Cinébdo – 2018, N°12 (The Holiday ; Astérix et Cléopâtre ; Tale of Tales ; Aguirre, la colère de Dieu ; Dirty Dancing 2 ; Moon)

Dans l’hebdo de cette semaine : The Holiday (Nancy Meyers, 2006), Astérix et Cléopâtre (René Goscinny, Albert Uderzo, 1968), Tale of Tales (Matteo Garrone, 2015), Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog, 1972), Dirty Dancing 2 (Guy Ferland, 2004), Moon (Duncan Jones, 2009).

Un hebdo à six films au score mitigé voire mauvais, ce qui est toutefois compensé par la petite perle du vendredi..

(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression de ne pas être seul. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », laissez un commentaire, voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Aguirre, la colère de Dieu ; films 62 à 67 de 2018

 

c7r6*

Mardi : The Holiday

(Nancy Meyers, 2006)

« Thématique : Dustin Hoffman »*

The Holiday est une romance. C’est un jeu de « quit ou double » qui se donne un bon paquet de cartes gagnantes : Kate Winslet, Cameron Diaz, Jude Law, Jack Black, Hans Zimmer, le tout aux mains d’une réalisatrice à l’expérience jeune mais habituée du genre. Quels que soient les risques de l’abus de confiance en tellement d’as en leur domaine, la partie était gagnée d’avance, et c’est avec plaisir qu’on découvrira qu’il s’agit en plus d’une belle victoire.

Il ne faut pas attendre du scénario qu’il sorte des gonds de ses standards, mais il fait montre d’une harmonie simple présentant la particularité de ne pas balayer un ensemble ni de se montrer perfectionniste : l’histoire couvre des recoins, si bien que beaucoup de ses possibilités sont utilisées, même si c’est sans fignolage ; après tout, cent-quarante minutes, c’est déjà un bon métrage. Le reproche qui peut naître de ce traitement, toutefois, est celui qu’on peut porter aux deux couples (Black + Winslet et Diaz + Law) ; malgré les acteurs qui sont de toute évidence choisis avant tout pour leur personnalité, les protagonistes, bizarrement, ressemblent beaucoup les uns aux autres, et « fadifient » les interpréteurs, qu’on ne peut plus alors séparer que par leur décor, somme toute graphiques et simples, stéréotypiques même (la comparaison du milieu américain avec le milieu britannique est un concept purement anglophone).

Mais, plus qu’un film romantique, c’est un film d’amour : amical, fratrial, filial, couplaire, anonyme, avoué, caché, assumé, honteux. Et cette diversité couronnée de succès par des moyens divers (musique, jeu d’acteurs, situations…) participe de beaucoup à son score.


c4r5*

Mercredi : Astérix et Cléopâtre

(René Goscinny, Albert Uderzo, 1968)

« Thématique : Astérix »*

Les Astérix animés ont décidément eu du mal à décoller. Cet opus est le premier qui soit réalisé en collaboration avec les auteurs, et n’est qu’un autoplagiat du monde de la BD à celui de l’animation. Le résultat dure soixante-dix petites minutes qui semblent en durer le double, encore que deux pauvres numéros musicaux tiennent le rôle du bouche-trou. D’ailleurs ceux-ci sont assez idiots, et mettent en scène des animaux personnifiés qui sont complètement hors du contexte et de l’âme d’Astérix. Rien dans quoi puiser des excuses pour les doublages et effets sonores à côté de la plaque – pourtant c’est le gros plus par rapport à la BD.


c5r5*

Jeudi : Tale of Tales

(Matteo Garrone, 2015)

« Hors-thématique »*

En sa qualité de tentative de blockbuster non-hollywoodien, Tale of Tales a beaucoup attiré les regards. Italien dans l’âme mais citoyen du monde commercial, qu’est-il au juste ? Original, en théorie, mais il a de la peine à se démarquer des univers similaires qui sont plus qu’une inspiration pour lui, et il pâtit à clarifier son objectif derrière les espèces de sketches qui le composent. En parlant de composition, Alexandre Desplat assure, mais il est un peu tout seul à assurer l’ambiance.

En fait, le film n’a d’égal en lui-même que de sa maîtrise graphique, encore que le traitement cinématographique imposé aux paysages est assez échantillonné, et sert de transitions plus que d’ingrédient. On serait par ailleurs ravi de noter d’apparents anachronismes comme le scaphandre, ou la simple existence de créatures fantastiques, si la justification de leur présence par le fait qu’il s’agit d’un monde imaginaire n’était pas bizarrement contrebalancée par la coexistence des langues italienne et russe avec l’anglais, sans compter que le domaine fantastique en question n’est dosé ni pour être un élément du décor ni un outil de distraction adressé au spectateur.

Toutes ces choses devraient être des détails aisément noyés par la réalisation d’une incontestable beauté, mais elles contribuent à faire du mystère, un allié habituel du genre, un fléau pour la suspension de l’incrédulité.


c10r7*

Vendredi : Aguirre, la colère de Dieu

(Werner Herzog, 1972)

« Thématique : langue allemande »*

Au visionnage de ce film, on se doute que le tournage a dû être périlleux. C’est un euphémisme. Il s’agit de la première collaboration de Werner Herzog avec Klaus Kinski et cela signe aussi le début des violentes hostilités entre les deux hommes. Tourné sur location dans la jungle péruvienne, il a mis l’équipe à la merci du climat, alors qu’elle était confinée sur des radeaux au confort spartiate. Attaques de fourmis, morsures de singes, Kinski qui décide de tirer quelques cartouches sur une hutte où l’équipe passe la nuit « trop bruyamment », orages, inondations… Il y a vraiment de quoi parler du tournage autant que du film. Parce que ces anecdotes sont le film.

