Cinébdo – 2018, N°39 (Fort Saganne, L’Affaire Pélican, La Machine à tuer les méchants, Cobra Verde, American Beauty)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

Sommaire cliquable
Fort Saganne (Alain Corneau, 1984)
L’Affaire Pélican (Alan J. Pakula, 1993)
La Machine à tuer les méchants (Roberto Rossellini, 1952)
Cobra Verde (Werner Herzog, 1987)
American Beauty (Sam Mendes, 1999)


(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Fort Saganne ; films 229 à 233 de 2018

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Lundi : Fort Saganne

(Alain Corneau, 1984)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Le sable, la guerre et Depardieu. C’est le vrai casting de cette épopée guerrière de Corneau qui va dépenser son budget faramineux comme jadis on investissait dans nos coins d’Afrique. Mais à construire des forts et à ne pas avoir besoin de construire de décors, le film oublie qu’il doit bel et bien construire des personnages et une intrigue qui aille au-delà des aléas historiques de ces combats sahariens menés avant la Première Guerre mondiale. Impatient de nous immerger dans une Mauritanie qu’il exhorte, conjointement à l’UNESCO, à protéger, il laisse Depardieu fabriquer son personnage, mais l’autre est trop à l’aise dans son uniforme de jeune lieutenant pour s’occuper d’une tâche qui revient à son supérieur le réalisateur.

Un film de trois heures est rarement mauvais, et Fort Saganne hérite en effet de la profondeur attendue en contrepartie. Les caractères finissent par se forger, mais ce n’est pas non plus grâce à Marceau ni Deneuve qui semblent coincées avec leur set d’expressions faciales toutes prêtes. Il y a si peu de scénario qu’on peine à se remémorer ce qui a pavé les longues minutes du visionnage, en-dehors des paysages et de cette guerre oubliée d’à peine un siècle où l’on changeait de continent afin de mourir pour son pays.

Ce sont ces oasis qui rendent la traversée du désert plus que supportable, presque agréable, mais il faut vraiment attendre la partie finale pour avoir droit à quelques démonstrations d’un art véritable ; les contrastes qui se produisent entre le Sahara et les tranchées pluvieuses font un écho à cette paix retrouvée pendant si peu longtemps, et il faut bien créditer les sautes d’humeur d’un Depardieu qui donne à son personnage l’intérêt d’être un rebelle contre ses émotions, ses supérieurs et la raison même du film ; la guerre à l’ancienne mode. Alors oui, il est fort Saganne, mais il n’est pas aidé.


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Mardi : L’Affaire Pélican

(Alan J. Pakula, 1993)

« Thématique : Julia Roberts »*

Les producteurs étaient si enthousiastes à propos du livre de Grisham qu’ils en ont payé les droits avant même sa publication. Et le style tarabiscoté, me dit-on, est bien conservé. Je protégerai ma source comme Denzel Washington la sienne : une Julia Roberts qui se donne chevelure et âme pour la création de Pakula. Elle constitue un liant puissant de L’Affaire Pélican, un dossier criminel cossu dont la lenteur initiale laisse très mal deviner la densité. En ça, l’œuvre s’adresse nettement trop aux Américains, et elle est beaucoup trop complexe du point de vue législatif pour être qualifiée de tout public ; faut pas exagérer quand même.

Roberts, donc, apporte de la tenue à l’ensemble, crédible jusqu’au bout dans son rôle d’étudiante plongée malgré elle dans des sphères qu’elle comprend à peine. On lui donne malheureusement une dose de naïveté trop symbolique, et son bien-être d’actrice couvre mal le malaise obligatoire de son personnage ; ses pleurs et ses crises, qui arrivent pourtant à point nommé et qu’elle joue bien, nous semblent malvenues… Sans doute cela est-il le prix d’un scénario sans failles au rythme absolument constant ; il faut admettre que le divertissement est de bonne facture et qu’on n’a pas l’impression d’être pris pour des andouilles.

La musique de Horner est bonne mais terriblement encombrante. Un peu comme les artifices romancés dont les personnages font preuve au long de leurs pérégrinations, mais j’ai déjà à peu près tout dit : L’Affaire Pélican est un bloc taillé dans le bloc, un truc imposant auquel il ne faut pas chercher la subtilité des atours, mais de la finition.


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Jeudi : La Machine à tuer les méchants

(Roberto Rossellini, 1952)

« Thématique : langue italienne »*

1952, c’est vieux pour une comédie, surtout que le film a été stocké pendant quatre ans après son tournage. Vieux, dans le sens où il y a beaucoup d’années à faire traverser à notre esprit avant de l’autoriser à en rire. Inévitablement (osé-je dire), le film est très lourd. Bon enfant et naïf comme un film se doit de l’être après la guerre, on a l’impression de sentir le moisi qui a recouvert les bobines pendant quatre ans, plus encore que les soixante ans d’âge. Hanté par un mystérieux fil rouge impliquant des escaliers (« tante scale in questo paise! »), l’œuvre peine même à être amusante ; quelques piques fonctionnent, mais en voulant éclairer l’insignifiance de certains amalgames (le bien et le mal avant tout, mais aussi l’arbitrarité de son jugement, et les imbroglios de la politique avec un village proche de ses élus), elle demeure naïve et s’englue dedans sans parvenir à en tirer quoi que ce soit.

