Cinébdo – 2018, N°31 (La Chèvre, À travers le miroir, La Nostra Vita, Fitzcarraldo, Inferno, Le Fils d’Elias)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

Sommaire cliquable : La Chèvre (Francis Veber, 1981), À travers le miroir (Ingmar Bergman, 1961), La Nostra Vita (Daniele Luchetti, 2011), Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), Inferno (Ron Howard, 2016), Le Fils d’Elias (Daniel Burman, 2004).


(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Inferno ; films 182 à 187 de 2018

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Lundi : La Chèvre 

(Francis Veber, 1981)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

La première comédie de Depardieu tire sa réussite d’une clé telle que Veber semble toujours avoir détenu. On dit que le rire résulte de tous les circuits de réflexion devenus obsolètes avec la chute d’un gag, et justement la confrontation des pragmatismes respectifs des personnages de Depardieu et Richard suffit largement à faire tourner le moteur de la satisfaction, en ce que les deux personnages sont enfoncés avec justesse dans leur condition – Depardieu dans son arbitrarité d’inspecteur expérimenté et Richard dans sa soudaine autorité surassumée et dans la malchance qui l’entoure et dont il ne se rend plus compte.

Le film n’a vieilli que pour le mieux, même si l’on se dit parfois que la maladresse des jointures et de la post-synchronisation auraient mérité plus de soin. Cela sera toutefois un prétexte supplémentaire pour les nostalgiques d’apprécier l’ouvrage. On aurait aimé, en revanche, que les lignes de Depardieu soient un peu plus pêchues ; il semble que personne n’avait encore l’habitude de lui donner des dialogues pour une comédie. C’est un peu le cas aussi pour les acteurs Espagnols, qui sont doublés avec autant de talent que le réalisateur de La Mouche 2 en a démontré pour sa création.

La Chèvre est passé au niveau du film culte, même s’il n’avait pas d’ingrédients vraiment fameux à sa genèse. Il a passé gentiment les premières années de sa propre ancienneté, assisté par les scènes dans la jungle qui sont quand même techniquement soignées. On l’aimera autant pour être vieux que pour être bon, car il n’est ni l’un ni l’autre en d’immenses doses.



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Mercredi : À travers le miroir

(Ingmar Bergman, 1961)

« Thématique : Max von Sydow »*

Peut-être le peu d’envol de ce film est-il seulement dû au dédain porté par le réalisateur à sa confiance dans la technique ; après tout, c’est pour ça qu’on le connaît. Ou peut-être doit-on blâmer pour cela la pudeur à montrer les émotions les plus fortes, qui sont pourtant plus que nécessaires (et d’ailleurs non utilisées spartiatement) compte tenu de la nature du drame. Un plan coupé, sans la précision à laquelle Bergman nous a habitués, pour masquer le sentiment qui se peint sur le visage d’un acteur qui, tant qu’il n’est pas Lars Passgård (qui tient ici son premier rôle), n’a pas démérité, ou l’acteur qui se retourne, ou la mise au point qui l’ignore, tout cela nous met sur une voie de garage émotionnelle. Au moins se dégage-t-il de Max von Sydow, pour la première fois dans sa carrière, une essence actorale qui dépasse un peu son seul charisme.

Finalement, peut-être se surprend-on à regarder autour de l’écran parce que l’image comme l’histoire ne circonscrivent rien, et laissent ouvert un monde sentimental et maritime qu’il eût été bon de mieux contrôler des deux côtés des pages du script, et pas seulement pour leur lumière. L’île de Fårö, futur domicile de Bergman, est laissée seule aux commandes d’une œuvre ayant oublié de se ménager une marge de manœuvre avant de chercher à accoster l’âme du pirate cinéphile.


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Jeudi : La Nostra Vita

(Daniele Luchetti, 2011)

« Thématique : langue italienne »*

La Nostra Vita part comme un drame sans surprise et on a des raisons de croire qu’il ne contreviendra en rien aux canons du genre. C’est une demi-erreur.

Pendant la majeure partie de son déroulé, le film nous laisse dans l’incertitude ; parfois, les coups d’œil involontaires à la caméra, ou cette dernière elle-même quand elle est au poing – à savoir tout le temps – et échappe aux mains d’un caméraman à qui l’on a de toute évidence pas inculqué la notion de stabilité de l’image, nous font croire que l’œuvre ne se veut ni technique, ni pointilleuse, ni artistique, tout au plus vaguement critique avec tellement de naturel que c’en est de la fainéantise.

La proportion de documentaire restera le mystère d’une création aux multiples arrière-goûts ; drame social, drame romantique, critique du racisme par le racisme, de la société régie par l’argent, étude d’un esprit en deuil… La Nostra Vita, comme l’indique justement son titre, cela pourrait être tout cela à la fois. Et s’il n’y parvient pas, ce n’est même pas par médiocrité, et même pas parce qu’il est en équilibre sur plusieurs lignes de crête à la fois, mais parce qu’il ne nous offre pas le moindre indice sur sa tendance véritable.

