Cinébdo – 2018, N°15 (Last Chance for Love ; Astérix chez les Bretons ; La giusta distanza ; L’Énigme de Kaspar Hauser ; La Blonde ou la Rousse ; Tristana)

Dans l’hebdo de cette semaine : Last Chance for Love (Joel Hopkins, 2008), Astérix chez les Bretons (Pino Van Lamsweerde, 1986), La giusta distanza (Carlo Mazzacurati, 2007), L’Énigme de Kaspar Hauser (Werner Herzog, 1974), La Blonde ou la Rousse (George Sidney, 1957), Tristana (Luis Buñuel, 1970).

Un hebdo à six films avec un score critique moyen de 6,8/10 et un score appréciatif moyen de 6/10. Un aperçu assez plat mais une réalité faite de hauts et de bas.

(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : L’Énigme de Kaspar Hauser ;  films 80 à 85 de 2018

 


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Mardi : Last Chance for Love

(Joel Hopkins, 2008)

« Thématique : Dustin Hoffman »*

Les romances américaines font écho à Broadway ; deux genres au succès immortel et inchangeant. Mais ce n’est pas parce qu’ils en font un grand nombre que c’est simple, et il est bien possible qu’au contraire, ils en fassent un si grand nombre parce qu’ils peuvent se le permettre, aussi bien au niveau des moyens que de leur expertise en la matière.

Or Last Chance Harvey passe à côté de cette plaque. Il mise sur une collaboration américano-britannique dont les symboles se répercutent aisément au-delà du monde anglophone, ainsi que sur celle de Dustin Hoffman et Emma Thompson (reflet de la précédente) qui avait été du tonnerre deux ans auparavant dans Stranger than fiction. Peut-être que les promesses ont tué les promesses.

Les premières vingt minutes sont insupportables de gênance inutile et hagarde, comme si les personnages débarquaient sur le plateau sans avoir la moindre idée de ce qu’est un film. On ne s’expliquera pas mieux comment ni pourquoi la gênance en question passe, d’ailleurs. Le tout est accompagné d’une musique à pleurer, mais pas parce qu’elle est émouvante. Touchante, tout au plus, au premier regard, très vite agaçante et monotone. Cela témoigne d’une sorte de forçage de l’ambiance dans un concept de « l’amour à tout prix » où l’on a de la chance que Hoffman et Thompson arrivent réellement à faire fonctionner l’alchimie qui est celle de leurs personnages, ou la chose serait tombée bien bas.


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Mercredi : Astérix chez les Bretons

(Pino Van Lamsweerde, 1986)

« Thématique : Astérix (animation) »*

Ça y est, les adaptations d’Astérix en films d’animation ont achevé leur transitition vers une considération du support BD comme une source d’inspiration, large certes, plutôt qu’un script tout prêt. Il y a, pour la première fois dans le genre, un vrai travail d’adaptation. Résultat : soixante-quinze minutes sont un compromis parfait de durée, et le film est vraiment drôle, aussi bien pour ce qu’il conserve de l’œuvre originale que pour ce que l’animation et la créativité des auteurs a permis en plus. Il y a en revanche quelques soucis de synchronisation qui rendent peu honneur à l’année 1986.


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Jeudi : La giusta distanza

(Carlo Mazzacurati, 2007)

« Thématique : langue italienne »*

Il est parfois regrettable que le cinéma italien, fort d’une si grande richesse, se piège tout seul dans d’ennuyeux domaines de prédilection depuis quelques années. Journalisme, politique, meurtres qui tombent comme un capello sur la zuppa… Tout cela n’est bien entendu pas symptômatique d’un mauvais film, mais c’est suffisant pour se faire du connaisseur un ennemi. De plus, « la juste distance », justement, est totalement absente entre les éléments importants de son scénario. Il laisse le spectateur patauger longtemps dans des micro-histoires qu’il va avoir du mal à relier puis va peiner pour montrer ce qui est important et ce qui ne l’est pas.

L’histoire est une métaphore involontaire de journalisme dont elle se fait la correspondance ; une sorte de mosaïque bâclée de faits réels, qui dans la précipitation (fussé-ce celle de l’acteur ou du lecteur) sont rendus mal accentués et/ou mal remis dans leur contexte. Certaines parties se chevauchent avec d’autres (les relations mouvementées du personnage de Valentina Lodovini notamment, dont on a l’impression – même pas fausse – que tout homme se transforme en prédateur en sa présence) tandis que certaines sont éloignées (le même personnage est censé être professeur mais cet aspect pourtant prépondérant d’une vie – la profession – est presque complètement mis de côté) voire absentes (on n’a même pas d’indice propre quant à l’identité réelle de l’assassin).

