Cinébdo – 2019, N°6 (Uranus, L’Oiseau au plumage de cristal, Romance cruelle, Kitchen Stories)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

PS : si vous appréciez mon travail, un like ou un commentaire (ou un abonnement !) aide à me bien faire référencer !

Sommaire
Uranus (Claude Berri, 1990)
L’Oiseau au plumage de cristal (Dario Argento, 1970)
Romance cruelle (Eldar Ryazanov, 1984)
Kitchen Stories (Bent Hamer, 2003)


Image d’en-tête : Kitchen Stories ; films 32 à 35 de 2019

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Lundi : Uranus

(Claude Berri, 1990)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

On pense à l’après-guerre comme à une période, palimpseste produit de paillettes happy-endogènes. Mais si l’après-guerre était aussi une guerre ? Ça tombe bien, c’était le cas, et l’on va y être rappelé dans cette adaptation fabuleuse de Marcel Aymé par un Claude Berri toujours au top quand il s’agit de traduire un roman en script.

Il place son Uranus en orbite de cette jolie phrase parmi tant d’autres : « dans l’horreur, toutes les idées se valent ». Et le voilà parti dans son odyssée, sa caméra docilement géostationnaire portant son regard sur des hommes rendus à une liberté que la guerre leur avait fait désirer mais aussi oublier, et dont ils ne savent plus rien faire d’autre que recréer le conflit.

Au miracle tel qu’il est incrusté dans nos livres au niveau du baby boom, Berri oppose son papy boom : Noiret, Marielle, Galabru, puis ces jeunots de Depardieu, Prévost, Luchini et Michel Blanc. Il arrive une fois de plus à faire d’un panthéon bien vivant autant de torches pour des flammes fantastiques ; un Depardieu raspoutinien, un Galabru dantesque, un Noiret pragmatique, je pourrais tous les faire, et tous sont le parangon parfait de leurs rôles incroyables, pleins de ferveur et de largesse dans les mouvements tout comme ils sont doués pour les gestes plus négligeables apportant tellement de matière par leur côté bêtement humain et quasiment organique.

À force de si bien adapter le livre, la planète où Berri dresse ses plans tend à se pervertir légèrement dans la trainée aveuglante de ses lignes littéraires. Parfois la trame du film se distend sous ce poids qu’on a cherché à conserver, sous cette lucidité qui déborde un peu trop des protagonistes. Mais peut-être était-ce nécessaire pour que, derrière la littérature de son œuvre, Berri fasse comprendre pourquoi l’empathie peut faire mal.


 


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Jeudi : L’Oiseau au plumage de cristal

(Dario Argento, 1970)

« Thématique : langue italienne »*

Berceau supposé du giallo, L’Oiseau au plumage de cristal est bien en couleurs. Au carrefour anachronique de Hitchcock et de Columbo, Argento semble filmer comme un détective, sa caméra chérissant le détail avant de revenir à une image globale aussi pointue et complexe que l’enquête qu’elle illustre… mais pas aussi floue !

Les zones d’ombre sont bien présentes dans l’intrigue tout comme dans l’image, la lumière calfeutrée devenant elle-même le rythme. Parce qu’en termes de rythme, Morricone n’est pas cette fois très bien accordé avec son thème ; il tente de composer l’angoisse mais sa griffe est trop visible pour ne pas entacher cette humeur. Le mouvement des scènes, qui font défiler des personnages plus charismatiques les uns que les autres (quoique Musante est monocorde), s’inscrivent bien dans un scénario qui privilégie son aspect thriller sans négliger la place de l’affection.

[Spoiler] Parfois, l’émotion est pourtant utilisée comme carburant brut à la psychose qui se déchaîne. Mais par son talent pour revenir parfois sur ses pas (pour explorer d’autres pistes, peut-être !), le scénario n’aboutit jamais sur une impasse : tension, surprise, poursuite, on passe de la banlieue à la ville, de l’ombre à la lumière avec fluidité sans remarquer le montage. Et c’est bien le but, au final. Même ce fameux détail sur lequel la police se casse les dents et dont on a peur, la fin approchant, qu’il ne donne sur une conclusion qui pousserait le bouchon trop loin, même ce détail est la chrysalide d’une fin poignante, happy end parfait qui répare la tentative par trop naïve de flatter la modernité. Présenter l’informatique comme l’outil miraculeux qui ouvre la voie des miracles à la police scientifique (dont le commissaire ne comprend d’ailleurs rien) n’était évidemment pas le meilleur choix de ce drôle d’oiseau.


