Cinébdo – 2018, N°47 (Sous le soleil de Satan, Ma meilleure ennemie, Hunger Games: La Révolte (partie 2), Rescue Dawn, Toutes ses femmes)

WordPress semble avoir limité l’usage du saut à la ligne… Non que cela soit un élément important de l’écriture, n’est-ce pas ? Je m’excuse si cela a causé des problèmes de mise en forme. En espérant que le problème soit réglé vite !

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine. PS : si vous appréciez mon travail, un like ou un commentaire (ou un abonnement !) aide à me bien faire référencer !

Sommaire cliquable Sous le soleil de Satan (Maurice Pialat, 1987) Ma meilleure ennemie (Chris Columbus, 1998) L’Exorciste (William Friedkin, 1973) Hunger Games: La Révolte, partie 2 (Francis Lawrence, 2015) Rescue Dawn (Werner Herzog, 2006) Toutes ses femmes (Ingmar Bergman, 1964)


Image d’en-tête : Rescue Dawn ; films 278 à 283 de 2018

c2r2*

Lundi : Sous le soleil de Satan

(Maurice Pialat, 1987)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Ce film ne va pas m’aider à mieux comprendre les décisions des décerneurs de palmes. Il a gagné celle d’or, mais je cherche encore une telle valeur à l’œuvre charbonneuse de Pialat. Qu’y a-t-il d’autres que de lentes récitations appliquées et des éclairages ? Éclairages qui veulent d’ailleurs nous faire croire que l’air se charge d’ocre avec le soleil couchant (à moins que ce ne soit le soleil de Satan, mais cela me surprendrait au regard du ton éminément indéridable du reste du film) et que les nuits « noires » ne le sont pas.

À part créer quelques contrastes et faire oublier l’intérêt de la couleur, ce procédé ne présente pas vraiment de différences avec les acteurs dont la seule prestation est celle de la déclamation de leurs lignes. Le livre de Bernanos semble pris au mot, se chargeant arbitrairement de monceaux de sa prose de sorte que les dialogues peuplent son entièreté mais que les passages non parlés faillissent même à constituer des didascalies correctes. Il n’y a de cinématographique que les écarts bienvenus – quoique tout aussi erratiques – de Sandrine Bonnaire dans son rôle agité, mais Depardieu lui-même semble s’être mortifié en tant qu’acteur pour paraître dans une douleur permanente si profonde que sa mort n’a même plus de sens. C’est une espèce de Les Communiants de Bergman, mais sous forme coquillaire et sans l’exutoire d’une signification profonde. Pialat joue bien, mais peut-être aurait-il mieux fait de rester derrière la caméra.


c7r5*

Mardi : Ma meilleure ennemie

(Chris Columbus, 1998)

« Thématique : Julia Roberts »*

L’Amérique est trop grande pour n’être capable du meilleur comme du pire, mais c’est beau quand elle arrive au premier cas en restant fidèle à elle-même. Ma meilleure ennemie est pour une fois un titre français plutôt bien trouvé, qui contient la dose de romance et d’Ode to my Family (chanson que le mélange astucieux de la musique de Williams avec des chansons préexistantes ne contient pas) du titre original Stepmom, et encore, ce dernier est un peu benêt.

La qualité la plus proéminente du film reste les dialogues, des lignes d’une facture insensée qui vont jusqu’à prendre la peine de donner des lignes aux enfants qui leur conviennent sous tous les angles. Un bel accélérateur de carrière pour leurs interprètes, Jena Malone et Liam Aiken (qu’on retrouvera respectivement dans Hunger Games et Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire). En fait, l’œuvre entière est d’une sensibilité rare pour ce qui est du choix de ses mots et de la place de l’enfant ; ce dernier n’est que rarement réduit à son dénominateur commun de puérilité supposément charmante, et ils conservent leur dignité de petits adultes avec autant de classe que ceux d’une Madame Doubtfire (qui est une comédie pourtant).

Il y a des imperfections, notamment dans le scénario qui carbure au coup de la dernière chance (et que je t’en donne une, et que je t’en donne une autre, qu’ils sont gentils ces Américains !) et se débrouille de ses rebondissements comme d’une patate chaude, espérant que ses conflits assez convenus soient évacués par la quasi-figuration d’Ed Harris entre les géantes Susan Sarandon et Julia Roberts. On ne peut ignorer la collaboration formidable des deux actrices dont l’amitié derrière les caméras se fait tellement ressentir devant elles. Peut-être que c’est à ça que je dois mon impression qu’aucune des deux femmes ne prenait l’ascendant sur l’autre, ne serait-ce que par le poids pragmatique de leur gloire inégale ayant en commun d’être énorme.

