[HS #3] Bonne résolution : Tolérance (de ce que j’ai appris des mythomanes sur Internet)

Puisqu’il est de coutume de prendre une bonne résolution au nouvel an, ça me donne un prétexte pour publier ce hors-sujet que j’ai sur le cœur depuis un moment.

On m’a dit un jour que la confiance, une fois perdue, ne se retrouve jamais. J’ai longtemps vécu avec ce credo en arrière-plan de mes pensées. Mais voici ce que gérer une communauté sur Internet m’a appris de plus.

Référence pour l’artwork


Attention, dans cet article, je ne parle pas des mythomanes qui ont ”la manie pathologique de l’invention mensongère” (cf. Wiktionnaire). Je parle de gens qui sont conduits au mensonge, non pas en tant que cause, mais comme conséquence de la fabrication de leur propre histoire. Puisqu’il n’existe pas de mot plus clair que ”mythomane”, mais qu’il est très péjoratif (voire totalement faux), et que d’autres termes comme ”affabulateur” ne sont guère plus reluisants, je me permets d’inventer le terme ”fictiophile” à l’usage de cet article, un contrepied au mot ”mythomane” qui me permettra de développer mon sujet à l’écart des idées préconçues.

Fictiophile (n.m. ou n.f., néologisme personnel ; du latin ”fictio”, ”fiction” et du grec ”φῐ́λος” (phílos), ”qui aime”) : personne échappant à la réalité par le fantasme de sa propre vie sur Internet, et généralement conduite au mensonge pour l’entretenir.


J’ai toujours cherché à cultiver la tolérance dans le sens où j’y vois le fondement d’un raisonnement sain. Je suis par conséquent amené à y réfléchir beaucoup, en quête du meilleur moyen d’en faire preuve, dans une optique de respect et de constructivité. Outre l’application théorique de la tolérance à des choses graves, j’ai été confronté à un problème intéressant : le mensonge. Un menteur est quelqu’un qu’on ne peut, bien sûr, croire en rien… sauf si on n’a pas idée qu’il est un menteur.

J’ai créé une communauté sur Discord en avril 2018 (le lien est ci-contre, d’ailleurs, si le cœur vous en dit). Des gens incroyables ont commencé de la rejoindre, mais des gens moins géniaux sont venus aussi. D’autres encore étaient des gens géniaux qui se sont avérés des mythomanes – ou plutôt des fictiophiles, comme expliqué ci-dessus.

Un fictiophile, au départ, n’est pas un menteur ; il est amené à en devenir un. Mais le mensonge, au regard de nos normes sociales, est mal : il est de bon ton d’en être choqué et de réagir vertement en conséquence. Et c’est ce que j’ai toujours cru, malgré mon éducation a-normale (dans le sens où elle n’était pas normée socialement), jusqu’à ce que les fictiophiles de ma communauté viennent bouleverser mes idées.

Ils ont rapidement eu affaire à un dilemme : ils aimaient la communauté, et en sont venus à vouloir arrêter de mentir. Mais notre société est à la fois responsable du fait qu’ils mentaient (parce qu’elle les poussait à affabuler) et du fait qu’ils ne pouvaient plus arrêter (car l’aveu aurait été trop coûteux). Oui, le mensonge est mal, mais essayons de retrouver la source du problème avant de blâmer ceux qui boivent à son ruisseau.

Les fictiophiles auxquels je pense ont tous admis leur erreur à leur façon, mais souvent dans l’ombre, jamais en public. Comme c’est compréhensible ! Toutefois, lorsque j’ai reçu les aveux (en privé), je n’ai pas été scandalisé. J’avais cru ces gens jusque là, alors pourquoi aurais-je cessé de les croire juste au moment où ils disaient peut-être la vérité pour la première fois ? Ç’aurait été faire preuve d’orgueil que de cesser de les tolérer pour avoir fait amende honorable, cet orgueil duquel notre éducation nous a appris à faire usage : « quel sale menteur ! », se sent-on le devoir de s’écrier.

Si j’avais puni ces gens pour leur confession, j’aurais fait beaucoup plus de mal qu’ils n’en avaient déjà fait à eux-mêmes. Car je les aurais laissés dans le cercle vicieux du mensonge, encore plus rejetés, et j’aurais encore plus jeté à bas leurs espoirs de s’en sortir. Normal que l’aveu fût si terrifiant.

Ces fictiophiles ont, de ce que j’en sais, arrêté de fabriquer leur histoire. Ils ne souffrent plus aujourd’hui que d’être entraîné par l’élan de leurs inventions. Ils me remercient de les avoir aidés… Pourtant, j’ai fait ce que j’ai fait pour la simple raison que c’était le seul moyen raisonnable de leur venir en aide. Ils avaient besoin de tolérance pour se sortir de leur mal-être, mais la tolérance n’est pas une qualité : elle devrait être une des vraies normes de la société, en remplacement de celles, idiotes, qui déterminent le savoir-vivre en enseignant l’intolérabilité d’un « mal » sans équivoque.

Il y aura toujours des gens avec le besoin d’appartenir à un groupe pour être eux-mêmes. C’est une nécessité sociétale viscérale dans ce monde où les liens sont plus nombreux et plus divers que jamais, en cette époque où la revendication des individualités est reine. Effectivement, le problème des fictiophiles est que leur monde à eux repose sur le principe du mensonge. Mais imaginez-vous à leur place. Essayez vraiment, avant de secouer la tête en vous disant « jamais je n’en arriverais là ! » Car se mettre à la place des autres, c’est le premier pas vers la tolérance.

J’en arrive à croire que, vraiment, les plus grandes entreprises commencent au niveau de l’individu. Que seraient devenus ces fictiophiles s’ils n’avaient pas rencontré quelqu’un qui aurait toléré leurs écarts ? Et pourquoi diable la langue française donne-t-elle à ce mot, « tolérance », les allures d’une faveur que je leur aurais faite ? Ce n’est pas une faveur. Ce devrait être normal, une norme.

La tolérance menace, puisque des millions de gens y voient déjà une chimère ou l’objet d’une quête (j’en fais partie !), de devenir tout à fait absente de notre civilisation. Elle devrait pourtant en être un pilier. Oui, la confiance en une personne peut se rompre, et ne pas revenir, notamment à cause du mensonge. Mais la décision de la retisser ne revient qu’à nous-mêmes. Ce n’est surtout pas dans l’admission de leurs propres fautes qu’on devrait la retirer aux fautifs.


Je crois que la tolérance est à la base de certaines des utopies humaines les plus actuelles. Le monde se retrouve coincé dans un aphorisme que j’aime beaucoup, trouvé un jour sur Internet : « souviens-toi que tu es unique… comme tout le monde. » On en a pas fini de s’étiqueter en matière de politique, de personnalité, de sexualité voire d’équilibre mental pour se convaincre qu’être 1/7 000 000 000 de l’humanité n’est pas qu’une déprimante constatation mathématique empirée par la socialisation informatique.

Alors, en ce premier janvier dont la tradition est de dé-décorer le sapin pour s’orner soi-même d’une bonne résolution, que diriez-vous de laisser sa place à tout le monde, de simplement vous montrer plus tolérant ? On se demande si la planète n’est pas trop petite pour l’ambition de notre espèce, mais on ferait mieux de commencer par rendre notre propre tête assez grande pour nos semblables.

Merci de m’avoir lu. Si vous n’êtes pas d’accord avec moi ou si vous avez des remarques à faire, n’hésitez pas à me rejoindre dans l’espace commentaires ci-dessous.

Et bonne année !

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