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Vendredi : Romance cruelle

(Eldar Ryazanov, 1984)

« Thématique : langue russe »*

Décidément, pas besoin que Mikhalkov soit aux manettes pour faire d’excellents films : quelle présence d’acteur ! On l’attend quand il n’y est pas, et il donne tout et rien quand il y est. Tout et rien… comme le carburant d’une romance qui ne demande qu’à se pouvoir.

Mais il faut rendre à César ce qui est à Ryazanov, véritable orchestrateur du chef-d’œuvre en question. Le cinéma russe restera pour toujours voilé derrière un brouillard culturel pour les Occidentaux, et les différents films le percent de manières diverses. Fallait-il qu’un personnage s’exprimât : « que j’aime l’Europe ! » pour que nous fussions atteints un peu plus derrière les vrais sentiments qui se cachent derrière les noms et prénoms russes « invariablement » prononcés ensemble ?

D’abord, il y a la partie « fils rouges » ; fils de soie, assurément, puisqu’un œil moqueur est posé sur la bourgeoisie sans pour autant chercher à la fuir. La fuite est longtemps une simple idée dans l’esprit bousculé d’une « fille à marier ». L’exutoire : la Volga, porteuse aussi familière que ponctuelle à geler de bateaux tous semblables dont la destination peut se situer à deux méandres de distance, ou mille. Sillonnement grisâtre d’une vie pâlotte où l’on se sert les uns des autres pour se divertir. On en oublie les sifflets des navires ou les monstres qui rugissent dans leurs entrailles, au plus grand plaisir des riches de « là-bas ».

Enfoncée dans les brumes fluviales et mondaines de malheurs ensibérianés, la caméra de Mikhalkov – pardon, de Ryazanov – pourrait en rester là et demeurer une impasse romantique où l’on a dissous sa durée comme un peu de neige sur un poêle. Mais la Romance cruelle est une romance rythmée, forte de son autarcie historique et géographique (oui, ça peut être un impair) qui lui donne de quoi faire des Tsiganes un intermède à peine remplisseur.


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Samedi :

(Bent Hamer, 2003)

« Thématique : langues du monde »*

Il faudra des arguments solides aux défenseurs de la VF pour la justifier sur ce film ! Il est d’ailleurs étonnant qu’il ne soit que norvégien, car bien qu’il fût tourné en Norvège par un Norvégien, il se fait fort de deux acteurs suédois et met entièrement en scène les confrontations pacifiques mais piquantes qui se font verbalement entre les deux pays. Et chaque personnage parle sa langue propre, sans faute ; ou plutôt, avec des fautes l’un pour l’autre. Une guéguerre linguistique se joue, une sorte de match culturel qui se termine par un score nul et vierge : Ø-Ö.

Deux adjectifs qu’on ne peut absolument pas appliquer au film, au demeurant : qu’importe si les antagonistes sont en train de snakker norvégien ou de talar suédois, c’est une histoire pleine d’empathie qui s’enroule autour d’un principe simple et un peu bête. Oui, voilà un couple d’adjectifs justifiés : une amitié attendue, des liens qui se font certes l’air de rien mais sans non plus étonner, et ce fond très étrange voulant que les personnages se rejoignent à l’aune d’une étude sur le déplacement des célibataires norvégiens dans leur cuisine. Je ne déraille pas, mais bon : la folie ne fait pas tout un défaut ou toute la qualité.

Il faut faire attention à la lecture tant elle se base sur des effluves discrètes : l’amitié, la jalousie, la rancune sont là, mais si évanescentes que les nommer est indélicat. Je m’excuse de les forcer à s’ouvrir dans un commentaire qui n’a aucune chance d’en surpasser la poésie.


Dimanche : Les Commitments

(Alan Parker, 1991)

 

 

 

Critique détaillée à venir !


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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