Cinébdo – 2018, N°42 (Je hais les acteurs, Michael Collins, Limitless, I maniaci, Ils mourront tous sauf moi)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

PS : si vous appréciez mon travail, un like ou un commentaire aide à me bien faire référencer !

Sommaire cliquable
Je hais les acteurs (Gérard Krawczyk, 1986)
Michael Collins (Neil Jordan, 1996)
Limitless (Neil Burger, 2011)
I maniaci (Lucio Fulci, 1964)
Ils mourront tous sauf moi (Valeriya Gay Germanika, 2008)

 


Image d’en-tête : Limitless ; films 246 à 250 de 2018

c2r5*

Lundi : Je hais les acteurs

(Gérard Krawczyk, 1986)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

C’est décidément une bien étrange chose que d’exporter tout un casting dans une autre culture. Krawczyk a obtenu la signature de bien des grands noms français pour construire son Hollywood francophone, mais je pense qu’il doit encore se demander à ce jour pourquoi il a fait un tel film. À des fins parodiques ? Ça manque vraiment de caricatures ; le personnage de Galabru insinue que ses scénaristes de films policiers valent des enquêteurs, mais les débats s’orientent bon gré mal gré autour de tout et n’importe quoi, des films au meurtre en passant par… pas grand-chose d’autre.

Il s’agit d’un film sur Hollywood et par conséquent d’un film pour des films, mais il semble plus avoir besoin de ces derniers pour servir de bouche-trou que d’inspiration ; Poiret est ennuyeux, Lavanant symbolique (ne parlons pas de Depardieu et son caméo gueulard), Blanc fait pâle figure, et il rend son tas Blier, qui semble aussi à l’aise et à côté de la plaque que le réalisateur, bras dessus bras dessous avec lui pour la mise au monde de cette transposition sans gloire qui n’abîme ni ne réemploie un cinéma américain qui n’a jamais eu besoin de personne pour se renouveller en façons d’être monotone.


c6r5*

Mardi : Michael Collins

(Neil Jordan, 1996)

« Thématique : Julia Roberts »*

Michael Collins est un film portant le nom de l’homme considéré comme le plus grand responsable de l’indépendance irlandaise à la sortie de la Première Guerre mondiale, et se fait le vecteur de cette partie de son histoire. Un film historique, donc, où l’Irlandais Liam Neeson va s’occuper d’être lui-même, c’est-à-dire d’oublier de quitter ses vêtements d’acteur avant d’enfiler son personnage. Rien de transcendant dans le reste des interprétations, ni dans le montage au début, qui se plaît dans la succession les scènes en faisant semblant qu’elles émergent toutes avec une égale grandeur des brumes du passé.

La première demi-heure passée, on entrera dans le véritable propos, cousu de constats historiques plutôt bien traités, ni trop bâclés, ni passés dessus trop vite, ni orientés… pour autant que le spectateur lambda peut en juger. C’est sans exposer sa volonté que l’œuvre la remplit, mettant – comme sans le faire exprès – de la profondeur dans le fossé séparant l’idéologie de la revendication et la guerre du terrorisme. Il y a même un nom pour ça : la guérilla.

L’importation du mot hispanique se fait tout en douceur entre les brumes celtes, et cette volonté indépendantiste qui était un jeu où l’on s’autoproclamait Ministre de la Pagaille Générale devient subtilement une guerre où les personnages grandissent et divergent, sans forcer. La dimension du pays, dont le président ressemble à un maire et ses ministres à un groupes de copains, est très bien restituée et nous donne mine de rien l’image des racines les plus récentes de ce bout de Royaume-Uni. En plus, il nous explique l’unification sans pédagogie condescendante ni emphase.

Une reconstitution un tantinet maladroite, qui faillit à se débarrasser de ses erreurs comme Julia Roberts de son accent, mais décente, et qui paraît atteindre la sagesse par la naïveté.


c6r7*

Mercredi : Limitless

(Neil Burger, 2011)

« Hors-thématique »*

Tiens, l’inspiration de Lucy ! Une drogue qui permet d’accéder à 100% de ses capacités cérébrales… C’était déjà pas original à l’époque. Mais c’est pas le propos ; Limitless a un carburant (le QI « à quatre chiffres » du personnage déchaîné), un comburant (la classe) et la chaleur apportée par le nom de Bradley Cooper. Tout est réuni pour bouter le feu au petit scénario, et ça se passe pas trop mal.

