Les bases pour créer de bons sous-titres

La création de sous-titres, mine de rien, ça combine mes trois passions : le cinéma, l’écriture et les langues (je vais parler de traduction autant que de synchronisation dans ce billet). Pas étonnant que j’aime ça.

J’ai pensé que je pourrais faire un micro-tutoriel. Je n’ai moi-même traduit et sous-titré que deux films, j’aborde donc les bases de la création de sous-titres en format .srt. N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous voulez des détails !

Les extraits viennent de mes sous-titres pour Le Cri de la Roche de Werner Herzog, que je mettrai en ligne sous peu.

PS : si vous appréciez mon travail, un like ou un commentaire aide à me bien faire référencer !

Le logiciel

Personnellement, j’utilise Aegisub (les captures d’écran en viennent). C’est simple, gratuit et efficace ; pas besoin de technologie de pointe pour faire du sous-titrage. En fait, vous pourriez les créer dans le bloc-notes de votre ordinateur, mais la synchronisation serait un véritable chemin de croix car vous devriez entrer le début et la fin de chaque ligne manuellement et sans le film à côté.

Des sous-titres « bruts » tels que visualisés dans Notepad++ (un bloc-notes un peu plus élaboré et surtout beaucoup moins merdique que celui de Windows).

Dans Aegisub, vous pouvez visionner le film, et la bande son sera représentée par un spectrogramme sur lequel vous pourrez aligner les lignes, représentées par des « boîtes » que vous pouvez bouger.

La traduction et l’écriture

Il y a trois limites que je trouve importantes dans le sous-titrage.

L’affichage des caractères par seconde dans la liste des lignes.

Cela ne veut pas dire qu’il faut respecter ces principes à tout prix, mais c’est bien de graviter autour, surtout quand on débute. En plus, parfois, on n’a pas le choix ; le français est une langue qui prend de la place, et il se peut qu’il soit inévitable de franchir la première limite. Pour référence, je suis habitué à lire des sous-titres et je peux lire jusqu’à 22 caractères par seconde (CPS) avant de trouver que c’est trop rapide. Les expressions figées changent un peu la donne ; les « je vous souhaite une bonne journée » et autres « mesdames et messieurs » ne comptent pas vraiment pour 34 et 21 caractères ; ce sont des phrases qu’on reconnaît, qu’on photographie, et qui, du coup, ne se « lisent » pas.

Pour prendre un exemple concret, j’ai créé la ligne « Mesdames et messieurs, merci de nous avoir suivis. » qui fait 41 caractères et qui dure 1,74 seconde, soit 23 caractères par seconde. C’est trop rapide… sauf qu’il n’y a pas vraiment besoin de « lire », moyennant quoi la différence n’est pas importante.

Personnellement, je vais fréquemment jusqu’à 16 ou 17 caractères par seconde parce que je suis un adepte du littéral ; j’aime que ce que je lis soit un écho fidèle à ce que j’entends, sans raccourcis, quand c’est possible. À vous de voir si vous êtes adeptes de la fidélité aussi. D’ailleurs, la créativité du sous-titreur est parfois de mise, car la traduction, c’est transcrire le sens mais aussi les sous-entendus qui ne s’entendent pas ; un peu de fantaisie (amertume, ironie) ne fait pas de mal si c’est justifié (cela dépend aussi si vous adressez sciemment vos sous-titres à une audience déjà rompue à la langue d’origine de l’œuvre). Mais attention à ne pas créer des émotions qui ne sont pas dans le film ; inutile aussi de capitaliser les cris etc.

L’affichage de la durée de la ligne et des caractères par ligne, entre autres infos, sur Aegisub.

Enfin, j’utilise la ponctuation de manière spécifique (là aussi, à vous de voir si vous vous en inspirez ou non) :

  • la virgule pour un blanc court ;
  • les points de suspension pour un blanc long (ou, à la fin d’une ligne, pour tenir en haleine) ;
  • le point d’exclamation dans les phrases hautement exclamatives (n’oubliez pas, ne créez pas l’émotion là où elle n’est pas !) ;
  • parfois la virgule + points de suspension pour raccorder avec une autre ligne.
57:54.60 – 57:56.18 — J’étais avec lui. C’est la vérité. 57:56.52 – 57:58.38 — J’ajouterai que Hans Adler… 57:58.68 – 58:01.94 — …avec qui il a escaladé parmi les plus grandes montagnes du monde… 58:02.22 – 58:04.40 — …ne peut pas être simplement tombé de la falaise, … 58:04.88 – 58:09.10 — …alors qu’un athlète de télévision a fait l’ascension sans peine, même tout seul.

