Cinébdo – 2018, N°4 (Sept morts par ordonnance, Mon beau-père et moi, Meurs un autre jour, La Fille au pistolet, Les Chansons d’amour)

Image d’en-tête : Les Chansons d’amour ;  films 18 à 23 de 2018

c8r5*

Lundi : Sept morts par ordonnance

(Jacques Rouffio, 1975)

« Thématique : Gérard Depardieu »*

Tiré d’une histoire vraie, ce film a fait l’objet d’une enquête en règle de la part de son scénariste. Il donne du coup dans un réalisme frappant et morbide, et pas seulement du fait que son thème est la médecine ; la première scène de Depardieu y est un triple homicide d’une violence inouïe, et qui, sans faire vraie, peut choquer, ne serait-ce que parce que des enfants font les morts.

C’est un extrait de l’ambiance globale, un fait divers cinématographié qui ne s’adresse pas aux hospitophobes, mais qui manie plutôt bien les trucages simplistes servant à simuler la chirurgie, et surtout très bien une atmosphère oppressante constante sur les praticiens victimes du harcèlement qui est au cœur de l’intrigue. En cela, le jeu de Michel Piccoli et Charles Vanel aide beaucoup. C’est très convaincant et assez peu revendicatif, on peut donc dire que c’est un bon film inspiré de faits réels.


c2r6*

Mardi : Mon beau-père et moi

(Jay Roach, 2000)

« Hors-thématique »*

À fuir si vous craignez la gênance des films familiaux ! Les Américains sont très bons à ce jeu-là, et ce film va pousser le concept très loin, jusqu’à faire du malaise son élément principal et ne plus jamais l’arrêter. Le plus gros reproche qu’on puisse lui faire, c’est finalement d’être une espèce d’immense brochette de sketches comprimés les uns contre les autres. Jim Carrey avait été considéré dans le rôle du souffre-douleur, et peut-être aurait-il rendu le rôle comique – tout en régressant par contre à une performance qui aurait rappelé ses tumultueux débuts de carrière – à la place du rôle inconfortable tenu par Ben Stiller, auquel le répondant de De Niro semble se perdre comme une voix dans le vide. Disons qu’on ne peut pas vraiment les blâmer de leur jeu mais qu’il fallait donner énormément de sa personne pour soutenir ce scénario… et c’est raté. Seuls les quiproquos sont plutôt bien imaginés. À ne voir que le cerveau éteint si on a le rire facile.


c4r8*

Mercredi : Meurs un autre jour

(Lee Tamahori, 2002)

« Thématique : Autour de James Bond»*

Sous les mains de Lee Tamahori, Bond se gadgétifie à l’extrême et devient du cinéma d’action à proprement parler. Le réalisateur sait s’y prendre du moment qu’il y a des voitures et des explosions, quoiqu’il doive employer un montage du genre épileptique, partant du postulat que « ça va vite, alors le spectateur aura la flemme de chercher la petite bête ». S’il ne s’évanouit pas, oui !

L’homme a également voulu introduire une profonde modernisation des effets graphiques, avouant à demi des influences matrixiennes qu’on retrouve dans les slow motions, le réglage des combats, les cascades, et même le remix discutable du thème de Madonna en générique de fin.

Au global, il y a de bonnes idées et des idées moins bonnes. Figurer la dépressurisation d’un avion avec violence et soudaineté ? Bonne idée. Donner une ambiance vaguement psychologique et sombre avec pour arrière-plan la mise en scène terrifiante et presque prémonitoire d’une Corée du Nord occidanophobe ? Bonne idée. Faire en sorte que, pour une fois, le générique de début fasse partie de l’histoire ? Bonne idée. Faire usage de fonds mouvants par deux fois pour le tournage des scènes de surf ? De cette manière-là, TRÈS mauvaise idée. Remixer le thème célèbrissime de Bond ? Mauvaise idée, parce qu’on a l’impression que deux musiques sont lues en même temps.

Comme chaque nouveau Bond, celui-ci a sa part d’expérimentation. Faute d’améliorer la série, ça la diversifie.


c7r3*

Jeudi : La Fille au pistolet

(Mario Monicelli, 1968)

« Thématique : langue italienne »*

Parfois, il semble que les Italiens soient autoconscients et fiers de ce qu’ils voient en eux-même, notamment l’originalité. Ils en ont plein, et n’ont pas manqué l’opportunité de se dire : « hé, si nous explorions le résultat d’un échange culturel sicilo-britannique stéréotypique en suivant le parcours d’une jeune femme folle, ingénue, sotte et assoiffée de vengeance ? »

Le concept, faute d’être profond, était inédit et ils n’ont pas hésité à en faire cette… chose, qui demandait d’aller jusqu’en Angleterre avec des acteurs anglais. Le ton est délirant, ce qui excuse bien des choses tant qu’on n’est pas encore exaspéré par un montage purement paresseux et les interjections incongrues de Monica Vitti dont le jeu est d’ailleurs très déplaisant, un peu comme l’ambiance générale.


 


c7r7*

Samedi : Les Chansons d’amour

(Christophe Honoré, 2007)

« Thématique : film musical »*

Quoique moins spectaculaires, les comédies musicales françaises n’ont rien à envier aux séries interminables d’icelles pondues par les Américains depuis des décennies. À cause même de leur répétitivité, elles sont toutes et toujours dans la recherche de l’originalité salvatrice dans les acteurs, la musique et le thème. Ce sont vraiment leurs trois indices qualitatifs. Puisque le genre se les est autoimposés, mesurons ce spécimen dessus.

Les acteurs ? Plein de peps (surtout Clotilde Hesme), ils ne vont souffrir que d’avoir des personnages semblables aux pièces d’un jeu d’échec : placés au préalable, joués au tour par tour, ils disparaissent momentanément quand on n’a pas besoin d’eux, et l’échec, c’est celui de la réussite de cette formule.

La musique ? Très jolie ! Poétique dans les paroles sans être mièvre, elle est mesurée et convaincante. Dommage que tous les acteurs ne soient pas chanteurs dans l’âme : ceux qui remplissent cette tâche honorablement passent parfois trop vite, et ceux qu’on a fait chanter « pour le dit de » apparaissent comme des faire-valoirs.

Le thème ? Original comme il se doit, il coule sur son écriture bien lissée : un ménage à trois, l’exploration de la bisexualité et de la tolérance… Ça fait un peu cliché mais ça se veut romantique et non revendicatif, alors on s’en fiche.

Conclusion : agréable, gouleyant, artistique, un peu trop normé et fermé mais cela ne gâche pas le reste.


 



* Les barèmes montrent le ressenti et l’appréciation critique. Entre guillemets est indiquée la thématique.  Plus de détails ici.

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