Point de vue linguistique sur le langage épicène (+ réflexion construite)

Ce n’est pas mon genre (sans mauvais jeu de mots) de déclencher des conflits. Il suffit de tourner un peu sur le blog pour s’en rendre compte : je ne suis pas un secoueur de marronnier. Je n’aime pas débattre.

Puisque je m’acquitterai, évidemment, du devoir d’écouter ceux que j’aurai choqués ou froissés, vous devriez déjà avoir une idée de l’état d’esprit dans lequel j’écris ce billet : ce n’est ni un coup de gueule, ni une dénonciation, ni une prescription. Avant d’avoir la prétention d’ouvrir les yeux à d’autres, je prétends m’ouvrir les yeux tout seul, parce que le monde bouge et on ne peut pas le comprendre sans bouger soi-même.

J’ai une opinion, en tant qu’observateur et utilisateur du langage. En tant que bloggeur avec sa liberté d’expression, et du fait que le sujet concerne le langage (et donc, indirectement, la linguistique), j’ai décidé de prendre la parole sur ce sujet délicat (en illustrant avec des citations que des graphistes ont égayé d’un joli fond totalement hors de propos ; mais bon, ça fait de l’air dans le texte) : le langage épicène, ou langage inclusif.

L’illustration est de KQ4rt. Mon sujet est particulièrement difficile à illustrer, et le commentaire de l’artiste m’a convaincu de lui faire honneur :

Some idiots […] can’t live by themselves without causing troubles to others. […] I want people to know that you should love yourself for who you are.

Il y a des idiots qui ne peuvent pas vivre dans leur coin sans faire du mal à d’autres. Je voudrais que les gens sachent s’aimer eux-mêmes pour ce qu’ils sont.


Sommaire

  1. Contexte
  2. Proposition 1 : la problématique d’une société qui réclame la reconnaissance
  3. Proposition 2 : le fossé qui se creuse entre « privilégiés » et « discriminés »
  4. Linguistiquement parlant
  5. La vraie remise en question
  6. Pré-conclusion ; résumé
  7. Conclusion

Contexte

Pour vous éviter, dans la mesure du possible, de mal interpréter mes propos, un peu de contexte avant tout.

Je me veux ouvert et tolérant. Nous sommes tous différents, et c’est tout ce dont nous avons besoin pour nous comprendre les uns les autres. Puisque je vais parler du langage épicène, je vais restreindre la portée de mon propos aux minorités concernées par la question du genre, qui sont généralement LGBT.

Personne ne mérite moins de respect que n’importe qui d’autre, mais pourquoi au juste ? Parce que nous sommes des individus, et que tout individu a droit au même respect. Ce n’est pas une faveur de se respecter, c’est un dû. Une évidence qu’on a perdue de vue : il est devenu « nécessaire », voire « obligatoire » de se respecter dans la société moderne, comme si c’était une B.A. de ne pas se considérer différents les uns des autres.

Mais à qui la faute si le respect se perd ? Parce qu’on le garde pour soi… ou parce qu’on le réclame ?


Proposition 1 : la problématique d’une société qui réclame la reconnaissance

Je ne vois aucune raison de manquer de respect à quiconque, et ce n’est pas différent pour quiconque se sent LGBT pour une raison quelconque : qu’importe son genre ou son orientation, il sera un individu comme un autre. Ce qui rend difficile pour moi d’accepter les gens tels qu’ils sont, c’est quand ils affirment appartenir à un groupe. En s’affirmant LGBT, une personne que j’apprécie devient opaque pour moi ; « non », ai-je envie de dire, « tu n’es pas LGBT, tu es toi ». Pourquoi cela ne suffit-il pas ? C’est facile de comprendre quelqu’un pour ce qu’il est, mais s’il prétend être comme d’autres, alors comment faire pour voir ce qu’il est ?

S’affranchir de l’intolérance, c’est s’affranchir de sa cause, pas la dénoncer ; ou alors c’est se montrer intolérant à l’intolérance.

On n’a pas droit à plus de respect que les autres pour la seule raison qu’on appartient à une minorité, mais le fait est que les minorités sont discriminées.

Or, notre société est tout aussi responsable de ne pas tolérer ces personnes que de les pousser à la revendication. Nous ne sommes pas tant dans l’ère de l’information que dans celle de l’individualisme : nous avons tous quelque chose à revendiquer, que cette chose soit religieuse, culturelle, sociale ou sexuelle. Et en affirmant notre individualité, nous nous faisons haïr. Pire : on s’affilie à des groupes pour mieux faire prévaloir le fait qu’on est unique. N’est-ce pas un paradoxe gigantesque ?

Citation (peut-être apocryphe) de Margaret Mead.

