Cinébdo – 2018, N°17 (Les Chiens, Mon beau-père et nous, Astérix et les Indiens, Hold-up à la milanaise, Cœur de verre, Butterfly Ball)

Ce format consiste en une compilation de mes critiques sur les films que j’ai vus dans la semaine.

Dans l’hebdo de cette semaine :

  • Les Chiens (Alain Jessua, 1979),
  • Mon beau-père et nous (Paul Weitz, 2010),
  • Astérix et les Indiens (Gerhard Hahn, 1994),
  • Hold-up à la milanaise (Nanni Loy, 1959),
  • Cœur de verre (Werner Herzog, 1976),
  • Butterfly Ball (Tony Klinger, 1977).

Six films pour une notre critique moyenne de 4,5/10 et appréciative de 5,3/10. Beaucoup de hauts et de très bas… Ça ne peut pas être bien toutes les semaines, pas vrai ?


(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Cœur de verre ; films 93 à 98 de 2018

c8r6*

Lundi : Les Chiens 

(Alain Jessua, 1979)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Les Chiens ne sont pas un film fantastique. C’est un drame des plus ordinaires, et pourtant il s’assimile, sans qu’on sache trop pourquoi, au domaine du fantastique. En ça, le film rappelle énormément le style de Jean-Pierre Mocky, surtout dans Ville à vendre. Il fait pourtant bien attention de s’enfiler lui-même la camisole de force en s’obligeant à ne pas sortir d’une petite ville et de ses médias. C’est là encore très mockyen… Appelons donc cette ville Mockyville.

Mais la création d’Alain Jessua va encore plus loin en cela que c’est carrément une dystopie. Une dystopie qui porte sur une société où tout le monde a un chien… Et c’est aussi balèze que ça le semble au premier abord, notamment parce qu’on a aucune idée si l’œuvre naît dans un esprit cynophobe affirmé ou cynophile lucide. Elle vient en tout cas clairement d’un esprit cinéphile.

Il y a quelques erreurs dans la représentation des personnages, notamment celui de Victor Lanoux qu’il incarne pourtant avec sa prestance habituelle. Celui-ci est un nouvel arrivant dans Mockyville et il doit s’acclimater à une population qui va s’avérer douteuse et étrange. Il est docteur-inspecteur, quoiqu’il s’en défende. Et tout ça, c’est un filon déjà bien usé en l’année 1979. Le personnage de Nicole Calfan n’est guère mieux rodé ; violée, elle va jouer le traumatisme le temps d’une visite du bon docteur puis sautera du lit guillerette et déterminée à ne pas prendre de chien – car c’est là le nœud de l’histoire : tout le monde prend un chien pour se défendre du crime galopant. Puis, craignant une nouvelle agression, elle va changer d’avis quand bien même elle s’amourache dudit docteur qui, quant à lui, est strictement opposé à cette mode. C’est limite n’importe quoi. On peut mettre cette facilité du scénario sur son objectif, qui est de faire passer tous les gens pour des c**s, mais cela reste un peu faible.

Finalement, ceux qui jouent le mieux leur rôle sont les chiens eux-mêmes, même si l’on doit bien entendu louer l’énorme travail invisible des dresseurs. Les bêtes ne tournent pas que dans des scènes auxquelles leur dressage préalable les préparait. Ce sont des rôles durs, rendus avec une classe immense par la dévotion des acteurs. Chapeau à Calfan et Depardieu surtout, qui sont formidablement à l’aise dans le dressage fictif qu’ils font de leur animal. Non seulement Depardieu est génial dans son rôle d’entraîneur canin, mais il est bluffant lorsque les chiens s’acharnent sur sa veste d’entraînement.

