passé et le 0ème succès, non ?
– Yep.
– Tu ne crois pas qu’on devrait… mieux leur expliquer ce qu’on essaye de faire ?
– Hein ? Tu déconnes ? Regarde au-dessus, ce que je lui ai dit tient cinq lignes.
– Bon, j’ai rien dit.
Boup.
Krscht.
Paf.
– Ah, le revoilà.
– Il a mauvaise mine.
– Que ? Quoi ? Je ? Oui ? Hein ?
– (Miaou.)
– Marc, son pouls est très élevé.
– Les poux vivent sur la tête, c’est normal. C’est les lentes qui m’inquiètent.
– Leurs œufs ?
– Non, ses données vitales. Elles ont mauvaise mine.
– Elles vont se tailler.
– Mais ? Que ? Euh ? Je ?
– Oui, oui, restez calme. Juste le temps de recharger le condensateur à cristaux liquides.
Pchhhhht.
Brzzt (×2).
Prscht.
Brzzt.
Bip.
– Le voilà reparti chez lui.
– Le dévoilà, alors.
– Tu disais quoi sur ma façon d’expliquer, tout à l’heure ?
– Bah, c’est un peu…
– Oui ?
– Rapide.
– La prochaine fois, tu expliques.
– D’accord.
– On finira bien par y arriver. Allez, on enchaîne. Cycle 532, go.
Bip.
Brzzt.
Prscht.
Brzzt (×2).
Pchhhhht.
– Oh, quelle belle barbe il a, celui-ci.
– Что происходит?
– Ah, c’est un Russe. À toi de jouer, Michel.
– Hm, okay. Alors : boижour, иous soммes Мiкhel et Мark et иous avoиs pour мissioи de кorriger uиe aиoмalie teмporelle qui seмble iиfluer sur le кoмporteмeиt de vos кoиteмporaiиs. Иous alloиs vous eиvoyer daиs le passé, ce que иous иe pouvoиs pas faire aveк иous-мêмes parce qu’il faut être deux pour faire foиctioииer cette мachiиe que иous soммes les seuls à coииaître, c’est pourquoi иous vous avons apporté du futur proche daиs ce but. Atteиtioи, ça va seкouer.
– Что?
– Il a compris, je crois. Tu vois, tout est dans le rythme.
– Soit.
Boup.
Krscht.
Paf.
– Je commence à en avoir marre, j’aimerais que ça fonctionne.
– Il faut les comprendre, ces gens, on les prend comme des pour vus.
– Au dépourvu, Michel.
– Ouais. Ça me rappelle ce pauvre mec qu’on a récupéré quand il était à la douche.
– Il est revenu avec des habits, au moins. C’est le seul qui y a gagné sur les 531. Ces peaux de bêtes étaient magnifiques. Tiens, demande à Poutine de nous faire du café.
– Je crois qu’Obama l’a bouffé.
– Depuis quand les chats mangent des hamsters ?
Boup.
Krscht.
Paf.
– J’ignorais qu’on pouvait scalper une barbe. Ça fait beaucoup de sang, quand même.
– Помогите мне.
– Da, da. Renvoie-le vite.
Pchhhhht.
Brzzt (×2).
Prscht.
Brzzt.
Bip.
– Ça me fatigue. Un dernier essai puis je vais me coucher. Cycle 533, go.
Bip.
Brzzt.
Prscht.
Brzzt (×2).
Pchhhhht.
– Marc, c’est encore un chat.
– Encore ?
– (Miaou.)
– (Miaou ?!)
– (Miaou !!)
– Je le sors.
– Si le problème ne vient pas du dissociateur génomique, c’est peut-être qu’on a verrouillé le séquenceur mitochondrial sur les mauvais canaux hétérogéniques. Fais une analyse génétique des deux chats.
– OK. Mais j’aime pas faire ça.
– Tu sais bien que ça ne fait pas mal. Sauf si tu as l’intention de la faire avec cette fourchette.
– Ah, oui, pardon. Voilà.
Pouik.
– (Miaou ?)
– Ce chat est un hamster.
– Michel… Tu as plongé l’aiguille dans l’estomac d’Obama.
– Ah. Oui, c’est bien un chat.
– Étonnant. L’autre, maintenant.
Pouik.
– (Miaou ?)
– C’est le même.
– Je m’en doutais.
– De ?
