Cinébdo – 2018, N°6 (Barocco, Casino Royale, Les Fleurs du Soleil, Signes de Vie, Parade de printemps, L’Enfant sauvage)

Image d’en-tête : Les Fleurs du Soleil (photo de tournage !) ;  films 29 à 35 de 2018

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Lundi : Barocco

(André Téchiné, 1976)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Barocco est tel une rechute française vers l’avant-68, une mortification froide qui s’enferme dans le glauque comme en pâmoison devant les plus sombres années d’avant-guerre quand le pays adorait réaliser des ugly ends dégoulinants. Bon, la façon est beaucoup plus moderne et pimpantifiée par des acteurs d’un nouvel âge, Depardieu et Adjani, et plus colorée dans l’atmosphère, faisant plaisamment reculer des intervenants séculaires comme la police au rang d’ambianceurs discrets, mais le film ne semble pas avoir grand-chose à dire.

Il est très enfoncé dans différents milieux qu’il traite avec une ironie bienvenue (politique etc.) mais le résultat ne frappe que comme un vague succédané sans même de critique voire de véritable logique. Des moments fades se succèdent en se dirigeant vers une conclusion sans peps par des voies détournées sans intérêt ni dans les lignes, ni dans l’image, qui s’entête à se répéter dans des thèmes obsessionnels comme le changement de vêtements. Oui, c’est bizarre. Donc bof.


 


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Mercredi : Casino Royale

(Martin Campbell, 2006)

« Thématique : autour de James Bond »*

J’aurais voulu parler plus longuement de ce film mais j’y étais tellement absorbé que mon esprit critique a crié grâce et que je me suis contenté de le vivre. Casino Royale est la deuxième grande renaissance de la franchise James Bond, entre les cahots et la propulsion vers des tons – enfin – contemporains. Cassant de nombreux records (y compris de durée), il permet enfin à l’acteur principal d’intéresser les BAFTA avec sa nomination.

Mais trêve de présentations : Casino Royale est plaisant et convaincant tout du long de ses deux heures et demi. Les rôles sont musclés et bien dialogués, de sorte de donner deux jambes et un cerveau entier aux personnages, plutôt que des répliques fades basées sur des punchlines. On ne prend le spectateur ni pour un idiot ni pour un assoiffé de divertissement, et de ce fait ne fait pas de favoritisme déplacé, accentuant indifféremment la « classe » des films d’action et la psychologie bien imaginée autour de thèmes plus divers que le poker qui est central.

Le scénario ne régit pas un défilement d’images sans lien les unes avec les autres, mais bien une cohérence qui dépasse tout ce à quoi le spectateur lui-même peut penser. Quand on croit que c’est fini, l’histoire règle encore ses comptes pour notre plus grand plaisir. Bref, c’est une continuité parfaite, et finalement un parachèvement de la série.


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Jeudi : Les Fleurs du soleil 

(Vittorio De Sica, 1970)

« Thématique : langue italienne »*

Voici encore un film qui remet en question la vision qu’on peut avoir de l’URSS pendant la Guerre froide : un état froid, justement, dans tous les sens du terme, cynique et fasciste. Il y a forcément du vrai là-dedans, mais la surprise est grande quand cette production italienne en collaboration avec Mosfilm – les grands producteurs russes depuis 1920 – nous montrent des scènes impressionnantes tournées par les Russes pour les Italiens, et dépeignant une guerre qui n’est en rien avantageuse pour l’image de la Russie à l’étranger puisqu’ils sont représentés comme les cruels ennemis bénéficiant du climat glacial ayant raison des soldats russes, et qui par ailleurs contribue au fait que le front russe est une alternative à la cour martiale.

Bref, rien de valorisant pour les slaves ici, pourtant ils constituent une assez petite partie du film. Peut-être ont-ils accepté de jouer le jeu sur la base des efforts herculéens mis par les Italiens sur le scénario ; l’histoire a la bougeotte, la caméra aussi, et des plans ailés vont voler outre-terre jusqu’aux steppes quand ils n’effectuent pas des travellings ahurissants autour de quelque camion de déménagement ou ne se contentent d’être le moteur de l’ascenseur émotionnel à travers le temps autant que l’espace. Cette dimension éminemment géographique participe au charme immense de l’œuvre au moins autant que le couple super efficace de Mastroianni et Loren, surtout quand le jeu de cette dernière s’épure de ses gesticulations hystériques habituelles.