Pourtant le paradoxe est réel et inévitable : pour la première fois de son histoire, l’Homme souffre de ce que son grégarisme est trop satisfait ; le nombre de Dunbar est explosé par Internet, qui nous offre la plénitude sociale mais nous confronte à des besoins de reconnaissance que la société pré-contemporaine étouffait sous les tabous, la bienséance, la religion, et la culture de l’homogénéité.

Le monde est hétérogène aujourd’hui, et il est de plus en plus difficile de s’y trouver. Alors plutôt que de s’assumer, les individus réagissent aux pressions et reportent la responsabilité de leur souffrance sur la société entière, d’où la montée en importance du racisme et de toutes sortes de discriminations. Mais je pense que c’est une erreur de donner systématiquement tort aux réactionnaires – mot qui, comme tout autre, a une image connotée qui influence notre interprétation de lui.

Si je devais crier haut et fort sur les toits : « je suis hétéro ! », qui cela intéresserait-il ? Je n’attirerais ni l’opprobre ni d’ovations. Mais si je devais clamer « je suis homo ! », alors je récolterais des foudres et des encouragements (ainsi que pas mal d’indifférence, évidemment). Pourquoi ? Ne peut-on pas être soi-même sans l’expliquer au monde ? Le déséquilibre n’est pas criticable dans le sens où il résulte d’une réaction aux intentions saines, mais il est contre-nature de revendiquer quelque chose d’aussi… naturel que l’homosexualité. Et il en va de même pour le reste du spectre toujours croissant du LGBTQIA+ (terme que j’ai découvert tout récemment).

J’ai d’ailleurs l’impression que l’homosexualité, écrasée par les nouvelles identités de genre, a été globalement absorbée par la société. D’où je me tiens, j’ai l’impression qu’elle n’est plus – globalement – l’objet d’irrespect, et que ce sont les nouvelles identités qui ramassent à sa place. Mais peut-être mon champ de vision est-il justement réduit par la démultiplication des identités. Comment savoir ?

S’assumer tel qu’on est, c’est par nature beaucoup plus respectable que de revendiquer ce qu’on est.

Évidemment, nous avons tous besoin de reconnaissance à un endroit ou à un autre de notre personnalité où nous sommes faibles ou affaiblis, mais je ne comprends pas pourquoi nous ne cherchons pas à nous faire reconnaître pour l’ensemble de ce que nous sommes, plutôt que pour des traits institués.

Les adeptes de la déconstruction des genres prétendent parfois que les genres sont des structures sociales qu’il faut transcender. En réalité, c’est ce qu’ils réclament, la vraie structure sociale *. Dans le meilleur des mondes (dans lequel nous ne sommes pas), le genre serait égal au sexe. Se sentir homme ou femme, c’est donc naturel. Se sentir homme en étant né femme ou vice-versa, c’est aussi naturel. En revanche, revendiquer un troisième genre, ça, c’est une construction sociale. Le besoin d’informer le monde de ce que nous sommes, c’est également une construction sociale.

* C’est notamment pourquoi il est regrettable qu’il soit devenu nécessaire de réclamer le respect.

Je précise que je ne suis pas contre la construction sociale ; c’est le moteur de l’évolution humaine, et je comprends le genre neutre. Je ne suis absolument pas en train d’essayer de le débunker. Je veux juste illustrer que l’argument de la « structure sociale » dans la conception d’une réforme des genres est une idée erronée, sans pour autant prétendre que la construction en elle-même est une erreur.

Il ne faut pas oublier non plus que l’affirmation de la minorité revient à la négation de l’institution naturelle. Je veux dire que, pour représenter les minorités, il faut que le neutre soit utilisé à mon égard, moi qui ai toujours été et qui serai toujours du genre masculin. Avant de blâmer ceux qu’on désigne maintenant comme privilégiés parce qu’ils sont cisgenres, ou pour leur manque d’ouverture d’esprit, ne faudrait-il pas garder à l’idée qu’on ne leur demande pas leur avis avant de les sortir d’une catégorie naturelle et millénaire ? La reconnaissance des minorités ne passe-t-elle pas par le reniement du bon sens majoritaire ? Avant de diaboliser les majorités *, mettez-vous à la place de l’autre, car il n’est pas forcément votre ennemi mais n’a pas non plus forcément envie qu’on lui retire sa part de reconnaissance sous des prétextes égalitaires.

* Si ce n’est pas déjà fait, puisque la revendication a donné aux majorités un aussi mauvais rôle qu’aux discriminés.