Heureusement que l’Italie est talentueuse dans son malheur et que son expertise dans la création de telles ambiances est sans faille, au point qu’on a vite fait, par moments, d’éteindre son sens critique et d’apprécier l’image telle qu’elle est.


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Vendredi : L’énigme de Kaspar Hauser

(Werner Herzog, 1974)

« Thématique : langue allemande »*

Revenu d’horizons lointains (ayant tourné au Pérou) comme d’idées moins exotiques par l’endroit comme par la forme (Les Nains aussi ont commencé petit était tout à fait étrange), Herzog ne pouvait guère se permettre de perdre le rythme. Défi réussi avec Kaspar Hauser. Rarement un réalisateur aura mieux su mettre « à sa sauce » une histoire réelle.

Malgré les atours que le scénario arbore et qui peuvent nous laisser supposer cette nature originelle, l’histoire est tellement idiomodelée – et cela sans tricherie ou liberté d’adaptation – que c’en est presque invisible. Elle est comme un ballon rempli complètement d’une œuvre du septième art géniale, sans qu’il paraisse prêt à exploser ou que le film semble en dépendre comme d’un support. « Rien ne vit plus en moi que la vie », dit Kaspar… « Rien ne vit plus en mon film que l’histoire », pourrait en dire l’auteur. Comment croire que des personnages si éclatants de personnalité puissent avoir été vrais, ou être nés du glauque ? D’où les acteurs tirent-ils cette ferveur et ce naturel qu’on sent dans leur jeu ?

En tout cas, s’étant octroyée une belle marge de manœuvre, cette réussite générale n’a pas empêché le réalisateur de mettre sa griffe en supplément gratuit, ce cocasse un peu aigre et ces caméos adressés au connaisseur qui rendent certains passages normalement fades drôles et la fin normalement anonyme marquante.


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Samedi : La Blonde ou la Rousse

(George Sidney, 1957)

« Thématique : film musical »*

Vous pensiez encore me voir dire que les comédies musicales américaines sont incriticables car elles tournent toujours autour des mêmes standards et ne changent que dans les détails ? Perdu ! Pal Joey est insolent est pétillant, conforme à ce qu’on peut en attendre dans les grandes lignes mais complètement en contrepied des normes qu’on croyait immuables. D’une part, les décors ne se retranchent pas derrière des décors minimalistes dont la couleur, une semi-prouesse en 1957, accentue tout de même l’artificialité. En fait, Sidney ose même des raccords tout à fait aventureux, en plein mouvement, qui rendent bien à chaque fois. Cette audace se reflète un peu – on aurait aimé plus – dans l’irrespect des dimensions, puisque tout n’et pas théâtral de conception, et la réalisation n’hésite pas à filmer en extérieur parfois. Pas longtemps. Et d’autre part, le film bouscule pas mal les fondements moraux stricts de l’époque, érigeant des sex-symbols et ne faisant même pas mine d’atténuer ses penchants masculinistes pour la femme-objet. Quoique… Sinatra joue un personnage pour le moins déluré qui rend caduque cette tendance. Si le film était une personne, il nierait ses allusions d’un déni candide. Aucune candeur pourtant dans le degré de suggestion qu’il atteint.


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Dimanche : Tristana

(Luis Buñuel, 1970)

« Thématique : langue espagnole »*

Buñuel ne donne pas l’impression d’avoir jamais eu besoin de mûrir, pourtant il améliore perpétuellement certains détails de son style qui le rendent de plus en plus fidèle au domaine littéraire sans le désaisir de sa griffe. Aidé peut-être par le temps qui passe, ce sont ses personnages qui gagnent en finesse. Le temps passé à l’écran par certains d’entre eux est tel qu’ils deviennent des intimes du spectateur, bien que l’attachement ne soit pas une prérogative du réalisateur. Avec lui, il naît spontanément.

À chaque fois empreints de l’opinion forte et assumée de leur créateur, ses films gardent une trame revendicative reconnaissable entre toutes qui nous rappelle le désintéressement de l’homme dont aucune création n’a connu de succès tranquille. Quand c’étaient des amateurs d’art qui s’en décriaient, peu importait. Mais depuis quelques temps, c’est nul autre que Franco. Alors quand une histoire comme celle de Tristana est dévoilée à l’œil du monde, avec la prestance d’une Catherine Deneuve dont on a l’impression que la France n’a jamais bénéficié, et dont le doublage en espagnol n’entame presque en rien la présence, on ne peut qu’admirer la vie injectée dans les chapitres de l’histoire et la maîtrise de son flux par Buñuel, alors qu’ils sont si banals quand ils sont pris individuellement.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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