Les langues les plus faciles pour un francophone

Attention à la lecture de cet article : considérez bien que cet article est issu de mes connaissances et constituent (globalement) mon avis personnel. Par ailleurs, je ne parle ici que des langues naturelles (pas d’espéranto etc.) et officielles nationalement (pas d’occitan etc.). Enfin, gardez à l’esprit que le repère est le lecteur francophone ; la difficulté d’une langue ne peut être considérée qu’au regard de la langue maternelle de celui qui l’apprend.

Pour en savoir plus sur la façon dont je suis arrivé à ces résultats, je vous invite à voir cet article : Mesurer la difficulté des langues.

Le paramètre de distance lexicale m’est donné par l’image ci-dessus. Plus le nombre est bas, plus le vocabulaire de deux langues est similaire. Le paramètre de correspondance morphosyntaxique m’est donné par l’image ci-dessous dont j’ai comparé les couleurs en utilisant le delta E. Cliquez sur les images pour les agrandir.

Remarquez que les distances ne reflètent pas la difficulté intrinsèque des aspects d’une langue. C’est une comparaison du point de vue de la langue française, donc par définition relative.

La liste

1. L’italien (roman ; distance lexicale : 30 ; distance morphosyntaxique : 25, à mon avis : extrêmement facile)

Pas de doute, l’italien est la langue la plus facile pour un français. Les deux langues sont très proches l’une de l’autre au point qu’un Italien et un Français peuvent se comprendre sans avoir jamais réellement étudié la langue de l’autre. J’ai étudié activement l’italien pendant deux semaines tout au plus, pourtant j’en comprends les trois quarts à l’écrit et à l’oral, ce qui me suffit (malgré l’asymétrie compréhension ↔ expression) pour me faire comprendre dans des situations simples (et en version petit-nègre car j’ai une idée très vague des conjugaisons par exemple).

2. L’espagnol (roman ; distance lexicale : 41 ; distance morphosyntaxique : 23, à mon avis : plutôt facile)

Sans grande surprise, le deuxième cousin le plus proche du français est aussi en bonne place. On s’en éloigne de manière assez sensible toutefois, de sorte que l’emploi différent de certaines prépositions peut être assez troublant et freiner la compréhension et, partant, l’expression. Les faux amis peuvent aussi être un peu gênants. Mais c’est, comme l’anglais, une langue dont l’évolution n’a pas abîmé la logique.

3. L’anglais (germanique ; distance lexicale : 56 ; distance morphosyntaxique : 24, à mon avis : plutôt facile)

Oui, je considère l’anglais comme plutôt facile, et ce pour deux raisons.

Première raison : l’anglais est une langue objectivement simple – la seconde langue germanique la plus simplifiée après le néerlandais – à cause des contacts avec le vieux norrois aux VIIIème et IXème siècles puis avec le normand au XIème siècle. Entre autres échanges, ils ont tous deux conduit à une simplification réconciliatrice de la grammaire de l’une avec la grammaire des autres.

Deuxième raison : il faut garder à l’esprit que l’Angleterre partage une immense part de son histoire avec la France ; les échanges continus inaugurés par les invasions normandes en 1066 ont amené la langue anglaise à adopter beaucoup de mots continentaux. Par ailleurs, la francophilie bourgeoise européenne à la Renaissance a renforcé cette influence, et aussi celle du latin.

Il résulte de ces quelques lignes d’Histoire que 29% du vocabulaire anglais vient du français, et 29% autres pourcents du latin, ce qui signifie que plus de la moitié du vocabulaire anglais est potentiellement directement intelligible par un francophone. Ajoutez à cela la logique implacable de la grammaire, et il n’y a plus que deux pièges : son orthographe étymologique piégeuse et très difficile à mémoriser, et la complexité nouvellée née de l’unicité de la langue. Mais non, l’anglais n’est pas difficile pour un francophone.

4. Le portugais (roman, distance lexicale : 39 ; distance morphosyntaxique : 17, à mon avis : relativement facile)

Le portugais et l’espagnol sont des cousins plus proches encore que le français et l’italien. Par conséquent, ils devraient être à peu près également faciles à aborder pour un francophone. Mais ce serait sans compter sur deux éléments cruciaux : d’abord, le portugais le plus parlé dans le monde est le portugais brésilien, et de loin (200 millions de locuteurs contre 10 millions au Portugal). Or, c’est le portugais continental (le moins parlé) qui est le plus proche du français. Ensuite, un francophone est rarement mis en contact avec le monde lusophone. Il connaît généralement quelques mots ou phrases en espagnol… mais pas en portugais.