On s’est tous cherchés un jour ; certains, faute d’avoir vécu dans un environnement propice, se chercheront toujours. Moyennant quoi, le doute est permis, tout comme il est permis de changer d’avis. Diantre, changer d’avis, c’est même ce qui fait tourner le monde ! Quelqu’un qui ne change jamais d’avis est dit « borné » ; il n’avancera pas au-delà de ses bornes. Un transgenre est non seulement quelqu’un qui « change d’avis », mais « on » avait décidé à sa place, et il a – en plus – le cran de se confronter à la désapprobation d’une partie du monde pour quérir sa vérité. Être soi-même ne devrait jamais demander autant de courage.

Mais il ne faut pas non plus se fermer à tout ; les extrêmes n’ont jamais rien de bon. Par exemple, on a tort de dénoncer l’homosexualité, pourtant, elle est littéralement contre-nature. Avant de pâlir, entendez bien que je parle du sens étymologique et biologique : toute espèce a pour but de se reproduire, or, l’homosexualité condamne par définition la reproduction. Mais d’autre part, l’homosexualité fait partie de la nature. Et c’est sans compter que parmi les réels progrès de la société moderne, l’homosexualité n’est plus un obstacle à la parentèle et qu’il est de plus en plus admis que l’éducation d’un enfant par des parents homosexuels ne présente pas de désavantage.

Ce que je veux démontrer par là, c’est que si on ne sait pas par quel bout attraper ces idées, comment pourrait-on avoir raison sur nos semblables ? Personne n’est doué de l’altruisme absolu, quasi-télépathique, qui nous permettrait de tous nous comprendre. Alors essayons, avant toute chose.


Proposition 2 : le fossé qui se creuse entre « privilégiés » et « discriminés »

La compréhension semble être devenue une guerre de tranchées entre deux belligérants éternels : les privilégiés et les discriminés. Les discriminés sont le parti du plus faible, auquel la sollicitude et l’égalitarisme ont apporté un énorme soutien. Il en a résulté la démonisation des privilégiés, qui sont vus aujourd’hui comme des arrogants parlant sans savoir.

Et je dois dire que cet article, dans sa première version, me faisait clairement passer pour tel. Pensé comme une prise de position, il est devenu une ouverture de pistes de réflexion nouvelles, pour mes lecteurs mais surtout pour moi-même. Notamment celle-ci : un privilégié n’est pas quelqu’un qui ne connaît pas la discrimination, mais quelqu’un qui n’en a aucune conscience.

On est rarement privilégié de tout côté ; moi si. Mon éducation fut épanouissante, je vis entouré de choses que j’aime, je peux pratiquer mes passions quand je le souhaite, je n’ai aucun doute sur ma personnalité, ni ma croyance, ni mon genre. Cela n’a pas que des avantages, mais sur le papier, cela rend illégitime tout ce que je peux dire de la discrimination – ce qui est logique, puisque je ne la connais pas.

Il est vrai que cela rend d’autant plus nécessaire que je fasse de gros efforts d’altruisme pour comprendre autrui. La réalisation que j’ai soulignée ci-dessus m’a ouvert à énormément de choses ; il est sûrement dangereux de publier l’article sur la base de certitudes si jeunes, mais c’est à les renforcer ou les démonter que serviront justement les retours. C’est aussi pour cela que je ne parle jamais pour les autres, et que j’essaye au contraire de m’ouvrir à eux de toutes les manières que je peux.

…Ainsi parlait Jean-Paul Sartre. Chercher le regard de gens qui pensent comme soi (chercher l’individualisme dans le groupe, donc), c’est éviter la confrontation avec ce que nous sommes dans la société entière, sous prétexte qu’elle porte un jugement. C’est donc nier notre réalité d’individu, et c’est ne pas s’assumer soi-même. Mais comment sacrifier le réconfort apporté par ceux que l’on choisit, quand on a souffert du regard des autres tels qu’ils se sont imposés dans notre environnement ?

La remise en question, pour être efficace, doit remettre en cause ce qui remettait déjà des choses en cause. Être sceptique, cela ne consiste pas juste à croire d’emblée le démontage d’une croyance bien ancrée : c’est douter de tout. Le scepticisme ultime serait un juste milieu, la position d’un sage si objectif qu’il ne saurait juger de rien. 

Mais au-delà des soucis de compréhension auxquels je me serai abondamment heurté comme n’importe qui d’autre, la science a son mot cartésien à dire.

J’ai failli classer cet article parmi les hors-sujets du blog, puis je me suis rendu compte qu’il comptait comme un article « Langues ». Il est donc plus que temps que je réponde aux promesses de mon titre et que j’aborde l’aspect linguistique de mon sujet.


Linguistiquement parlant

La question des genres au sens large peut nous rappeler au proto-indo-européen, l’ancêtre reconstruit des langues indo-européennes, où les êtres jeunes étaient désignés par le genre neutre parce qu’ils étaient prépubères et donc asexués. Cela témoigne que les genres grammaticaux avaient un rôle classificateur réel, aujourd’hui disparu, mais qu’on retrouve sporadiquement dans les langues modernes, comme le mot allemand « das Kind », « l’enfant », qui est toujours du genre neutre au même titre que quelques autres.