– Nous ramenons chaque sujet d’une réalité parallèle. Il doit y avoir un dérèglement qui verrouille périodiquement la mire sur l’ADN de ce chat, dont on pourrait ramener un nombre infini.
– On a un problème.
– Effectivement. Cela veut dire qu’on ne peut agir sur l’anomalie que dans une dimension à la fois, alors qu’il en existe une infinité.
– Je pensais plutôt aux noms des chats. Comment nommer deux animaux génétiquement identiques ?
– Obama et Obama′.
– Obama prime sur quoi ?
– …
– Quoi ?
– Je suis partagé entre exaspération et réflexion.
– Ça alors, moi aussi. D’ailleurs, j’ai peut-être une solution. Le problème, c’est qu’on ne peut pas agir sur toutes les réalités parallèles à la fois, non ?
– Moui.
– Alors il suffit de créer une réalité perpendiculaire.
– Et tu fais ça comment ?
– C’est toi qui fais des courts-circuits avec des rallonges. Tu devrais pouvoir me le dire.
– En fait, j’ai peut-être un moyen.
– Ton regard me fait peur, mais dis toujours.
– Il s’agirait d’envoyer un élément superlourd sur la trame spatiotemporelle.
– Un élément superlourd ? Genre, de l’oganesson ?
– Genre ça. Il ferait pression sur son environnement jusqu’à faire ployer la tolérance quantique.
– Et qu’est-ce qui te garantit qu’il atteindrait l’horizontalité spatiotemporelle absolue ?
– Un élément superlourd est naturellement bien enveloppé. Si on lui donne une couverture dimensionnelle pour la route, il tendra vers l’HSA. Son angle d’attaque cessera rapidement d’être critique. Et quand bien même quelques milliards de réalités seraient rompues, cela reste 0% d’une infinité, pas vrai ? Je ne violerais aucune loi de l’éthique contemporaine.
– Bon, bah, faisons ça.
– D’ac.
– Ehh, mais ! Qu’est-ce que tu fais ?
– Je place l’élément superlourd dans la cabine de translation. Pour ta couverture dimensionnelle, un plaid fera l’affaire. Tiens.
– Non ! Marc, stop ! Marc !
Pchhhhht.
Brzzt (×2).
Prscht.
Brzzt.
Bip.
– Ah, mais, ça fait du bien d’être débarrassé de cet emmerdeur. Et maintenant, Obama et Obama′, à nous. Vous vous rendez compte ? Vous êtes les mêmes ! Maintenant que j’ai démontré la théorie des réalités parallèles, je peux faire ce que je veux ! Il existe une infinité de nous-mêmes ! Avec l’équipement que j’ai ici, je peux créer un dispositif qui permettrait d’être transposé de la réalité d’un être x vers la réalité d’un être y au moment de la mort de l’être x, et ce à l’infini ! On pourrait tuer qui l’on veut, détruire ce que l’on veut, se suicider sans remords ! Il y aurait toujours un nouveau départ. L’Homme serait immortel, mais sans l’ennui ! Et je vais être riche ! Et puissant ! Et…
Bip.
Brzzt.
Prscht.
Brzzt (×2).
Pchhhhht.
– Hein ? Mais je n’ai pas lancé de cycle.
– Bonjour, Marc. Je suis Uoalieao Woualieo, agent de l’Organisation pour la Préservation des Réalités Parallèles. Je vous place en état d’arrestation pour violation temporellement relative des réglementations futures sur l’éthique spatiotemporelle. Et accessoirement pour meurtre. Il vous sera prouvé que mes prérogatives sont relativement autorisées sur l’ensemble des continuums spatiotemporels accessibles à l’Organisation. Vous avez le droit de garder le silence ou de dire « et merde ».
– Et merde.
– (Miaou.)

