Août 2017 en vrac – pas un hebdo

 

Ouf, les vacances sont enfin finies, et je peux reprendre le rythme rassurant de la critique !

Note : outre le format inhabituel, la mise en forme de cet article est expérimentale. Avec le renommage du site et les changements graphiques, c’est un des premiers signes précurseurs à de grosses modifications sur le site. Je les détaillerai bientôt. Merci de me lire !

San Andreas

  Le successeur de 2012 se place de manière un peu plus modeste dans la sphère des films catastrophe modernes. Mais strictement en ce qui concerne l’échelle : au lieu du monde entier, juste la Californie et le Nevada. On a envie de placer le mot « plagiat », mais cela serait un plagiat amical, et uniquement de scènes et d’ambiance. Hollywood est une grande famille. En revanche, il est difficile d’imaginer un fan de 2012 penser de San Andreas que c’est un raté.

Pour continuer sur le parallèle et la mise en opposition, 2012 avait un scénario qui, aussi criticable fut-il, avait une direction précise et la suivait. San Andreas tourne plutôt en rond, axant tout sur le sauvetage des personnages principaux, dont l’empathie est extrêmement bornée puisqu’elle ne fait que relier un couple à sa fille. Un récipient beaucoup trop petit pour recueillir les sentiments du spectateur. Par contre, il faut reconnaître qu’il y a un peu plus d’empathie dans les détails.

Enfin, mise à part l’échelle géographique dont on a déjà parlé, le film n’a aucune maîtrise des autres échelles : il accomplit le miracle d’être excessif (on parle d’un film catastrophe américain, rien d’étonnant jusque là) qui ne parvient même pas à faire ressentir les séismes comme aussi puissants qu’on les dit. 9,6 sur l’échelle de Richter… C’est un nombre abstrait que le film n’arrive pas à éclairer. Pourtant, c’était imaginatif, et on ressentait les progrès faits depuis 2012 (en fait sorti en 2009)… mais c’est loin de suffire.

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Seul sur Mars

  Allez, on fait un paralèlle ? Seul sur Mars, c’est Gravity en moins pointilleux, en plus tous publics, et en beaucoup plus romancé. Le fond commun est l’aventure spatiale gigantesque à laquelle on ne peut survivre que seul. Sorti à un an d’écart avec Interstellar, il donne à nouveau à Matt Damon un rôle extraterrestre primordial, quoiqu’ici plus épanoui que son personnage quasiment antagoniste et fêlé du film de Nolan. Au contraire, il joue là un personnage à qui le spectateur doit s’attacher, et il y arrive très bien, même chez ceux qui ont fait le lien entre ces deux interprétations très proches l’une de l’autre.

A presque 80 ans, Scott maîtrise encore sur le bout des doigts son talent pour jouer sur les « plaques tectoniques » du scénario, ces gros morceaux de l’histoire qui en eux-mêmes portent des émotions auxquelles le spectateur lambda n’est pas forcément sensible. Et dans ce ce genre-là, il y a l’incroyable sentiment, à mi-film, que la Terre est « extraterrestre », dans le sens « étranger au monde qui nous est familier », parce que c’est Mars qui prend cette place. Quand on passe d’une scène martienne à une scène terrienne, on a le sentiment d’une rupture qui nous surprend. Parce que Mars était la seule source disponible d’une vie impossible à obtenir autrement qu’en luttant contre l’inhospitalité de la planète rouge, Scott nous a fait nous figurer ce monde comme étant le nôtre. Niveau immersion, on fait difficilement mieux.

Acteurs, ambiance, immersion… Tout est bon. Là où le bât blesse, et stupidement en plus, c’est quand on s’aperçoit que les chiffres marqués sur les bords de l’écran pour simuler un décor technologique sont les même d’une fois à l’autre. Non seulement les mêmes, mais qui changent de la même manière. Une telle fainéantise peut aisément briser le charme.

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Equilibrium

  Assez calme en-dehors de ses scènes d’action (et non, cette phrase n’est pas contradictoire), Equilibrium se donne des airs de ne pas y toucher. Ses personnages ont la classe, son monde dystopique est assez monotone – agréable, mais typique. Il ne joue pas l’effet de surprise, nous laisse au global le temps de s’adapter. Et il y a de quoi perdre pied pendant les premières séquences de plantage de décor, avec cette représentation du futur, bienheureusement dépourvu de guerre, dont on va découvrir qu’il est aussi dépourvu d’émotions en tous genres. Ce n’est pas particulièrement une ambiance oppressante mais elle se situe quand même sur une frontière ambiguë à cause de cet aspect profondément inhumain, cette privation de notre nature la plus primaire.