Cet homme à qui le prétendu Saint-André demande de tuer les méchants avec son appareil photographique – trafiqué par quelque diablerie – ne constitue pas seulement l’intrigue, mais aussi et surtout ses grands travers : un manque de confiance total dans la technologie (le faux saint présente l’appareil comme une super grande et terrible invention, ce qui est déjà surrané à l’époque sans même avoir besoin de rentrer dans un quelconque ésotérisme) et une incapacité de mettre en profondeur la naïveté dont il faut faire preuve pour concevoir un seul instant que tuer des gens est un acte de bonté.

Une seule chose mérite d’être citée de ce film en-dehors d’une rénovation apparemment ardue, et c’est l’évolution du personnage principal. Rien qui ne puisse être crédité à la performance théâtrale, totalement absente ; il s’agit plutôt de la façon dont sa foi perd la raison – si tant est que le film a gardé la sienne – jusqu’à devenir malsaine, puis la façon dont la fin rattrape le tout. Mais ça n’en reste pas moins un film beaucoup trop daté, que la cinéphilie seule ne suffit pas à faire apprécier.


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Vendredi : Cobra Verde

(Werner Herzog, 1987)

« Thématique : Werner Herzog »*

Cobra Verde pourrait être un nom de lieu aussi bien que celui de l’homme incarné par Klaus Kinski pour sa toute dernière collaboration avec Herzog. Un lieu en lequel on ne peut pénétrer sans franchir un dangereux portail portant l’écriteau « attention post-synchronisation méchante ». Une fois entré, on admire les paysages qui défilent de part et d’autre de l’allée : Colombie, Brésil, Ghana… Herzog a une fois de plus joué au globetrotter, pour la plus grande joie de ses cadrages comme de nos yeux. Ici une statue de Kinski, là une de Da Silva, ici une de Cobra Verde, là une d’Adjinakou. Qui sont-ils ? Toujours Kinski, parbleu !

Il ne faudra pas s’étonner de le voir rancheur, puis bandit, puis contremaître, puis marchand d’esclaves, puis commandant, alors qu’il va de pays en pays ; la crédibilité de l’acteur, dont on sait qu’elle débordait dans la vie réelle au point, notamment, d’exaspérer le directeur de la photographie, sert de liant à son personnage, mais cette aura ne s’étend pas sur le reste de l’histoire, témoignant d’une faiblesse handicapante. Les Brésiliens parlent allemand, les Ghanéens n’en sont pas, ils parlent aussi allemand, sauf pour les chants traditionnels (par ailleurs tout à fait qualitatifs). C’est le bazar et c’est mal pensé.

Il n’y a pas de substance dans chacune des incarnations de Kinski, et les rôles des Noirs se résument en apparence à une vaste mascarade. Ce n’est toujours pas ce film qui infirmera la présomption que Herzog a sacrifié la qualité de ses films en profondeur en allant chercher les richesses d’horizons lointains, même si le résultat est de toute beauté.


 


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Dimanche : American Beauty

(Sam Mendes, 1999)

« Hors-thématique »*

American Beauty est un classique américain que j’ai trouvé bon sans qu’il me transporte. On sent dans ses premiers plans et ses premières lignes ce qui a rendu Spielberg si sûr de lui à la production, mais le débat qui va se jouer dans le film autour de la banalité semble avoir fini par le caractériser ; se donner un genre a des avantages, mais ça n’est pas exceptionnel pour autant. Le déroulé et les personnages sont des exemples des réussites fades qui forment l’œuvre.

La spécificité d’American Beauty se trouve dans son côté psychologique, son côté spectaculaire et peu hollywoodien. Le scénario associe l’éducation et l’amour en faisant se chevaucher à la fois les générations et la valeur vraie ; car c’est un films de valeurs qui est tout sauf figé. L’évolution des personnages, ou leur non-évolution quand la position est trop affirmée, se mélange proprement avec les leçons que tous apprennent indépendamment de l’âge ; une manière de rendre caduc le propos des personnage par le propos du film lui-même, et la vraie perle au cœur du film. Rien de ce qui est évoqué n’est négligé, et les nœuds coulés avec les multiples ficelles du scénario sont sans fausse note.

La musique entraîne presque trop bien l’histoire, comme si elle poussait Kevin Spacey à donner plus encore, le dissociant du registre du reste du casting. Et c’est un reproche que je fais au moins à la première moitié du film : de se dissocier de ce qu’il veut vraiment dire en voulant raffiner le réel sous la forme de ces imbroglios émotionnels vaguement figuratifs. Le résultat donne lieu à de belles réflexions, comme « les parents ont-ils le tort d’éduquer leurs enfants au regard de leurs critères actuels alors qu’ils se servent aussi de leur propre passé comme base ? », ou « l’amour d’un autre peut-il jamais être toléré ? ».

Mais c’est surtout un film dont on peut soupçonner qu’il est le fruit de bien des petites réflexions, et qui a eu la chance d’être touché par le doigt divin de sorte que les incohérences en soient chassées tel un démon. Il cache bien des mystères par derrière ses petits travellings, et peut-être sa fadeur relative est-elle à réinterpréter comme le gage de sa force tranquille.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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