Micronouvelle [#2] : Scène: L’issue

Une scène : de ces courtes obsessions surréalistes, semblables à des rêves, dans lesquelles j’aimerais avoir la force d’esprit de m’immerger complètement. Je reprends sérieusement l’écriture créative pour la première fois depuis décembre et je pense que cette microunouvelle aura servi à faire sauter le sceau de ma motivation future.

Celle-ci dépasse presque mesquinement le cap des mille avec ses 1 008 mots.

N’oubliez pas qu’un like ou un retour fait toujours grand plaisir au créateur !

À mes lecteurs les plus fidèles : j’ai ajouté une nouvelle (de taille normale, celle-là) dans la liste de mes textes en ligne !

Crédit illustration : « Burning Fields Background », par Phenix59


Courir, donner l’idée aux idées qu’elles sont plus légères que l’air. Laisser s’écouler le vent sous mes bras, le sentir rafraîchir mon front qui perle. Bientôt, le haut du ciel prendra feu. Déjà les nuages explosent sans un bruit dans des gerbes de braises, des expansions formidables et fulgurantes qui serrent mon cœur. On ne se réjouit jamais plus que de découvrir des beautés inconnues. Je vivrai de mourir dans un monde où l’on meurt d’avoir vécu.

Je connais le champ mais je le vois avec le regard d’un autre. Un océan de blé s’agite sous ma taille, caressant mes jambes nues, et j’ai l’impression que la nature m’embrasse. La lumière du jour danse dans mon âme et j’offre des larmes à ce fond de ciel où je vis. Les gouttes d’air me contemplent ici-bas, me découvrant dans ma joie folle. J’ai chaud et je sens naître une mer sur ma nuque.

Je n’ai pas peur de partir, mais de quoi je partirai ; je n’aimerais pas être surpris par la violence, je voudrais saisir au vol la fin qui sera mienne. Un roulement montant dans sa descente vers moi, et la chaleur et la lourdeur de l’atmosphère m’avertissent, mais il n’y a aucun tic-tac à cette horlogerie du monde, aucun songe de l’Univers qui fût écrit auparavant par ceux de ma sorte, ceux aimant le papier pour ce qu’ils y mettent. Que n’a-t-on vu avant que le vrai est dans la feuille blanche, dans la brutalité inécrivable de cette qualia en-dehors de l’imagination !

Mes jambes s’écrasent sous moi. La pression est orageuse mais l’orage ne sera pas de ces éclatements familiers d’un été qui s’énerve et où renaissent les espoirs d’une chaleur douce et durable. Je m’arrête, essoufflé, oppressé, et les filets de sueur qui noyaient mon cou me tombent sur les joues. Ces larmes me coulent dans les yeux et m’aveuglent, mais la lumière est devenue si forte que c’est un soulagement. Je les ferme de plus belle, pourtant les formes du monde traversent mes paupières.

Un nouveau roulement, un pan de ciel s’écroule ; je ris aux éclats. Oui, que je voie ma vraie taille, que je prenne la dimension qui me revient dans ces espaces où mon âme m’a frauduleusement grandi. Que je ne sois puni, car j’étais en pleine conscience de ce que j’ignorais, mais qu’on me donne ce que je mérite vraiment.

Je me détache, je crois que je rêve. Je regrette et m’excuse d’avoir contrefait ces instants que j’aurais pu vivre sous la voûte de mon existence qui s’effrite. Il n’y a plus belles époques que les fins, ni plus nobles sentiments que la nostalgie inspirées par elles, cet amour lancé à travers le temps et l’espace, cette gratitude ultime délivrée au grand tout. Je la sens monter sous mes douleurs, entre les lignes d’eau qu’exsude mon corps, derrière mon crâne endolori, au cœur des sifflements gonflant mes oreilles de leurs plaintes stridantes.

Un bruit nouveau me fait oublier de ne pas ouvrir les yeux. C’était un instant, mais suffisant pour que je découvrisse des alentours si brillants que leur bordure est faite de lumière pure. Je ne sais plus si les images huileuses sont réelles dont abonde mon regard, où si elles ne sont plus qu’un film joué afin de compenser la perte de mon sens.

J’aime ma douleur, mais j’aimerais perdre aussi le toucher pour ne plus sentir la chaleur devenue brûlure, car elle enserre chaque morceau de ma peau et je ne peux lui échapper. L’autre bruit, je le sais maintenant, c’est le feu sur le sol, invoqué quelque part par la fournaise invisible de l’air, et qui vient à ma rencontre.

Je me sens seul et j’en sais la raison. Elle s’évoque en prose, dans une simplicité qui répugne à l’art : je suis seul. Comme pour m’en convaincre mieux, tous les sons s’arrêtent. Je viens de perdre un deuxième sens ; le sixième sera-t-il celui de ma vie ? Il me semble pourtant qu’ils pointent tous vers l’ici et le maintenant, ainsi qu’une convergence de tous les sentiments, chassés de leurs orbites par cet astre qui est l’issue.

Je sens couler un liquide plus épais le long de mes tempes : ce sont les étoiles qui fondent et s’épandent comme une sève sur la trame de l’espace. Ces billes fantastiques n’ont plus besoin d’être les gardiennes de notre ignorance ni les jalons de routes impratiquées. Mais je ne suis pas triste : si tout se transforme, alors l’immatériel aussi, et ce que je sais ne sera pas perdu, ni ne sera dissout par trop de partage. Ce que j’aurai appris jouera juste le rôle qui lui revient.

La scène est défaite quand la pièce est jouée. Je suis pièce jouée par l’autre, mais ceux dont on fait un jeu ne sont que partie d’un cercle promis à revenir sur nous. Il n’y a pas de pouvoir injuste, aucune autorité dont on fût doté qui n’ait pas de prix antérieur ou à venir.

Tandis que la lumière devient si vive que je commence à la ressentir dans les pores de ma peau, et que l’air surchauffé lui-même prend une odeur, j’ai la certitude que nulle dette n’est insolvable dès le moment que tout est possédé. En ces instants où la colère du ciel fait vibrer le sol entier, je sais que tout est à moi, que j’ai tout à donner.

Je comprends soudain la sagesse, cette révélation qu’offre l’âge sur le sentiment d’avoir tout mérité hormis le jugement, cette idée que toute existence a son mérite. Laissons aus sots le peu d’avantage de s’en concevoir une excuse, car chacun saura les raisons qu’il a d’obtenir son dû.

Je n’ai plus peur de ma façon de partir. Le rideau tombe, ce sont des draperies de gaz enflammés tranchant le firmament comme des feuilles d’enfer. Des aurores équatoriales sont le salut final adressé à moi et dont il ne me reste que la conviction pour les percevoir, à moi qui ne sens plus rien que des vibrations, et qui devine l’étau immaculé terminant d’obscurcir ma perception.

Je courais, un peu plus tôt.

9 commentaires

    • Je suis ravi que ça t’ait plu ! Loin de moi l’idée de te gâcher l’interprétation, mais je n’ai pas eu un instant l’idée d’écrire sur la mort. Ceci étant, toute lecture a sa place et celle-ci en vaut bien une autre ; peut-être même que c’est bien ce que j’ai voulu exprimer au fond de moi !

      Je tenais juste à ramener l’idée que j’avais, en tant qu’auteur, de tracer une vision, une obsession, dans la beauté d’un décor surréaliste.

      Aimé par 1 personne

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