Dossier : le flashback

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Pour lancer une catégorie moins carrée  que la structure hebdomadaire que j’ai instaurée sur ce blog, je vais parler cette fois non pas d’un film mais d’un concept : l’analepse, le retour en arrière, bref : le flash(-)back.

C’est quoi

Le flash-back est un procédé technique lié au montage du film. Concrètement, c’est un retour en arrière dans l’histoire ; un moment du film où on remonte le temps pendant une durée pouvant aller d’une seconde à plusieurs années.

A quoi ça sert

Le flashback est très utile dans un film qui se base sur un mystère ou la mémoire.

Dans le premier cas, c’est une fois le mystère révélé que le film peut faire différents flashbacks afin de montrer au spectateur les liens qui se sont tissés dans l’intrigue, sous son nez et pourtant à sa barbe. C’est typiquement le choix que fera un film policier à la façon d’Agatha Christie, même si bien souvent le spectateur doit faire lui-même ses flashbacks et réaliser ce qu’il n’avait pas compris lorsque c’est arrivé sur l’écran.

Dans le deuxième cas, celui de la mémoire, voici un exemple : Le Nombre 23, l’exemple-même du film qu’il ne faut pas spoiler. Un grand mystère entoure l’intrigue ; le spectateur passif ne se rendra pas compte de son ampleur et le spectateur intelligent comprendra où l’histoire veut le mener, comprendra à quoi ressemble son dénouement théâtral. Mais elle est tellement tentaculaire, cette histoire, que la réalisation a fait le choix de plusieurs longs flashbacks en conclusion pour mettre en valeur tous les liens du mystère avec le déroulement normal du film. Et ce mystère se base sur la mémoire d’un homme, dont il ne sait pas qu’elle lui a jadis fait défaut.

Sans flashback, le cinéma manquerait d’un important moyen d’expression. C’est une parabole qui permet de dissocier deux entités scénaristiques pendant le temps du visionnage, mais le film entier peut être basé sur les liens invisibles – mais pas pour autant rares – qui sont pourtant faits entre ces deux entités. Et il n’existe que le flashback pour cristalliser cette relation sournoise entre deux choses qu’on n’imaginait pas dépendantes l’une de l’autre.

Il est souvent utilisé pour laisser passer une ou plusieurs scènes devant le regard du spectateur sans qu’il se doute de leur sens caché. Mais ensuite, l’intrigue dévie, et le flashback rappelle à la mémoire de ces scènes, faisant le spectateur s’exclamer « diantre, je me suis laissé avoir par l’apparente innocence de ces images ! ». De quoi adorer le réalisateur qui y parvient mais aussi le détester.

Peut-on s’en passer  ? Difficilement. Sans ça, le film suit obligatoirement un chemin linéaire dans le temps. Pas forcément lisse – on peut toujours faire des bonds dans le temps sans choquer personne, au cinéma – mais en interdisant le flashback, on interdit du même coup toute tentative d’explication, et le film se doit d’être clair du premier coup. On empêche aussi la prise de conscience de la beauté d’un quiproquo, à moins d’avoir recours aux procédés du Vaudeville comme les comédies françaises avec de Funès et Bourvil, parmi tant d’autres, y arrivaient si bien. Evidemment, on peut tout mettre en scène sans flashback, mais c’est tout de même bien utile pour valoriser le scénario, et en beauté encore.

Courte histoire du flashback

Le flashback est aussi vieux que le cinéma lui-même. On attribue le premier à Ferdinand Zecca dans son film Histoire d’un crime (1901). Premier flashback, premier exemple d’un flashback employé pour mettre le suspense en exergue. Cela a plu au public et a déjà fait fureur dans le cinéma des années 1910 et 1920 (ce à quoi on ne s’attend pas forcément). Court passage en mémoire des spectateurs qui, pour la première fois, se virent confrontés à un flashback : ils en sortirent probablement très confus, encore tout à leur frayeur d’avoir vu L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat seulement cinq ans auparavant !

