Avis lecture : Magnus Chase et les dieux d’Asgard (tomes 1 et 2)

 

Que pouvait-on attendre de Rick Riordan qui avait déjà écrit une série basée sur la mythologie grecque et une autre sur la mythologie romaine ? Du cent pour cents commercial. Et on n’est pas « déçu » puisque l’auteur reprend de manière encore plus visible les canons de son propre style, risquant par là même de ne plus être considéré comme chef de file de l’adaptation en roman jeunesse de la mythologie, mais comme créateur du riordanisme…

Il faut savoir reconnaître que l’auteur a trouvé un style bien à lui, qui fonctionne et qu’il sait perpétuer. Mais la perpétuation passe par la non adaptation. Le héros un peu nul, charrié par ses camarades, qui fait des vrais trucs de héros sans jamais accéder au respect, ça va bien un moment, mais trois séries plus tard, ça fatigue. En plus, ce livre a un défaut bien particulier : il y a trop de personnages ! C’est normal quand l’auteur explore le panthéon nordique – c’est ce qu’on attend de lui – mais il y a trop de protagonistes secondaires, mis là pour planter le décor des tomes suivants et dont on oublie un peu trop facilement qui ils sont. Cela oblige notamment à lire le livre d’une traite pour le suivre (pas en une session, mais quand même).

Autre chose que Riordan maîtrisait dans ses séries précédentes, c’était l’équilibre de ses éléments géographiques. Non content de donner du caractère à ses personnages, il en donnait à ses scènes, et l’on ressentait presque la température et les autres éléments du climat qui sont normalement hautement facultatifs. Chez Magnus, cela passerait encore si ce n’était pas clair, mais cela nous manque complètement. On s’imagine le soleil quand l’auteur nous dit qu’il neige, comme s’il partait du principe que c’était logique dans le monde des dieux nordiques, quand bien même il s’amuse lui-même à manipuler la météo dans les grandes largeurs.

Bref, en gros, Riordan nous force à la comparaison avec ses anciennes créations, ce qui ne peut pas donner un résultat autre que médiocre. Comparativement, s’entend. En fait, la maîtrise de l’auteur de son univers s’étend honorablement bien dans ses dimensions commerciales. Il ne faut pas oublier qu’on attend le divertissement de ce genre de bouquins (le genre « jeunesse » ne qualifie plus des romans pour les jeunes, mais plutôt des blockbusters où le réalisateur sait comment faire passer un bon moment à un lecteur de n’importe quel âge). Et distrayant, ça l’est carrément. L’histoire nous manque quand elle est finie.


Concernant le tome deux spécifiquement… J’avais fait une prédiction pour le renouvellement de l’écriture de Riordan : qu’il mélangerait les univers gréco-romain et scandinave. Mais je pensais parler de sa prochaine série, pas du prochain bouquin. C’est ce que l’auteur fait avec un personnage qui reste pour le moment très secondaire mais dont il ne manque pas de nous promettre l’apparition dans le troisième tome : nul autre que Percy Jackson.

Les faiblesses du renouvellement de l’auteur se font de plus en plus cruellement sentir, comme si la réussite inimitable et prometteuse de l’humour qu’il y emploie était le symptôme de sa noyade. On a surtout droit de se plaindre du modèle, qui, à moins de n’aimer que Rick Riordan et aucun autre auteur, a de quoi donner une indigestion scénaristique. L’homme est clairement un auteur capable, et il aurait justement été capable d’un peu plus d’audace, sans – je pense – décevoir son jeune public.

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