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Vendredi : Signes de vie

(Werner Herzog, 1968)

« Thématique : langue allemande »*

Le premier film de Werner Herzog vide apparemment son esprit d’une grosse envie de partager ce qu’il est à travers sa caméra ; comme l’indique le titre du premier film biographique à son sujet, « was ich bin, sind meine Filme » ; « je suis ce que sont mes films ». L’œuvre le prédestine déjà la mode documentaire qu’il reflète bien en laissant des scènes non simulées dans le montage final, où les locaux – les Grecs – amènent même à ajouter des sous-titres dans la version originale (des sous-titres pour les Allemands, donc).

Le régisseur aime aussi tourner avec la seule beauté d’un décor naturel ou peu aménagé. C’est du noir et blanc mais il va montrer au spectateur la couleur du sol sec et chaud, celle du sable omniprésent comme un acteur qui s’ignore, passant entre des mains ou foulé par des pieds enragés. Et c’est aussi un portrait d’hommes vrais, des personnages et non plus des personnes authentiques ainsi que susmentionnées ; des acteurs, certes, qui devant la caméra font semblant, mais le talent déjà évident de Herzog fait que cela revient du pareil au même. Le propos proposé par le titre ne semble que trop clair : n’est-on pas Homme à chacune de nos actions ?


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Samedi : Parade de printemps

(Charles Walters, 1948)

« Thématique : film musical »*

Un des premiers succès musicaux d’après-guerre, ainsi que la première collaboration entre Judy Garland et Fred Astaire. Une énième variation broadwayiforme mais une réussite dans son genre… comme souvent dans ces cas-là. Ce genre de films a très mal vieilli, et il est difficile d’aborder la performance artistique avec soixante-dix ans de décalage sans s’ennuyer sur la culture et les mœurs environnantes. Pourtant elle est énorme. Ces comédies musicales mettent autant l’accent sur la chorégraphie que sur le tournage, comme si l’œuvre faisait de DEUX pierres deux coups ; un travail monumental pour un résultat à la hauteur. Il est ainsi difficile d’être bon juge d’une mode si ancienne, mais on peut remarquer que le personnage d’Astaire est contrasté comme jamais, car il joue de manière sombre un homme arrogant sous ses manières d’acteur attrayant toujours si reconnaissables. On valide.


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Dimanche : L’Enfant sauvage

(François Truffaut, 1970)

« Hors-thématique »*

Ce film est parfois considéré comme l’œuvre majeure de Truffaut, où il retrace la partie la plus fameuse de la vie de Victor alias l’enfant sauvage de l’Aveyron. Il ne m’a pas – mais alors pas du tout – marqué comme tel.

Avec tout le respect dû aux textes scientifiques assez vieillots et sublimement écrits émaillant l’histoire (sont-ce ceux du véritable professeur Itard ?) ainsi que pour la musique très Nouvelle Vague dans son emploi, le film est pensé comme une liste des moments les plus forts dans l’éducation du garçon, sans cohérence ni suite logique. Le réalisateur a voulu presser le temps pour placer le plus possible d’iceux avec un lent doigté, mais il en résulte que le début est bâclé, la fin inexistante, et qu’au milieu il avoue presque un manque d’inspiration dans les transitions en utilisant à outrance la réduction circulaire du champ, dissimulant à peine que la scène suivante fait un bond scénaristique.

Cela tient au montage, qu’on peut aussi blâmer dans sa paresse à éviter certains raccords à grands coups de Skotch. Et puis le ton de voix monotone de Truffaut, s’il convient bien à la voix off, va avec son incapacité d’être convaincant en tant qu’acteur, malgré tous ses efforts pour camper un personnage du reste charmant. Non vraiment, son expertise ne se fait sentir que dans le tournage des plans champêtres.



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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