Hebdo – semaine 35, 2016

Le lundi, j’ai foui…

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 L'Armée des douze singes

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Sans avoir pour ainsi dire vieilli, L’Armée des douze singes est un film qui aura du mal à toucher le public contemporain. Il est doté d’un style artistique certain, puisqu’il est entre autres visible que le réalisateur maîtrise et affectionne le traitement de l’arrière-plan : il se passe rarement une seule chose à l’écran et il faut prêter une attention toute particulière à ce qui se passe dans le flou. Si on ne comprend pas ça suffisamment tôt, on rate forcément des détails. Pourtant, cette complicité entre le réalisateur et certains éléments artistiques inattendus comme le dessin animé (quelque chose qui paraît bénin mais qui a une grande place dans le film) est plutôt flagrante.

Mais l’horreur latente est très bof car elle ne fait écho à rien et les moyens du cinéma d’horreur ne sont de toute manière pas du tout employés. Le côté horrifique se résume à une poignée de scientifiques agités du chevelu qui se complaisent dans un environnement post-apocalyptique glauque et interlope. Il n’y a aucun contrepoids au bizarre indécent et sale que l’histoire dépeint, et l’attraction la plus intéressante, au final, n’est même pas le côté SF ou Bruce Willis, mais Brad Bitt qui s’éclate complètement dans son rôle de fou furieux. En plus, il y a un faux raccord énorme à la fin, lorsque la main ensanglantée d’un personnage se lève (pas de spoiler ici). D’abord, elle est propre, puis couverte de sang au plan suivant. Il s’agit de surcroit d’un set up / pay off…pas très pro tout ça.


Le mardi, j’ai foui…

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 Lincoln

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Steven Spielberg – Objectivement, ceci est sûrement un excellent film. Son problème, c’est que Spielberg a voulu mettre la main à une pâte qui ne tient pas du domaine compréhensible. Même pour des Américains dont l’intérêt politique et historique serait vif, il y a sûrement une bonne part de l’intrigue qu’ils ne vont pas maîtriser, ou dont même ils vont se lasser. Mais pas la peine de parler pour les autres quand on ressent soi-même ce sentiment avec plus de force encore.

Pendant près de cent cinquante minutes, le propos est le même : le Treizième Amendement qui mit fin à l’esclavage sous Lincoln. Pendant cent cinquante minutes, c’est un scénario unidirectionnel qui ne sert que ses propres intérêts au mépris du spectateur. Sa réalisation prouve le talent d’écriture qu’il y a eu derrière, ainsi que l’éclectisme génial du réalisateur. Il y a aussi une preuve de réussite lorsqu’on se dit au milieu du film « ce serait encore mieux avec Daniel Day-Lewis dans le rôle de Lincoln », puis qu’on découvre au générique de fin que c’est lui.

Hélas, c’est ardu, épais, difficile à suivre. Pour faire un film comme ça, qui respecte l’histoire en en relatant chaque détail, il n’y a certainement pas d’autre choix que de parler pendant deux heures des intrigues politiques que le Treizième Amendement à impliqués. En ça, le film est extraordinaire. Mais son gros défaut, à n’en pas douter, c’est qu’il sera extraordinaire pour une élite de spectateurs, et que ceux qui veulent le dire objectivement doivent le subir d’abord.


Le mercredi, j’ai foui…

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 Dreamcatcher

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Film tiré d’une oeuvre de Stephen King – Quoiqu’aie été le repère du spectateur au départ, il se rendra vite compte qu’il ne peut pas savoir quoi attendre de ce film. Qu’il aie lu le livre, vu les autres films tirés de Stephen King ou vu d’autres réalisations du même directeur, il ne peut tout simplement pas deviner.

On démarre dans une ambiance d’amitié entre quatre hommes (cinq, si on compte celui du début) ; une amitié d’enfance qui perdure autant sous des aspects adultes qu’encore puérils, mais ça fait plaisir à voir parce que les acteurs y croient. Mais nous voilà bientôt plongés dans l’angoisse, car l’humanité des uns les conduira à leur perte douloureuse et sanglante, et la cruauté des autres laisse présager moult manichéens rebondissements. L’angoisse est de courte durée car elle ne sert que d’introduction au cœur du truc : de la SF et des ET.

Boum. Ces acronymes sont synonymes d’un premier choc avec ce revirement d’ambiance. Dans cette partie du film qui s’ouvre, la chose marquante est le dosage en tout : c’est remarquablement bien dosé, tout simplement. Puis la partie « film d’action » prend le dessus. Boum. Deuxième choc, pendant lequel on prend pleinement conscience du discernement du scénariste qui en a mis pour tous les goûts. Car même pour ceux parmi les spectateurs qui n’apprécieraient pas particulièrement l’action, l’introduction leur laisse espérer un meilleur dénouement tout en leur faisant com-plè-te-ment accepter la castagne momentanée. Ce triomphant sentiment est au global tout à fait justifié, et quelques astuces viennent le renforcer : l’homme américain qui prend un accent britannique quand il est possédé par un ET, ou bien toute l’action qu’il voit, littéralement, se dérouler depuis la fenêtre de son esprit…Quand on est plongé dans l’atmosphère de la chose, c’est tout bêtement génial.