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4 réponses

  1. J’ai adoré ta nouvelle, car j’ai eu l’impression de me retrouver à lire le croisement réussi de deux univers qui me font vibrer : la SF et l’humour absurde. Le résultat est juste jouissif !

    Même si le rapport peu sembler ténu à première vue, ta trame de SF basée sur la communication entre dimensions parallèles m’a tout de suite évoqué « Les Dieux eux-mêmes » d’Asimov, avec les pompes à électrons, la transmutation du tungstène en plutonium, et les tentatives de communications des humains avec les para-êtres. Tu m’as donné envie de le relire, tiens.

    Pour moi, tes dialogues foutraques sont un peu comme l’enfant caché que la Cantatrice Chauve aurait eu avec les Knights who say Ni! c’est complètement barré et ça part dans tous les sens tout en réussissant l’exploit de conserver une progression cohérente et rebondissante de fil en aiguille. Chapeau bas ! D’ailleurs c’est presque plus une saynète qu’une nouvelle finalement, puisque la forme est un dialogue ininterrompu, ou bien seulement par des didascalies de bruitages dignes des noix de cocos équestres de King Arthur et ses chevaliers (cheapos au possible, mais rudement efficaces).

    Enfin, ça n’a surement rien à voir mais les équipements technologiques loufoques m’ont également rappelé certaines scènes du Rocky Horror Picture Show (là, encore univers SF décalé) :
    « Hoopla! …throw open the switches on the sonic oscillator… and step the reactor power input THREE MORE POINTS! »
    « This sonic transducer…it is, I suppose, some kind of audio-vibrato-physio-molecular transport device? […] A device which is capable of breaking down solid matter and then projecting it through space and, who knows, perhaps even time.. itself! »

    PS : J’ai fait deux références cinématographiques, t’as une pierre blanche ?
    PPS : Faut-il que je te prête mon désoedèmificateur articulo-tibio-tarsien ? XD

    Aimé par 1 personne

    • J’adore la SF et l’humour absurde aussi. Ce n’est pas un hasard si H2G2 sont mes livres préférés !

      Asimov était scientifique, il utilisait de vraies valeurs, tandis que je les mets en potage. Merci pour la réf, mais je ne la mérite pas !

      Effectivement, je reconnais le Rocky Horror Picture Show, même si, comme je le dis, c’est Brazil qui m’a inspiré. Un film réalisé par Terry Gilliam, qui était un Monty Python, tout comme Douglas Adams qui a écrit H2G2. Tiens donc !

      J’ai mieux qu’une pierre blanche, j’ai un stylo noir ! Quant à mes torses, rassure-toi, je ne m’y suis pas fait d’entarses. Oups, une voyelle baladeuse.

      Merci pour ton retour !

      J'aime

      • Pour Asimov, je dirais que c’est ici plus une évocation qu’une comparaison. Evocation plutôt axée sur le concept général que sur le degré de vraisemblance scientifique. Et puis « Les Dieux eux-mêmes » s’écarte de l’univers asimovien canonique des Robots et de Fondation : je le trouve bien plus métaphysique que physique (scientifique), en particulier la partie qui se déroule chez les para-êtres dans une ambiance assez onirique basée sur l’exploration émotionnelle. D’ailleurs, je pense que si j’avais lu cette partie isolément du reste du livre, je n’aurais probablement pas deviné qu’il s’agissait d’Asimov. Ensuite, c’est sûr que ta nouvelle surenchérit d’un cran en versant carrément dans la pataphysique. Je maintiens donc qu’à un pata près il y a comme une filiation. Mon argument te semble absurde ? CQFD !

        Cela dit si tu n’as pas encore eu l’occasion tu devrais lire ce livre d’Asimov ne serait-ce que pour le personnage du linguiste (fait peu courant), qui a de surcroit le bon goût de ne pas s’appeler Johnson 😛

        Je te rejoins concernant la quasi-trilogie H2G2 : c’est une pépite dont on ne se lasse pas, spéciale dédicace à Marvin.

        Joli ton méli-mélo de voyelles ! Mais comme chaque fois que tu m’enivres de tes bons et beaux mots, je perds mes moyens et me mets à souffrir d’anagrammite aigüe. Qu’ai-je vu apparaitre à l’horizon de ton texte par heureuse mégarde ? La belle voyeuse à dune !

        Merci à toi pour le partage !

        Aimé par 1 personne

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