Alors on subit une histoire qui, somme toute, est acccrocheuse et à peine désagréable malgré le Malheur qui rôde, dans l’attente d’un signe. Ce signe, c’est peut-être bien Elio Germano, élite, le temps d’un visionnage et quoi qu’en dise son nom, du cœur de la société italienne, fantastiquement à l’aise dans ses gueulantes comme dans sa spartiate tendresse et son désarroi. Mais suffit-il d’un Messie pour signifier l’avènement d’un bon film ?


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Vendredi : Fitzcarraldo 

(Werner Herzog, 1982)

« Thématique : Werner Herzog »*

Voyez la critique détaillée ici.


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Samedi : Inferno 

(Ron Howard, 2016)

« Hors-thématique »*

Inferno, c’est l’exacerbation du caractère des deux films qui l’ont précédé, pour le meilleur et pour le pire. Mais c’est aussi un film qui bénéficie d’un certain soin, plus humble que dans ses précécesseurs – la faute au casting moins prestigieux ? – et plus moderne. Oui, il y a vraiment une rupture, et elle peut être le point de ralliement des détracteurs et des nostalgiques, mais j’y ai vu un relatif nouveau départ.

D’abord, Inferno n’est plus un film ésotérique mais un film d’action. Adieu, les symboles, hello les courses menées par un Tom Hanks venant de goûter à sa soixantaine. Visuellement au moins, le film est épatant, et nous plonge à grands coups d’IMAX dans l’ambiance du livre (que j’ai lu) jusqu’à ce que le film devienne aussi agréable que ses prédécesseurs.

Mais quand je dis que tout est exacerbé, et bien le plus gros défaut de la série l’est aussi : tout tombe où et quand il faut. Le crime d’être trop fidèle au bouquin ne se fera pas pardonner dans le cas d’Inferno, même si le tout forme un très bon spectacle. Mais bon, difficile de détourner son regard des excuses complètement enfantines – oui, je sais qu’elles sont une constante de la trilogie de Ron Howard – fournies pour expliquer, notamment, que l’Organisation Mondiale de la Santé se prenne pour The Expandables. Franchement, Inferno aurait tout gagné à ne pas faire comme le roman. Tout comme pour le personnage de Vayentha, dont le style est aussi pété que le nom ; c’est marrant quand même, je me l’imaginais comme ça dans le roman aussi.

Un autre avantage dont l’œuvre bénéficie, c’est la mise en opposition brillante entre Tom Hanks et le reste du casting, qui forment comme des forces opposées l’une à l’autre et dont naît la beauté naît de leur conflit. Je parle notamment de Tom Hanks vs Irrfan Khan (même si son accent est horripilant).

[Spoiler] Inferno a enfin le mérite de moins faire n’importe quoi des langues que ses prédécesseurs. Elles sont logiques, et les acteurs dont la langue n’est pas l’anglais jouent moins mal (même si Omar Sy vacille). On aurait pu espérer que le rebondissement final fasse exception à la grande fidélité de l’œuvre filmée à son géniteur littéraire – que je l’ai redouté ! – mais non, il est bien là, aussi dégueulasse et frustrant que dans le livre. Alors ce film, c’est un spectacle de qualité, mais grandiloquent et en grand manque d’émancipation.


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Dimanche : Le fils d’Elias 

(Daniel Burman, 2004)

« Hors-thématique »*

Le Fils d’Elias a marqué par son multiculturalisme, son multiethnisme et sa multireligiosité, qu’il a balancés sous les néons œucuméniques d’une galerie commerciale. Rien de mal à ça, sauf que le film n’en a visiblement pas grand chose à faire d’avoir l’esprit ouvert. La tolérance est éveillée comme à contrecœur (je pense notamment aux Coréens dont la boutique ne devient digne d’intérêt que lorqu’on est obligé de s’y rendre) et les langues sont là pour décorer (on remarquera la Lituanienne qui parle un excellent russe, mais vu que personne ne la comprend, on s’en fiche, non ? C’est en tout cas ce que semble s’être dit le metteur en scène).

Quant à la caméra, elle gigote, elle zoome et dézoome comme si elle convulsait, ou bien comme si elle voulait faire vivre le film au spectateur au moyen de lui partager la migraine de son caméraman. En fait, peut-être que lorsque les acteurs jettent un œil à la caméra, et ce en trop peu d’occasions pour que cela suggère un procédé voulu, c’est pour reprocher ces effets d’images aussi inutiles qu’énervants ? Le sens et l’histoire naissent de dialogues prolixes par la force de leur insistance et non de leur qualité, et au final, les protagonistes de la galerie ne servent à rien de plus qu’à l’introduction et la conclusion, ce qui frise le foutage de gueule ; le milieu ne nous entoure pas, et nous ennuie plutôt.

Si l’appréciation que je fais du film n’est pas entièrement mauvaise, c’est pour la petite intrigue intéressante qui voit malgré tout le jour, et pour la performance bluffante d’Adriana Azemberg et Rosita Londner dans ce cadre semi-réel chaotique.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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