En effet, le flashback a inquiété les producteurs, qui y voyaient des interruptions injustifiées du flot narratif et craignaient que leur emploi abusif ne lasse le public. Mais on était encore au temps du cinéma muet, que les « cartons » (ou intertitres), les textes servant de sous-titres ou d’explications, ne suffisaient souvent pas à rendre compréhensible. A cette époque, Le Passant (Oscar Apfel, 1912) est un des premiers films psychologiques, et un des premiers aussi à se dérouler quasi-intégralement en analepse.

Certes le flashback est vieux, mais il n’a pas marqué les esprits, que ce soit de son temps ou dans l’esprit des cinéphiles modernes. Et on peut encore, de nos jours, s’étonner de son emploi dans Le jour se lève (Michel Carné, 1939), une oeuvre très franchouillarde avec notre très franchouillard Jean Gabin, deux ans avant que le très connu Citizen Kane (Orson Welles, 1941) ne vulgarise la technique parmi ses multiples innovations.

Après-guerre, le flashback est entré dans les procédés communs de la cinématographie, aux côtés d’autres fantaisies au montage comme le dépassement de la bande-son d’une scène sur une autre scène. Il y a des gens que cela insupporte même encore de nos jours, mais en règle générale, si la chronologie demeure claire, c’est plaisant.

Montage et flashback

Il y a une interrogation naturelle qui vient au spectateur d’un flash-back : mais dans quel ordre, diantre, font-ils ça ? Il y a en effet de nombreux films où les personnages qu’on connait bien sont, le temps de l’effet, complètement différents. On peut se passer des différences d’une époque à l’autre, comme le font négligemment les petits films ou les séries comme Les Revenants de nos jours (qui fourmille de flashbacks sans se soucier que les personnes soient les mêmes que 35 ans auparavant), mais les réalisateurs pointilleux donneront tout pour que le maquillage démontre bien que le flashback ne se situe pas à l’époque de l’histoire. Seulement, des fois, ce n’est pas qu’une histoire de maquillage.

Quelquefois, lorsque les flashbacks sont multiples, un tournage parallèle du film est nécessaire. Quand un personnage a une barbe et qu’il n’en a plus dans les flashbacks, il a bien fallu que toutes les analepses soient tournées avec l’acteur rasé, après avoir tourné le reste du film où la pilosité fait foi, afin que l’histoire prenne tout son sens au montage. Ou alors il porte une fausse barbe. Ou bien une fausse barbe rasée dans les flashbacks.

Bref, quelle que soit la solution à ces problèmes de retour en arrière, il en résulte soit des difficultés dans le maquillage, soit des difficultés dans le montage. De quoi comprendre un peu mieux l’art de l’analepse.

Les différents moyens de mettre un flashback en oeuvre

Outre les différents types de flashbacks tels que je les détaille ci-dessous, il y a une multitude de façons de mettre ce procédé en oeuvre.

Le passage du noir à la couleur et vice versa peut être utilisé, comme le fait Bonjour tristesse (Otto Preminger, 1958). Un moyen qui n’a été justifié que pendant les quelques années ou le noir et blanc était encore une solution d’économie viable et alternative à la couleur.

Un autre moyen assez commun, et même très courant depuis les années 1990, est l’utilisation de la bande-son du moment présent pendant que le flashback se déroule. Généralement, une voix off (indépendante, ou bien la voix d’un personnage) explique une situation (en flashback) sans y être en vrai dedans. On peut voir un flashback de ce type dans L’Étrange Histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008), dans les différentes scènes, apparemment indépendantes les unes des autres, mais dont l’enchaînement hasardeux se trouve être la raison d’un accident ; leur défilement est bizarre, d’autant qu’on parle ici d’un flashback qui a causé un évènement mais sans qu’il s’y soit passé quoi que ce soit d’important. Mais la voix off est là pour tout éclaircir.

