Hebdo – 2017, N°47 (Shutter Island, Dangereusement vôtre…)

Image d’en-tête : Shutter Island

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Lundi : Shutter Island

(Martin Scorsese, 2010)

« Hors-thématique »*

J’écris à la première personne, parce que Shutter Island est le premier film qui m’a sorti, il y a quelques années, de ma conviction infantile comme quoi les films psychologiques étaient ennuyeux. C’est d’ailleurs un des films les plus psychologiques qu’il m’ait été donné de voir, puisque la psychologie s’agit du thème comme du traitement. Un traitement sombre qui va user d’une méthode très simple : faire passer le spectateur pour le psychotique. Et Scorsese est très fort dans la gestion de la marge de réflexion qu’il nous donne, un confort juste assez large pour qu’on puisse vibrer de ce qui nous fait peur dans nos propres têtes. Une formule de film d’horreur, en fait. C’est une intrigue qui monte en flèche vers un paroxysme fort bien détaillé et dont la redescente ne laisse sur aucune faim. Une renaissance bienfaitrice du talent de DiCaprio dans une intrigue qui ne soit pas cousu dans la trame des films d’action, même si là non plus, Shutter Island n’est pas en reste pour ce qui est de nous donner du spectacle.

L’œuvre a tout pour elle : un casting diversifié qui ne laisse pas de place aux seconds rôles, car les Ben Kingsley et autres Max von Sydow sont tous au premier plan… psychologique ; une direction presque sans faille (les faux raccords sont si énormes qu’ils tiennent de l’inattention, pas de l’amateurisme, à moins qu’ils n’aient été volontaires), une tension constante et un scénario qui avance sur la corde raide, comme menacé de se mettre à tourner en rond. Il ne faut pas s’endormir car le film entier est comme un énorme rebondissement dont le dénouement est absolument impossible à deviner.


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Mardi : Des Hommes d’influence

(Barry Levinson, 1997)

« Dustin Hoffman »*

Dans sa série « critique médiatique », Hoffman a fini sa course dans cette production encore plus acerbe et qui va encore plus loin : les médias contrôlent l’actualité parce qu’ils nous montrent ce qu’ils veulent bien nous faire voir, mais qui les contrôle ? Les politiques. Il y a du bon et du moins bon : c’est exprimé avec courage, ça lance des os controversés au chien qu’est l’audience, dont on part du principe qu’elle est lucide. D’un autre côté, la dénonciation est extrêmement unilatérale, très peu nuancée. Il n’y a pas d’antagonisme naturel ou de barrage spontané comme la CIA (qui fait une brève intervention), et il n’y a pas de contemplation des conséquences. En gros, à en croire l’histoire, l’amoralité est vitale et inarrêtable. Des défauts qui trouvent leur origine dans le fait que le film a été tiré en vingt-huit jours de quinze petits millions de dollars. La métaphore est jolie, mais être intelligent ne suffit pas à exorciser la simplicité du propos.


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Mercredi : Dangereusement vôtre

(John Glen, 1985)

« Autour de James Bond »*

Quelle résistance de la part de la franchise face au temps !  À ne connaître que ce film et les précédents, la rupture entre le genre originel et celui de maintenant s’annonce de plus en plus fine. C’est à croire qu’ils le font exprès. On est en 1985 et l’affiche est encore dessinée à la mode des années 1940 (on y aura droit jusqu’au dernier des cinq films de 007 par John Glen, Permis de tuer, en 1989). Certes, une affiche n’est pas qualitative, mais on est encore loin de l’explosion commerciale de 1997 et le scénario figé dans ses classiques insiste à être le reflet de son actualité, puisqu’il nous radote la détente américano-soviétique. Le sujet de la Guerre froide est heureusement sur le point de s’épuiser. Difficile de considérer l’oeuvre dans l’absolu quand elle étire la matière élastique d’un démodé résilient que Roger Moore, essoufflé, ne peut pas déchirer. De son propre aveu et de celui de son prédécesseur Sean Connery, à 57 ans, il était trop vieux (pour résultat, ce film est celui que l’acteur aime le moins dans lequel il ait joué). Mais l’équipe est brassée, ce qui témoigne de premiers grands mouvements : tout comme Moore, Lois Maxwell va quitter la série, n’amenant même pas à soixante minutes ses apparitions cumulées dans la série. Mais en attendant, on reste sur sa faim.


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Jeudi : Juste un baiser

(Gabriele Muccino, 2001)

« Langue italienne »*

Une romance à l’italienne, à savoir un film où on la discute énormément et où on la vit peu. Beaucoup de mots autour de peu d’évènements groupés de manière un peu trop pratique pour un drame réaliste : trois couples, trois catastrophes, un décès, des ruptures en pagaille, des réconciliations à la pelle et pas la moindre once de jugeotte. Deux heures de ces piaillages incessants, c’est trop quand il y a si peu de place pour la sérénité ou tout du moins le moment présent. Pour représenter les crises amoureuses, on dispose d’acteurs certes énergiques et tout à fait convaincants, à qui on n’a demandé à aucun moment de vivre une vie non sentimentale, plus publique, ni de montrer l’intelligence de leurs personnages, qui semblent voués à se laisser embarquer toujours dans les vagues handicapantes de leurs sentiments. Une oeuvre sans réelle création ni véritable enseignement, trop rapide pour être distrayante.


Vendredi : Le Bal

Voyez la critique détaillée ici.



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