Le langage est spontané, et doit le rester : c’est ce qui permet l’expression directe et intelligible de concepts complexes sans avoir à réfléchir à ce que l’on dit. C’est le principe même de la langue, surtout oralement. Changer le langage en limitant sa capacité à être spontané n’est pas souhaitable ; c’est sans attestation linguistique d’aucun précédent et contraire au principe selon lequel l’usage prévaut. C’est aussi en ça que je défends deux points précis :
1. je défends le pronom « iel« , déjà en partie entériné par l’usage, et ce d’autant plus qu’il est linguistiquement cohérent (parce qu’attesté dans d’autres langues) et présente une véritable utilité grammaticale (il a le mérite de désigner à la fois les personnes de genre neutre et celles de genre inconnu) ; je l’ai adopté et j’y apporte mon propre soutien par l’usage (je déplore par contre qu’il n’y ait pas de forme reconnue pour l’accusatif du « iel » ! – une forme du COD, donc) ;
2. la transidentité est à exclure de l’entièreté de mon raisonnement ; elle peut être prise en compte par des éléments de grammaire qui figurent déjà naturellement dans notre langue, le masculin et féminin. Puisqu’il ne s’agit que de changer de pronoms et d’accords, les problèmes que peut poser la transidentité ne sont pas d’ordre langagier mais purement socio-administratifs (l’anglais est d’ailleurs tellement plus confortable à utiliser, cette langue pour laquelle vous n’avez quasiment jamais besoin de connaître le genre de votre interlocuteur pour lui adresser correctement la parole… Ça fait réfléchir, non ?).

Le neutre grammatical existe dans plusieurs langues, comme le hongrois ou le turc. Il est utile, logique et pratique du point de vue purement descriptif. Mais au-delà de ça, il peut jouer un rôle dans la justesse de l’expression ; à mon sens, il ajoute à la « rectitude des désignations » évoquée par Claude Hagège, voire au conseil de Victor Hugo : « si la chose est, dites le mot ». Si iel se sent femme, dites « elle ». Si iel se sent homme, dites « il ». Si iel se sent neutre ou indécis, dites « iel ». Si le langage doit évoluer pour se conformer aux progrès des mœurs, il évoluera.

Ce que je n’approuve pas, en revanche, c’est de pousser la revendication jusque dans une réforme totale du langage. Évidemment, il y a un entredeux ambigu, et je dois bien admettre que je suis parfois partagé : dire « auteur » pour les deux genres, c’est dommage. « Auteure », pourquoi pas, c’est spontané et évident, mais aussi homophone et donc un peu mesquin. « Autrice », c’est hélas devenu très connoté « féminazisme », mais cela correspond étymologiquement aux suffixes latins -or et -ix qui ont donné les -eur et -ice français. Autre problème : la variation entre différentes formes genrées (« auteure » et « autrice », ici) n’est pas pour aider à la validation populaire.

À ces transformations, je donne le bénéfice du doute, mais pas au niveau administratif, législatif ou académique : leur popularisation doit se faire naturellement, par la sorte de loi darwinienne de la linguistique qui a depuis toujours dirigé les mutations langagières : l’usage.

Refaire la structure entière du français, cela va contre tout bon sens, car c’est d’un irrespect criant pour les fondements scientifiques de la langue. Je ne proscris pas d’aller contre la science, évidemment, mais quiconque s’est intéressé de loin aux principes dirigeant l’évolution d’une langue verra que les réformes ne s’adressant pas à la majorité ne s’enracinent pas. On n’a pas besoin de pouvoir dire « contens » ou « grans » ou « heureuxe » ou « citoyan » au neutre. La preuve est qu’aucune langue naturelle n’offre cette possibilité d’afficher les deux genres et le neutre à la fois dans la morphologie populaire.

De plus, insister pour qu’une langue fasse ce qu’elle rejette naturellement, c’est se confronter pour longtemps à l’incompréhension ; en l’état, les défenseurs des formes que je viens de citer se condamnent à faire croire qu’ils sont juste… mauvais en orthographe. Est-ce que ce n’est pas se faire du mal pour pas grand chose ?

Cela ne veut pas dire que l’artificiel est interdit, mais qu’il est voué à l’utopie. S’il y a un réel besoin de langage inclusif, il restera social et ne sera jamais langagier ; si cela vous choque, sachez que ce n’est pas à l’Homme d’en décider, mais à la langue. Si l’Homme avait le pouvoir sur ses langues, elles n’évolueraient pas. Or, elles changent sans cesse, indépendamment de sa volonté, et si vite que des langues comme l’espagnol et le portugais sont devenues mutuellement inintelligibles (en grande partie) en six siècles.

