Captain Fantastic

Il est amusant que mon dernier dossier, qui est tout récent, ait concerné l’effet mindblowing, tandis que Captain Fantastic que j’ai vu le lendemain de sa rédaction en est une bonne illustration. J’étais bien obligé d’en écrire une critique détaillée, même un peu courte !

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Intro

Pour qui a lu le dossier

Histoire de faire une brève introduction au film par le biais du dossier dont je viens de parler, j’écris d’abord ce paragraphe.

Le synopsis du film tient en une ligne : il s’agit d’un père qui a fait le choix d’élever ses six enfants loin du monde social (par le biais de l’éducation à domicile tant du point de vue culturel que sportif) et qui va se retrouver dans l’obligation de les y introduire.

En quoi ce film est-il mindblowing ? Pour reprendre ce que j’ai dit il y a quelques jours, c’est simplement une oeuvre qui présente la réussite d’un idéal que (ce n’est pas un spoil) la fin ne vient pas décevoir. C’est tout.

Enfin, il y a aussi que j’entretiens une relation spéciale avec l’histoire.

Ma relation spéciale avec l’histoire

Dans une certaine mesure, ma vie jusqu’ici a beaucoup de choses à voir avec celle des enfants du film. Entre autres : mon prénom est unique, je n’ai jamais été scolarisé et on m’a inculqué les vertus de la critique objective et perpétuelle du monde. Aujourd’hui autodidacte en langues et fortement attiré par l’écriture, j’apprends l’espéranto !

Si vous avez vu le film ou si vous allez le voir, vous allez vous rendre compte que les similitudes sont marquantes. Et lors de mon propre visionnage, ç’a été à la fois l’occasion pour moi d’être très sensible à l’oeuvre mais m’a aussi poussé à être très critique à son égard. Pourtant (je le précise d’abord), je l’ai beaucoup aimé.

Propos

Des concessions hélas nécessaires

Ce que j’ai vu en cent-dix-huit minutes, c’est une version condensée, radicalisée et idéalisée des dix-huit ans de ma propre vie. Je suis peut-être mieux placé que la plupart des gens pour en voir les failles (je pense même qu’au visionnage du film, beaucoup de gens ne penseront pas qu’une telle histoire se peut en vrai).

Ainsi, il est dommage (mais inévitable) que le film doive faire quelques concessions à sa volonté bien louable d’exprimer un discours qui sort du moule sociétal : certains moments ne figurent pas dans une continuité scénaristique confortable et l’insistance vis-à-vis des notions qu’il véhicule tombe parfois incongrûment dans une deuxième partie qui s’essouffle.

Mais parler de l’histoire des personnages, ça ne fait pas un film. Il fallait bien que le film soit en histoire en lui-même, sans se reposer entièrement sur l’objectif « faire le portrait d’une famille bizarre à l’acharnement méritoire ». Je le précise car ce n’est normalement pas un constat qu’on fait devant son écran : c’est en théorie un caractère intrinsèque du cinéma. Mais moi, je me suis senti derrière l’écran.

Une grande naïveté dans l’interprétation de l’équilibre culturel et social

J’ai en tête un exemple qui prouve que Captain Fantastic n’avait pas pour objectif final de dépeindre son objet avec réalisme. Entre parenthèses, je mets une indication pour indiquer à ceux qui ont vu le film de quelle scène je parle, sans (trop) spoiler les autres.

(demande en mariage) L’erreur : Le film montre une scène où le personnage, animé d’un sentiment soudain et puissant, et fort de sa culture qui lui donne l’avantage de son éloquence, applique son érudition – à la lettre et sur un coup de tête – à une situation sociale. Il n’est pas pris au sérieux et s’en retrouve bien niais.

NON. L’éloignement du monde social, s’il est accompagné de l’éducation culturelle apportée naturellement par les œuvres de fiction (les livres dans le cas du film), ne résulte pas en une candeur si grande dans le cas d’un évènement social impromptu (de l’inconfort ou de la perplexité, oui, mais pas une totale incompréhension).

Une volonté d’exprimer un discours anti-social qui ne peut pas s’assumer

Si le propos du film est indéniablement fort et que l’oeuvre toute entière semble en prendre le parti, il y a certains passages purement cinématographiques qui disent malheureusement le contraire. Et à cause de cela, les critères sociaux n’en sont pas vraiment transcendés.

Une scène toute bête : une des petites filles arrive nue pour le repas en famille. Dans le contexte, on comprend que ça ne soit pas choquant, mais elle se fait reprendre par son père pour ça. « On s’habille quand on mange. » Très bien. C’est normal.

Une autre scène toute bête : Viggo Mortensen, dans son personnage de Ben Cash, sort nu de son camping-car. Ses enfants sont en train de prendre le petit-déjeuner et c’est cette fois la petite fille qui reprend son père : « on s’habille quand on mange ». Très bien.

Sauf que non : pendant le tournage, la nudité de l’interprète danois n’a été posée sur pellicule qu’une fois les plus jeunes acteurs sortis du plateau. La scène de la fillette qui renvoie la remarque à son père est un plan à part. Il est concevable que d’autres solutions n’auraient fait que vaguement contourner le problème (enregistrer la voix off de la jeune actrice, par exemple…bof) mais cette suite d’images nous expulse bien soudainement du propos du film. C’est en ça que sa réalisation concrète ne peut pas coller directement au message qu’il transmet.

Autre chose (commentaire qui m’a été inspiré par Théo Ribeton dans sa critique pour Les Inrocks) : l’idéal poursuivi par un père aimant est une très belle chose dans Captain Fantastic, mais l’amour qui lui est porté se transforme ensuite en une impression mitigée qu’il agit sur ses enfants comme un gourou. C’est ce chemin de terre sur la route scénaristique qui est rythmé par une réalisation inégale comme par des dos d’âne.

C’est sans compter le discours éminemment politique de toute cette marmaille. A en croire les positions du père, on aurait préféré des tirades philosophiques à des dialogues semi-pacifiques sur les avantages de telle ou telle doctrine.

Défaut annexe

Un autre détail non catégorisable m’a un peu gêné : six enfants, c’est trop. Deux de moins, avec une simple et légère compression du scénario, aurait permis de figurer mieux les liens fraternels, à la hauteur de leur grande importance.

Il est en réalité impossible de les compter. Plutôt que de s’attacher à chacun comme aurait dû nous le permettre la culture de leur individualité par leur géniteur, on s’attache à une masse de progéniture dont émane occasionnellement un juron propice et cocasse ou une remarque étonnante. Dans le feu de l’action, c’est fascinant et drôle, mais il n’y a véritablement que trois enfants qui sortent du lot, et hélas chacun à leur tour comme dans une exhibition de foire…

Oui, mais c’est un divertissement

Comme je t’en avais prévenu, lecteur, je fus très négatif. Mais je le répète, j’ai beaucoup aimé le film, et tous mes arguments somme toute assez prosaïques peuvent tous être contrés par un argument universel qui s’applique ici plus qu’à beaucoup d’autres œuvres filmées : c’est un divertissement. Et la régie, comme le casting, ne sont pas en reste pour en faire non seulement un divertissement, mais une fantastique ode familiale qui nous propose une vision philosophique rare sans en faire la critique ni l’apologie.

Une réflexion sur “Captain Fantastic

  1. Pingback: Hebdo – semaine 44, 2016 | Fouir le cinéma

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