5. Le roumain (roman, distance lexicale : 55 ; distance morphosyntaxique : 38, à mon avis : vaguement difficile)

On reste dans une facilité d’apprentissage relative avec le roumain, qui est une langue romane aussi. Mais c’est une langue qui est en-dehors du continuum hispano-franco-italien, ce qui la rend plus compliquée à aborder, voire méconnaissable. On remarquera que le vocabulaire diffère de façon quasiment égale entre les relations français↔anglais et français↔roumain ; si l’on doit la première à l’emprunt par l’anglais de mots français, on doit la seconde au puisement du roumain dans les langues slaves surtout, mais aussi dans toutes les langues très diversifiées qui l’entourent. La parenté avec le latin aidera quand même à l’apprentissage de cet idiome, malgré l’existence de quelques déclinaisons et pluriels irréguliers entre autres.

6. Le néerlandais (germanique, distance lexicale : 77 ; distance morphosyntaxique : 32, à mon avis : vaguement difficile)

On sort définitivement des langues romanes en passant au néerlandais. C’est la langue germanique la plus simplifiée depuis le proto-germanique ; une langue simple dans l’absolu. En revanche, on entre dans un vocabulaire très peu apparenté au français et dans une grammaire un peu plus archaïque, ce qui signifie que la connaissance de la grammaire française va beaucoup moins aider que dans l’apprentissage de l’anglais par exemple.

7. L’allemand (germanique, distance lexicale : 98 ; distance morphosyntaxique : 56, à mon avis : plutôt difficile)

Le français a beau avoir hérité de la prononciation allemande, l’allemand a plus été influencé par le français que l’inverse. Et ce n’est pas pour rien si l’allemand est, selon l’imaginaire collectif, au cœur des langues germaniques. Berceau géographique de l’idiome et résidence de 16% des locuteurs de langues germaniques (54% si on enlève la plus basse estimation du nombre de locuteurs de l’anglais !), l’Allemagne a la deuxième langue germanique nationale la moins simplifiée après l’islandais. Elle a gardé un joli lot de déclinaisons, d’irrégularités, de pluriels différents etc., et son vocabulaire s’est très peu romanisé comparé à l’anglais. Mais bon, elle reste une langue raisonnablement proche du français dans son fonctionnement global.

8. Le grec (moderne) (hellénique, distance lexicale : 78 ; distance morphosyntaxique : 90, à mon avis : assez difficile)

Surpris(e) de voir le grec dans le top ~10 des langues les plus faciles pour un francophone ? Pourtant, le grec est intimement lié aux langues romanes. Une énorme partie du vocabulaire français est hérité du grec (jusqu’à 25% de façon directe ou indirecte – via le latin par exemple), et c’est un atout gigantesque de l’apprentissage de cette langue car ce vocabulaire touche facilement aux bases de la grammaire, au point que certaines phrases sonnent espagnoles par moments et sont facilement compréhensibles avec peu de connaissances. En plus, les mots sont très faciles à séparer à l’oral. Par contre, c’est aussi une langue très archaïque, qui a remarquablement peu changé en trois mille ans. Elle a conservé des déclinaisons selon différentes classes (vous comprendrez « première déclinaison », « deuxième déclinaison » etc. si vous avez fait du latin ou du grec ancien) et cela peut représenter quelques difficultés.

9. Les langues scandinaves (germaniques, à mon avis : assez difficiles)

Oui, je fais un « pack ». Si un locuteur de langue scandinave passe par ici, je m’excuse déjà de dire ceci : les langues scandinaves sont très proches les unes des autres pour un locuteur qui ne les connaît pas. Je serai, par contre, le premier à reconnaître qu’elles sont très différentes dès qu’on y met le nez dedans. Si je les groupe, c’est surtout parce que leur difficulté commune pour un francophone est quasiment la même. Je les liste ci-dessous pour les précisions. Par contre, ce que les données ne reflètent pas, c’est que l’islandais fait exception car c’est la langue germanique la plus archaïque de toutes, et pour cette raison, elle a subi très peu de simplifications ; sa grammaire est réputée pour être encore très complexe.