Avec le flou et autres traitements graphiques, la diversité dans les retours en arrière est grande, mais il y a un autre aspect qui les caractérise : leur valeur dans l’histoire. Un flashback peut être complètement accessoire et annexe au déroulement normal du scénario, ou bien le constituer entièrement. Et enfin, un flashback peut faire référence à quelque chose qui s’est vraiment passé dans le film…ou qui n’en a même pas encore fait partie.

Les différents flashbacks

Dans les exemples suivants, soit un moment A (à la 75ème minute du film par exemple) d’où commence un flash-back. En rouge sont le point de départ (A) et les flashbacks.

Attention : les passages rouges sur les graphiques sous-entendent que le flashback fait référence à une autre séquence du film. Mais ce n’est pas forcément vrai pour le film qu’ils illustrent. Les passages en rouge peuvent aussi désigner une séquence en-dehors du film, rajoutée (la ligne bleue ne fait alors plus office de repère).

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Le flash

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Le flash (tout court) fait référence à un élément si court du passé que c’est juste une image. Il est utilisé pour marquer à chaque fois qu’un personnage comprend quelque chose de plus grâce à son passé, ou par multitude, en un coup, pour échantillonner la répétition d’un évènement (comme dans The Truman Show (Peter Weir, 1998) où les flashs font référence à chaque moment où Truman est retenu sur l’île).

 

Le flashback long

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Un autre genre typique de flashback, utilisé pour une des premières fois dans Le jour se lève. Il peut aussi bien faire référence à une séquence passée du film qu’à une scène ajoutée pour l’occasion. Il est aussi très employé dans les films dont le scénario est tellement complexe qu’il demande des éclaircissements constants (The Secret, Pascal Laugier, 2012).

 

Le long en conclusion

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Un type un peu plus rare de flashback, utilisé par exemple dans Le Nombre 23 (aussi bien en faisant référence à des scènes déjà vues du film qu’à d’autres). Il peut par contre trahir un scénario tellement mal géré que les explications demandent une grande place (les flashbacks à l’appui, donc).

Les chapitres

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Ce genre de flashbacks peut évidemment avoir plusieurs points de départ. Il est lui aussi employé dans Le jour se lève, mais curieusement aussi dans Charlie et la Chocolaterie, quand le personnage de Willy Wonka repense à son enfance et qu’elle éclaire son comportement en tant qu’adulte. Par définition, ces flashbacks ne reprennent pas d’autres scènes du film, d’autant qu’ils permettent de remonter loin dans le temps.

Le « flash-forward »

Le plus complexe, si bien que mon image est incompréhensible ! Dans un « flash-forward », l’histoire évolue sur un plan donné (tout le bleu sur l’image) avant qu’on se rende compte que la moitié de ce qu’on a vu ne s’est pas passé ! On revient alors au moment A (flashback) et l’histoire suit son cours dans le réel (en rouge, jusqu’à la fin, du coup). Il y a un excellent film basé sur ce principe que je cache derrière ce lien pour ne pas le spoiler (dans son cas, le retour dans le réel ne dure que le temps de deux scènes à la fin !).

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Le flashback récurrent

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Un flashback récurrent fait plusieurs fois référence à la (aux) même(s) scène(s). Il s’agit d’une grande difficulté au montage et d’un défi pour le réalisateur, qui peut ainsi jongler avec le temps pour le distordre complètement, au risque de soûler le spectateur. C’est une technique dont Darren Arronofsky a prouvé sa maîtrise dans The Fountain.

Analogie au flash-back : la réalité virtuelle

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On ne parle plus ici d’un flashback au sens technique, simplement d’un type de scénario qui a pu en être hérité. Les films traitant de la réalité virtuelle ont un grand intérêt quand le passage dans le « réel » ne dure que le temps de quelques scènes. Entre parenthèses, je cache deux films (celui-ci et celui-là) où on ne passe dans la réalité que le temps de deux ou trois plans, dans les cinq dernières minutes. On se rend compte, à ce moment-là seulement, que rien de ce qu’on a vu ne s’est « réellement » passé.

 

Comme souvent, merci à Wikipédia pour la documentation

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