2001: L’Odyssée de l’Espace

J’avais vu 2001 il y a quelques années, ja l’avais trouvé magnifique et assommant. Je l’ai revu ce 17 août, et je l’ai trouvé magnifique et assommant. Un peu plus dans les deux catégories. Un avis détaillé, ça vous dit ?

Ouvert sur la magnifique ouverture de Strauss Ainsi parlait Zarathoustra tel un Fantasia de la démesure, l’Odyssée trahit assez vite qu’elle veut couvrir de trop nombreux sujets à la fois. Je dis « trop » pour me débarrasser du grand débat autour du film ; chef-d’œuvre ou sac d’insupportables d’inanités ? Ni l’un ni l’autre à mon sens. Je n’ai pas recherché le compromis, il s’est imposé à moi.

Je crois que Kubrick voulait avant tout nous faire perdre pied. Je ne fais pas de jeu de mots sur le fait qu’on soit dans l’espace ; le spectateur perd véritablement ses repères parce qu’on est dans l’espace mais aussi à cause de l’atmosphère (, je fais un jeu de mots). Il n’y a plus de bas et de haut, que ce soit de manière physique ou spirituelle. L’œuvre nous met en apesanteur psychique, et c’est là, je crois, que se séparent les deux grandes écoles de ceux qui adorent 2001 et de ceux qui le haïssent. Pourtant, il n’y a pas de doute que la techniquetoute entière est celle d’un chef-d’œuvre ; les personnages qui se retrouvent la tête en bas sont bouleversants, l’apesanteur est choquante de réalisme, et tous ces plans dans l’espace – souvent en trompe-l’œil – ne trahissent que très rarement la faiblesse relative des moyens ; les vaisseaux sont convaincants du moment qu’ils ne se superposent pas imparfaitement avec l’arrière-plan. Même avec les petites erreurs, la technique vaut 10/10 ; je souhaite qu’un jour un film surpasse les outils à sa disposition comme l’a fait 2001, mais ce genre d’exploit ne se voit pas toutes les décennies.

Le Big Brother (mais c’est 2001, pas 1984).

La remise en contexte du tournage est difficile. 1968, c’est loin. C’est neuf ans avant Star Wars et un an avant un petit pas pour l’Homme. La Guerre Froide en était à sa demi-vie tandis que le cinéma fêtait sa septième décennie de vie active. Mes grands-parents avaient 30 ans, j’en avais -30. C’est très loin. Kubrick et sa clique avaient dû imaginer des choses auxquelles on ne pense plus aujourd’hui, des choses qui justifient que la Terre vue de la Lune soit trop bleue dans le film ou que les astronautes portent des chaussures avec de la bande velcro pour rester accrochés au sol tant bien que mal. Ces erreurs ne rentrent pas dans le cadre d’une critique objective, bien sûr, mais elles jouent dans l’appréciation subjective parce qu’elles sont fascinantes et adorables. Et elles remettent en question plein de trucs, notamment la vitesse de la modernisation.

Dans le fond, on croirait que Kubrick a anticipé tant de choses qu’il a aussi anticipé d’être à côté de la plaque (de Pioneer) notamment sur la lenteur et l’automatisation. Toutefois, cela n’empêche pas le film de manquer totalement de subtilité quand il montre l’alliance tacite entre les États-Unis et l’URSS.

Quand bien même la marge d’erreur est inévitable, le futur imaginé par Stanley Kubique tourne très rond. C’était il y a cinquante ans, et il faisait déjà un film de SF portant sur la conquête spatiale et deux types d’intelligence encore très à la mode de nos jours : l’extraterrestre et l’artificielle. Non content d’être visionnaire, 2001 s’est assuré un siège ad vitam eternam dans le panthéon de la pop culture – lui aussi très à la mode – parce qu’il est perché et mystérieux. Trop, au goût de certains. Pas étonnant que de jeunes cinéphiles en soient encore admiratifs, car il est resté immersif; les bons films modernes du genre (Interstellar et Gravity par exemple) ne se sont pas désolidarisés du filon trouvé par 2001, et c’est bien là la preuve qu’il était admirable de tous points de vue.

Youpi.

Je parlais de lenteur ci-avant ; estimez-vous heureux, car le film faisait 19 minutes de plus avant la première. Et c’est mon plus gros grief contre 2001. La création de Kubrick est quasiment divinatoire et techniquement impeccable ; je ne lui reproche même pas d’être incompréhensible, mais quel besoin y avait-il de rendre le film si insupportablement LENT ? J’ai été bluffé de bout en bout, et je lui passe même – presque – le caprice d’une introduction et d’une conclusion totalement obscures (la dernière frisant le foutage de gueule, car, il faut bien le dire, le film n’a PAS de fin). Et je précise que la lenteur me dérange rarement. Mais dans 2001, [insérer une grossièreté ici], si ! Ah, autre chose ; il y a trop de musique. À part deux ou trois classiques et une composition originale décente, elle tourne vite en rond.

À la manière du scénario de L’Odyssée de l’Espace, l’introduction sera la conclusion de ma critique : c’est une œuvre admirable, bluffante et visionnaire, un chef-d’œuvre technique et immersif qui mérite d’être culte. Mais c’est aussi très long pour rien, comme si Kubrick avait voulu que son histoire se mesure à la musique épique dont il fait largement usage, mais qu’il s’y était mal pris. Alors oui, je le trouve exceptionnel, et en ça, je considère que c’est un chef-d’œuvre. Mais il m’insupporte aussi.

6 commentaires

  1. J’ai vu cette oeuvre étonnante de Kubrick un dizaine de fois. La première lors de sa sortie en salle ; j’étais bien jeune alors et m’attendant à un film de SF, j’ai été énormément déçu. Puis les années ont passé et j’ai eu, au fil des projections, des lectures à chaque fois différentes. Il y a des longueurs, des lourdeurs et du remplissage, certes, mais il y a tant de trouvailles merveilleuses tant reproduites dès lors par des réalisateurs bien moins courageux et bien moins visionnaires. Je reste client et j’en redemande. Bravo pour votre analyse.

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  2. Un insupportable chef d’œuvre, j’aime l’idée. 🙂 Je le garde dans un coin de tête même si je n’y souscris pas pour « 2001 » (le vide est le « constituant » principal de l’univers).
    Une dénomination qui irait bien aussi à « Birth of a Nation » épinglé par Spike Lee. Mais pour d’autres raisons. 😉

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