Fans de films familiaux bien ficelés, accourez. Fans de films américains, courez. Les fans de films romantiques, on va vous faire marcher. Il n’y a plus de genres quand un film en crée un à lui tout seul par sa réussite.


   

Mercredi : L’Exorciste

(William Friedkin, 1973)

 

       

Voir la critique détaillée ici.


c5r7*

Jeudi : Hunger Games: La Révolte, partie 2

(Francis Lawrence, 2015)

« Hors-thématique »*

[Spoilers] Un léger effet Matrix dans la conclusion de cette trilogie en quatre films ; une horreur continue dont on sort au dernier moment pour un happy end assez frêle mais qui marque. Mais HG est beaucoup plus lumineux ; c’est d’ailleurs un acquis sur lequel Lawrence (le réalisateur, pas l’actrice) se repose un peu trop ; certes, Mockingjay 1 n’a rien à voir avec Mockingjay 2, et ça nous évite un syndrôme des Reliques de la Mort, mais on est quand même sur un système de roue libre.

Heureusement que le poids des épisodes précédent continue de faire pencher la balance dans la bonne direction. Gros atout de HG3:M2 (même au niveau de l’acronyme, on se rapproche de la « trilogie en cinq volumes » de H2G2 mais on s’en fout, pardon) : le retour des Games à proprement dit. L’arène est mouvante, cette fois-ci, et le scénario sait s’ancrer géographiquement dans son paysage : que ce soit avec des cartes, des camps de base temporaires récurrents, ou même dans les souterrains à la Metro 2033, le spectateur a toujours un très fort élément de lieu auquel s’affilier. De quoi mener une gentille guérilla cinématographique. Par contre, on s’enfonce un peu plus dans l’insouciance de la mort et, bizarrement, dans la lenteur. On s’ennuierait presque ! Heureusement, ces deux défauts sont compensés par une étonnante facilité à montrer les horreurs de la guerre. C’est simple, et dit comme ça, ça fait malsain.

Mais il y a un vrai engagement scénaristique ainsi que chez les acteurs, même si seul Donald Sutherland crève vraiment le plafond (Julianne Moore est un peu coincée et les jeunes manquent d’expérience pour naviguer sur leur palette émotionnelle). La conclusion à Hunger Games s’assume. Elle est cohérente et reste créative (j’en veux pour preuve la continuité de l’utilisation des médias qui aboutit ici au magnifique écran « mandatory viewing » – « visionnage obligatoire »). Il est dommage que la guerre se confonde un peu plus avec un jeu, mais ses conséquences sont montrées si bellement et avec tant de franchise qu’on s’en oublie. Le Mockingjay est une œuvre qui carbure au regret décati mais aussi à la mémoire vivace ; les ponts en références aux épisodes précédents sont bien prégnants, de quoi nous faire considérer la série dans son ensemble et nous éviter le regret d’une fin qui sombre.


c6r4*

Vendredi : Rescue Dawn

(Werner Herzog, 2006)

« Thématique : Werner Herzog »*

Herzog m’aura enfin réconcilié avec son globe-trotting anti-qualitatif. Peut-être en partie parce qu’il cesse d’être considéré comme un réalisateur marginal, merci à la MGM. Mais ce n’est pas pour autant qu’il se laisse aller à des américanismes, ni à la plaisance d’un spectacle agréable. On part en direction du Viet Nam et des années 1960 pour pénétrer dans la jungle comme Forrest Gump, mais pas du tout de la même manière ; ici, on est sur un film biographique qui, malgré les critiques qui ont été faites sur sa rigueur (le vrai héros DeBruyn a été transformé en méchant… c’est plutôt l’inverse, d’habitude), a à cœur de se donner à fond. Ou plutôt de se faire donner à fond les acteurs, et notamment ce Christian Bale qu’on a l’habitude de voir dans la peau d’un super-héros plus classique, et qui va ici embrasser la jungle à pleins bras et de vrais vers à pleine bouche. Ç’a été un tournage éreintant ; il a perdu 25 kg pour le film. De quoi alléger l’œuvre de sa lourdeur

Car il reste très dur à voir ; jungle oppressante, ennemis aveuglés par la faim et l’absence de communications, environnement carcéral surnaturel (en tout cas pour le spectateur occidental auquel il faut des barreaux en alliages de plus en plus résistants pour atteindre une crédibilité minimale… belle ironie), danger permanent, faim, souffrance… Le style mis à part, Rescue Dawn est un entremis de Papillon et Avatar ; un tournage « là-bas très loin » qui en tire de bons avantages pour une ambiance tout à fait unique, et des paysages qui donne au réalisateur-photographe tout un terrain de jeu à explorer. Mais pour une fois qu’Herzog entre en symbiose avec les moyens qu’il mérite, les effets spéciaux clochent et l’ambiance détone ; à vous de voir si ce micro-blockbuster indépendant doit trouver grâce ou détracteurs, mais je reste dans un doute plutôt corrosif.



