Hebdo – 2017, N°44 (Le Viager, Le Bras de diamant…)

Image d’en-tête : Le Bras de diamant

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Lundi : Le Viager

(Pierre Tchernia, 1972)

« Gérard Depardieu »*

S’il y a un film qui se moque éperdument du précepte « il ne faut pas rire de la mort », c’est bien Le Viager. Il ne prend pas position, on peut donc en rire à notre aise, mais il est aux antipodes de faire l’éloge de la vertu, transformant une famille dite de « bons Français » successivement en hypocrites souhaitant la mort d’un honnête homme par intérêt (une caricature du viager, en somme), des résistants dans la France de Vichy, des collaborateurs après la Libération, puis ni plus ni moins que des criminels. Une dérision dans l’histoire qui trouve son égale dans celle des acteurs, dont les rôles semblent avoir été hilarants à tenir. Le tout forme un voyage historique sans prétention depuis l’époque où Saint-Tropez était un quelconque village dans le Sud, et où Hitler était un peintre en bâtiment, à en croire Galabru. Une oeuvre gentille mais pas innocente où la naïveté (celle de Serrault, le crédit rentier) veut être punie par l’immoralité.


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Mardi : American Buffalo

(Michael Corrente, 1996)

« Dustin Hoffman »*

Cette chose se veut l’adaptation d’une pièce, mais apparemment le réalisateur n’était pas informé que les différences entre le théâtre et le cinéma vont plus loin que l’usage de caméras. D’ailleurs, même l’usage desdites caméras est piètre, l’originalité suprême étant atteinte avec quelques mini-travellings circulaires tout à fait inutiles. Le film n’est fait que de champs/contrechamps pénibles et atrocement monotones. Les dialogues sont à leur image : répétitifs au point que certaines choses sont répétées cinq fois de suite, ils tournent en rond et les questions qui y flottent obtiennent de toute façon rarement des réponses. Il est à espérer que ces quatre-vingt-dix minutes d’ennui sont une adaptation ratée d’une pièce réussie. Il reste une question toutefois : qu’est-ce que Hoffman, cet acteur méthodique si difficile à gérer et autoconscient, faisait dans ce truc ?


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Mercredi : Moonraker

(Lewis Gilbert, 1979)

« Autour de James Bond »*

Fallait-il que la France mette ses noms au générique – Castaldi, Lonsdale… – pour que la saga connaisse du mieux… Un mieux qui s’exprime certes avant tout dans le budget colossal mais aussi dans certains choix modernisateurs. On appréciera par exemple la réduction du nombre de scènes sur fonds mouvants, ainsi que celles accélérées ou ralenties pour donner un quelconque effet. Il en reste dans les deux catégories, mais un peu plus de rigueur dans l’histoire fait passer le résultat pour kitsch plutôt que seulement médiocre. Et puis il y a la volonté de faire toujours plus fort, qui, les moyens aidant, permet effectivement de grandes choses, à commencer par la fameuse première cascade en chute libre où le cahier des charges des cascadeurs, à qui la scène de deux minutes a pris quatre-vingt-huit sauts, se mesure aussi en dangerosité. Ah oui, on a aussi construit les plus grands décors de l’histoire du cinéma français pour ce film, un travail original dans tous les sens du terme. En revanche, la production s’est réellement laissée corrompre par le succès de Star Wars : le thème est l’espace, ce qui a valu à ce film (plutôt qu’à Rien que pour vos yeux) de passer en priorité dans la série. Ceci est sans conséquence, contrairement au tournage des scènes spatiales avec les pistolets laser. C’est une démonstration de bassesse que d’avoir cédé à ce caprice qui n’apporte rien. 


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Jeudi : Drame de la jalousie

(Ettore Scola, 1970)

« Langue italienne »*

Alors que la France s’embourbait dans des fonds mouvants automobiles vieux de cinquante ans, l’Italie avait non seulement tourné cette page mais donnait déjà ce genre de comédies boostées par un néo-réalisme jamais vraiment éteint si ce n’était dans les apparences sociales. Le thème est une romance romancée qui marque bien la rupture avec le genre, mais la dimension politique qui tient toujours les Italiens à coeur est encore bien fine. En cette position transitionnelle, l’oeuvre est surtout étonnante dans sa manière de laisser les personnages s’adresser directement au spectateur, ce renforcé par des jeux de miroirs avec les caméras mais aussi avec les relations entre les personnages. Des figures de style un peu trop exploitées mais déjà vectrices du style cru et pincé d’Ettore Scola qu’on retrouve à son paroxysme dans Moches, sales et méchants six ans plus tard. Le Drame de la jalousie plonge un peu trop dans l’opacité de sentiments profonds pour être porteur de sens, mais la griffe est agréablement ironique, teintée d’humour discret et d’un enseignement politique courageux.


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Vendredi : Le Bras de diamant 

(Leonid Gaïdaï, 1969)

« Langue russe »*

Voilà une des comédies soviétiques les plus connues, et à la fois un film culte pour les Russes aujourd’hui, qui fait passer le gouvernement d’alors pour plus laxiste qu’il n’était réellement. Certes, l’équipe disposait d’or véritable et de diamants authentiques, auxquels la teneur du régime en place conférait sans doute un symbolisme saisissant qui a d’ailleurs survécu au temps. Mais si des éléments scénaristiques « contondants » comme le strip tease, l’alcoolisme, la prostitution ou la débauche figurent dans le film, c’est loin d’être sous le regard approbateur de la censure, trop occupée en fait à dissuader le réalisateur d’utiliser un clip dans l’épilogue montrant une explosion nucléaire. Ils y sont arrivé mais le reste est passé. Bref, c’est une comédie éclairée, qui pousse un peu trop loin ses délires pour que la bonne compréhension de l’histoire n’en souffre, mais qui nous fait oublier ses longueurs et celle du Rideau de Fer par la force de son humour simple et de son autodérision.