Cinébdo – 2018, N°8 (Adieu Cuba, Quantum of Solace, Fortapàsc, Dersou Ouzala, Belle de jour)

Dans l’hebdo de cette semaine : Adieu Cuba (Andy Garcia, 2005), Quantum of Solace (Marc Forster, 2008), Fortapàsc (Marco Risi, 2009), Dersou Ouzala (Akira Kurosawa, 1975), Belle de jour (Luis Buñuel, 1967).

Deux trous dans une semaine qui a eu beaucoup de mal à démarrer mais qui s’est finie sur deux quasi-perles.

(J’écris par passion de l’écriture et de mes sujets, mais c’est encore mieux d’avoir l’impression d’être utile. Si vous aimez cet article, cliquez sur le bouton « j’aime », voire partagez si vous en avez envie. Sinon, vous pouvez juste lire, c’est bien aussi. Merci beaucoup !)


Image d’en-tête : Dersou Ouzala ; films 37 à 41 de 2018

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Mardi : Adieu Cuba

(Andy Garcia, 2005)

« Thématique : Dustin Hoffman »*

Adieu Cuba, c’est Andy Garcia qui rend hommage à son pays d’origine. C’est bancal dès le départ car l’anglais semble être la langue officielle de son Cuba, quoique l’espagnol soit parlé par bribes et incompris par des natifs de l’île. Ç’a rarement été un tel bazar linguistique chez Hollywood, fussé-ce pour une production américaine à la base, mais passons.

Si Dustin Hoffman tient la seconde place au générique et que son rôle ne dure même pas cinq minutes, c’est parce qu’il s’agit d’une création très égocentrique de Garcia : son pays, sa réalisation, son rôle, sa musique. Il est compétent mais pas assez pour occulter cette mauvaise impression, confortée par ailleurs.

Déjà, le scénario avance par petits bonds, comme propulsé par des capsules de bonnes idées tout juste bonnes à faire tenir l’histoire jusqu’au plan suivant. Il n’y a pas de rebondissement – en théorie, c’est normal puisque c’est un film historique, mais il prend suffisamment de liberté artistique (dans le façonnement notamment de la vague romance tramée au milieu mais aussi dans le tissage des ses personnages, un bon point pour le coup) pour qu’on puisse lui porter ce grief légitimement.

Résultat, l’histoire est une longue route pavée de pierres usées. Surtout qu’un détail choque : la musique – encombrante – est intégrée à la part de réalité historique d’une façon qui frise le mauvais goût, trahissant l’incapacité du réalisateur à faire un compromis efficace entre le divertissement et l’historique (au point que des personnages sont totalement inexpliqués, comme celui de Bill Murray dont le boulot est de glisser une vanne de temps en temps pour réveiller les spectateurs ennuyés). Cela a-t-il une utilité de mettre une musique joyeuse tandis que sur l’écran défilent des sévices révolutionnaires fictifs ou issus d’images d’archives ? Aucune. Et si c’est vraiment un hommage, c’est d’autant plus surprenant.


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Mercredi : Quantum of Solace

(Marc Forster, 2008)

« Thématique : Autour de James Bond »*

Encore un abus de confiance en soi ? Le « soi » ne qualifie plus une personne précise comme Albert Broccoli en son temps, mais toute une machinerie. Le réalisateur qui en est mis à la tête à cette occasion, Marc Forster, a joué la carte de l’action à tout prix, ce qui signifie de larges sacrifices dans la licence artistique ainsi que dans la clarté des plans.

C’est un euphémisme : les scènes sont en réalité incompréhensibles, et on ne laisse aucune liberté au spectateur de s’attarder sur les cascades ou les démolitions les plus impressionnantes. Heureusement qu’Internet est là pour nous apprendre que Daniel Craig s’est blessé trois fois sur le tournage, ou alors on n’aurait aucun moyen de s’imaginer sa complexité physique, tant le montage est fait de fragments aveugles et épileptiques.

C’est heureux que le casting fonctionne, parce qu’entre les personnages qui se contredisent eux-mêmes à quelques minutes d’intervalle et le sujet – la vengeance, ni plus ni moins -, il n’y a pas grand-chose à en retirer. Ah oui, j’oubliais : Bond déclare que les morts se fichent de la vengeance… Voilà quelque chose qu’ils auraient pu se dire avant de faire le film, cela nous aurait épargné l’embarras des paradoxes. Et c’est dommage d’avoir à parler comme ça du film car la matière technique est importante et le résultat graphique agréable… du moins ce qu’on peut en voir.