c3r5*

Dimanche : Toutes ses femmes

(Ingmar Bergman, 1964)

« Hors-thématique »*

För att inte tala om alla dessa kvinnor… Le titre original nous invite littéralement à « ne pas parler de toutes ces femmes ». Un paradoxe pour qui s’intéresse à le faire. Et ce n’est pas le seul (paradoxe) puisque Bergman voulait parodier Fellini, qu’il… admire. En fait de parodie, ce sera plutôt une farce accidentellement réussie, comme si le cinéaste s’était ressourcé dans l’absurde. Ses fidèles puristes n’y trouveront d’ailleurs pas leur compte ; ce sera peine perdue de chercher la profondeur aux scènes tellement truffées de premier degré qu’elles inspirent ou le rire ou la déception, une façon qui ne dépasse en rien le symbole du double masque qui est le celui du thâtre.

Ce sera le rire pour moi, qui suis sensible à l’humour absurde, mais je dois reconnaître le peu de soin accordé à la construction d’une ambiance. La dislocation des plans, des champs qui n’ont même pas droit à une reliure pour les joindre à leurs contrechamps, sont d’une abstraction impalpable, parce que Bergman n’a pas voulu qu’on puisse les faire correspondre en un tout cohérent. C’est un vide fondamental qui rend le film victime – et négation – de sa vocation. Exprès, certes, mais il ne faillit plus à décevoir. Toutefois, puisque nous ne devons pas en parler, hâtons-nous de lui attribuer une note et de le rendre au souvenir de ce premier Bergman coloré où le noir se cache et où le blanc se réfugie sur des colonnes à l’air hellène… sûrement une de Toutes ses femmes.


* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

4 commentaires

  1. Nous sommes peu je pense à avoir eu la curiosité de suivre le calvaire du pilote Bale prisonnier des Viet Congs dans Rescue Dawn. Tu lui tresses des lauriers mérités à mes yeux, non que Herzog soit un réalisateur de considéré, mais dans son abondante filmographie, ce film passe souvent trop inaperçu. Je te gré de lui venir ainsi en secours.

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai toujours eu un gros souci avec «Hunger Games», au-delà du fait que ce soit un plagiat plus ou moins avoué de «Battle Royale», et c’est le souci que j’ai avec la plupart des teen movies: les héros (dont l’héroïne principale, Katniss) ne sont pas charismatiques… L’univers de «Hunger Games» n’est pas crédible 30 secondes: un pays futuriste divisé en secteurs chacuns dédiés à une branche de l’économie, alors qu’on sait depuis l’URSS au moins que tout cela ne fonctionne pas ! + une dictature qui veut prévenir une prochaine guerre… En donnant aux pauvres toutes les raisons de se révolter avec des jeux inhumains où leurs enfants passent à la boucherie. Très malin ! Les histoires sont toujours manichéennes à souhait avec des gentils car ils sont gentils (et pauvres), des méchants car ils sont méchants (et riches), avec tous les clichés scénaristiques possibles… A ce titre, je n’ai pas su si je devais rire ou pleurer devant Rue, LE perso p’tiote-adorable-trop-meugnonne-et-parfait-side-kick-mais-qui-meurt-pour-le-moment-émotion..

    Après je reconnais que l’univers est globalement intéressant visuellement (même si on n’y croit pas une seconde), bien réalisé par rapport à la moyenne des teen movies, et qu’au moins, les films de cette saga ne se vautrent pas dans le cul-cul la prâline. De la noirceur il y en a, même si elle n’est pas poussée pour des raisons évidentes liées à la cible markéting des films. Mais voilà, les jeux de la faim m’auront laissé sur ma faim (lël)

    Aimé par 1 personne

    • Je crois qu’il faut savoir mettre certaines rengaines sur le compte de l’inévitable. Le cinéma américain est un tank, il abat un bunker entier mais aussi les petites fleurs… C’est au spectateur de voir si le sacrifice en vaut la peine. Il faut aussi garder à l’esprit que l’univers d’une saga comme HG est hérité du livre, et que c’est peut-être lui – ou le screenplay – qu’il faut plutôt blâmer pour les erreurs… Là encore, ça tient au critique. Et personnellement, je n’ai pas lu les livres, donc mon choix a été facile.

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