Cinébdo – 2018, N°7 (Mort d’un président, Cake, K.O., Suite armoricaine, Country Strong, Drôle de frimousse, District 9)

Dans l’hebdo de cette semaine : Mort d’un président (Pierre Aknine, 2011), Cake (Daniel Barnz, 2014), K.O. (Fabrice Gobert, 2017), Suite armoricaine (Pascale Breton, 2016), Country Strong (Shana Feste, 2010), Drôle de frimousse (Stanley Donen, 1957), District 9 (Neill Blomkamp, 2009).

Beaucoup de diversité pour une semaine hors-thématique très réussie… à une exception près.


Image d’en-tête : Country Strong ;  films 30 à 36 de 2018

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Lundi : Mort d’un président

(Pierre Aknine, 2011)

« Hors-thématique »*

Une incartade peu couronnée de succès dans le monde du téléfilm, puisque ce biopic axé sur les derniers mois de vie de Georges Pompidou déçoit (dans) tous les sens. C’est au global une vague tentative de compromis entre la façon américaine et un traitement bien franchouillard d’un sujet bien franchouillard, qui trouve son point de convergence dans une technique de caméra au point dont la médiocrité du rendu n’a d’égal que l’absence d’utilité.

Si les dialogues sont exceptionnellement bien écrits, ils sortent de la bouche d’acteurs choisis visiblement pour leur ressemblance physionomique avec leurs personnages (tout un tas de personnalités politiques françaises dont l’apparition est égrenée avec force ennuyeux sous-titres rappelant nom et fonction) plus que pour leur capacité à être convaincant, sauf pour Jean-François Balmer et Évelyne Buyle qui portent bien leur couple.


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Mardi : Cake

(Daniel Barnz, 2014)

« Hors-thématique »*

Jouer avec la douleur et la nature humaine quand elle est poussée à bout n’est pas le niveau 1 de l’art. Cake se lance dans cette entreprise avec une jolie préparation toutefois, ce qui lui évite toute débâcle. Quoique peu profond dans chacun des aspects explorés (on voit ainsi passer un amant et un fantôme et on ne peut guère réagir à leur apparition qu’avec un « gné » déconcerté), il est largement porté par Jennifer Anniston, visiblement ravie de sortir de son propre carcan de rôles prémâchés à bas coût, et qui offre du coup une grande performance psychologique et empathique. Ce n’est pas elle qu’il faut blâmer si tous les personnages, elle y compris, demeurent les figurants d’une psychose assez superficielle. Il n’y a peut-être pas grand-chose à se mettre sous la dent MAIS on ne reste pas pour autant sur sa faim.


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Mercredi : K.O.

(Fabrice Gobert, 2017)

« Hors-thématique »*

Fabrice Gobert avait déjà appâté les Américains entre 2012 et 2015 avec la série Les Revenants (6,8/10 selon les Français de SensCritique et 8,2/10 selon les Américains d’IMDb). En 2017, une sorte d’hommage (inconscient ?) leur est fait avec ce film dont le façonnement est étasunien à tous égards (oui, je viens d’utiliser un mot moche).

Drôle de hasard que les deux aggrégateurs précités s’accordent pour lui donner 5,5/10… Pourtant j’ai eu le sentiment d’être en présence d’une histoire sachant capturer toute l’essence du drame au sens littéral : un drame… un scénario où il se passe de mauvaises choses, comme toutes créées par un sort inévitable contre lequel il faut se rebeller. Et ce film le réussit très bien, quoique cela doive impliquer le personnage de Laurent Lafitte, qui tel un clone physique et comportemental d’Alexandre Astier déverse toute sa haine contre les choses… sauf qu’au moins Astier le fait avec intelligence. Lafitte campe un patron si confit de bêtise et de têtuté que c’en est fatigant et que sa rébellion, justement, est une mauvaise mayonnaise.

Mais bon, le parcours sur lequel il nous mène est bien rempli et pas d’embûches : il se passe toujours quelque chose, et si le temps d’une bonne demi-heure on a peur que le scénario drape sans jamais avoir vraiment su où aller, il n’y a pas de tête-à-queue et on ne perd jamais le fil. Donc bien.