Réclamer que le langage se conforme à l’individualisme de groupe, c’est contradictoire (voir le syllogisme que je propose au paragraphe suivant), ce n’est pas linguistiquement naturel, c’est une construction sociale et c’est une erreur de considérer que le langage nous le doit. Le langage épicène dépasse de loin le territoire de la reconnaissance des genres et déborde du social sur la science.


J’ai des amis de genre neutre et des amis transgenres. En fait, j’ignore pourquoi, mais la plupart de mes meilleurs amis sont LGBT (c’est d’autant plus bizarre que je suis moi-même parfaitement cisgenre – ainsi qu’ils me l’ont appris, puisque peu me chaut – et que je suis loin d’apporter ma pierre aux revendications, comme vous vous en serez rendu compte).

Cela ne me donne pas l’excuse selon laquelle « je sais de quoi je parle », car ce n’est pas du tout le cas : je ne saurais parler avec justesse que de moi-même, et encore !

Je ne juge pas les gens pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils disent, et je trouve navrant que des camps « opposés » se tolèrent de moins en moins, car l’on recherche d’autant plus, par réaction, le réconfort des minorités et la légitimité qu’elles nous offrent.

Le premier (ou la première !) que vous devez tolérer, c’est vous-même. Soyez ce que vous êtes. Qui vous l’interdit ? Précisément ceux à qui vous dites ce que vous êtes. Qui a besoin de le savoir ? Personne. Ce que vous êtes ne regarde que vous et vos intimes, ceux à qui vous avez, de toute manière, donné votre confiance et qui doivent vous comprendre.

Le respect n’est pas quelque chose à réclamer, c’est quelque chose qui vous est dû ; ne commettez pas l’erreur de demander le respect, car cela fait oublier que vous l’avez toujours mérité, ni plus ni moins qu’un autre. Il est regrettable que tout le monde ne soit pas toléré de manière égale, mais c’est aussi une erreur d’insister pour l’acceptation d’un trait de notre personnalité en particulier, alors qu’en tant qu’individu, nous sommes déjà un tout.


La vraie remise en question

Je disais en introduction que le but de l’article était de m’ouvrir les yeux autant que d’essayer d’ouvrir les yeux à d’autres. Maintenant que j’ai bien étalé ma morale, il est temps de me faire la morale à moi-même : je suis privilégié. Être privilégié, ce n’est pas juste une raison de se plaindre que la discrimination est inversée, que c’est la majorité qui est maintenant shamée. Être cisgenre, ce n’est pas seulement « ne pas avoir de problèmes d’identité », c’est ne pas avoir conscience de ceux des autres.

Une belle preuve que la société occidentale a encodé le privilège et l’intolérance est fournie par cet article, qui explique que les Amérindiens ne normaient pas les genres avant la colonisation européenne (mes traductions).

[…] people who had both female and male characteristics were viewed as gifted by nature.

Le fait d’avoir des caractéristiques à la fois masculines et féminines était considéré comme un don.

The Two Spirit culture of Native Americans was one of the first things Europeans worked to destroy and cover up.

La culture amérindienne des « deux esprits » fut une des premières choses que les Européens s’employèrent à détruire et à cacher.

[…] people were valued for their contributions to the tribe, regardless of the gender attributes they exhibited. Parents did not assign gender roles to children either, and children’s clothing tended to be gender neutral. There were no ideas or ideals about how a person should love; it was simply a natural act that occurred without judgment.

Les personnes étaient valorisées pour leur contribution à la tribu, et ce peu importe leurs attributs de genre visibles. Les parents n’assignaient pas de genre à leurs enfants, et les vêtements de ces derniers tendaient à la neutralité. Il n’y avait pas de conceptions ou d’idéaux sur la manière d’aimer ; c’était un acte naturel qui se produisait sans jugement.

L’article n’est pas très neutre et assez idéaliste, mais il illustre très bien ce que je reproche à la majorité : de rejeter en bloc les arguments revendicatifs sous prétexte qu’ils sont d’émergence récente dans notre société, parce qu’il en résulte que la majorité oublie de se mettre à la place de ceux qu’elle dénigre, et qu’on n’a aucune idée que leurs idées ne sont, en fait, pas du tout nouvelles.

Et ce n’est pas parce que je fais des reproches à la majorité que je m’en dissocie ; il est vraiment difficile d’être sûr de soi, du fait même qu’on est inconscient des sentiments d’autrui (inconscient du fait que mégenrer peut faire souffrir, par exemple), et je ne suis pas spécialement à l’aise à l’écriture de ce billet car je suis sûr que j’en regretterai certains passages assez vite. Mais l’écrire, c’est tracer une piste de réflexion pour d’autres et à moi-même, de sorte que les efforts qui l’auront suscité et qu’il suscitera ne pourront qu’aller dans une direction plus saine.

