Cinébdo – 2018, N°30 (Loulou, Potins de femmes, La Source, Gianni et les femmes, Anges et démons, Orfeu Negro)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

C’est la première fois que j’écris un article avec un sommaire ; dites-moi ce que vous en pensez en commentaire.

Sommaire cliquable : Loulou (Maurice Pialat, 1980), Potins de femmes (Herbert Rosse, 1989), La Source (Ingmar Bergman, 1960), Gianni et les femmes (Gianni Di Gregorio, 2011), Anges et démons (Ron Howard, 2009), Orfeu Negro (Marcel Camus, 1959).


(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Orfeu Negro ; films 176 à 181 de 2018

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Lundi : Loulou

(Maurice Pialat, 1980)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Depardieu et Huppert sont des noms pleins de garanties… Hélas Pialat aussi, et moi qui ne connaissais pas… Vous m’excuserez, mais ce truc indéfinissable, au-delà de la spontanéité, qu’il produit en blocs, c’est insupportable. L’expérimental est respectable, mais il y a une limite après laquelle un film n’est plus un film ; à donner des non-dialogues à des non-acteurs autour d’un non-script, on aboutit inévitablement à une non-œuvre où tout sonne plus faux que nature. Ce n’est pas contradictoire avec le naturel du tournage, mais bien une conséquence de son surplus. La façon dont les protagonistes se coupent la parole pour débiter une centaine de minutes de banalités, qui seraient terrifiantes si l’on avait à retranscrire les répliques sur papier, est à des millénaires-lumière d’une vision réaliste, sans parler que la peur des acteurs d’avoir foutu en l’air les dialogues – bien mal à propos avec Pialat aux commandes – rend les lignes plates comme l’électrocardiogramme de la mort elle-même.

Certes, un truc naît vraiment qui rehausse le seuil de tolérance spectatoral, mais c’est à force d’intimité plutôt que de spontanéité, à se demander si c’était même volontaire. De plus, c’est une genèse qui prend du temps et qui n’en vaut pas la peine. On aura une pensée pour ce casting d’acteurs illustrement méconnus derrière les trois têtes d’affiche, dont il faut reconnaître qu’ils n’auraient pas pu produire ce rendu sans vivre corps et âme ce qui leur tenait de rôles, mais on n’aura non plus à se mettre sous la dent qu’un Depardieu ni bon ni mauvais – puisqu’on lui donne pas la place de jouer – tâchant de mettre un peu de franchouillardise dans l’ennui général et les relations entre les personnages n’ayant d’autre poids que leur valeur figurative et très très très vaguement critique d’une société de classes. Spoiler : c’est raté.


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Mardi : Potins de femmes

(Herbert Rosse, 1989)

« Thématique : Julia Roberts »*

La véritable révélation de Julia Roberts date officiellement de 1990, mais je retiendrai ce film comme déclencheur de son succès. C’est la première fois qu’on lui donne un rôle d’avant-plan (plus proche du titre de « personnage principal » au singulier qu’au pluriel), qu’on lui fait confiance et qu’elle se fait confiance. Elle sort du moule qu’on lui imposait jusqu’ici, et toute seule encore. Potins de femmes est aussi daté qu’il est mal titré en français, mais on aura autant de plaisir à plonger dans l’époque et dans ce fabuleux accent louisianais que dans une ambiance à la Burton – sans le malaise –, car les couleurs et la joie qui règnent y ressemblent – sans le malaise ni d’innocence.

Le film pourrait être résumé en tant que deux choses importantes : une étude de la gentillesse et une quête de la sagesse du commérage. Car au moins cet horrible titre français a-t-il l’avantage d’être juste ; les potins sont là, mais pas pour donner la satisfaction crue de reproduire des ragots au cinéma. Les personnages sont bien construits, pas unilatéraux puisqu’ils sont à la recherche de la culture et de la pertinence, et le scénario est suffisamment intelligent pour insérer des insinuations quant à l’innocente risibilité de la chose. Il arrive à maintenir un équilibre rare, celui qui s’établit entre le comique de situation quatiment sitcomien et son écriture mûre et posée.