On entre également dans le monde du vocabulaire germanique dans sa plus pure perfection, et dans celui des déclinaisons selon un modèle toutefois plus simple qu’en allemand.

  • Suédois : distance lexicale : 161 ; distance morphosyntaxique : 44 ;
  • norvégien : distance lexicale : 147 ; distance morphosyntaxique : 82 ;
  • danois ; distance lexicale : 147 ; distance morphosyntaxique : 67 ;
  • islandais : distance lexicale : 140 ; distance morphosyntaxique : 68 (difficile !).

Conclusion

Gardez à l’esprit la relativité ! La langue la plus facile pour un anglophone ou un germanophone serait le néerlandais, tandis que pour un hispanophone ce serait le portugais. Vous pouvez aussi lire mon article Les langues les plus difficiles pour un francophone pour découvrir pourquoi une telle liste est difficile à dresser.

En tout cas, j’espère que mon article vous aura été utile. Merci de votre lecture, et n’hésitez pas à commenter ou juste liker ; un seul clic pour me donner l’impression d’être utile, ça vaut le coup, non ?

Sources

18 commentaires

  1. J’ai fait des études de linguistique, en me concentrant surtout sur l’anglais. J’ai aussi étudié l’espagnol pendant pas mal d’années, et l’allemand pendant quelques mois. Pour m’amuser, j’ai travaillé l’italien, le portugais, le tchèque, et l’islandais. Bref, tout ça pour dire que, en tant que francophone qui a déjà travaillé une partie des langues que tu présentes, je peux me permettre d’être d’accord avec ton classement.

    Je pense que l’ordre pourrait différer si tu incluais d’autres facteurs : parce qu’apprendre une langue, c’est aussi s’immerger dans celle-ci. Ainsi, avec un facteur de type « présence de la langue dans le monde francophone », l’anglais prendrait peut-être la première place. Tu vois ce que je veux dire ?

    Super article en tout cas !

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    • C’est génial d’avoir un retour positif par un spécialiste en la matière !

      Pour le facteur de l’omniprésence, je suis d’accord qu’il peut importer de manière relative (il joue d’ailleurs dans le si mauvais classement du portugais), mais il n’agira pas sur la difficulté intrinsèque (absolue) de la langue. Et, en tant que passionné de langues, je ne voulais pas mettre l’absolu de côté, ç’aurait été bidon.

      Aimé par 2 personnes

      • Je te comprends. Je me suis spécialisé en socio-phonologie, donc le côté social m’intéresse énormément. Et puis, en tant que prof, je me rends compte du nombre de facteurs extérieurs qui influencent les apprentissages.
        Je pense toutefois que tu as raison de ne considérer que la difficultés absolue des langues, ton article étant à visée générale.

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  2. Encore une fois, j’apprends beaucoup sur ce blog. Alors si cela peut te rassurer, bien sûr que si, ton travail est très utile ! Pour ma part, je ne suis pas très forte en langue. Mais j’ai toujours aimé étudier l’espagnol.
    J’ai récemment pu perfectionner cette langue en rencontrant mon copain qui est de Seville.
    Je lutte depuis des années avec l’anglais qui m’a toujours paru compliqué car, en plus de toutes tes sources, je pense qu’une des principales difficultés dans l’apprentissage des langues par des français, est l’enseignement. Les outils et les personnes aptes à nous les enseigner ont été quelque peu « défaillant » pour ma part, surtout avec l’anglais.
    Par ailleurs, étant en ce moment en voyage, je traverse une bonne partie des côtes italiennes. Afin de me familiariser avec la langue, j’ai rapidement appris quelques mots de vocabulaire et le fonctionnement de l’italien. Tu as raison, cette langue est très accessible pour un français. Elle demande du travail mais je crois qu’en effet, un italien et un français parlant lentement et simplement peuvent se comprendre. Je discute souvent en espagnol avec une italienne. Nous rigolons souvent de la proximité de nos vocabulaires respectifs.
    Merci pour cet article très intéressant.
    Milie