C’est le début d’une mise en abyme stupéfiante : le traitement de l’absence de l’art par l’art. Car le film est éminemment artistique et se plaît à mettre sens dessus dessous les préjugés ; dans l’histoire, il ne faut pas perdre de vue que les terroristes sont les alliés de l’art. Et dans un scénario qui se veut réaliste quoique futuriste, c’est un choc de découvrir en eux des « gentils ». Il y a aussi le Prozium, cette drogue responsable de la fin de toutes les guerres. On pourrait considérer comme inutilement matériel de mettre cette responsabilité sur le dos d’une substance, mais c’est tellement artificiel que cela produit l’effet inverse, un second choc et l’envie de se dire « bon sang mais c’est bien sûr ».

L’histoire a vu juste, et la forme lui rend honneur. Mais quelle idée, par contre, d’avoir fait autant de scènes de combat ? Deux suffisaient, mais il y en a beaucoup plus, qui donnent à l’oeuvre des airs de film d’action bien trompeurs. Le film se corrompt dans cet univers violent qui ne lui correspond pas, d’autant qu’il ne laisse aucune place aux bénéfices réels du Prozium, comme si depuis longtemps les terroristes, les défenseurs de l’art et des émotions, étaient amener à gagner cette lutte. C’est encore sans parler de la justification à ces scènes : les « anti-terroristes », une milice d’ecclésiastes bad ass et froids comme la mort, maîtrisent en effet une sorte d’art martial des armes à feu, leur permettant de gagner n’importe quel combat par la maîtrise des statistiques et probabilités. Idiot. Pour bien décrire Equilibrium, on est obligé d’en parler comme d’un Matrix artistique et philosophique… Des adjectifs honorables pour une comparaison imméritée.

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Men in Black

  La dégaine arrogante de Will Smith se prête bien à un rôle de policier indiscipliné et, pour le moins qu’on puisse dire, qui sort de l’ordinaire. Se dit-on. De même qu’on se dit : Tommy Lee Jones en imposera aisément à son apprenti, pour un rendu appréciable à l’écran. C’est sans compter l’adhésion assez forte de l’univers au comic qui l’a inspiré.

A force de nous faire penser à ces vieux films de science-fiction bon marché où les extraterrestres sont gluants et les maquillages nuls, Men in Black devient l’un d’entre eux avec au bas mot dix ans de retard. Il est désagréable de voir ce monde trop résilient au temps qui passe ressurgir à l’aube du troisième millénaire, sans aucun indice que, sous un certain angle, on pourrait voir le film comme une parodie – d’accord, le film ne se veut peut-être pas du tout être parodique, mais ce serait l’occasion pour le spectateur de l’apprécier, au moins par la voie réservée aux véhicules lents sur l’autoroute de la critique.

Le scénario adopte les mêmes principes basiques et empiriques héritées de trop d’années de navets. Etonnamment, beaucoup de grands noms se sont commis dans cette oeuvre, mais de savoir que Spielberg ou DeVitto ont joué des aliens ne fait pas grand chose pour relever son blason. Et merci à Eastwood d’avoir refusé un rôle là-dedans. Bref, on sent l’amusement que l’équipe a eu à le faire, mais le tout donne l’impression que le directeur a sacrifié au comic le caractère des acteurs. A ne voir que si on aime le genre.

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Pacific Rim

  N’étant pas familier de la science-fiction toute récente où la production s’éclate à étaler de la technologies à grands coups de billets verts, j’utilise la première personne et m’excuse des erreurs de jugement que je peux faire à cause de mon manque de repères.

Pacific Rim a tous les avantages et tous les inconvénients de l’excessivité dans les films de science-fiction modernes. Le travail de réalisme est énorme sur tout ce qui, justement, ne peut pas être réel. L’immersion porte ses fruits, mais c’est aussi un bon anesthésiant à la médiocrité ; celle des acteurs a depuis longtemps été noyée dans le conformisme, mais les Américains ne paraissent en revanche pas prêt à relever la barre du scénario. Il faut encore qu’ils s’enlisent dans leur stéréotypes idiots, faisant même de l’interlude comique un procédé attendu et prévisible. Là où ils sont énervants, c’est que malgré le réalisme et cette nullité de la macro-écriture, ils parviennent quand même à placer des personnages vraiment rigolos pour des interludes vraiment distrayants. L’art d’emballer les fruits pourris dans un magnifique paquet cadeau.