[Spoiler] Mais l’intérêt des Chiens de Jessua ne s’arrête pas là, quoiqu’il s’en serait tiré là avec un résultat déjà honorable. En plus de tout cela, il y a une double morale, qui démarre de part et d’autre de la société. D’un côté, il y a les Noirs, qu’on ségrègue, et de l’autre les chiens, qu’on idolâtre. La mise en parallèle n’est pas neuve, mais l’intégration dans le petit monde politique de Mockyville est bonne. À la fin, une chasse à l’homme (par des chiens) se solde par la mort d’un homme, et on ne réalise pas tout de suite qu’il s’agit d’un meurtre, car cela ressemble tellement à un accident, et le spectateur a été tellement bien entraîné à y en voir un… Et ce meurtre remet tout à sa place : « il n’y a pas de mauvais chiens, juste des mauvais maîtres », nous dit-on. Cela active un mécanisme dans le scénario, comme pour aligner deux roues dentées : en quelque sorte, les Hommes sont des chiens, et les Noirs sont des Hommes…


c2r3*

Mardi : Mon beau-père et nous

(Paul Weitz, 2010)

« Thématique : Dustin Hoffman »*

On connaît le genre de la série de films « Mon beau-père ». Et il ne mérite guère d’être résumé autrement qu’en ces termes : une franchise qui se complaît dans la gêne sans jamais la ressentir elle-même. Dans les films précédents, ç’avait le mérite d’être articulé autour d’une découverte permanente. Dans celui-ci, il n’y a plus de découverte puisque le scénario commence à se reposer sur ses acquis. On ne peut pas légitimement parler de redite (encore que les personnages en sont, des redites) mais l’œuvre ne met même plus d’efforts (fussent-t-il douteux) dans le vaudeville, un genre qui l’aurait pas mal sauvée en l’occurrence. Les gags ne sont absolument plus reliés au scénario, flottant au-dessus des tuiles qu’ils composaient jadis. De Niro et Hoffman, qui jusqu’ici ressortaient dignifiés de la façon dont ils assumaient leurs rôles, ne paraissent plus à même de gérer la couche de crasse qu’on leur jette dessus. Stiller, n’en parlons pas, il est habitué. Bref, une distraction ratée, au mieux fadasse, qui hurle aux producteurs d’arrêter les frais.


c1r2*

Mercredi : Astérix et les Indiens

(Gerhard Hahn, 1994)

« Thématique : Astérix (animation) »*

Ne tergiversons pas : c’est la pire adaptation d’Astérix en long métrage. On sent venir l’arnaque grosse comme une hutte dès le début. Le doublage est abominable, laissant jusqu’à une seconde de mouvements de lèvres muets. On se rend vite compte aussi de l’absence totale de respect pour la BD, puisque le film massacre les expressions, exagère totalement les idées qui y étaient présentes et s’essaye à une créativité pseudo-goscinyenne en matière de dialogues comme de choses à montrer. La musique est horriblement hors de propos, le déroulé stupide fait passer les personnages pour des guignols et le scénario ne retire rien de ce qui rendait l’histoire crédible sous la main des créateurs d’Astérix. Tout à fait irregardable. Histoire de relativiser, citons quand même deux choses qui marchent (très) relativement bien : les dessins d’arrière-plan de l’Amérique et la séquence émotion soutenue par Bonnie Tyler près de la fin. Non qu’on ait le moindre indice quant à ce qu’elles font là toutes les deux.


c6r7*

Jeudi : Hold-up à la milanaise

(Nanni Loy, 1959)

« Thématique : langue italienne »*

C’est un bon minestrone qui se cache derrière ce titre en forme de recette. C’est une suite avant l’heure des suites (de Le Pigeon), c’est-à-dire une suite royale pour autant que tout n’est que repompé sur l’original et redistribué différemment. Cela présente l’avantage de donner au spectateur ce qu’il s’attend à voir, ainsi que l’inconvénient de ne pas se diversifier. Mais ici, ça ne compte même pas pour un défaut. L’œuvre de Loy est remplie de dialogues dont on perd une grande partie de la saveur à moins d’être bilingue, mais la peine de regarder la version originale, comme d’habitude, ne sera pas perdue. Si encore  c’est une peine.