C’est pourquoi j’assume encore de penser qu’il est regrettable que la société doive éveiller la dysphorie de genre. Mais ce n’est pas un argument ; elle existe, et en nier l’existence serait un signe d’égoïsme pur et simple. Je n’ai jamais eu de difficulté à m’expliquer le fait d’être transgenre (sauf que je ne le suis pas moi-même) mais je dois encore m’apprendre à comprendre le genre neutre, le genre fluide, la bigenrie, la pangenrie… M’apprendre à les comprendre, pas à les tolérer. Car – ironie du sort ! – la tolérance est une construction sociale ; la tolérance est l’extrême inverse de la discrimination.

Devoir tolérer quelque chose, c’est déjà démontrer qu’on a du mal à l’accepter. Quelqu’un qu’on « tolère » vraiment, au sens fondamental du terme, est quelqu’un qu’on comprend sans avoir à réfléchir au « pourquoi ». La tolérance semble être une faveur qu’on fait aux incompris, comme si l’on se montrait généreux en étant tolérant. Les minorités n’ont que faire d’une faveur ; on doit les comprendre, pas les tolérer. Tolérer, c’est maquiller l’incompréhension par de la gentillesse, ce n’est pas lutter contre le mal.

(Voilà d’ailleurs un bon exemple d’évolution involontaire de la langue : le mot « tolérance » est déformé sans qu’on le veuille tandis que la question des genres n’est pas prête d’être réglée. Le mot « acceptation » suivra, je pense.)

C’est pour toutes ces raisons aussi que je continue de m’opposer à la revendication en général (« soyez ce que vous êtes »), et en particulier à celle voulant que le langage s’adapte. Changer la langue dans toute la dimension du langage inclusif (ce qui veut dire : en appliquant le neutre de manière globale et pas seulement dans les pronoms et les accords), c’est maquiller la langue sans espoir de réussite (ce sont les usagers de la langue qui sont responsables de la discrimination, pas la langue elle-même ; ces usagers là n’ont aucune raison d’adopter le langage inclusif, donc on oublie de prendre le problème à la source), sans compter que c’est linguistiquement incohérent.


Pré-conclusion ; résumé

J’ai tenté d’être le plus clair possible ; je sais que je n’y arrive pas forcément. Alors voici une pré-conclusion qui pourra peut-être éclaircir les doutes que j’aurai généré.

J’essaye, autant que faire se peut, d’être tolérant. Mais je conteste la nature de la « tolérance » moderne, car elle fait oublier qu’on doit avant tout essayer de comprendre les autres. Les comprendre, c’est éviter les extrêmes à tout prix, c’est se remettre en question à tout instant, c’est dénigrer la dénonciation mais en faisant attention à ne pas accidentellement dénigrer des valeurs auquelles on adhère, consciemment on non.

L’inconscience, c’est le vrai problème d’être privilégié ; puisqu’il est devenu péjoratif de l’être, il ne faut pas non plus que cela nous fasse oublier que des gens souffrent réellement de choses qu’on minimise au titre de la revendication « minoritaire et récente ». Si la revendication émerge, c’est parce que l’individualisme est devenu fulgurant. On est devenus incapables de s’assumer tels qu’on est, mais il faut aussi voir pourquoi.

La construction sociale s’ensuit ; elle est nécessaire, car elle est le signe et le moteur d’un monde qui change. On recherche la reconnaissance, on fuit la discrimination, alors on se cherche et l’altruisme absolu devient de plus en plus inatteignable. C’est à notre époque qu’on doit penser le plus fort en ce que l’on croit, parce que les humains se sont interconnectés trop vite, et qu’il est de plus en plus difficile d’être sûr de ce que l’on avance. On peut avoir raison, on peut avoir tort – je ne me suis pas gêné pour prétendre avoir raison et que d’autres avaient tort –, et ce n’est pas grave du moment qu’on s’ouvre à l’avis de ceux qui nous donnent tort et que cela nous permet d’avancer un peu plus vers la vraie compréhension.

Tout cela tient du social. Il y a des problèmes à régler, et je ne me fais pas d’illusions : ils empireront. L’intolérance grandira encore et ce n’est pas moi qui changerai le monde avec un billet de 4 800 mots. C’est regrettable.

Mais quand le social sort de sa juridiction et qu’il entre dans la science, il est plus facile d’avoir raison car il y a des preuves et des certitudes : le langage épicène, tel qu’il serait totalement intégré dans une langue, est scientifiquement inattesté. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas souhaitable ni atteignable, mais il faut savoir placer ses espérances à la bonne échelle, tout comme j’espère, moi, que le neutre grammatical pénétrera le français par l’usage.