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  3. Un très bon article de ta part, Ivan 😉 ayant fait des études dans le domaine, je suis entièrement d’accord. J’ajouterais que la «facilité» ou non à apprendre une langue dépend également de ce qu’on souhaite en faire. Celui qui souhaite très bien maîtriser la langue de Cervantès, au point de lire de la littérature classique et d’en faire une dissertation par exemple, se rendra compte qu’elle comporte des difficultés demandant une certaine rigueur: on tombe rapidement sur des tas de mots n’ayant aucun cognat en français, empruntés à l’arabe ou bien à l’ibère, on doit se faire aux expressions et autres locutions figées, on tombe sur des règles grammaticales inexistantes ou obsolètes en français (les structures du type «seguir» + participe présent, la formation d’une hypothétique à l’aide du fameux imparfait du subjonctif !)… C’est aussi une question de registre: un hispanophone qui traite essentiellement un langage de spécialité juridique ou médical, trouvera certainement ça plus dur qu’un anglophone au même niveau mais qui reste dans un registre de langue banal.

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  4. Hyper-intéressant ! Ma fille qui a fait des études d’allemand (et qui parle aussi l’anglais) sera ravie d’apprendre qu’elle a appris une langue plutôt difficile. 🙂
    Mon côté un peu paresseux m’invite à me mettre au plus vite à l’italien. Tiens, je vais commencer par e commander une pizza pour me mettre dans le bain. 😉

    Merci

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  5. Bravo pour cet article, qui me semble très pertinent et cohérent avec ma propre expérience.
    J’aimerais savoir (si tu as des connaissances en la matière) comment tu classerais des langues non indo-européenes dans cette liste, comme l’arabe, le mandarin, le coréen ou le japonais. Est-ce qu’elles sont toutes forcément plus difficiles que les langues de cette liste du fait de la distance lexicale? Il me semble que le japonais et le mandarin sont hors catégorie à cause de la difficulté d’apprendre les signes chinois mais qu’en est-il pour le coréen et l’arabe?

    Aimé par 1 personne

    • Je ne suis pas très au fait du fonctionnement de ces langues, mais il existe un principe de base que je peux te citer : « moins une langue est comparable à sa langue maternelle, plus elle est compliquée ». Donc, en théorie, toute langue non indo-européenne est plus difficile pour un francophone qu’une langue indo-européenne.

      Je te conseille de suivre mon blog dans les prochains jours car je suis en train d’écrire un article sur les langues les plus difficiles… malgré ma décision initiale de ne pas le faire. Je pense le publier jeudi et je suis sûr que ça répondra mieux à tes questions que cette réponse ! J’y expliquerai notamment pourquoi une telle liste est difficile – sinon impossible – à dresser.

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      • D’accord, j’ai hâte de lire ce nouvel article. Je posais cette question parce que je pensais qu’une langue au lexique totalement différent du français mais avec une syntaxe (ou une grammaire, je ne suis pas sûr de connaître la différence) très simple pouvait être plus facile à apprendre qu’une langue ayant une proximité lexicale mais à la syntaxe ardue (comme l’Allemand). Mais j’ai compris que tu n’es pas de cette avis.

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      • Je dirais que la grammaire est toujours plus complexe ; après tout, même les formes d’un nom sont de la grammaire. Le vocabulaire, c’est une liste de mots, il y en a forcément beaucoup et ils sont généralement aussi difficiles à retenir quelle que soit la langue… Sauf dans des cas que je peux citer de ma propre expérience où certaines langues donnent des mots qui semblent se prêter à la mnémotechnie (grec) quand c’est l’inverse pour d’autres (russe, turc). Mais là comme partout, c’est impossible à mesurer et ça dépend beaucoup des personnes.

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  6. Bonjour article, très intéressant. Moi qui parle italien, j’ai dû l’apprendre pour raison professionnelle en quelques semaines (et je l’adore), j’avais beaucoup entendu, notamment au niveau professorale que la langue la plus facile pour un francophone serait l’espagnol. Or, effectivement ma pratique et ma connaissance de l’italien me laissait dubitatif (J’ai même du mal à considérer cette langue comme étrangère, puisque la première langue étrangère à laquelle j’ai été confrontée, que j’ai apprise et dans laquelle je me débrouille est l’allemand).

    Aimé par 1 personne

    • Oui, on a parfois l’impression que les langues romanes ne forment qu’une seule et même langue ! On arrive à apprécier pourquoi la frontière entre dialecte et langue est si fine et controversée.

      Merci pour ton retour !

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