Dans cet extrait, on voit à peu près tous les usages que je fais de la ponctuation : le point pour une pause longue, les points de suspension (avec ou sans virgule d’abord) pour raccorder les lignes entre des pauses longues, et la virgule pour les pauses courtes.

La synchronisation

Évidemment, une ligne doit apparaître au moment où on l’entend à l’écran. Mais une demi-seconde trop tôt ou trop tard, et c’est déjà inconfortable ; or, une bonne synchro est une synchro qui se soucie du confort du lecteur. Quand on est dans le film, on ne lit pas consciemment les sous-titres, et on s’attend à ce qu’ils soient là au bon moment et pour la bonne durée. Heureusement, avec un logiciel comme Aegisub, il est très facile de bien faire coïncider une ligne avec la vidéo.

C’est plus confortable de bien faire la jointure entre sous-titre et audio ; toutefois, si la ligne est suivie d’un blanc, laissez-la à l’écran un petit peu plus longtemps (de 0,2 à 0,4 seconde selon votre convenance) pour donner un peu d’air. Exemple concret : la ligne illustrée ci-dessous, « Au fait », dure 0,8 seconde pour 6 caractères (7,5 CPS). 0,6, voire 0,55 secondes auraient suffi (6 / 0,55 = 11 CPS, toujours largement confortable), mais puisqu’il n’y a rien autour, j’ai laissé flotter la ligne 0,2 seconde de plus pour ajouter au confort. On peut d’ailleurs se servir de cette marge si les lignes sont trop longues, mais je déconseille de la pousser au-delà de 0,5 seconde.

Autre chose que je déconseille : laisser des blancs courts. Si deux lignes sont séparées par trop peu de temps (si vous tenez à avoir un chiffre, mettons 0,5 seconde), il est mieux de les faire coïncider.

Le chevauchement des sous-titres ressemble à ça sur le spectrogramme.

Il y a une autre erreur que les créateurs de sous-titres commettent parfois ; ils font se chevaucher les lignes. Cela signifie qu’une ligne B apparaît alors que la ligne A n’a pas encore disparu, et les sous-titres s’étendent en hauteur. C’est non seulement désagréable, mais ça masque surtout une partie de l’écran. J’ai déjà vu des sous-titres si mauvais qu’ils finissent tout en haut de l’écran. Sur Aegisub, les poignées des boîtes représentant les sous-titres (les lignes rouges/blanches/bleues comme ci-contre) sont aimantées, c’est-à-dire qu’elles se collent toutes seules à la boîte d’à côté. Et si vous faites quand même se chevaucher deux lignes accidentellement, elles s’afficheront en rouge dans la liste. Honnêtement, c’est même facile à faire sur un bloc-notes puisqu’il suffit de faire coïncider le timing de la fin de la ligne A avec celui du début de la ligne B.

Enfin, il est mieux de privilégier les dialogues (comme dans les romans) quand c’est un peu dense.

Comme vous le voyez, au-delà de l’aspect technique, la création de sous-titres est une tâche aussi peu conventionnée que répétitive ; traduire, synchroniser… Les erreurs qu’on commet souvent au début sont des incohérences, aussi je vous conseille, quoi que vous décidiez à lecture de cet article, de tracer assez tôt votre propre ligne de conduite. Peut-être n’êtes-vous pas d’accord avec mes idés de la ponctuation ou de la synchro, et c’est normal car la lecture de sous-titres dépend des goûts ; mais au moins, soyez fidèles à vous-mêmes, et adoptez des critères fixes. Car des sous-titres qui évoluent au cours du film sont des sous-titres auxquels il est toujours dur d’adhérer.


J’espère que ces conseils vous auront été utiles. Le sous-titrage amateur est une tâche assez aisée, mais il y a des obstacles inattendus dont je n’ai pas parlé : le registre de langue, par exemple. La transcription du « you » anglais est très difficile, et la limite toujours arbitraire ; difficile de faire se tutoyer des gens pendant une interview, pourtant les anglophones s’adressent parfois la parole avec leurs prénoms. « Martin, vous pensez que… », ça passe très mal en français, et il faut faire un choix.

Encore une fois, si j’ai oublié quelque chose ou que vous avez des questions, laissez un commentaire. Merci de votre lecture !

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