Cinébdo – 2018, N°51 (Couple de stars, Le Voyage des damnés, Mes chers amis 2, Bad Lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans, Les Rues de feu, Le Repenti)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

PS : si vous appréciez mon travail, un like ou un commentaire (ou un abonnement !) aide à me bien faire référencer !

Sommaire
Couple de stars (Joe Roth, 2001)
Le Voyage des damnés (Stuart Rosenberg, 1976)
Mes chers amis 2 (Mario Monicelli, 1982)
Bad Lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans (Werner Herzog, 2009)
Les Rues de feu (Walter Hill, 1984)
Le Repenti (Merzak Allouache, 2012)


Image d’en-tête : Les Rues de feu ; films 303 à 308 de 2018

 


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Mardi : Couple de stars 

(Joe Roth, 2001)

« Thématique : Julia Roberts »*

Est-ce Julia Roberts, qui, par son décollage rapide ayant remis la jeunesse en grâce à Hollywood, inspire aux grands studios la moquerie d’eux-mêmes ? Elle aura en tout cas au moins indirectement remis sur les rails le sporadique Joe Roth pour cette production où les rôles se sont échangés comme des chaises autour d’une table de restaurant. Intimiste pour le moins.

C’est dans une moquerie discrète toutefois que Roth donne des contours tangibles à ce que le « people« , n’y adhérât-on pas, nous fait savoir de l’effet du soleil californien sur de célèbres crânes. Zeta-Jones est délicieusement abhorrable, Cusack parfaitement lui-même, et du coup les villas sont-elles cosy-comme ça le décor naturel à leurs satrapes. Comme pour une fusée russe de la Course à l’espace, les moteurs du film sont petits et multiples, et c’est un moindre mal si certains tombent à plat, comme l’humour de Crystal ou les touches de vaudeville. Les tentatives de renouvellement des codes sont elles aussi risibles, parfois, puisque la régie se cantonne à bien faire comprendre qu’elle en a eu conscience, sans de recherche véritable d’un palliatif.

Mais on garde le sourire aux débordements semi-crédibles de ces sacrés cinéphages que sont les stars, dont le grand mérite est de ne démentir le sentiment qu’on a de leurs faux semblants ni l’affection qu’on leur porte malgré tout. Il ne faudra pas rechercher l’expérimentalité de Soderbergh avec Full Frontal (exercice auquel Roberts se prête aussi très bien) ni celle du réalisateur Hal Ashby qui est à l’origine du personnage de Walken, mais il y a chez le couple de stars (à ne pas confondre avec l’anglais « a couple stars » désignant une bonne partie du casting) un petit quelque chose qui le rend regardable.


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Mercredi : Le Voyage des damnés 

(Stuart Rosenberg, 1976)

« Thématique : Max von Sydow »*

 

 

Le voyage des damnés pourrait annoncer l’ascension de l’Everest dans la manière qu’il a de se placer juste avant la Seconde Guerre mondiale comme au pied d’une montagne colossale. Pourtant, c’est la mer qu’on prend, laissant l’Allemagne à ses grouillements, n’emportant à bord que de quoi ravir le spectateur avide de confrontation. Cette partition est historique (puisque l’histoire du Saint-Louis est vraie, avec ses passagers juifs et la propagande cachée derrière), mais Rosenberg semble la rejouer tout entière de sorte qu’il est difficile de ne pas être ramené au sauvenir de Titanic (et non pas « du » ; les paradoxes temporels ne sont pas le privilège du cinéma) et de la folle reconstitution qui semble l’apanage de ces deux films nautiques.