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Jeudi : Suite armoricaine

(Pascale Breton, 2016)

« Hors-thématique »*

Une production d’envergure étonnante pour un drame français. De telle envergure en fait que cela le disqualifie de l’adjectif « normal ». Qu’est-ce que le normal ? Le film revêt trop d’habits pour laisser la liberté au spectateur de lui prêter un rôle : film universitaire dans l’âme (des deux côtés de la caméra), c’est aussi une tragédie classique à coups de coups durs, une plongée dans le patrimoine armoricain (ne lisez pas « américain » même si dans l’idée vous n’auriez pas tort !) où l’on sent que des détails tentent de pousser à leur avantage : la culture et la langue bretonnes sont des aspects dont on sent qu’ils ont été bridés, mais aussi, bizarrement, la pédagogie timide du personnage du professeur qui nous fascine par sa personnalité autant que par ses sujets pourtant hors-sujet à la base : la perspective et le symbolisme antique dans l’art… des réflexions apparemment inutiles qui trouvent toutefois un écho puisque l’œuvre n’est pas en reste pour semer quelques graines d’art elle-même.

Si les dialogues se veulent avant tout naturels – ce à quoi aident énormément les acteurs -, ils contiennent (comme quelques plans) de gros bouts de poésie. Tel un fruit d’une réflexion inédite, ce film n’est réellement contenu dans aucune des définitions que j’ai employées ou même lues ailleurs. Ayant souligné le doigté de la mise en scène – cette dernière, avec l’écriture, sont deux outils de pointe donnés gratuitement au visionneur pour créer ses propres parallèles, rapidement innombrables -, il ne reste plus qu’à dire deux choses : quand on fait un scénario non linéaire, il est préférable d’en avertir le spectateur (c’est heureusement sans trop de dommages) et… c’est trop long pour ce que c’est !


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Vendredi : Country Strong

(Shana Feste, 2010)

« Hors-thématique »*

L’Amérique et les films musicaux, c’est un livre en écriture permanente. Malgré l’épaisseur de cette bible culturelle, un îlot particulier y prospère : la musique country. Les films de cette branche se rapprochent des meilleurs exemplaires musicaux à portée plus générale (Rock of Ages etc.) mais ils ont toujours une saveur spéciale.

Donner du caractère à une telle œuvre n’est pas chose aisée, car les attentes sont très standardisées. Mais Country Strong a plusieurs particularités qui le rendent unique, mine de rien.

Au contraire de la plupart des œuvres à la gloire des USA en tant que pays des rêves éternellement réalisables, il n’hésite pas à créer de la douleur au cœur de son scénario. Une douleur durable, pénible, prégnante, mêlée à une peur qu’elle ne finisse pas que Gwyneth Paltrow incarne à la perfection. Une douleur qu’il faudrait spoiler pour donner une idée de sa force. Non que cela soit plaisant à la base, mais ça crée un équilibre qui l’est.

Les personnages sont modelés autour de la double performance du jeu et de la musique, et fonctionnent bien, quoiqu’on puisse sentir en eux, justement, l’étincelle trop brillante de la gloire américaine. Ils sont tous réussis sauf celui de Garrett Hedlund qui, malgré son charme, passe pour un superhéros banalement raté, incapable de porter toute la douceur, tout le talent et toute l’humilité dont on a voulu le doter.

C’est aussi un film qui matérialise d’une façon étonnamment nette la frontière entre vie privée et vie pulique chez ses vedettes fictives. Une légère instrumentalisation des médias et l’ambition – ou l’absence d’icelle – pose des jalons aisément reconnaissables pour le spectateur. Sans compter que les musiciens font preuve d’une présence discrète mais appuyée ; en country, ils sont les petites mains de la voix, la star, mais ici ils valent autant qu’elle.