L’intérêt des dialogues, c’est comme une épice dont on est bien en peine de mettre un nom dessus, mais qu’on sent indéniablement nous coller au palais. En parlant de palais, ce film en est un magnifique érigé à la gloire du burlesque. Aussi la chose est-elle typée, et il va falloir s’armer au préalable contre le rhythme effréné. Finalement, le seul ingrédient surnuméraire est la qualité des bandits que sont les personnages ; burlesques OK, mais de là à ce qu’ils abandonnent l’argent bêtement sur un banc ? Peut-être pas.


c9r6*

Vendredi : Cœur de verre 

(Werner Herzog, 1976)

« Thématique : langue allemande »*

Comme on dirait chez moi : ça y est, il y a p’té. Traduction : il semblerait que Herzog ait finalement décidé de donner tout à fait libre cours à l’expression de son moi. Quoiqu’il n’ait jamais été en reste avec ses précédentes productions, du reste. Son film Cœur de verre, à l’instar des premières créations de Buñuel, verse totalement dans le figuratif, comme s’il vidait plus que jamais l’abcès de son génie. À la manière de l’école allemande, il se plaît à glisser des textes poétiques dans ce petit monde qui sort pourtant de l’ordinaire : rural et médiéval, les gens y vivent dans des craintes primitives et surnaturelles et y vaquent à des occupations en deçà de la moyenne civilisée, puisque les petites gens sont des barbares et les bourgeois des faux nobles ou des fous.

Ce n’est peut-être pas un hasard si c’est une expression dialectale qui m’est venue à l’esprit pour entamer ma critique, car l’œuvre elle-même est assez typée dans ce sens. Elle n’est pas tournée dans un dialecte allemand à proprement parler, mais les accents sont forts (naturels ou forcés ?), ce qui, pour ceux qui ont la chance d’avoir cette sensibilité, participe grandement à l’ambiance. Pour pousser le raisonnement jusqu’à l’irrationnel – savoir que Herzog hypnotisait littéralement ses acteurs me dédouanera de cette audace —, cela pourrait même constituer une sorte de cohérence linguistique avec le propos du film. Attention, je suis en pleine interprétation, mais enfin, le film est fait pour ça, et il est tout à fait admirable à quel point le réalisateur se défait de repères élémentaires tels que la situation géographique ou la situation temporelle. Le décor fait penser au Moyen Âge, mais certaines lignes des personnages sont anachroniques, car il n’est pas compliqué de voir notre propre monde contemporain dans les prédictions du devin Hias.

Alors on sort du temps et de l’espace, on voit la représentation par le surnaturel, et non plus pour le surnaturel, du monde de nos ancêtres, ou bien l’on voit une dystopie d’un futur plus ou moins éloigné. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on n’est pas ici ni maintenant, et qu’on entre dans le monde véritable que Herzog nous a rendu commun au-delà du film, juste à temps pour se prendre la fin dans la figure et se dire que, décidément, c’était beau.


c1r8*

Samedi : Butterfly Ball

(Tony Klinger, 1977)

« Thématique : film musical »*

Il faut être clair sur la notion de film : ce truc, s’il doit être considéré comme tel, est absolument épouvantable. C’est surtout un concert filmé. Le concert en question est celui de Roger Glover et son album-concept The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast. On ne peut normalement pas critiquer la teneur cinématographique d’un concert, mais ça n’empêche pas les cadrages d’être affreux et le montage dégueu. Les coups de zoom sont ratés aussi. Dans le tout s’intercalent des plans filmés hors de la scène avec une mocheté répugnante. Les passants regardent la caméra comme is c’était un ovni, et pour cause, les déguisements que portent les « acteurs » devant elle sont abominables. Le seul truc bien du film est encore le mythique dessin animé de la chanson Love is all, encore qu’il est coupé à la sauvage de sorte qu’il n’a plus aucun sens au final. Et puis la chose illustre le pouvoir de la musique ; l’album est tellement bon que cela nous anesthésie contre l’horreur du tournage. 1/10 pour la critique, 8/10 pour l’appréciation.


 



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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