C’est une adaptation d’une pièce de théâtre, et ç’aurait pu rendre le film plus vulnérable encore à la cheapiness des sitcoms, mais non ! Tout bouge dans Steel Magnolias (le titre en VO est quand même beaucoup plus classe), les accessoires remplissent l’image, l’arrière-plan bouge parfois même quand on ne le voit pas encore, c’est dire à quel point l’image est remplie. Les longs dialogues sont dirigés à la seconde (et apparemment à la baguette par le réalisateur) et fonctionnent à merveille. Bon, certes, les émotions sont parfois un peu trop vives, tout est trop rose, et tout passe un peu trop vite… C’est en partie pour préparer une partie finale choquante de contraste, mais cette dernière souffre malheureusement un peu aussi de ce trop-plein de vitalité. Mais c’est typiquement l’exemple d’un bon film feelgood dont les tares sont sous contrôle.


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Mercredi : La Source

(Ingmar Bergman, 1960)

« Thématique : Max von Sydow »*

Après l’assez insipide Le Visage de Bergman, La Source pourrait signifier le retour à la sienne. C’est un de ses films qui résument si bien le contrôle minimaliste qu’il a sur sa création, à croire qu’il fait naître l’émotion d’un simple angle de prise de vue, et les pensées de ses personnages d’un de ses raccords si précis qu’il affectionne. En quelques plans – et toujours ce premier plan qui fait réfléchir parce que sa présence s’impose si fortement –, voilà capturée l’essence du conte suédois ayant inspiré l’histoire, puis en quelques autres, circonscrites les bordures de sa représentation personnelle.

Seule Gunnel Lindblom dans le rôle de la « méchante » est trop lyrique, tandis que le reste du casting semble se complaire dans la mesure. À part un raccord aventureux, des bruitages qui jouent aux montagnes russes et une ambiance qui aurait requis des soins plus attentionnés que de simples gros plans et scènes d’ « action » pour faire jaillir sa raison d’être, c’est une de ces créations si modestes et pourtant si pleines d’elles-mêmes qu’on se demande comment elles ne craquent pas sous l’effet de leur propre poids.


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Jeudi : Gianni et les femmes

(Gianni Di Gregorio, 2011)

« Thématique : langue italienne »*

Le paradigme même de ce qu’on appelle un « petit film » par compassion plus que par jugement. Gianni, c’est le prénom du réalisateur, du personnage principal et de son acteur ; et pour cause, ils sont une seule et même personne. Le trio forme, sans égocentrisme, une œuvre où flottent des îlots de scénario sans lien ni consistance et qui n’ont même pas assez de conviction pour être dûment ratés.

Une douce ironie traverse le film de part en part sans vraiment apposer sa marque, et je dis qu’elle est douce parce qu’elle est aussi carressante qu’une rage de dents. Bon, j’exagère ; en fait, Gianni e le donne m’a évoqué une groseille à maquereau, et je ne me risquerais pas à une métaphore si moche si j’avais pu me défaire de l’image ; un fruit appétissant et sucré, mais au goût peu marqué, hésitant, qui nous arrête à la frontière entre indifférence et écœurement. Bien sûr, la groseille et Gianni trouveront leurs adeptes, tout comme j’ai moi-même été charmé par la caméra, souvent au poing au début ; elle donne d’abord l’impression de vouloir nous attacher au caméraman plus qu’à l’acteur, mais cela crée au final une sorte de promiscuité convaincante, un focus sur Gianni quand il n’ose pas trop parler de lui.

Le reste du casting est bon aussi, mais c’est surtout le syndrôme de l’autobiographe qui l’use : Gianni Di Gregorio, trop humble, trop effacé, laisse la caméra le prendre en laisse et l’insipidité éclabousser tout le film, ainsi que l’inanité de ses propres répliques, elles-mêmes trouvant un trop bon comparatif dans la musique, son rythme unique et ses mélodies irritantes. Au moins la dernière séquence, qui contient une bonne chanson, nous sort-elle de cette siruposité noyante et libère-t-elle agréablement l’atmosphère. En conclusion, l’œuvre n’est pas tant insupportable par sa médiocrité que par son indécision devant un choix simple : osare o non osare ?


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Vendredi : Anges et Démons

(Ron Howard, 2009)

« Hors-thématique »*

Si on doit féliciter Ron Howards sur un truc, c’est bien de ne pas s’être laissé enfermer dans l’esprit de sa trilogie sur Robert Langdon. D’ailleurs, il s’émancipe aussi du livre (sauf pour les rebondissements finaux, qui sont gauches et pas nécessaires). Pour un « 2 » commercial, ce n’était pas un exploit aisé.