Et si vous avez, comme moi, toutes les difficultés à vouloir comprendre tout le monde, dites-vous que personne ne comprend tout, pas même dans le domaine du social où nous, humains, avons pourtant tout créé. Et puis la problématique s’étend même au-delà du genre : pour revenir plus prosaïquement au sexe, il s’agit là aussi, en fait, d’un spectre.


Conclusion

La vraie conclusion, maintenant. Ne serait-ce que pour répéter que je ne veux choquer personne. Je ne tire aucun intérêt ni aucune joie à froisser ou à faire douter, ni dans la certitude que je vais faire jaser. Je n’aime pas débattre de la nature humaine, précisément parce que je crois qu’on est tous très forts pour être soi-même et que cela devrait suffire.

Je débattrai avec vous si vous en ressentez le désir ou le besoin, car je vous le dois. J’ai passé de nombreuses heures sur cet article, le retouchant sans cesse, discutant avec des amis ou des gens concernés, mais je sais qu’il n’est pas parfait et ne le sera jamais. Vous pouvez m’aider à améliorer cet article, car il est le reflet de mon opinion et elle n’est pas forcément bonne.

(Il va sans dire que j’ignorerai, en revanche, les commentaires injurieux et inconstructifs. J’attends de vrais arguments, du partage et de l’ouverture d’esprit, de quoi vraiment me faire changer d’avis si cela s’avère nécessaire.)

Dans l’espérance d’avoir bien réfléchi et de vous avoir fait réfléchir, et surtout pas dans l’idée de vous avoir convaincu – car seul vous-même pouvez vous convaincre de ce qui est juste pour vous-même –, je vous laisse à votre internavigation, et peut-être au pavé que vous allez m’envoyer en commentaire. Merci, en tout cas, de m’avoir lu !

9 commentaires

  1. Cet article est très intéressant. Mais il apporte beaucoup de questionnement sur l’être humain et sa nature.jai aime la citation de départ qui dit qu’on doit apprendre à s’aimer et à être soi même. Vous savez que l’être humain est divers et ondoyant, et chacun est unique à son genre.Nous devons nous respecter les uns les autres , mais dans ce monde il y aura toujours quelqun qui voudra dépasser ce cadre.a ce moment tu le respecte toujours et tu es obligé de témoigner de cette personne.Moi pour ma part je respecte tout le monde et j’accepte tout le monde , mais seulement, à un moment donné tu es obligé de faire le tri , pour ta santé mentale, et relationelle.tu es obligé de fixer des limites sinon envahissement et saturation. Pour ma part j’aime être avec les personnes qui me dépassent, pas pour la concurrence, mais parce qu’elle m’amène à me surpasser et à devenir meilleur.et vous vous êtes une bibliothèque infinie.merci pour vos articles.

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    • J’aime aussi à m’entourer de gens que je n’apprécie pas forcément mais qui m’enrichissent, que ce soit culturellement ou non. Mon sujet est compliqué et l’article ne sera jamais parfait ni pour quiconque, ni pour moi. Alors merci pour votre retour ; l’expérience personnelle a du vrai, au moins.

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  2. Salut et merci pour ce partage,

    Avant de focaliser mon attention sur l’article lui-même, je m’étonne du peu de commentaires engendrés par ce sujet pourtant dans l’air du temps et à fort potentiel de débat, voire clivant (le sujet, pas du tout la façon dont tu l’as traité justement).

    Tu nous sers un article de fond particulièrement riche, ce qui rend très difficile de réagir aux nombreux points d’intérêt sous peine de produire un parpaing, et c’est regrettable car une réaction plus modérée, même si plus digeste, ne saurait rendre justice à la formidable valeur de l’article.

    Pour ma part, je vais donc me restreindre à une briquette de remarques éparses et personnelles donc ouvertes à discussion :

    La juxtaposition du questionnement philosophique sur les concepts que tu nous proposes d’explorer avec toi au fil de l’article, et d’une argumentation scientifique basée sur la linguistique fonctionne parfaitement : ça donne un texte ouvert qui questionne, propose, et invite à la réflexion plus qu’il n’impose, ce qui le rend d’autant plus convainquant.

    J’ai trouvé que le choix de te situer personnellement dans le spectre (surtout l’aparté vers la fin du § « linguistiquement parlant ») affaiblit légèrement l’impact du message délivré, ça donne presque l’impression que tu cherches à justifier les biais inévitables de ton article. A partir du moment où tu expliques que personne n’est doué de l’altruisme absolu, et que tu signales en préambule que tu nous livres une réflexion personnelle, je pense que la précaution de te positionner devient superfétatoire : je trouve même que cela t’expose trop, en particulier à ceux qui se contenteraient de rester en surface, voire d’extraire des fragments sortis de leur contexte à des fins d’instrumentalisation, ce contre quoi aucune précaution ne sera jamais suffisante.