Puisant pour son casting dans des noms qui, pour la plupart, ne parlent plus guère aujourd’hui, le metteur en scène se constitue de quoi tenir tout le temps de sa transatlantique : les rôles sont courts et nombreux, de quoi poser des bouées peu sensationnelles mais solides pour la navigation dans les eaux troubles de l’histoire vraie. Il y a des airs d’île au trésor dans cette quête où prennent forme, tour à tour, le nazisme et l’altruisme, la politique et l’humanisme. « Tour à tour », c’est un peu là que le « mât » blesse, ainsi que la ligne de mire du voyage semble floutée comme un horizon pluvieux. Les rôles courts ne sont plus aussi glorieux quand ils prennent les airs de torons d’une corde dont la taille est prédéterminée.

Mais du cocon christieque ainsi concocté, Rosenberg tire le meilleur d’une politique pas rendue intéressante, mais qui l’est toutefois grâce à son contexte bien détouré, avec l’aide des arc-boutants un peu grossiers de la sur-représentation temporelle et géographique (il n’y aucun mouvement autre que celui du bateau). L’époque lui fait bénéficier d’être libéré dans sa sensualité et son honnêteté, et l’on n’a à aucun moment envie de se jeter par-dessus bord.


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Jeudi : Mes chers amis 2 

(Mario Monicelli, 1982)

« Thématique : langue italienne »*

C’est vraiment les Italiens qui ont posé la mode et les jalons du « 2 » ! Et pour selon que sept ans ont passé, Monicelli retrouve un esprit tellement similaire que la critique fait facilement abstraction des pas franchis. Il est amusant de retrouver le symptôme des suites contemporaines voulant qu’une suite explore immanquablement le thème de la famille (chose que le premier volet faisait déjà abondamment mais avec moins de cynisme et plus d’immoralité).

Difficile à dire si on le doit à l’évolution des mœurs, mais l’acidité du propos est pire encore ici ; le cynisme est peut-être moindre, mais les implications comiques ne sont à aucun moment démenties. Monicelli puise aussi dans des racines vieillissantes en donnant à son film des airs de film à sketches ; un bonus en idée qui alimentera toutefois la conviction que copier un modèle déjà exploité, même si c’est bien fait, est forcément en retrait. Le modèle en question concerne aussi bien les sketches que le film d’origine.

Résultat : on n’oubliera pas d’être nostalgique des morceaux de casting usés ou remplacés, et on aura bien l’impression que ce n’est plus le génie qui motive les frasques des personnages, mais, las ! l’obligation.


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Vendredi : Bad Lieutenant: Escale à la Nouvelle-Orléans 

(Werner Herzog, 2009)

« Thématique : Werner Herzog »*

C’est le premier film de la seconde période d’Herzog qui ne m’accroche pas. Difficile déjà de rentrer mentalement dans un bayou qui compte sur les alligators et la sueur sur les fronts pour poser l’ambiance. Je n’ai pas eu le sentiment que le réalisateur s’était impliqué dans la région qu’il visita sur le tournage, à l’inverse de toutes ses créations.

Cage attaque d’entrée en nous faisant connaître le vague arrière-plan qui servira de fondations pour l’évolution de son personnage. Mais un arrière-plan n’est pas un contexte : le flic drogué qui pète un câble, OK, on finit par comprendre avec la cinquième allusion à la drogue en cinq minutes que c’est une norme dans la Louisiane qui nous est dépeinte. Mais on ne nous dira de son enfance qu’une allusion aux allures d’intermède, et rien d’autre de son passé sinon qu’il a perdu sa mère jeune. Cela est censé justifier qu’il se comporte comme un parfait a**hole, que les ennuis s’accumulent sur son dos sans jamais lui porter préjudice, et qu’une soudaine séries de bonnes nouvelles le sortent de toutes les mouises (sauf celle de la drogue qu’un épilogue moral bâclé aura pour tâche de nous transmettre).

