Cinébdo – 2018, N°18 p.2 (Vice Versa, Seul au monde, Deep Impact, L’Expérience interdite)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

Cet hebdo est le premier de la formule vacances qui durera tout le mois de mai.

Dans l’hebdo de cette semaine :

  • Vice Versa (Pete Docter, 2015) ;
  •  Seul au monde (Robert Zemeckis, 2000) ;
  • Deep Impact (Mimi Leder, 1997) ;
  • L’Expérience interdite (Joel Schumacher, 1990).

Quatre films pour cette deuxième partie d’hebdo qui a un score critique moyen de 6,2/10 et appréciatif de 7,5/10.


(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Vice Versa ; films 102 à 105 de 2018

c7r8*

Jeudi : Vice Versa 

(Pete Docter, 2015)

S’ils continuent comme ça chez Pixar, ils finiront par définir leur propre genre. J’ai utilisé récemment l’expression « chargé d’émotions » pour parler d’un film, mais y en a-t-il un auquel elle s’applique mieux ? Les émotions y sont carrément des personnages. Et cela présente plus d’avantages que ça n’en à l’air : comment blâmer les hauts et les bas si attendus d’une production américaine telle que celle-ci quand ils sont caractérisés littéralement par eux ? Les critiquer, c’est leur en vouloir, et boum, le film a rempli son office : faire ressentir au spectateur les mêmes émotions que celles qui traversent la vie de Riley, fillette protagoniste de sa propre vie imaginaire.

Le film a plus de faiblesses qu’un Wall-E mais moins qu’un Là-haut. Déjà, il a l’immense bonus de la simplicité ; la représentation des émotions en tant que personnages. Cela ouvre un monde immense où les dimensions sont très ouvertes, aussi bien topographiquement dans ce qu’on figure être le « cerveau » de Riley que dans le comportement des protagonistes. Et quel cerveau ! C’est tout un univers à découvrir, où tout est pensé avec une grande intelligence visuelle, et où l’on peut sentir les effets concrets de la consultation scientifique qui est allée de pair avec la production.

Il y a les inconvénients d’un drame un peu trop simple et trop profond – on sent que la dimension « réelle », où Riley et ses parents évoluent, a été un peu laissée de côté pour mieux soigner la dimension « émotionnelle ». Et même là, elle va un peu trop loin, cédant à une intellectualisation déjà bien avancée une sorte de facilité du film d’animation qui veut qu’un spécimen de la sorte soit toujours adressé aux enfants ; un cliché qui voit surtout le jour dans le personnage de Bingbong, qui, bien qu’indispensable, est encombrant.

[Spoiler] Vice Versa fonctionne toutefois complètement, ne serait-ce que pour le recyclage du modèle du happy end, là aussi effectué dans la simplicité ; qui dit « happy » dit « émotion », et on a tout loisir de la vivre de l’autre côté du miroir.

Le casting est juste, les proportions des deux mondes sont bonnes. Il est un peu dommage qu’une certaine hiérarchie soit sensible derrière les personnages, mais qui ne se les imaginera pas trotter dans sa propre tête après ce visionnage ? Poignant et réussi, l’œuvre tombe dans suffisamment peu de panneaux pour être qualifié de bonne.


c6r9*

Vendredi : Seul au monde

(Robert Zemeckis, 2000)

Après leur fabuleuse collaboration dans Forrest Gump, Tom Hanks et Robert Zemeckis devaient placer la barre très haut pour convaincre. Et histoire de ne pas s’auto-cliver, le réalisateur a choisi de couper son film en deux, un genre que je vais qualifier de split parce que pourquoi pas.

D’un côté du split, nous avons le grand Tom Hanks. De l’autre, il y a le grand Tom Hanks. Des rôles radicalement différents où il va savoir tout gérer, parce qu’il est Tom Hanks. J’ai rarement été autant convaincu par l’amitié d’un homme avec une balle de volley, pourtant cette histoire dans l’histoire, quoique puisse en faire penser mon commentaire, est déchirante. Il est un peu dommage que le côté survivor du film ne soit pas tout à fait à la hauteur de sa star. Il peine à percer du côté ensoleillé des nuages de son parachèvement, trop peureux peut-être.

[Spoiler fort] On est justifié dans ce sentiment par la toute fin du film qui est la négation de son moteur. C’est l’amour qui fait survivre le personnage de Tom Hanks sur son île déserte, pourtant il l’abandonne par résignation et la dernière image nous suggère qu’il va s’en reconstruire un. Sans parler de la mièvrerie de la manière dont c’est suggéré, on a envie de hurler « tout ça pour ça ? » et c’est tout à fait navrant. [Fin spoiler fort]

[Spoiler léger] Certains des éléments scénaristiques semblent aussi avoir été gérés sous analgésiques, dont le personnage aurait fait meilleur usage. On voit venir gros comme un paquebot que sa mauvaise dent va lui jouer un mauvais tour, et pour cause, on insiste longtemps dessus. Au final, elle sera utilisée avec molesse pour introduire un saut dans le temps de quatre ans (oui je sais, drôle de rapport) qui, quoiqu’inévitable, m’a littéralement fait sursauter sur mon siège. D’un autre côté, les blessures relativement graves dont il souffre ne posent même pas la question d’une guérison douteuse. [Fin spoiler léger]