    Tu l’évoques sans la nommer : la monstrueuse « discrimination positive », qui à mon sens n’en n’a vraiment que l’épithète, aurait mérité son petit couplet dédié. Comme tu l’exprimes très bien par ailleurs, on ne peut pas contrer efficacement une discrimination en imposant arbitrairement une règle artificielle. Et puis discriminer pour combattre la discrimination, c’est aussi absurde que de taper sur quelqu’un pour qu’il cesse d’être violent, ou que de prêcher pour convaincre un croyant que sa cosmologie divine n’existe pas. (Oups, je viens juste de pointer que l’histoire de l’humanité est un cycle perpétuel d’absurdité XD)

    Autant ta réflexion sur le respect et celle sur la notion de privilégié en contrepoint de celle de discriminé a conforté ma propre position, autant ta réflexion sur la tolérance m’a amené à prendre du recul et à constater que la conception que j’en avais jusqu’alors est finalement galvaudée. Un grand merci pour la remise en question !

    Pour conclure, je suis scié par ta polyvalence, tu n’es pas « seulement » un alchimiste des mots, mais également un explorateur du verbe (trans)porté par un cocktail de curiosité philosophique et scientifique. Sache qu’un article comme ça c’est un peu le chocolat intergalactique de l’esprit, d’autant plus qu’il est bien caché dans la vaste immensité virtuelle… Et ça tombe fort à propos, c’est un concept de saison ! 😉

    Sur ce, l’immatériel c’est bien beau, mais le corps aussi réclame son dû …
    *ponctionne une tablette de quelques carrés bien tangibles*

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    • Nom d’une purée de pois chiche burkinabés… Quel panégyrique, quelle constructivité, quel apport que ce pavé ! Nulle dépréciation dans ce terme, d’ailleurs ; si tout le monde était comme toi, qu’est-ce que mon monde serait simple ! Quoique, je ne pourrais plus marcher pour cause d’hypertrophie chevillère…

      J’ai voulu me positionner pour éviter qu’on me considérât pour celui qui parle sans savoir, ainsi que pour approfondir la réflexion de l’article et insister pour la positionner au-dessus de l’avis personnel.

      Quant à ce que j’évoque, c’est exprès aussi que je ne le sors pas de l’eau, de peur que des yeux trop rapides ne l’oxydent. Un paradoxe avec ci-avant, peut-être… Mais je ne voulais pas écrire un essai entier sur le sujet non plus.

      Tu devrais venir être d’accord avec moi sur mon Discord, si tant est que c’est ton monde. En toute sériosité, l’échange non laudatif serait sûrement d’autant plus enrichissant en direct-live !

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      • Salut, et sincèrement désolé pour tes chevilles !

        Difficile de se restreindre quand on apprécie, et l’effort fourni mérite tellement plus qu’un like dénué de substance. Sache que je n’hésiterai pas une seconde à souligner un aspect qui me déplait, j’essaierai néanmoins à l’avenir de prendre garde à réfréner mes ardeurs laudatives, car je m’en voudrais fort que tu contractes un oedème cucurbitacique.

        Merci pour l’invitation. ^^ Basculer sur un format d’échange plus immédiat, pourquoi pas, la spontanéité est toujours rafraîchissante. Je suis d’ailleurs surpris que tu affirmes en tête d’article ne pas aimer débattre, car malgré la boutade je me doute que tu ne cherches pas à constituer une clique de serviles suiveurs.
        Quant à mon monde, il est en expansion : tout reptilien que je suis, je devrais être capable de m’accommoder d’une évolution somme toute cosmétique. C’est plutôt ma disponibilité qui pourrait être un éventuel frein, ou du moins ma compatibilité horaire (beurk, désolé pour la grossièreté), à voir à l’usage. Tu as mis en place un salon de discussion écrit, oral, ou les deux ?

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      • C’est écrit, parfois oral, c’est h24, sans restrictions sauf les quelques règles, et surtout sans obligations… La seule différence, c’est le format social et la mentalité communautaire, à voir si ça te convient. ^^

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  3. Je me joindrai au groupe avec plaisir. Ne t’étonne pas si dans un premier temps je me contente d’observer discrètement les échanges depuis un recoin de pénombre. Je préfère m’accoutumer tranquillement à l’ambiance et m’imprégner des us avant de participer plus activement. Ne m’en veux pas non plus si je n’apporte pas grand chose aux sujets traitant de cinéma, je vous lirai/écouterai avec intérêt, mais j’ai malheureusement le terrible handicap d’avoir moins de bagage dans ce domaine qu’un demi-bulot neurasthénique… -____- »
    *soupire, et s’en retourne préparer l’avenir*

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