Avec ses airs d’histoire vraie (ce n’en est pas une) et un Cage qui joue bien le maniaque sans pour autant s’éviter l’écueil de paraître dissonant, Bad Lieutenant peine à faire valoir la place centrale que tient la drogue, et sa moralité ne tient pas debout. Le bayou nous accroche par la force d’être là, toujours présent, toujours gluant, nous faisant nous habituer à son zonzonnement agaçant comme à celui d’un moustique, mais on n’a pas à remercier la conscience topographique d’Herzog pour cela. Malgré le préjugé positif que j’ai emmagasiné à son encontre, Bad Lieutenant est pour moi un accroc dans les mailles cinématographiques qu’il tisse depuis 50 ans.


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Samedi : Les Rues de feu

(Walter Hill, 1984)

« Thématique : film musical »*

Avec son petit monde noir où tout semble jaillir de derrière un rideau de ténèbres tout proche et son histoire policière, Streets of Fire fait d’abord penser à Alphaville (Godard, 1965). L’impression passe vite, toutefois, avec le rythme effréné tenu pour masquer les faiblesses d’un script où les rebondissements se chevauchent comme des tuiles mal ajustées. Et puis la musique attaque bien vite, cette belle et perpétuelle bande origine de Ry Cooder préférée à trois propositions de Horner. Bien vu.

Les atouts du film sont dans le mixage qu’il fait des fascinations de son époque, ces courses poursuites, ces romances à la dure, ces combats beaucoup trop bruités (j’en ai presque confondu les uppercuts et les cymbales, d’ailleurs le mot « grosse caisse » lui aussi est devenu ambigu), ces motos et le rock, des débris de natures diverses dans le sillage de Blade Runner. Tout est rendu possible, comme à un petit groupe de blues de se faire connaître, ou à une fan de se faire accepter de son idole.

Mais Hill nous fait avaler des couleuvres, trichant sur les exceptions pour les aligner l’air de rien. Difficile de lui pardonner d’ailleurs vu qu’il donne dans le style sans vraiment de finesse ; pas de nuances entre les soldats et les faibles, les bons et les méchants. La seule raison qui nous empêche de qualifier le résultat de vidéoludique, c’est que les jeux vidéo étaient encore à l’époque restreints à l’arcade et ses possibilités graphiques limitées. Et la musique, bien sûr, qui est son gros point fort.

Mais l’œuvre trahit trop ses maladresses, que ce soit dans le jeu puéril de Dafoe (dont la moralité est si faible qu’elle est évacuée en une phrase par un second couteau : « let’s get outta here!« ) où dans la forte impression que McCoy est une pièce rapportée dans cette intrigue construite sur mesure pour le spectacle. Décidément, la musique sauve bien les meubles.


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Dimanche : Le Repenti

(Merzak Allouache, 2012)

« Thématique : langues du monde (arabe) »*

J’ai de mauvais souvenirs du rythme arabe au cinéma, même si, une fois dissipé, il me laisse généralement une bonne impression. Il est utilisé ici à bon escient en tant qu’outil cinématographique conscient de la nécessité de ne pas endormir le spectateur, servant de régulateur de vitesse quand un road movie impromptu s’organise. La magnificence des paysages n’a pas tout à fait pour égale la première partie du film, coquille si naturelle qu’elle en est un peu vide, comptant sur les acteurs pour y mettre quelque chose. Il faut toutefois lui créditer le mérite de représenter la violence, non comme inévitable et toujours là, mais comme un satellite clignotant d’une vie sans issue. Un regard absolument neutre et artistique sur la législation algérienne et ses causes.

En chemin vers une fin marquante, Le Repenti arpente la route de la rédemption avec assiduité et une implacable logique, faisant avancer une histoire qui tousse un peu au niveau de ses personnages secondaires, mais qui avance bien. Les bornes sont posées ; la repentance, l’objectif, le moyen. Le tout, à la manière orientale – qui est pour le coup méridional -, ne donnant pas l’impression que les choses changent à force de les voiler de la tulle légère d’un mystère éphémère. Hélas un peu insipide par moments, trop soucieux de capturer l’inessentiel, oubliant de nous attacher aux personnages et d’instiller une cohérence.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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