Pourtant, l’immersion – sans mauvais jeu de mots – fonctionne parfaitement. La gestion « à l’américaine » du traitement du film lui permet de nous faire oublier qu’il est totalement dépourvu de musique pendant un grand moment, et c’est avec plaisir qu’on va recevoir son entrée. C’est du divertissement au quintal, sauf que sa nature split peut décevoir ceux qui préfèrent un côté à l’autre. Personnellement, j’ai eu du mal à tolérer la fin de son calvaire, et cela m’a confronté à l’échec du film quant à me faire éprouver de l’empathie pour son personnage – qu’heureusement j’ai ressentie à d’autres moments (parce que c’est Tom Hanks, je vous l’ai déjà dit ?). Au final, on peut louer la simplicité de l’histoire, dont la clé de voûte est la classe de la collaboration Hanks–Zemeckis ; on n’a pas l’impression de suivre les pérégrinations d’un héros à la Robinson Crusoé, mais juste les mésaventures extraordinaires et justement dosées d’un homme ordinaire.


c5r7*

Samedi : Deep Impact 

(Mimi Leder, 1997)

Deep Impact n’est pas connu pour être le film du siècle. Comme d’habitude, j’ai cherché à prendre le contrepied de la tendance. Et je n’y suis pas parvenu.

D’abord le film dérive trop de sa trajectoire. On sait de quoi on va parler, l’affiche et le titre nous le spoilent grandeur nature ou presque : l’impact d’un météore sur la Terre. Pourtant beaucoup de temps est perdu dans des dissertations politiques qui ne construisent rien dans l’intrigue. L’histoire qu’on attend est déclenchée par un Morgan Freeman en habit présidentiel qui se fait le porte-parole scientifique totalement dénué de tact du peuple américain. Des discours qui ne prennent pas en compte la réaction paniquée qu’on doit escompter, réaction qui par magie ne va d’ailleurs pas se produire.

Le peu de science-fiction qui est mis en scène est très sale, comme si l’humanité avait gagné d’un coup cinquante ans de technologie mais que ça n’avait aucune importance. Avec le vieillissement du film depuis 1998, ça fait un contraste bien dégueu. Les effets spéciaux sont très moches – ou alors il faut louer la beauté des comètes en carton –, sauf (heureusement) dans les scènes finales.

Le film a ses bons côtés qui le sauvent de la débâcle et en font un bon divertissement enrobé dans un emballage peu fameux. Il prépare très bien « l’après-impact », ce qui peut expliquer la faiblesse de sa première partie, et il gère bien le parallèle entre les médias (représentés par le personnage tout à fait agréable de Téa Leoni) et le direct. Comme c’est une histoire un peu scientifique, le spectateur ne dit pas non à quelques explications, et c’est une très bonne chose que les médias soient là pour les donner avec discrétion et parcimonie, même si ça n’empêche pas le personnage de Robert Duvall de jouer au vétéran radoteur et à la mitrailleuse à punchlines. Les médias ne sont pas non plus un moyen très neuf de faire passer la pilule. Mais bon, ça passe.


c7r6*

Dimanche : L’Expérience interdite 

(Joel Schumacher, 1990)

Ce que j’ai pensé de ce classique ? Qu’il faisait bien son âge, et je ne pense pas à mal en disant ça. Difficile de trouver un film plus typé des années 90. Les tronches, le propos, la colorimétrie… tout nous plonge dans ma décennie natale que j’ai si peu connue.

Et plus qu’un film de caractère, Flatliners est un film qui porte son caractère en lui, par le biais d’un casting tout à fait génial qui lui permet de construire des fondements très profonds et surtout très très psychologiques, de quoi nous attacher les pieds sur terre avant de nous secouer en tous sens. Les noms ne sont pas forcément gigantesques ; Julia Roberts et Kevin Bacon le sont (quoique pas la première à l’époque) mais on a Oliver Platt (dont le jeu est déjà conforme à celui qu’il aura dans 2012 en 2009), Kiefer Sutherland (dont l’ambiance du film est déjà conforme à celle qu’il connaîtra dans Dark City en 1998) et un Baldwin (le modèle William). Une équipe vraiment parfaite.

Le côté dark du film est un peu difficile à rationnaliser. Bien sûr, on peut simplement le mettre sur le compte du choix artistique, mais un choix est supposé avoir un sens, et je n’ai pas réussi à l’y trouver. Quelques fissures vont se révéler dans l’insistance (les personnages sont des chasseurs d’expérience de mort imminente et doivent pour cela frôler la mort à répétition, ce qui mine les fondements de l’histoire), mais c’est le même phénomène qui se produit lorsqu’on devient intime avec un ami. Et c’est bon signe que le film établisse une certaine intimité avec son spectateur.

Si le film est très bon, c’est aussi pour l’exploit qu’il accomplit dans la gestion de ses équilibres. L’introduction est toujours un passage à risques d’une œuvre, un canyon dangereux bloquant l’accès au désert du déroulement. Schumacher le franchit sans problème, pour le plus grand ravissement de moi. Il y a juste ce qu’il faut d’horreur – la dose était plaisante, à peine dérangeante.

Au final, une œuvre intelligente, bien goupillée, très bien pensée, portée par un casting de choix, qui prend des risques en transformant les expériences de mort imminente en images. Elle reste profondément cathartique (elle mérite une place dans le top 10, assurément) et manque juste un peu d’emphase pour le peps. J’approuve (au global).



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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