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Jeudi : Fortapàsc

(Marco Risi, 2009)

« Thématique : langue italienne »*

Ce film est une histoire vraie de la mafia napolitaine. Encore. Rien de nouveau sous le soleil italien dont l’éclairage va se faire selon un angle journalistique. On ne sait dire si les spécimens de cette niche cinématographique dénoncent ou acclament les sévices criminels, pour leur souci bien louable de réalisme par trop accompagné du sel d’un divertissement facile.

Au moins, ici, ne transparaît pas de plaisir particulier d’avoir su tourner des scènes de massacre et d’enquête policière. C’est un tribut décent donné par un acteur convaincant à son personnage, un journaliste bien réel tué en 1985, car ce serait être de mauvaise foi de prétendre que l’œuvre ne sait pas concilier l’hommage au narratif. En plus, c’est bien tourné, avec de l’astuce et de la fluidité.

Mais des liens sont bel et bien absents pour autant, notamment entre la trame et l’affectif (les personnages qui sont amis, amants ou proches d’autres personnages ne sortent pas d’une cage marquée « figurants émotionnels – pas très utiles »). On note aussi la volonté de faire du film une sorte d’ « autobiographie posthume » de Giancarlo Siani dont c’est l’histoire, en cela qu’il nous annonce ni une ni deux qu’il aurait choisi une autre chanson s’il avait su qu’il allait mourir dans les cinq minutes. Au moins la régie assume-t-elle d’emblée que la fin sera sans surprise, et – avec tout le respect dû aux choses de la mort – sans originalité.

Dans les autres aspects de cette « autobiographie », c’est une quête de vérité idéalisée dans le seul but de faire passer le journaliste pour un héros plutôt que pour l’instrument de la bonne volonté criminelle, tout comme les autorités passent pour l’instrument de leurs meurtres à force de les nettoyer sans pouvoir les empêcher à la source ; cette ironie-là est bien faite, mais c’est à peu près tout.


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Vendredi : Dersou Ouzala

(Akira Kurosawa, 1975)

« Thématique : langue russe »*

On ne peut guère sortir qu’ébahi du visionnage de Dersou Ouzala, tant est forte l’impression d’honnêteté qui s’en dégage. Le film est à l’image de son personnage, et il en partage d’ailleurs le nom : généreux et naïf dans son incompréhension de la violence et du mal dont il va être victime.

Difficile de ne pas penser au régime en place en URSS lors du tournage de cette chose, pesant sur l’art de tout le poids de ses contraintes idéologiques et logistiques ; c’est un miracle historique que cette œuvre ait surgi, frayant son chemin à travers les pressions pour déverser sa beauté sur les steppes. On doit peut-être ça au réalisateur japonais à qui les Soviétiques en mal d’art ont fait appel, et aux fragrances de l’esthétique nippone qui du coup habitent chaque plan et conviennent si bien aux décors naturels.

Un des personnages dit que l’homme ne peut rien contre les grandeurs de la nature ; cela donne presque envie de renâcler sur les triches visuelles mises en œuvre pour améliorer le rendu du vent, de la pluie ou des animaux, qui frisent respectivement le ventilateur, le tuyau d’arrosage et le montage à la machette… Mais le film est juste trop beau pour mériter ce genre de mesquineries. C’est un concentré grandeur nature d’ironies diverses ; topographier la Sibérie, se faire tuer par ce qu’on ignore, aimer un film d’une si extrême lenteur.



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Dimanche : Belle de jour

(Luis Buñuel, 1967)

« Thématique : Luis Buñuel »*

Cette fois-ci, Buñuel ne se trahit pas trop dans l’audace qu’il a de faire non seulement l’adaptation d’un livre mais avec en plus un traitement littéraire original insufflé par l’auteur. Et sans avoir lu le livre pour autant, il me semble que cette injection livresque est couronnée de succès pour autant que le réalisateur est concerné.

Il y a des liens rappelant une lecture, par exemple les flous dans les détails d’une histoire pourtant claire globalement, ou la fin qui reboucle avec différents autres moments de la narration tout en rappelant que les liens entretenus par le personnage de Catherine Deneuve entre les vices et la vertu transfigurent la séparation qu’elle fait de l’amour charnel et spirituel.

Si vous doutez de pouvoir ressentir tout ce que je viens de dire sans que l’interprétation entre en jeu, vous n’avez pas tort, puisque Buñuel lui-même ne comprend pas la fin du film… Mais c’est justement ce qui l’ouvre à l’interprétation.

De manière générale, voici une création sans fausse note là où il en faisait facilement, explorant la mode tenace de la prostitution parisienne au siècle dernier avec un casting épatant (Geneviève Page au sommet). Les reproches qu’on peut lui faire sont d’utiliser les protagonistes de manière intense et trop fugace avec du favoritisme envers les rôles principaux, tout comme certains objets psychologiques avec lesquels le scénario joue de manière partiale.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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