Et force est de constater que l’emballage ne fonctionne pas qu’en mode tous publics, puisque mon propre oeil critique tombe dans ce gouffre où je suis obligé d’apprécier ce qui a été fait. Les Américains font tout en grand : les comédies musicales ont duré quasiment trente ans sans beaucoup changer, puis leurs comédies tout court ont duré vingt ans… Pour le moment, cela ne fait qu’une petite dizaine d’années de durée de vie pour ces productions clonées les unes sur les autres, alors autant prendre son mal en patience et y voir les bons côtés.

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Cloud Atlas

  Un fait intéressant sur l’Atlas des Nuages, c’est qu’il nous offre peu à contempler sur le plan philosophique, et pourtant on se retrouve à penser à un milliard de choses en même temps.

Il ne diffère pas dans sa forme qu’avec sa ligne de temps non linéaire qui a fait sa célébrité. Un autre de ses magnifiques vices de forme est de ne pas nous conter une histoire avec en ligne de mire les espoirs et les craintes du spectateur. La plupart d’entre eux ne sont même pas pertinents puisque chacune des six histoires est justifiée par la suivante.

Rien que dans la formule qu’il adopte, le film nous prive de notre liberté d’extrapoler qui fait des films de fiction, et a fortiori de ceux de science-fiction, des objets de tant de fascination. Il nous enferme dans un flux où l’on sait ce qui va se passer, du moins sur l’échelle la plus grande, puisque les histoires dans l’histoire s’enchaînent et s’emboîtent. Un exploit qui s’étend sur quasiment trois heures, dont on n’imagine pas l’équivalent en tournage. Il suffit d’ailleurs de savoir le nombre de réalisateurs pour se faire une idée : trois. Bref, l’oeuvre nous empêche donc de profiter du plus gros avantage de la science-fiction : la liberté d’imagination pour remplir les blancs que chacun aura forcément tendance à y voir. Et si le spectateur ne souffre pas de ce sevrage, c’est parce qu’il n’y a tout simplement pas de blancs ; chaque histoire est le bouche-trou d’une autre, au point qu’on ne s’attarde plus sur les détails.

Il ne faut pas perdre de vue non plus que la science-fiction est assez légère quand il y en a, plus dystopique que technique, et que le reste tient tout simplement du drame. Un magnifique roman graphique qui fait l’éloge des grands sentiments sans hétérogénéité, dont la taille philosophique et également celle qu’affiche le compteur de notre lecteur sont tenues en équilibre parfait, entre autres par les quatre acteurs déjà oscarisés qui figurent au casting. Et puis, pour finir sur une note plus terre à terre, il s’agit là du film indépendant le plus cher de l’histoire ; les cent millions de dollars devaient aussi y être pour quelque chose dans tout ce ramdam appréciatif…

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Cube, Hypercube, Cube Zero

(trilogie Cube)

  La trilogie Cube est sans doute le meilleur exemple d’une oeuvre qui a épuisé son sujet jusqu’à la dernière goutte, insoucieuse des répétitions et de l’ennui que cela peut générer. D’ailleurs, c’est plutôt pas mal géré, parce que malgré les quatre heures et demi que la série passe dans ces satanés cubes, l’effet des répétitions est assez minime sur le spectateur patient.

Par contre, c’est aussi un paradigme de ce qu’on regroupe sous l’anglicisme « cheap » ; pas cher jusque dans l’ambiance. L’empathie vient du supermarché du coin, et l’enfermement des personnages dans les fameux cubes est la métaphore parfaite de la médiocrité du scénario.

Le deuxième opus joue mieux sur la confusion mathématique du cube, même si la notion de tesseract est beaucoup trop pratique ; n’étant qu’une théorie, l’hypercube est le fourre-tout parfait pour des idées d’histoire qui se marchent déjà dessus.

Quand au troisième, il nous marque par le fait qu’il est beaucoup mieux joué, ce qui est une différence d’importance. Malheureusement, avec déjà trois heures de cubisme derrière lui, il ne fait que sceller l’impression selon laquelle le personnage qui a passé le plus de temps à arpenter cette machine infernale, c’est avant tout le spectateur.

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