Le réalisateur avait aussi une idée claire, et cela montre bien sa motivation à créer la série de films ; son idée, c’était de faire du parallèle science/religion un thème omniscient, la collision transcendentale entre deux atomes d’ésotérisme. Et il y arrive super bien ! En gardant une trame assez littéraire au niveau de la gestion événementielle (Langdon qui va deux fois à la bibliothèque par exemple) et de la dimension temporelle (très fluide, pas de saut dans le temps), Howard va ériger un culte cinématographique des objets qui n’est pas sans rappeller les énormes plans pleins de détails d’Arronofsky, et qui va donner tout son sens aux symboles, l’objet d’études de Langdon, jusqu’à les transformer en véritable et appréciable fil rouge.

Si Anges et Démons n’est pas un chef-d’œuvre, c’est à cause des corollaires de son côté expérimental (le « drame ésotérique » n’est pas franchement institué). Produit, peut-être, de la compression du livre, le scénario fonce dans des obstacles évidents (le statut des personnages qui dépasse l’entendement même si ça fait un très beau ballet d’autorités entrecroisées). Les suspicions sont grosses comme des maisons ; j’entends par là qu’on voit venir de loin les anguilles sous roche, sauf quand les plot twists sont grandiloquents. Le duo de Hanks avec Ayelet Zurer est un copié-collé de celui qu’il forme avec Audrey Tautou dans Da Vinci Code ; il est présent et plus convaincant, mais il finit avec aussi peu d’humanité que Nicolas Cage dans Next ; Ewan McGregor lui chipera l’étoile de la figure honorable du casting. Et puis les symboles, même s’ils sont réussis, s’avèrent être l’unique – quoique puissant – carburant de l’intrigue.

Pour conclure positivement, Anges et Démons reste le film ésotérique parfait, son mystère est génial et son histoire haletante. Il rend l’Histoire avec une majuscule très classe et dire qu’on ne passe pas un bon moment devant serait mentir. On sent qu’il aurait fallu un remodelage trop profond pour en faire un film vraiment bon.


c2r3*

Samedi : Orfeu Negro

(Marcel Camus, 1959)

« Thématique : film musical »*

Orfeu Negro, c’est la Palme d’Or 1959 du festival de Cannes… Un succès remporté sans sous-titres, parce que l’audience a été charmée par l’exotisme de l’histoire et n’a pas jugé bon de la vraiment comprendre. Du côté européen, on a salué l’audace d’un casting noir, tandis que les Brésiliens ont trouvé le film clivant et minimaliste.

Pourquoi je relate ces anecdotes avec amertume ? Parce que je ne cautionne pas une victoire festivalière si partiale. Bien des erreurs ont été commises sur le compte de l’exotisme, comme les extras qui sont poussés mille fois au-delà de leurs capacités d’acteurs pour le dit de faire une scène parlante. Heureusement, tout ne va pas jusqu’au documentaire. C’est orienté documentaire en revanche, et rien que ça, c’est dommage ; j’ai trop souvent eu l’impression qu’on filmait le Brésil pour ce qu’il avait de plus intéressant pour les Européens… d’ailleurs, où sont les populations blanches de ce pays tellement cosmopolite ? Pourquoi la caméra ne visite-t-elle que les favelas ? De là à croire que Camus a obtenu la Palme à la démagogie, il n’y a qu’un pas.

Mais assez d’amertume. Le travail fait sur le film ne suffit peut-être pas à rendre les chansons agréables (et puis qu’est-ce que c’est que ce fond sonore musical constant et sans variations ?), mais il arrive à faire prendre un temps d’avance énorme. 1959, vraiment ? On pourrait se croire dix ans plus tard, d’autant que la révolution culturelle de 1968 ne se serait pas encore fait sentir. Le film veut nous faire croire que les Brésiliens sont tous artistes, mais il arrive à donner une vision assez juste de la présence de la danse et de la chanson à travers le carnaval de Rio, surtout grâce aux enfants qui, sans avoir à pâlir de leur prestation d’acteurs, ont été choisis pour leur talent dans ces deux domaines ; la prosélytisation culturelle ira se faire voir pour le coup, car c’est intéressant et bien montré. Mais on notera que j’en fais un commentaire comme d’un documentaire, pas d’une œuvre d’art.

Au final, un film que je critique plus pour son histoire et le contexte de sa genèse que pour sa conception objective. Mais j’ai eu du mal à éprouver du plaisir devant, même avant d’élever ces griefs ; la musique est très répétitive, mal gérée (on reparle de ce fond sonore horripilant ?) et la fin part un peu dans le n’importe quoi, s’enterrant mollement dans les rues de Rio qu’elle est si impatiente de montrer, sans parvenir à échaufauder la grande peine d’Orphée.


 



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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