Bref, un truc absolument pas décevant pour quinconque aime la country. C’est dégoulinant mais propre.


c5r6*

Samedi : Drôle de Frimousse

(Stanley Donen, 1957)

« Thématique : film musical »*

Ah, qu’ils étaient contents de leurs couleurs ! Tant et si bien que la figuration chromatique passe par tous les prétextes : portes peintes, mode du rose qui comme par hasard survient au tout début de l’histoire sans qu’on sache trop pourquoi, pièces remplies d’objets sans importance du moment qu’ils sont flashy… Une introduction qui empiète d’ailleurs tellement sur l’histoire qu’elle s’arrête assez vite après un dernier soubresaut sous la forme de plans arrêtés sur un instantané filtré… en couleurs. La seule réminiscence de ce thème sera la longue scène de la chambre noire – qui, comme on sait, est en fait rouge.

L’histoire tournerait pauvrement autour d’une simple bonne gestion de la personnalité candide d’Audrey Hepburn si on n’avait pas l’impression d’une sorte d’entrelacement entre des parties distinctement emboîtées au creux du script ; on sent clairement des ruptures dans l’humeur, à laquelle ces comédies n’accordent normalement pas d’importance. C’est un peu l’avènement de comédiens plus réalistes, où les larmes peuvent venir d’elles-mêmes dans les yeux ; un avènement que Fred Astaire, 58 ans et inchangé physiquement, honore de quelques pas moins gaillards que jadis.

Ces nouveautés tombent bien car il y a des choses à compenser. L’œuvre se veut une vision de Paris adressée aux Américains. Non contente d’avoir essuyé le climat tendu et pluvieux de la capitale, elle trouve pertinent de se moquer sans profondeur (et par les clichés) des us et des voitures français. D’ordinaire, les automobiles sont un sujet qui m’exaspère, mais la VELAM Isetta est iconique et il est déplorable de l’avoir bruitée comme ils l’ont fait. C’était peut-être marrant pour le public transatlantique, mais mauvais tout de même.


c1r2*

Dimanche : District 9

(Neill Blomkamp, 2009)

« Hors-thématique »*

J’ai trouvé exactement de quoi District 9 est le mélange : La Mouche et Starship Troopers. On démarre dans un ton documentaire, dont on va découvrir qu’il apporte une forte originalité et beaucoup d’immersivité à tout le premier tiers du film, qui porte sur l’éviction d’aliens. Cette formule permet de passer outre l’administratif et le militaire tout en rendant ces plans politiquement réalistes de façon poignante.

À ce stade du récit, la nervosité de l’acteur principal, Sharlto Copley, est contenue dans une bureaucratie de terrain ironique et intelligemment choquante, car sous des airs de rongeur (oui, ça me fait cette impression), il est un homme à l’esprit fort et qui sait appliquer ses connaissances. À ce stade aussi, les prémices de la comparaison avec La Mouche se font sentir : tout est organique, partout, écœurant dans les moindres recoins. Eeeet… c’est bien fait.

En parallèle de tout ça, un aspect intelligent est exploité : quand l’arrivée d’extraterrestres provoque le racisme chez les populations noires… une ironie hélas tellement bâclée qu’elle passe à peine pour une bonne idée. Et puis c’est la débâcle : Copley devient incontrôlable dans son rôle de fou lésé et appeuré, l’organique devient du gore gratuit, l’intrigue vidéoludique et violente. C’est une rupture énorme marquée par l’arrivée de la musique et signant la fin du documentaire. Le politique devient l’outil d’un nœud de l’histoire sans queue ni tête (pourquoi les scientifiques sont véreux, ça restera un mystère sans l’ombre d’une justification) et l’on débarque sur un terrain cahoteux pour arriver en première vitesse sur une fin sitcomesque et sans impact.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

2 commentaires

    • Quid ? Un message saccadé, sans fondement, qui est la copie d’un commentaire reçu de votre part il y a 19 jours ? Qu’est-ce que c’est que ces capsules publicitaires aussi pleines de courtes phrases que vides d’honnêteté ?

      Je suis navré d’avoir à vous adresser la parole ainsi, mais à moins d’avoir monstrueusement mal interprété vos intentions, je vous saurais gré de mettre un terme à ce procédé. La visibilité se mérite, ou se réclame avec respect et avec au moins la décence de croire à ce qu’on dit.

      Au revoir.

      J'aime

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