Il y a quelques cahots : les petites pilules rendent peut-être les possibilités du personnage sans limites, mais les pilules en elles-mêmes ont une limite. Dès le départ, on sent qu’on s’engage sur une voie sans issue, et à toute vitesse avec ça. Le drame est inévitable, et l’on s’ennuie dans son attente. Heureusement, pour faire passer la « pilule », on a droit à une bonne maîtrise de l’image, un code de luminosité pour se guider si on suit pas, et une conception sympathique des « vues de l’esprit » quand les personnage est boosté par la chimie. C’est un trip tout en douceur et pas mal artistique. Autre cahot inévitable du type Next où Nicolas Cage joue son infortunée victime : le « sans limites » a des limites, car une personne aux facultés infinies serait en avance sur le spectateur à chaque instant… Forcément, pour qu’on tienne la route, ce concept est bridé au départ.

Et puis Cooper se transforme comme Julia Roberts dans Pretty Woman : d’un écrivain pourri, il est devenu une star de la Bourse. Le film se sort de la promesse d’un carnage scénaristique par la voie détournée du gros rebondissement. Le script se régénère et s’offre des choix intelligents qu’il consomme de nouveau avec un bon timing. On regrettera que l’œuvre n’ait ni le swag de Lucy (copieuse !) ni la jouissance du Loup de Wall Street, au milieu desquels Limitless semble se placer, mais le peu d’originalité est bien porté et pas bâclé pour un sou.


c6r5*

Jeudi : I maniaci

(Lucio Fulci, 1964)

« Thématique : langue italienne »*

 

Les Italiens sont bien des maniaques, en effet. Ils ont des lubies, comme le strip-tease et les films à sketches. I maniaci, c’est un peu le compromis entre tout ça. Difficile de tenir le rythme au début ; l’œuvre ne prévient guère de sa nature et les sketches en question passent parfois pour de simples scènes. Monté au Scotch et surentraîné par un Morricone un peu trop zélé, le filmetto est parfois un peu risible, mais l’autodérision le sauve de tout ; quel meilleur moyen de tourner l’hypocrisie en ridicule que par l’ironie ?

Les acteurs se donnent à fond dans leurs rôles si superficiels, ce qui fait d’eux des guignols et des caricatures autant visuelles que dans le texte, alimentant la géniale machine infernale d’un humour qui fonctionne. Parfois les sketches sont moins bon, mais il y a de tout et certains sont très bien pensés, écrits avec profondeur et posés avec performance. On déplorera un peu la répétitivité des figures de style, mais le film est assez court et nous autorise la tolérance. Une réalisation étrange et intelligemment sincère. 


c5r2*

Vendredi : Ils mourront tous sauf moi

(Valeriya Gay Germanika, 2008)

« Thématique : langue russe »*

Un reproche, d’entrée ? C’est une tranche de vie, il n’y a pas d’histoire ni de créativité. Et puis une heure vingt, ç’a beau être court, c’est beaucoup quand c’est pour enfiler les drames adolescents les uns après les autres. Ça fait un film horrible, pour la bonne cause mais horrible, et un peu rentre-dedans. Les difficultés d’intégration, l’alcool, la drogue, le sexe, le doute… Ça va bien un moment.

Cela étant dit, l’œuvre emploie remarquablement le drame ; elle l’étale et l’égalise de sorte qu’il soit partout, certes, mais le tournage est étonnamment peu dramatique pour selon. Comme si le naturel incroyable des jeunes actrices, masquant tout espoir, avait quand même un corollaire positif derrière les caméras.

Il est dit que l’œuvre s’inspire de l’histoire vraie de la réalisatrice… malgré sa caméra qui joue les voyeuses, s’approchant comme un visage menaçant de celui dont elle guette l’expression (une expression négative, forcément), on n’a jamais l’impression que le fond du film soit malsain. Un regard jeté paresseusement dessus aurait portant toutes les raisons de le croire. Et puis cette caméra, on croirait que c’est un monstre comme elle rôde entre les gens et s’approprie la topographie des couloirs. Elle semble être le reflet de ce que nous ferions si nous avions à visiter en chair et en os le monde de l’œuvre.

C’est une création très désagréable à voir et assez monoculturelle, mais qui cache sa raison d’être au milieu de la négation même de cette dernière d’une façon qui ne peut laisser froid.


 



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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