Hélas, ce sentiment que nous envoie un script si réfléchi s’estompe ensuite jusqu’à disparaître entièrement. Et ce, pour deux raisons principales : 1) l’histoire a ensuite moins d’intensité et de volume, et les joyeux soubresauts qu’on a pu observer disparaissent ; 2) une certaine sobriété artistique (une sobriété au caractère artistique, pas une sobriété dans l’art, entendons-nous bien) permettait au film de se passer d’être trop explicite (pas de jets de sang, juste des bestioles un peu gore). Mais dans sa conclusion, il se lâche et n’hésite pas à balancer aux yeux du spectateur l’aberration pure et simple : un protagoniste, présenté comme le Bien en chair et en os, jusqu’ici une personne aux capacités mentales limitées mais dotée de sens surnaturels, se transforme en un autre alien. Quelle idée. Quel gâchis. Et c’est quasiment la dernière image. Cela ne suffisait pas de montrer que cette personne, qu’on qualifierait aisément de « simple d’esprit », avait un don et que son âme n’était peut-être pas étiquetée « Terre » quand on la lui a octroyée ? Apparemment non, et c’est la plus grosse erreur.


Le jeudi, j’ai foui…

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revu

 Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

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Même trente ans après sa sortie, Roger Rabbit a encore de quoi épater la galerie par son style unique qui mélange animation et cinématographie comme aucune autre oeuvre ne l’a fait, pas même certains Minimoys. Le tout est orchestré par Robert Zemeckis, dont il est bien connu qu’il ne fait pas du cinéma, mais des chefs-d’oeuvre. Et en tant qu’artiste du chef-d’oeuvre, il n’avait pas particulièrement pour devoir de tirer les ficelles d’une réalisation si étonnante. En plus, sa date de sortie est idéale pour la façon dont le film a vieilli : il est encore tout à fait indiqué pour aujourd’hui et n’a vieilli pour aucune génération. Les astuces pour mélanger des objets réels et des personnages animés sont parfois risibles, mais globalement excellentes, et leurs dérapages sont attendrissants. Distrayant et drôle pour toutes occasions, un film inusable, garanti résistant au temps et aux visionnages répétés.


Le vendredi, j’ai foui…

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 Le Secret de Veronika Voss

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Film en langue allemande – Encore un exemple d’oeuvre de la fin de la carrière de Fassbinder (qui ne savait pas lui-même qu’elle touchait à sa fin, le pauvre), où il a choisi de mettre sa griffe très particulière dans un film plus sensible et plus psychologique. Curieusement, lui dont les histoires ont toujours été chiadées et pleines de sous-entendus, n’a exploité cet aspect plus profond que tard, de quoi toutefois diluer le sentiment des plus sceptiques à son égard, car il sait y faire, le bougre.


Le samedi, j’ai foui…

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 Evita

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Film musical – Quand Alan Parker s’improvise comme un Jacques Demy moderne et britannique, il en résulte ce genre de fantastique épopée haletante où le temps qui sépare deux chansons se compte en secondes. Un nombre de secondes à un chiffre. Sur une base historique respectée à la lettre, un grand ballet d’images voit le jour, souligné par la prestation énorme de Madonna dont on comprend mal les Razzie Awards et regrette que ce film l’ait éloignée du cinéma. Et puis Antonio Banderas qui chante, ça vaut mille fois le coup.


Le dimanche, j’ai foui…

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 La Folie des Hommes

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Une fois passée, au bout d’une grosse demi-heure, la détestable impression que le film a été post-synchronisé à la mode des années 1960, on peut se concentrer sur le fond. C’est un semi-documentaire, ou bien un super-documentaire dramatisé et cinématographique, ayant pour propos une catastrophe historique liée à un barrage italien en 1963. Des Italiens joués par des Français, comme le présente directement Michel Serrault en appuyant « nous, les Italiens » avec ferveur et ridicule dans son texte. Bizarre d’ailleurs qu’on ait le sentiment que l’oeuvre dévore son talent ; il est méconnaissable tant il est fade, tandis que d’autres interprètes moins « voyants » se sortent bien de leurs rôles en majorité complexes, avec les amoureux partagés entre leurs responsabilités et leur volonté, ingénieurs mis sous pressions par l’appât du gain dont ils ont la responsabilité, politiques nonchalants mal informés et autres personnages locaux, plus ruraux mais plus humains aussi. Le tout est loin d’être raté malgré ces légers cafouillis dans le jeu de certains, et des effets graphiques qui cachent leur simplicité derrière trop de sobriété. L’oeuvre a aussi la malchance de ne pas être « classable », au carrefour entre cinéma et documentaire mais aussi série télé dans la manière de gérer le suspense et de laisser l’histoire en suspens, justement.

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