Le film, justement, est déjà suffisamment impressionnant tel que le spectateur inculte peut en juger. Avec les petits moyens de sa petite caméra, Herzog capte des diaporamas épatants dont aucun studio ne saurait recréer l’humidité si épaisse qu’elle traverse l’écran pour recouvrir notre peau. On en sursauterait presque, craignant d’avoir senti un moustique nous piquer en dépit de notre confort de cinéphile, ou l’eau à nos pieds. On peut douter que la mise en conditions réelles soit un moyen d’accentuer efficacement le réalisme d’une œuvre, mais celle-ci nous montre que ça peut valoir le coup. Pour le résultat magique, le jugement politique discret porté par l’histoire sur l’Histoire, et pour les difficultés que représentent ce qu’on a déjà dit, mais aussi l’obligation de tourner dans l’ordre chronologique, soumis de la rivière, ce film mérite le rang de chef-d’œuvre.


c4r6*

Samedi : Dirty Dancing 2 / Dirty Dancing: Havana Nights 

(Guy Ferland, 2004)

« Thématique : film musical »*

Les cinéphiles le savent, les titres connus affublés d’un sous-titre n’augurent jamais rien de bon. En vérité, il y a du bon dans ce reboot, mais sans qu’il soit bon. C’est une idée risquée, déjà, de placer l’histoire en 1958 quand DD prenait place en 1963. On met d’ailleurs trop de temps à être sûr de la date, et le retour de Patrick Swayze en cette sorte de très gros caméo préquellaire tombe comme un soufflé sur la soupe.

Après, la danse est un thème inusable, et on sent venir un final assez binaire : ou bien il sera plat, ou bien original, car il n’y a aucun rebondissement scénaristique sur sa route. Ah si, il y en a un au tout dernier moment, qui… annule le final. De quoi se faire beaucoup d’ennemis chez les fans de danse et du premier film. Ce n’est pas qu’un film de danse ; comme on le sait, c’est aussi une romance. On devrait pouvoir compter sur la réussite de cet aspect secondaire pour compenser le score dans la catégorie « bonne suite ». Raté.

Pré-conclusion : cette chose n’est pas une suite de Dirty Dancing. Si on tient à ce qu’elle en soit une, alors elle est mauvaise. Dommage, car Havana Nights avait su trouver son propre caractère, et c’est ce qui sauve la face – l’ambiance surtout : c’est un film de relations entre les personnages. Le jeune couple met longtemps à convaincre, mais à défaut de le trouver génial, il est facile de le trouver mignon, et le duo Sela Ward + John Slattery témoigne d’un rodage pile dans l’optique du résultat escompté qui rejaillit même sur la moins méritante Mika Boorem.

Une suite, non. Un bon film non plus, mais tolérable en standalone.


c6r6*

Dimanche : Moon

(Duncan Jones, 2009)

« Hors-thématique »*

[Spoiler] Moon… Le film de SF qui part très humblement d’une idée simple et intimiste. Cinq millions de dollars en poche, Duncan Jones en fait son premier film, et il arrive même à avoir Kevin Spacey au doublage. Et puis pour une fois que Sam Rockwell tient le rôle principal…

Au début, le résultat tient ses promesses. Quelles promesses, d’ailleurs ? Soyons franc, la première moitié est une réussite sortie de nulle part, que Jones déterre de son talent avec les dents. Les effets spéciaux sont décents, Rockwell fait son boulot, et l’inspiration prise à 2001 est intelligente, quoiqu’elle témoigne de l’immaturité du réalisateur – qui d’autre part aurait pu être bien pire.

Pour une base lunaire à petit budget, c’est clairement bien foutu, et l’on appréciera les transitions qui donnent l’impression de coller au rythme de vie du personnage. Il y a aussi un traitement intéressant des indices, car le scénario ne cherche pas à faire se tromper le spectateur, et lui donne tous les éléments pour comprendre ce qu’il se passe. Être rodé au mystère de mille films peut desservir au visionnage de celui-ci, car contrairement aux standards, tout ce qui va se produire n’est pas tu ni caché à l’avance.

C’est difficile à croire mais Moon se laisse emporter parce ce qu’il a de cool. Une erreur à laquelle on croirait que les débutants réalisateurs sont immunisés. Quand il est révélé que les clones sont la pièce manquante du puzzle, le tout reste cohérent un moment ; l’aspect psychologique est moyennement soigné, et d’autoriser le même personnage à apparaître deux fois dans la même scène laisse voir des coutures très mal détourées, qui contrastent caricaturalement avec la précision géniale du scénario. Mais ça tient. Jusqu’au moment mystérieux où l’ambiance change complètement, et passe de l’audace plaisante d’un H2G2 (Garth Jennings, 2005) à la morgue un peu écœurante d’un Mission to Mars (Brian de Palma, 2000). Les décisions des personnages perdent de leur charme et la fin tape dans ce fouillis sans le réparer. C’est très dommage. 4/5 pour la première partie, 2/5 pour la deuxième.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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